Lil Peep Archives - Le Canal Auditif

Les grands disparus de 2017 : chronique nécrologique

Pourquoi faire un registre des morts de l’année? C’est un peu macabre, non? Eh bien, parce qu’ils méritent un certain hommage et surtout qu’on se souvient d’eux. Voici donc une liste chronologique des gens (ou des institutions importantes) qui nous ont quittés cette année.

Mars

Chuck Berry : Rare sont les musiciens aillant eu autant d’importance sur un genre complet en musique. Chuck Berry était un être aussi unique que créatif. Ce pionnier du rock’n’roll continuait de jouer dans un restaurant près de chez lui tous les mercredis soirs lorsqu’il n’était pas en tournée jusqu’en 2014. C’était un vrai.


 
 

DEP Distribution : En mars dernier, les actionnaires de DEP Distributions ont décidé de saborder l’entreprise et la mettre en faillite. Cela a laissé des dizaines de personnes sans emplois, de nombreux artistes et petites maisons de disques dans l’eau chaude.

Mai

Chris Cornell : Le chanteur de Soundgarden et Audioslave s’est enlevé la vie dans sa chambre d’hôtel après un spectacle le 18 mai. Cornell s’est battu contre la dépression et ses démons pendant de nombreuses années. Ils auront finalement eu raison de lui.


 
 

Greg Allman : L’un des Allman Brothers s’est éteint des suites de complications dues à un cancer du foie.

Juin

Prodigy : La moitié de Mobb Deep est mort en juin dernier après plusieurs journées passées à l’hôpital. Il était atteint d’anémie chronique.

Juillet

Chester Bennington : Le chanteur du groupe Linkin’ Park s’est enlevé la vie le 19 juillet dans sa demeure californienne.

Août

Le Théâtre de la vieille forge : Le 15 août dernier une très mauvaise nouvelle attendait les habitants de Petite-Vallée à leur réveil. La célèbre salle de spectacle de Gaspésie était prise par les flammes.

Grande désolation ce matin, un trésor national est la proie des flammes. Heureusement, il n'y avait personne sur place….

Posted by Village en chanson de Petite-Vallée on Tuesday, August 15, 2017

 
 

LP Labrèche a eu la chance de participer à certaines des dernières images de cet endroit lors de l’enregistrement de Plaque Tournante en juillet dernier.


 
 

Septembre

Charles Bradley : Charles Bradley aura dispersé l’amour autour de lui jusqu’à la toute fin. Encore pendant le Festival International de Jazz de Montréal, deux mois avant de trépasser, il nous offrait une performance survoltée. Bon repos, monsieur Bradley, vous le méritez.

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Critique : Lil Peep – Come Over When You’re Sober, Part I

Ernest Hemingway a été le grand témoin de la génération perdue : « la “génération perdue”, d’hommes et de femmes qui, à cause de la Première Guerre mondiale, n’ont plus foi dans les valeurs morales et qui vivent avec un désintérêt cynique tout ce qui ne concerne pas leurs propres quêtes émotionnelles. »

S’il l’a fait à l’époque, aujourd’hui on remarque une certaine tendance à faire de même par une génération de jeunes créateurs. Ceux-ci incarnent les stigmates des changements sociaux: la mort du mariage en tant que principe fondateur des relations amoureuses, l’amour au temps du numérique, la société du loisir et la facilité à consommer des drogues qui ouvrent l’esprit ou permettent une euphorie temporaire.

« Lil Bo Peep with a brand new bitch
In the back of the club with the GothBoiClique
Iced out teeth, want an iced out whip
With the limousine tints, you can suck my dick
Friends switch up when you in a Benz truck (skrrt)
Hoes wanna fuck, tell a bitch, « Good luck »
Hoes wanna fuck ’cause it just came up
Drugs in my nose, good drugs in my cup »
– Benz Truck (Гелик)

Si ces premières paroles vous offusquent, vous risquez de trouver l’écoute de Come Over When You’re Sober, Part I particulièrement ardue. Lil Peep sur ce premier album en bonne et due forme après une multitude de mixtapes et d’EP paru en douce dans les deux dernières années. C’est le magazine américain qui a mis le « spotlight » sur son œuvre qui commençait à faire jaser. Et avec raison.

Lil Peep mélange habillement le rock emo et le trap. Disons que dans les possibilités d’amalgamer rap et rock, il a réussi de manière pas mal plus flamboyante que Limp Bizkit. S’il possède certains traits de la culture hip-hop dans ses paroles, on se retrouve devant une majorité de textes à connotations émotionnelles, plongeant dans la noirceur de l’âme heurtée :

«Runnin’ away from you takes time and pain
And I don’t even want to
So I’m gettin’ high all week without you
Popping pills, thinking about you »
– U Said

Lil Peep n’est certainement pas le plus grand poète de son époque. Ses textes et surtout ses rimes restent très basiques. Mais c’est un mélodiste doué qui sait créer des airs vocaux qui vous restent en tête plusieurs jours après l’écoute. Un don qui n’est pas donné à tous. Avec ses mélodies qui coulent naturellement Lil Peep nous attire dans son univers de relations tumultueuses, de néons de bar et de lignes faites en vitesse dans les toilettes entre deux Red Bull-Vodka.

The Brightside avec son riff de guitare simple et efficace représente un petit bijou de musique pop. C’est un peu ce qui est à attendre du jeune homme qui saura sans doute percer dans un milieu où il aura toujours l’aura de méchant garçon. C’est un peu comme si Justin Bieber osait dire ouvertement à tous ces fans : « je pop des pills et j’ai envie de mourir. » Et si une chose ressort des thématiques de Lil Peep, c’est qu’il est conscient de l’autodestruction qu’il chante. Est-ce qu’il la vit? C’est son jardin secret, mais certainement qu’il observe ce qui se passe autour de lui.

« Help me find a way to pass the time (to pass the time)
Everybody telling me life’s short, but I wanna die (I wanna die)
Help me find a way to make you mine (make you mine)
Everybody telling me not to, but I’m gonna try
Now I’m getting high again, tonight »
– Brightside

Le moment où certains mélomanes plus âgés cracheront sur Lil Peep en disant que c’est de la musique remplie de vent plutôt que de substance arrivera. Mais c’est qu’ils seront déconnectés de ce qui arrive sur le plancher des vaches. Peut-on blâmer Lil Peep de voir tout en noir? Après tout, il est né dans un monde en plein changement qui cherche toujours ses repaires et qui met à la tête d’un pays un milliardaire qui représente tout ce qui est sombre et lugubre à ce point-ci de l’histoire. Il y a de quoi se geler pour oublier qu’on fait partie d’une telle société.

Ce mal d’être se transforme en petites pépites d’or entre les mains de Lil Peep. Come Over When You’re Sober manque de finesse dans la poésie. Et c’est très court pour un premier album, 24 minutes bien compactes. Mais il n’a que 20 ans. Même si les temps peuvent être sombres, l’avenir semble prometteur pour le jeune homme.

Ma note: 7,5/10

Lil Peep
Come Over When You’re Sober, Part I
Indépendant
24 minutes

http://www.lilpeep.party/