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Mile Ex End 2017 : Retour en photo par Julien Gagnon

Tout au long de la fin de semaine, Julien Gagnon a fait aller son oeil de lynx et vous pouvez maintenant voir le résultat au complet. Voici la première gallerie photo du Canal. Joie.

Samedi

Tire Le Coyote

 
 

Megative

 
 

 
 

Aliocha accompagné de Charlotte Cardin

 
 

Aliocha accompagné de Charlotte Cardin

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Mile-Ex End (jour 2) : sous la pluie, en bonne compagnie

Comme un seul homme, malgré la flotte qui s’abattait sur Montréal, j’étais présent afin d’assister à la deuxième journée du festival Mile Ex End qui se déroulait sous le viaduc Van Horne, situé à proximité de la station de métro Rosemont. Malgré les quelques déceptions musicales qui ont ponctué mon parcours lors de la première journée, je m’attendais à d’excellentes prestations de la part de Kid Koala et de Patrick Watson. Mais surtout, j’anticipais avec une ferveur certaine la prestation de Godspeed You ! Black Emperor.

13 h 40. J’arrive sur le site et me dirige tout de go à la scène Mile-End afin de revoir l’excellent Kid Koala… et je recommande fortement son tout dernier album : Music To Draw To : Satellite. L’un des bons disques parus cette année. Cela dit, avec notre koala préféré, on peut s’attendre à tout puisqu’il ne se gêne jamais pour transformer ses prestations en un happening collectif aussi beau que délirant.

Cette fois-ci, Eric San avait positionné ses tables tournantes directement sur le plancher des vaches, en face de la passerelle bétonnée qui sert d’appui au viaduc. On a eu droit à une prestation d’anthologie. Au programme ? Une pinata tapochée allègrement par quelques « vieilles jeunesses ». Une danse collective spiralée magnifiquement commandée par notre koala en chef. Des extraits sonores incluants du White Stripes, du vieux blues sale et du soul millésimé. Puisque nous étions en début d’après-midi, et qu’il y avait quelques enfants sur place, San en a profité pour nous présenter une chanson coécrite avec Lederhosen Lucil; une pièce crée spécifiquement pour l’émission américaine pour enfants Yo Gabba Gabba. Bref, avec pas grand-chose, Kid Koala réinvente ses performances scéniques tout en demeurant totalement pertinent. Un début de journée de feu !

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Après une petite heure de pause passablement humide, j’étais de retour à la scène Mile-End pour voir de visu le concert de Suzanne Vega. Pour nos jeunes lecteurs, Suzanne Vega est une artiste américaine qui a été l’une des précurseurs d’un genre musical qui me fait bailler d’ennui : la catégorie « adult alternative ». Grâce à Suzanne Vega, certains d’entre nous ont dû se taper quelques soirées à la chandelle en écoutant du Sarah McLachlan… Même si j’ai vieilli, je suis toujours aussi loin de cette musique qui me donne plutôt envie de consommer de nombreuses tisanes à la camomille.

Malgré tout, je respecte la démarche artistique de l’artiste qui nous proposait une relecture intégrale de son classique Solitude Standing. Eh bien, malgré le côté soporifique de la musique de Suzanne Vega, je dois avouer que cette prestation m’a passablement surpris. Accompagnée par un trio de musiciens expérimentés – un bassiste de génie – elle a comblé les attentes. Coup de chapeau aux excellentes versions d’In The Eye et de Solitude Standing. Bien sûr, elle nous a interprété son grand succès Luka, mais malheureusement, mon cerveau s’est tout de suite réfugié dans la parodie de RBO intitulée Linda. Je fais immédiatement mes excuses aux fans.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

À 16 h 30, je transfère à la grande scène Mile Ex pour évaluer la débrouillardise de l’auteur-compositeur-interprète Andy Shauf. Je dis « débrouillardise », car c’est sous une pluie diluvienne que le Canadien a dû présenter son folk de chambre raffiné. Malheureusement, la puck ne roulait pas pour lui. Contraint par cette averse qui transformait dangereusement la scène en une flaque d’eau géante et souffrant lui-même d’un déficit charismatique, Shauf peinait terriblement. La prestation fut même écourtée quelques instants, le temps de « mopper » la scène. Le pauvre jeune homme est revenu pour conclure avec une dernière chanson, mais le mal était fait. Si je tiens à me faire une meilleure idée de la réelle valeur d’Andy Shauf, je devrai aller le voir dans un endroit plus intime.

