Make It Rain Records Archives - Le Canal Auditif

Critique : Flawless Gretzky – History in the Making

Après 6 ans passés en prison, le rappeur montréalais Flawless Gretzky sort sa première mixtape sous l’étiquette Make It Rain Records. Gretzky veut devenir la vedette locale du Gangsta Rap, un genre qu’il qualifie d’inexistant au Québec. Après l’écoute des 22 pièces qui composent History In The Making, je suis presque certain qu’entre lui et vous, c’est lui le plus gangsta.

L’atmosphère est claire, Gretzky ne rap pas pour dorloter nos oreilles. Les lignes de basses sourdes sont omniprésentes pendant que les sirènes de polices répondent aux coups de feu. Les productions traps forment une cage sombre pendant que Flawless dresse le portrait de son univers. Le quotidien se déroule entre la violence et les célébrations avec des femmes-trophées, le tout en lançant des doigts d’honneur à toute la société.

Le rappeur a un débit qui porte avec assurance et polyvalence tout l’album. Parfois, les mots sortent de la bouche de l’artiste enveloppés d’un cocktail sirupeux (OPS, personnellement une de mes favorites). Le triplet flow qu’on entend partout fait de YEAH YEAH un moment de pure extravagance. L’hymne pop-rap ON ME nous emporte avec autant de facilité que les meilleures balades du garçon en chaise roulante dans Degrassi. L’électro-trap de LIES permet de plonger dans la trame sonore d’un jeu vidéo étrange pour finir sur un freestyle de Gretzky au téléphone, peut-être en direct du pénitencier.

À travers ces sujets superficiels assez communs dans le rapjeu, Gretzky dévoile ses blessures qui le poussent vers un avenir loin de la violence. EGGSHELL raconte la mort du frère du rappeur, alors que ce dernier n’avait 16 ans. Gretzky a dû en prendre plus sur ses épaules. Une pression qui ne lui a pas réussi le menant, on déduit, dans un pénitencier fédéral. Le texte intime est accompagné avec délicatesse par le piano pour supporter les confidences. Alors que les hi-hats surexcités attisent la colère du rappeur qui tentent de sortir du gouffre dans lequel il est tombé.

22 pièces, ça fait beaucoup de trap, mais History In The Making surprend par sa diversité. Les nombreux producteurs (VNCE CARTER, MELOMAYNE NOGAMZ, 420LUNATIC) proposent autant tous les parfums du style de rap sudiste tel un vrai distributeur de liqueur en fontaine. Flawless Gretzky n’a qu’à rajouter ses paroles addictives pour donner un cocktail parfait pour une nuit dans un club ou dans le stationnement d’un dépanneur miteux. Make It Rain Records a su mettre sous contrat un MC au talent brut dont l’arrogance et l’agressivité pourraient facilement s’exporter chez nos voisins du Sud.

Ma note: 7,5/10

Flawless Gretzky
History In The Making
Make It Rain Records
84 minutes

Site Web

Critique : Ouri – Superficial

La DJ Ouri lance son premier album intitulé Superficial. Celle qui collabore régulièrement avec CRi est l’une des rares productrices de musique électronique. Ce milieu dominé par les hommes encore aujourd’hui commence à faire une place aux jeunes femmes qui ont une approche différente. La Montréalaise le démontre avec panache sur ce premier opus.

Contrairement à son titre, Superficial ne fait pas qu’effleurer la surface. Ouri nous livre 8 pièces qui suintent la sensualité, particulièrement lorsqu’Odile Myrtil se met de la partie et prête sa voix. Left Me est une ode qui évoque les coins sombres, illuminés de rouge où les corps se frôlent, lorsque les lèvres se rapprochent graduellement avant connecter dans un moment de suprême lascivité. C’est un sentiment qui est omniprésent sur Superficial.

Ouri nous livre tout de même des pièces un peu plus agressives, qui rappellent celle de son EP Maze paru en mai 2015. En tête de file, on retrouve la rythmée Jungle qui donnent envie de prendre le plancher de danse d’assaut avec sa trame qui gagne en puissance au fur et à mesure que les secondes s’égrènent. Un sentiment qui se transporte dans la suivante, Distracted When You’re Dancing qui joue sur une grande présence de claviers, et un habillage moins obscur que dans les autres pièces. Cette fois, les sons transpirent la lumière et l’énergie.

En fait, ce sentiment soudain de lumière et d’entrain se perpétue pendant quelques chansons pour nous mener à Iddun qui fait un peu le pont entre les compositions lascives et les pièces plus dansantes de Superficial. C’est un des traits plaisants du travail d’Ouri. La jeune femme nous fait vivre un voyage à travers ses compositions qui nous plongent tour à tour dans différents univers et inspire différents sentiments. Il y a de petits défauts, parfois des momentums qui se perdent par le changement de direction d’une pièce, mais ça reste quelques petits moments qu’on oublie rapidement.

Tout ça pour dire que Superficial d’Ouri est très bien réussi. La jeune compositrice démontre son savoir-faire pour la première fois et ça se tient bien d’un bout à l’autre de la galette. On est bien content d’avoir enfin un premier album complet de celle-ci à se mettre sous la dent. Les amateurs de musique électronique sensuelle et d’IDM trouveront chez Ouri une nouvelle voix rafraîchissante.

Ma note: 7,5/10

Ouri
Superficial
Make It Rain Records
36 minutes

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