Merge Records Archives - Le Canal Auditif

Critique : Destroyer – ken

Depuis un peu plus de vingt ans, Dan Bejar fait paraître des albums sous le pseudonyme Destroyer. Le membre de The New Pornographers n’a pas fait beaucoup de faux pas dans ses sorties en solo. Si certaines sorties étaient plus obscures, comme Five Spanish Songs en 2013, ça reste qu’il lance peu, ou ainsi pas, de matériel quelconque. Ces deux derniers, Kaputt et Poison Season, avaient tous les deux reçu des fleurs du public et de la critique.

Dan Bejar n’a apparemment pas fini de nous épater. ken est un album qui coule tout seul dans la grisaille de l’automne. Bejar ramène plusieurs éléments qui avaient séduit sur Kaputt et sur Poison Season. Du premier, on retrouve les cuivres chauds et lancinants. Du deuxième, les rythmes qui donnent le goût de taper du pied. Il semble pour ainsi dire avoir pris le meilleur des deux albums pour nous construire un ken magnifique.

L’album s’ouvre sur la mélancolique Sky’s Grey avec son air efficace, ses effets électroniques qui se rapprochent du son d’un cœur qui bat à travers une machine ultrason, son piano délicat et sa guitare mélodieuse. Tinseltown Swimming in Blood est une autre pièce réussie d’un bout à l’autre. Sa ligne de basse assurée par une guitare est aussi répétitive que délicieuse. D’ailleurs, la répétition est une arme préférée de Bejar. Il l’utilise aussi dans ses paroles et le fait à la fin de celle-ci avant que les cuivres chauds débarquent pour rendre la pièce encore plus réussie.

I had no feeling, I had no past
I was the arctic, I was the vast
Spaces without reprieve

I was a dreamer
Watch me leave
Tinseltown Swimming in Blood

Ivory Coast propose des effets de claviers avec un peu de flanger pendant que Bejar chante sur une lente cadence. Rome opte plutôt pour une mélodie de guitare satisfaisante et un drum machine syncopé. Saw You at the Hospital commence en douceur simplicité avec une guitare acoustique et la voix de Bejar avant qu’un piano se mette de la partie et des chœurs de voix plaisant pour les tympans. Il termine l’album avec la formidable La Regle du Jeu chantée avec un accent anglo-canadien très séduisant. Mais c’est surtout son rythme efficace qui attrape l’oreille, ses synthétiseurs chatoyants et sa guitare électrique qui retient l’attention.

On peut dire mission accomplie pour Dan Bejar qui navigue très bien les eaux de la composition dans le cadre de sa carrière solo. ken est un album qui attrape l’oreille rapidement et qui refuse de l’abandonner. Rajoutez à ça une instrumentation intéressante et une poésie luxuriante. Ça donne un résultat final très convaincant.

Ma note: 8/10

Destroyer
ken
Merge Records
40 minutes

Site Web

Arcade Fire – Neon Bible

Ce lundi 6 mars 2017, les mélomanes célébraient le 10e anniversaire de Neon Bible d’Arcade Fire. Oui, déjà dix ans. J’ai été étonné autant que vous en réalisant que ce disque remarquable m’accompagnait depuis tout ce temps. En m’y replongeant il y a trois semaines, j’en suis venu à la conclusion que le deuxième album d’Arcade Fire n’a pas pris une seule ride.

Me replonger dans l’univers de Neon Bible fut un réel plaisir, car, pour moi, comme pour certains d’entre vous, il s’agit d’un album marquant. Cette offrande d’Arcade Fire, possiblement le groupe québécois le plus populaire à l’époque, a évoqué de beaux souvenirs. Je me rappelle encore clairement avoir découvert Arcade Fire par l’entremise d’un de mes enseignants au cégep. C’était en 2004. Il m’avait prêté son CD de Funeral. J’ai capoté. J’ai écouté le disque sur « repeat » pendant un mois. Après un premier microsillon aussi époustouflant que Funeral, les mélomanes étaient en droit d’avoir de grandes attentes en vue de la sortie de Neon Bible. Verdict : mes attentes ont été satisfaites. Il y a dix ans, Arcade Fire nous livrait un deuxième sans-faute.

Tout comme sur Funeral, Arcade Fire propose sur Neon Bible un savant mélange de moments frénétiques et de moments posés. C’est d’ailleurs l’une des qualités d’Arcade Fire. Ils déterminent l’ordre des chansons de la même manière qu’un scénariste doué met bout à bout les scènes d’un film. Une scène paisible dans laquelle l’harmonie règne laisse place à un moment fort, une crise, un pivot. Nous n’avons qu’à penser à Neon Bible qui laisse place à Intervention et No Cars Go qui succède à Windowsill. Sans transparaitre dans chacune des chansons, cette frénésie traverse le disque. Et c’est en partie cette énergie qui me séduit.

J’avoue même que pendant quelques années, lorsque quelqu’un me demandait quel est mon album d’Arcade Fire préféré, je répondais « Neon Bible ». Oui, je sais. Je me suis ravisé il y a quelques années. Cela dit, encore à ce jour, le deuxième microsillon du groupe occupe une place spéciale dans mon cœur.

Bien que toutes les chansons composant ce disque soient de qualité et perdurent après 10 années passées dans nos tympans, certaines se démarquent du lot. Je pense ici aux incontournables Black Wave/Bad Vibrations, No Cars Go et le chef-d’œuvre intitulé My Body Is a Cage.

À réécouter, pour le pur plaisir que procurent les grandes œuvres.

Arcade Fire
Neon Bible
Merge Records
2007