Quelques instants plus tard, je me retrouvais de nouveau à la scène Mile-End avec la dynamique et sympathique Basia Bulat. L’an dernier, j’avais quand même apprécié l’album Good Advice. Le virage soul-pop « belle et bum » accompli par l’artiste était somme toute réussi; gracieuseté du réalisateur Jim James, maître de cérémonie de la formation My Morning Jacket.

ENFIN, j’ai pu assister à un concert folk-pop dans lequel l’envie de communiquer de manière sincère avec le public est d’une importance capitale. Basia Bulat a du charisme à revendre, se déplace de long en large sur scène et invite l’assistance à participer activement. Techniquement parlant, elle est irréprochable. Assurément, elle est l’une des plus belles voix entendues ce week-end. Même si ce qu’elle propose est consensuel et me laisse un peu de marbre, Bulat a du talent. Une naturelle.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Petite pause-souper et j’étais de retour à la scène Mile-End pour revoir une énième fois Patrick Watson. J’adore Watson en album. Un peu moins en spectacle. Chaque fois que j’ai vu l’artiste en concert, il y a toujours eu un moment ou un autre où je me suis ennuyé terriblement. Cette fois-ci, je souhaitais fortement qu’il confonde le sceptique en moi.

Pour cette prestation spéciale – le musicien réside dans le quartier – Watson a fait appel à une chorale céleste, située sur la passerelle bétonnée, afin de bonifier ses chansons d’une aura spirituelle. Une idée de génie, en ce qui me concerne. La superbe scénographie, singularisée par quelques ampoules géantes, était enrichie par des éclairages simples, mais franchement inventifs.

Musicalement, c’est toujours aussi impeccable. Je serais assez culotté de faire ma fine bouche quand un groupe est formé de trois instrumentistes de feu et une cantatrice de haut niveau. Robbie Kuster, Joe Grass, Simon et Erika Angell sont tout simplement trop forts pour la ligue ! Du début à la fin, Watson et sa bande ont fait fermer le clapet à une très large part du public présent. Et dans le cadre d’un festival qui se veut rassembleur, ce n’est pas une mince tâche. Cela relève même de l’exploit ! Un pouce levé pour les superbes relectures d’Adventures In Your Own Backyard et Drifters. Le meilleur concert de Patrick Watson auquel j’ai assisté.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Finalement, le plat de résistance de la fin de semaine : Godspeed You ! Black Emperor. Oui, les fanatiques finis peuvent me lancer une multitude de tomates, car j’assistais pour la première fois « en carrière » à une prestation de la mythique formation montréalaise. Honni sois-tu, cher Stéphane !

Cela dit, ceux qui les connaissent très bien n’apprendront rien de nouveau à la lecture de ce compte-rendu et les néophytes auront beaucoup de difficulté à bien saisir le phénomène GY!BE en lisant ce texte. Assister à un concert de la formation, ça se vit et ça se ressent. Ça ne s’intellectualise surtout pas.

Trois œuvres (car c’est bien de ça dont il s’agit) ont été catapultées à cette assistance qui n’en croyaient pas leurs oreilles : Undoing A Luciferian Towers, Moya et BBF3, si je ne m’abuse. Tout au long du concert, j’avais l’impression que tout le quadrilatère qui abritait le Mile Ex End était submergé par l’intensité sonore du post-rock orchestral de Godspeed ! Évidemment, une large partie de l’assistance quittait les lieux, se demandant bien ce qui se passait sur scène… surtout après avoir entendu de la chanson assez conventionnelle pendant deux jours.

Comment ce groupe peut-il être en mesure de bâtir des crescendos aussi évocateurs, aussi puissants ? Comment ce groupe peut-il atteindre un niveau aussi précis de « silences chirurgicaux » lors des moments introductifs ? Je ne trouve tout simplement pas les mots pour décrire convenablement « l’expérience » vécue. Un immense groupe. Un spectacle mémorable. L’un des 5 meilleurs concerts auxquels j’ai assisté dans ma longue vie de mélomane.

