Mastodon Archives - Le Canal Auditif

Les EP à LP de septembre 2017

Rosie Valland – Synchro

Rosie Valland lançait dernièrement un EP de trois chansons qui tournent autour de la composition centrale Synchro. La chanson, même si elle n’évoque en rien le voyage, a été composée à Paris pendant un voyage de composition. Avec cette distance, un amour est né pour Valland et c’est à travers Synchro qu’elle l’exprime. De plus, Valland semble se tourner vers un processus de création décomplexé qui lui donne plus de liberté. Coréalisé avec Frédéric Levac (Pandaléon), l’EP fait aussi appel à Félix Petit (FELP) et Marc-André Lebel.


 
 

Kamasi Washington – Harmony of Difference

Kamasi Washington est de retour après le succès immense d’Epic en 2015. Il lance cette fois-ci un EP touffu de 32 minutes! Plus long que bien des albums. Encore une fois, les talents de jazzman de Washington sont mis de l’avant. Sur Harmony of Difference, Washington s’attaque au « contrepoint », une technique qui cherche à trouver l’équilibre entre les similarités et les différences entre plusieurs mélodies. Alors que les 5 premiers titres sont des compositions originales, la dernière Truth mélange tous les titres précédents. C’est encore une fois réussi à merveille pour Washington.


 
 

La Fête/Laps – Laps/La Fête

Voici deux jeunes groupes à surveiller qui ont décidé de faire tomber cette barrière invisible, mais ô combien tangible, entre la communauté musicale francophone et anglophone. La Fête de Québec s’est allié à Laps originaire de Frédéricton, mais installé à Montréal. Non seulement ça, mais les deux groupes se sont alliés à Katerine Dennie Marcoux pour créer un jeu vidéo interactif que tu peux télécharger avec tout ça. C’est génial et capoté comme projet.


 
 

Charlotte Cardin – Main Girl

Charlotte Cardin a le vent dans les voiles depuis la sortie de son premier EP Big Boy. Voici que la jeune montréalaise en rajoute avec Main Girl, un EP de quatre titres tous très réussis. Cardin poursuit dans sa lancée de pop avec une bonne base de soul qui n’est pas sans rappeler par moment Amy Winehouse, mais en moins sombre. Cardin plonge tête première dans les relations difficiles et les frustrations qui en découlent.


 
 

Alaskalaska – Alaskalaska

Alaskalaska est ton nouveau groupe anglais préféré. Tu ne le sais juste pas encore. Alaskalaska fait de l’indie-pop avec des mélodies langoureuses qui sortent des sentiers battus. La chanteuse Lucinda possède la voix parfaite pour aller avec la musique du groupe qui n’est pas sans rappeler Dirty Projectors, mais avec plus de sonorités chaudes. Le genre de chanson parfaite pour accompagner ta prochaine date… et ça risque fortement de devenir intéressant après que t’aies pesé sur « jouer ».

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Critique: Mastodon – Emperor of Sand

Nul doute, Mastodon est l’un des groupes les plus importants de la décennie 2000-2010 dans le merveilleux monde du métal américain. Alors que le Nü-Metal expirait son dernier souffle, Brann Dailor, Brent Hinds, Bill Kelliher et Troy Sanders nous livraient Lifesblood, un premier EP très agressif, puis Remission, un premier véritable album que j’écoute encore régulièrement aujourd’hui. Leur musique n’avait pas son pareil. Très technique, sauvagement pesante et accrocheuse, malgré une violence omniprésente. Les pièces composées par le quatuor d’Atlanta étaient surtout très intelligentes, en fait. Quand ils sont revenus avec Leviathan en 2004, j’ai su que ce n’était pas qu’un feu de paille et que je resterais accro longtemps.

Mais bon, notre lune de miel eût tôt fait de tirer à sa fin.

Bien sûr, il y a eu Blood Mountain et Crack The Skye, deux albums qui commandent le respect malgré une signature chez Warner. Reste que petit à petit, notre relation s’est effritée. La passion des premiers jours a fait place à la routine et il n’y avait plus de surprises. Les beaux jours de Leviathan étaient de plus en plus loin derrière. Tout était devenu prévisible. Comme sur le pilote automatique. Ça a commencé avec The Hunter, album inégal contenant sa part de bons coups, mais aussi plein d’imitations ratées de Queens of the Stone Age. Ensuite, c’est l’insipide Once More Round the Sun qui a brutalement mis fin à notre relation.

Pour être honnête, j’espérais très fort que Emperor of Sand puisse raviver la flamme. Sultan’s Curse, le premier extrait était quand même chouette et le groupe a renoué avec son ancien logo qui apparaît fièrement sur la pochette fort réussie de l’album.

