Le Trouble Archives - Le Canal Auditif

Critique : Le Trouble – Making Matters Worse

Il faut parfois partir loin de chez soi pour prendre conscience qu’on est finalement bien à la maison. En 2014, le groupe montréalais Le Trouble semblait promis à une carrière internationale après la parution d’un premier EP encensé par la critique (dont le chic magazine Spin), réalisé sous l’égide de la maison de disque de Los Angeles Lava Records (le même que Lorde) et qui lui avait valu une prestation à Osheaga.

Mais voilà, le rêve américain n’est pas toujours aussi idyllique qu’il n’y paraît (encore moins depuis l’élection de vous savez qui…) Déçue de son expérience, le quintette mené par le chanteur d’origine australienne Michael Mooney a finalement choisi de signer avec la maison Indica, plus en phase avec ses valeurs et ses aspirations. Et c’est ainsi que nous arrive enfin le premier album complet du groupe.

La première chanson de Making Matters Worse semble d’ailleurs faire écho à ce parcours tumultueux emprunté par Le Trouble : « Baby/We did it our way/Do it our way/We chased it/We did it our way/Do it our way », chante Mooney sur l’entraînante How Was I Know? Musicalement, l’esthétique de la chanson demeure fidèle au son du groupe depuis ses débuts il y a cinq ans, avec ses guitares tranchantes d’inspiration punk et ses refrains accrocheurs, style pop bonbon.

Si le résultat est plus léché que sur l’EP Reality Strikes, le groupe a conservé son approche garage, avec cette énergie presque adolescente qui se dégage de chansons comme White Knuckles, Ghost Surfer USA ou Fistful of Glitter, le tout porté par des mélodies riches qui s’imposent telles des vers d’oreille. On ne s’étonne pas d’ailleurs d’apprendre que Mooney et le guitariste Maxime Veilleux se sont connus à une époque où ils écrivaient des jingles pour les pubs et la télévision.

Comme l’illustre la pochette de ce Making Matters Worse, qui semble montrer un appartement sens dessus dessous au lendemain d’une fête qui a mal viré, la musique du Trouble en est une de party, qui vise avant tout à divertir. Il y a bien quelques exceptions, comme l’étonnante Easy Enough, d’inspiration dream pop avec sa voix éthérée et sa rythmique électro. Mais pour un groupe qui s’abreuve au punk, en tout cas dans l’esprit, on aurait souhaité quelque chose d’un peu plus grinçant. Oui, les guitares sont sales, mais l’ensemble reste relativement propret.

Musicalement, Le Trouble parvient à proposer quelque chose de singulier et original, même si on entend toutes sortes d’influences qui s’enchevêtrent. Il y a un petit côté The Clash dans l’énergie et l’attitude, un peu de Malajube dans les riffs accrocheurs et les hymnes pop et les sonorités de guitare peuvent parfois évoquer The Dears ou Wolf Parade. Et cette voix polyvalente de Mooney, capable de sonner tantôt comme un Rod Stewart en mode rauque ou un Patrick Watson en falsetto.

Au final, le groupe complété par le guitariste Bao-Khanh Nguyen, le bassiste Garrett Dougherty et le batteur Jesse Gnaedinger peut se féliciter d’avoir fait le pari de la patience, ce qui lui permet d’offrir un album cohérent, honnête et sincère, et qui laisse entrevoir un beau potentiel pour ces gentils fauteurs de trouble.

Ma Note: 7/10

Le Trouble
Making Matters Worse
Indica Records
33 minutes

http://www.letrouble.com/

10 albums à surveiller en février 2017

Le Trouble – Making Matters Worse (3 février)

Le groupe montréalais Le Trouble fait jaser de lui depuis quelque temps. Après un EP bien accueilli par la critique, ils accouchent enfin d’un premier album. Ses mélodies rock sont entraînantes et accrocheuses. Ce n’est pas sans rappeler les débuts de The Strokes, mais en plus indie-rock. How Was I To Know? est efficace et conquis aux premières écoutes.


 
 

Elbow – Little Fictions (3 février)

Elbow avait lancé le très appréciable The Take Off and Landing of Everything en mars 2014. Ce dernier avait conquis la critique avec ses textes imagés et bien écrits, ses orchestrations riches et ses airs convaincants. Magnificient (She Says) donne un avant-goût prometteur de la nouvelle galette. On y entend toujours de merveilleuses et riches orchestrations qui entourent la voix de Guy Garvey.


 
 

Mozart’s Sister – Field of Love (17 février)

La Montréalaise Mozart’s Sister avait fait belle figure avec son album Being paru en août 2014. Son électro-pop possède des penchants artistiques bien évidents et compte sur des mélodies atypiques, mais plaisantes pour les oreilles. On peut tracer des parallèles avec les premiers albums de Grimes bien qu’elle semble moins tentée par la pop grand public.


 
 

Tim Darcy – Saturday Night (17 février)

Le chanteur d’Ought caressait le désir de faire paraître des chansons en solo. Celles-ci sont plus légères et hop la vie que les exigeantes compositions engagées d’Ought. On y retrouve des mélodies assez convaincantes et des textes qui explorent les petites choses de la vie qui peuplent notre quotidien. À l’écoute des deux extraits parus à date, c’est assez entraînant et prometteur.


 
 

Beyries – Landing (24 février)

Beyries est une nouvelle venue sur la scène québécoise. La première fois que nous l’avons vu, c’est aux Quartiers d’Hiver l’an dernier. La Montréalaise offre une pop douce au piano et à la guitare qui est très souvent touchante rappelant vaguement Tori Amos. Les amateurs de bonne pop découvriront la jeune femme avec délectation au courant des prochaines semaines.

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