Lo-fi Archives - Le Canal Auditif

Critique: Hoops – Routines

La formation Hoops originaire d’Indiana nous dévoile Routines, une nouvelle galette qui est parue sous l’excellente étiquette américaine Fat Possum Records. Quelque temps après la sortie d’un EP homonyme, Hoops rapplique avec un côté un peu plus slacker tout en rajoutant des envolées de guitares lousses dans chacune des pièces de la proposition. Analyse.

Dès les premières minutes de Sun’s Out, on note instantanément ces ambiances qui rappellent les années 70. On y trouve quelques synthés par ci, quelques batteries par là. En plus d’avoir des guitares aux motifs bien exécutés, les voix des trois garçons de Hoops (Drew Ausherman, Kevin Krauter, Keagan Beresford) scintillent par leur symbiose et leur précision vocale. On a les deux pieds dans une pop lo-fi psychédélique ensoleillée. Ajoutons le titre Benjals qui propose une production concise de guitares et de synthétiseurs colorés pendant 2 minutes 20. Planant à souhait. Quant à Burden, la bande revient sur les différentes conséquences que peut donner un changement dans une routine constante : It took me away from all my comfortable routines.

Tandis que sur All my Life, on défie un peu les modèles des précédentes chansons avec une voix un peu plus assumée. Moins de reverb, plus de clarté dans les arrangements musicaux. Chouette. On aime particulièrement On Top qui est la pièce de résistance du disque. Le meneur de jeu Drew Ausherman chante :

Keep your head up, you’re doing fine
I know it’s hard but you’ll be alright
Don’t think twice when it all goes wrong
Put in time, you’ll come out on top.
– On Top

La piste nous offre un vent d’optimiste qui fait du bien à la tête. En vérité, il n’y a pas de raisons de se sentir lourd après l’écoute de cette chanson. Tout est aéré. On ne fait qu’avancer et c’est tout. Si vous connaissez bien la bande d’Indiana, vous saurez que cette manière de travailler revient souvent dans la démarche artistique de Hoops. Par contre, l’aspect lo-fi qui occupe une place imposante dans le disque peut achaler certains. Les arrangements ne sont pas assez aboutis à leur plein potentiel comme sur On Letting Go. On reste un peu coincé dans certains modèles musicaux de création. Ce qui donne l’impression de faire du surplace. Quoi qu’il en soit, Routines ne réinvente pas nécessairement la roue, mais fait tout de même le travail.

Tenez, voici un conseil.

Vous irez prendre la route avec Routines dans votre radio. Soyez spontanés. Ouvrez vos fenêtres. Sortez vos mains du véhicule et laissez vous aller au gré du vent. Un brin de folie… gracieuseté de Hoops.

Ma note: 7/10

Hoops
Routines
Fat Possum Records
30 minutes

https://hoops.bandcamp.com/album/routines

Critique : Guided by Voices – August by Cake

Robert Pollard, dit le vétéran créateur rock atteint d’hyperactivité folle, nous balance un album par année (ou deux ou trois) que ce soit en mode solo, sous l’appellation Ricked Wicky ou encore avec les mythiques Guided by Voices. Et 2017 est une année bien spéciale pour le père Pollard. En effet, cet August by Cake, produit avec ses acolytes de Guided by Voices, constitue son 100e album en carrière. Dans le privé, je vous aurais lâché un ta… bien senti, mais puisque LCA est un média respectable et respecté, je vais m’abstenir. N’empêche que 100 productions en carrière, c’est une performance de cinglé !

Au cours des 25 ou 30 dernières années, le doyen nous a toujours proposé une armada de chansons ponctuées de vers d’oreilles souvent conçus à partir d’une simple phrase absurde. En même temps, Pollard est aussi le maître de l’auto-sabotage en ajoutant régulièrement des effets de studio bizarres à ses pièces ou en mettant fin à une chanson de manière abrupte. Bref, on aime ou on déteste le bonhomme. Comme vous pouvez vous en douter, je suis preneur.

Pollard est un artiste totalement libre adoptant une démarche artistique sans compromis. Les règles marketisées de la sacro-sainte industrie de disque (avec tout ce qui pullule de blaireaux et de m’as-tu-vu) sont toujours pulvérisées. La majorité de ses chansons dépassent rarement la barre des deux minutes et même si mélodiquement parlant, le musicien n’a pas de leçon à recevoir de personne, il s’amuse toujours à casser le rythme et à déjouer l’auditeur.

Évidemment, le but de l’exercice c’est de pousser à bout tous ceux qui hésitent à le suivre les yeux fermés. Ainsi, ç’a le mérite d’être clair. Sans endosser pleinement la démarche, je respecte au plus haut point ce genre de créateurs qui se fout des convenances… au risque de s’auto-détruire.