Tous mes espoirs se sont par contre effondrés dès que j’ai entendu la voix de Brann Dailor, ce batteur qui devrait faire comme avant et laisser Brent et Troy se partager la tâche du chant, couiner les paroles de l’insupportable Show Yourself. Cette chanson-là m’a fait le même effet qu’à l’époque où j’ai entendu Got The Life de Korn. Une ritournelle dance pop cheap déguisée en toune métal. Changez les guitares pour du clavier et la voix de Brann pour celle de Debbie Gibson et ce serait beaucoup mieux. Ce serait en tout cas moins hypocrite.

Bon, tout n’est pas aussi mauvais sur le 7e album du groupe et je me suis surpris à apprécier Precious Stones et Steambreather. Des chansons patentées pour les radios alternatives, au plus grand plaisir des cravatés de chez Warner, probablement. Mais en fait, c’est exactement ce que je reproche à Mastodon Inc. Ces gars-là seraient encore capables de nous surprendre, mais ils se contentent de faire un rock à numéro. C’est solide techniquement, mais il n’y a pas beaucoup de viande autour de l’os pour les mélomanes aguerris et ça s’essouffle très vite. Des petits échos progressifs de Crack the Skye par-ci, des solos trippants par-là, mais rien pour écrire à sa mère. C’est moins affreux que le disque précédent, mais ce n’est pas non plus le grand retour espéré. Too little, too late.

Je vous laisse, j’ai une date avec Power Trip.

Ma note: 6/10

Mastodon
Emperor of Sand
51 minutes
Reprise/Warner

http://www.mastodonrocks.com/

Critique : Gone Is Gone – Echolocation

Echolocation est le premier disque complet de Gone Is Gone, une formation composée de membres d’At The Drive-In (Tony Hajjar), Mastodon (Troy Sanders), Queens Of The Stone Age (Troy Van Leeuwen) et du compositeur de musique de film Mike Zarin. Pour ceux qui seraient tentés de référer à Gone Is Gone comme un super-groupe, libre à vous. Si la définition que vous vous faites de l’exercice vous pousse à vous attendre à des chansons fédératrices et ultras accrocheuses à la Velvet Revolver, alors vous n’êtes peut-être pas à la bonne place.

Car Echolocation est un premier effort dense, pesant et brumeux à souhait. Et même si ses propositions stratifiées ne négligent pas la mélodie, il n’en demeure pas moins qu’Echolocation, comme l’EP qui l’a précédé en 2016, est un album complexe. Sans être inaccessible, c’est un album que l’on doit apprivoiser tout de même pour en déceler toutes les subtilités. Pour le dire de manière plus directe : contrairement à plusieurs œuvres de super-groupes, Echolocation semble guidé par une vraie démarche d’auteurs. Surtout, on sent que la livraison en studio n’a pas été bouclée rapidement en raison des horaires trop chargés des membres du groupe. Ce dernier point était d’ailleurs une critique que j’adressais à un autre projet du bassiste de Mastodon, Killer Be Killed.

Vous voulez une formule encore plus claire? OK. Gone Is Gone est pour les fans de Mastodon, l’équivalent d’A Perfect Circle dans l’histoire de Tool : un chapitre exploratoire. Et quelle drôle de coïncidence, Troy Van Leeuwen a été membre d’APC. Une fois ces considérations énoncées, est-il bon Echolocation? Oui, très bon.

Les Slow Awakening, Colourfade, Road et Resurge sont les moments d’ombre de ce disque. On diminue le tempo, on lève la tête vers le ciel et on plonge dans un firmament trouble. Resolve est aussi du nombre des chansons plus introspectives, mais accroche par sa mélodie qui n’aurait pas fait rougir le bon Ken Andrews de Failure (qui signe d’ailleurs le mixage, toute est dans toute). Pawns, Ornament, Gift et Fast Awakening exploitent davantage la force de frappe pure, de ces musiciens d’expérience et mettent en valeur les talents de compositeur de Troy Sanders. On est aussi ravi sur ces titres de se prendre en pleine gueule la guitare si caractéristique de Troy Van Leeuwen, jouée dans les aigus.

Ma pièce préférée est un élégant mélange de ces deux niveaux d’intensité. La pièce qui ouvre Echolocation, Sentient, est un long déploiement d’ambiances et d’atmosphères avant l’atteinte d’un sommet d’intensité : le refrain qui culminant enfin vers un chrono de deux minutes quarante. La batterie est lente et lourde, les guitares sont d’abord tranchantes puis écrasantes le tout est orné de l’incroyable étendue vocale de Sanders. La pièce connaîtra plusieurs moments de détente avant de déployer son climax final. Un morceau hypnotique, je vous le dis.

En conclusion, Echolocation est une bonne production, un effort honnête. J’aurais aimé que les parts d’ombres et les moments plus bruts s’harmonisent mieux à l’intérieur des chansons, mais l’album est tout de même d’une grande cohérence et d’une intrigante complexité. En un mot, c’est un « grower ». Bonne écoute.

Ma note: 7,5/10

Gone Is Gone
Echolocation
Rise Records
55 minutes

http://goneisgoneofficial.com/