Bref, un week-end assez convenable pour cette première édition du Mile Ex End. Maintenant, il s’agit pour le collectif Mishmash de préciser ses objectifs. Si le Mile Ex End est destiné à être un sympathique festival de quartier, rameutant les Montréalais qui, la fin de semaine de la fête du Travail, n’ont pas quitté pour le chalet ou encore pour le FME, ils devront tout simplement apporter de minuscules modifications à la programmation afin d’y incorporer des artistes un peu plus dynamiques.

Si l’objectif est de jouer dans les ligues majeures, il y aura alors beaucoup de travail à faire. En ce qui concerne la programmation, un deux ou deux gros joueurs musicaux de calibre international, seront plus que nécessaires. Et il faudra offrir aux festivaliers une expérience fertilisée par un apport visuel plus intéressant que les quelconques dinosaures soufflés, plantés près de la scène principale.

Donnons la chance au coureur. Le Mile Ex End est un événement prometteur qui mise sur le décor urbain/industriel du viaduc Van Horne et de ses alentours. Aux organisateurs d’améliorer l’ensemble de l’œuvre. Somme toute, une bonne première édition.

http://mileexend.com/fr

Mile Ex End (jour 1) : il y avait le soleil…

Parmi l’abondante offre festivalière, un nouveau joueur pointait officiellement le bout de son nez ce week-end : le Mile Ex End. Présentée sous le viaduc Van Horne par le collectif Mishmash, la programmation de cette première édition met en vedette les City And Colour, Cat Power, Suzanne Vega, Patrick Watson, Godspeed You ! Black Emperor, pour ne nommer que ceux-là. En ce long week-end de la fête du Travail, j’effectuais donc un retour au jeu quant à la couverture de festivals. Comme d’habitude, il a fallu faire des choix, et peut-être aurais-je dû remettre en question certaines de mes sélections ?

J’ai donc commencé mon périple musical, Labatt 50 bien en main (seule marque de bière offerte au festival, pas grave, ça désaltère !), avec la suave Maude Audet qui cassait quelques nouvelles chansons à la scène Van Horne. Son nouvel album sera lancé le 29 septembre prochain et ça s’intitule Comme une odeur de déclin. Et c’est Ariane Moffatt qui a réalisé cette création… et les quelques pièces interprétées hier m’ont amplement rassasiée pour que j’aie envie de prêter l’oreille à ce disque à venir.

Déjà balisée par l’ascendant de feu Ève Cournoyer, la musique de Maude Audet prend de l’expansion et brasse un peu plus la cage, à la manière de PJ Harvey. Accompagnée par un excellent guitariste, arborant fièrement un chandail de Black Sabbath – et dont j’ai malheureusement oublié le nom – et d’Émilie Proulx à la basse, la formule « batterie, guitares, basse, voix » sied à merveille à l’artiste. S’agit maintenant que Maude prenne un peu plus d’assurance sur scène. Ainsi, le public pourrait bien embarquer dans l’univers aussi rock que feutré de la dame. Bon show !

Par la suite, j’ai déménagé mes pénates à la scène Mile-End, située sous le viaduc Van Horne, pour assister au concert de la formation Adam Strangler. Si le premier album du groupe, Ideas Of Order, m’avait séduit, grâce à ce mélange de new-wave, de post-punk et de rock psychédélique, sur scène, on retrouve sensiblement intact le son du groupe. Musicalement, c’est impeccable. Vraiment.

Là où le bât blesse, c’est le déficit charismatique qui habite le meneur du quatuor, Philippe Lavoie. Dans ce genre musical, il faut offrir des prestations « canon » pour captiver le public. Malheureusement, ça manquait parfois un peu de détermination… Cela dit, à la décharge du groupe, la sonorisation était quelque peu déficiente tout au long du concert. Si Adam Strangler peut réussir à resserrer ses prestations scéniques, ce petit groupe pourrait nous épater dans un avenir rapproché.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Petite pause rafraîchissement avant la prestation de Tire Le Coyote. Malgré ma réputation de vieux punk rockeur qui me suit depuis toujours, je suis un bon consommateur de folk et de country rock. J’allais être bien servi par Tire Le Coyote.