Alors ce 100e album ? C’est bon ? Ben oui. C’est bon comme d’autres se plairont assurément à taper sur cet August by Cake qui constitue un simple survol de tout ce que GBV a pu créer au cours de sa carrière. Dans les deux cas, personne n’a tort et personne n’a raison.

Au menu ? 32 chansons contenant au-delà de 70 minutes de musique. Encore une fois, très peu de « longues chansons » s’y trouvent. Garage rock, folk frémissant, influences sudistes, influences psychédéliques et krautrock se côtoient en toute cohérence. On est bel et bien dans la grande famille du rock alternatif lo-fi typiquement états-unien.

Encore une fois, le vieux bouc nous refait le coup de la ballade folk prenante avec What Begins On New Year’s Day et Whole Tomatoes. On pense à J Mascis en écoutant Overload. On délire en mode krautrock dissonant avec Chew The Sand. On se dit que Pollard est un maître mélodiste en écoutant Dr. Feelgood Falls Off The Ocean. On a la larme à l’œil à l’écoute de The Laughing Closet et on aime les cuivres dans 5 Degrees on the Inside. Il y a aussi d’innombrables moments qu’on pourrait qualifier de remplissages, mais avec Pollard, c’est la norme. On accepte, car lorsqu’il atteint la cible, il la fracasse de plein fouet.

August by Cake est une belle porte d’entrée pour le jeune mélomane qui voudrait en apprendre un peu plus sur le travail de GBV et pour ce qui est des fans finis, personne ne se sauvera en courant en écoutant cette 100e création. Mes respects, M. Pollard. Peu de musiciens ont accompli ça : 100 disques. Wow !

Ma note: 7/10

Guided by Voices
August by Cake
GBV inc.
76 minutes

http://www.robertpollard.net/

Critique : Homeshake – Fresh Air

Vous connaissez Homeshake? C’est le projet de Peter Sagar, un Edmontonien qui s’est installé à Montréal en 2011. Depuis sa décision de quitter sa ville natale, il a été guitariste de Mac DeMarco avant que sa propre carrière décolle sous le nom qu’on lui connaît maintenant. Et ça sonne comment Homeshake? C’est du R&B lo-fi, enregistré en toute intimité. Il compte déjà deux albums à son actif : In the Shower paru en 2014 et Midnight Snack lancé l’année suivante. Un an et demi plus tard, il revient avec son troisième opus : Fresh Air.

Disons tout d’abord que l’album porte merveilleusement son nom. Tout comme une brise matinale en plein été, Fresh Air est aussi cool qu’il en est humainement possible. C’est posé et détendu sans être relâché. C’est le type d’album à faire jouer pour sa « date », pour mettre tout le monde en confiance et dans une atmosphère charnelle. C’est réconfortant, mélodieux et groovy à souhait.

Hello Welcome qui ouvre la galette possède le velours de Barry White sans la grosse voix de l’Américain. Des guitares subtiles, claires et douces nous prennent par la main pour nous entraîner dans l’univers du Montréalais. Puis, il nous envoie l’intoxicante Call Me Up par la gueule. Sa voix aiguë, toujours sur le bord d’un fragile trémolo colle à perfection aux trames dépouillées et efficaces qu’il compose. On a l’impression d’être dans la chambre de Sagar pendant qu’il nous chante la pomme. Every Single Thing est sculptée des mêmes matériaux, mais en plus dynamique. Elle est accrocheuse et efficace. Les claviers sont nuancés et bien dosés. Vous pouvez classer Serious dans la même catégorie avec ses sirènes, ses sonorités funky.

Cependant, c’est les chansons un peu bizarres, aux rythmes dichotomiques inspirés du hip-hop qui évitent que l’album sonne comme une longue traversée calme. Not U est l’un des meilleurs exemples avec son rythme appuyé, toujours tissé de quelques sonorités et de la voix de Sagar. C’est simple, efficace et absolument non conventionnel. On reconnaît certaines similarités avec les sonorités de Mac DeMarco. Les deux étaient un match naturel et il n’est pas surprenant qu’ils aient collaboré en début de carrière. On reconnaît aussi le même genre d’approche vocal qui verse dans la nonchalance et plus-que-relax. Mais attention, ce n’est pas mou pour autant.

Homeshake offre un troisième album très réussi avec Fresh Air. Si vous aimez la musique posée, qui ne vous fera pas battre la patate à 120 battements/minutes, vous allez adorer. C’est velouté comme un chocolat chaud d’après-ski, réconfortant comme une soirée chaude de juillet lorsque le soleil se couche. Ça vaut le détour.

Ma note: 7,5/10

Homeshake
Fresh Air
Sinderlyn Records
44 minutes

https://homeshake.bandcamp.com/