Eh bien, la bande menée par Benoît Pinette, n’a rien à envier sur scène aux meilleures pointures internationales de ce genre musical. Les deux guitaristes, Simon Pedneault et Shampooing, encrassent le son d’ensemble de belle façon. La recette gagnante, pour que la réussite d’un concert de folk rock soit retentissante, est respectée à la lettre : de l’authenticité mur à mur, une charge émotive sans équivoque et une interprétation juste assez « croche ». Bref, Tire Le Coyote, c’est tout bon.

À 16 h 30, je rejoins de nouveau la scène Van Horne. Et c’est le duo « grunge rock alterno à la Veruca Salt » nommé Partner qui avait l’honneur d’arpenter les planches. Malheureusement, une médiocre sonorisation m’a empêché d’apprécier à sa juste valeur le pop-rock abrasif et bon enfant de la formation. Le tandem a besoin d’une sonorisation explosive pour séduire le public, car même si l’interprétation frisait souvent l’amateurisme, les chansons, elles, tenaient solidement la route. On y entend le meilleur du rock alternatif des années 90. Un peu de Pavement par ci, du Breeders par là, du Weezer vieille époque, des mélodies pop accrocheuses, etc. La paire formée de Josée Caron et Lucy Niles, a du talent, pas de doute là-dessus. S’agit maintenant d’aligner les concerts afin de « professionnaliser » l’ensemble… mais pas trop quand même. La spontanéité est toujours le bienvenu. Un pouce bien levé à l’une des deux meneuses qui a remercié le festival pour la bière et le whisky. Rock on !

Après avoir englouti l’excellent poulet frit de Landry & Filles (oui, c’est une plogue !), je suis retourné à la scène Van Horne pour observer de plus près la formation indie-pop-rock Foreign Diplomats. Cette musique n’est pas ma tasse de thé, tant s’en faut, mais je dois admettre que le chanteur du groupe, Élie Raymond, est un excellent « amuseur public », doublé d’une voix puissante et précise. Même si je crois que le son proposé par le quintette aurait eu un plus grand impact s’il avait été conçu au milieu des années 2000, en concert, Foreign Diplomats livre définitivement la marchandise. Et c’est tout ce qui compte !

(Crédit photo : Julien Gagnon)

L’une des artistes phares du festival, Chan Marshall, alias Cat Power, se produisait à 20 h à la scène Mile-End. Est-ce que la mélancolie emblématique de Cat Power allait envoûter l’assistance ? Est-ce que Chan Marshall allait se montrer sur un jour plus lumineux qu’à l’habitude ? Malheureusement non. On a eu droit à du Cat Power minimaliste, dans son plus simple appareil. Un piano, une guitare électrique, un amplificateur, et l’artiste, somme toute, bien en voix.

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les musiciens qui s’aventurent seuls sur scène. Chan Marshall est courageuse et intègre, mais elle souffre (c’est le cas de le dire !) elle aussi, d’un déficit charismatique. Sans cet indicible talent, impossible de s’en sortir indemne, surtout dans le cadre d’une prestation en plein air destinée à un public pas mal plus enclin à festoyer qu’à écouter attentivement les complaintes d’une chanteuse troublée.

Tout semble déranger la dame. Du subtil feedback de sa guitare, au son de sa voix manifestement pas à son goût ou mal équilibrée dans ses moniteurs, Chan Marshall semblait crispée. Après quelques chansons en format guitare électrique/voix, la dame s’est installée au piano, suivant machinalement la même rythmique et la même vitesse que son jeu de guitare. Et de minute en minute, la clameur s’est élevée, irrespectueuse bien sûr, laissant Cat Power dans son monde, seule sur scène. Aussi triste que déstabilisant.

Après cette prestation assommante, j’ai quitté les lieux… puisque la musique de City And Colour et moi ne faisons vraiment pas bon ménage. J’ai préféré m’abstenir. Pour mon bien-être personnel ainsi que celui de nos lecteurs…

De retour, aujourd’hui sous la flotte, avec Kid Koala, Suzanne Vega, Andy Shauf, Basia Bulat, Patrick Watson et… Godspeed You ! Black Emperor.

Mon compte-rendu demain !

http://mileexend.com/fr