Laurence Lafond-Beaulne Archives - Le Canal Auditif

Les 3 étoiles du 26 mai 2017

Paloma – Blue Paradise

Quand Laurence Lafond-Beaulne n’est pas en train de faire un duo de feu avec Philippe B. ou encore en train de chanter avec Camille Poliquin dans Milk & Bone ou encore en train de lancer une super belle initiative citoyenne pour réduire l’impact environnemental des tournées d’artistes, eh bien, Laurence aime bien relaxer en… faisant un nouveau projet avec Marc-André Gilbert du Studio Appolo. On ne sait pas comment elle fait, mais elle le fait, et très bien en plus. Blue Paradise, c’est doux pour les oreilles et ça reste un peu dans le spectre musical de Milk & Bone.


 

Chances – Leave The Light On

Le trio de Vincent Carré, Chloé Lacasse et Geneviève Toupin se nomme Chances. Si vous l’aviez manqué, nous vous avons déjà parlé de leur premier simple Shine qui était lui aussi assez réussi merci. Leave The Light On continue dans la même veine et rend encore plus limpide les liens de filiation entre leur son et celui de Local Natives. C’est de la pop bien réussie dans laquelle les voix de Lacasse et Toupin se tressent pour former un rayon lumineux et puissant de vibrations sonores. Du gros plaisir pour les tympans!


 

Floating Widget – Rock & Roll Jubilee

Tu te dis : du gros rock, ça ne se danse pas! Attention, attention! Floating Widget te prouve tout le contraire avec son vidéoclip pour la chanson Rock & Roll Jubilee réalisé par Morèna Lagrandeur. Les danseurs te démontrent qu’il est possible de se faire aller la vareuse sur un moyen temps. Le tout pendant que Vince Peake gueule sa joie. Si vous voulez les voir live, ils feront la première partie des Ékorchés le 2 juin au Petit Campus!

Critique : Philippe B – La grande nuit vidéo

Trois ans après le célébré Ornithologie, la nuit, Philippe B nous présente cette semaine La grande nuit vidéo. Un cinquième album solo qui pige dans le langage et l’imaginaire du cinéma, la pop américaine des années 70, les soirées « Netflix and chill » en couple et surtout l’essai L’Espèce fabulatrice de la romancière albertaine Nancy Huston, dont est tiré le thème principal de ce nouvel album : notre rapport à la fiction à travers le prisme du couple au quotidien. D’où vient cette projection fictive qui, par exemple, pousse des amoureux à se blottir sous les couvertes pour… regarder d’autres couples s’entredéchirer dans leurs fictions préférées? Que peut-on apprendre sur nos relations par la fiction que l’on consomme?

C’est le genre de réflexion que nous propose monsieur B au fil de cette grande nuit vidéo. Un panorama sans complaisance des départs incertains, grands vertiges et petits doutes propres à l’amour-brasier qui s’est transformé, fonction du temps, en nouvel épisode « qu’on fera jouer demain ».

Musicalement, l’artiste se tient généralement dans ses terres, le texte bien à l’avant-plan, campé sur cette voix de raconteur, toute en proximité, qui fait l’essentiel du travail mélodique. Les épisodes sont, le plus souvent, bien dépouillés : il s’y présente souvent seul, guitare ou piano sous les doigts. L’affaire est toujours intime, une tradition chez lui, mais s’ajouteront ici et là jusqu’à seize musiciens aux cordes dans des élans orchestraux qui campent aussi bien l’interlude que l’épilogue (Le Monstre du lac Témiscamingue, Les disparus).

L’addition la plus lumineuse de ce nouvel effort, cependant, est celle de Laurence Lafond-Beaulne, du duo Milk & Bone. Curieusement, malgré la longue feuille de route menant à ce cinquième album, voici les trois premières collaborations chantées en bonne et due forme pour Philippe B – un arrimage que l’on souhaite bien voir se reproduire. La chimie est irrésistible et donne lieu à quelques-uns des meilleurs moments de l’album, dont Sortie/Exit et Rouge-gorge, cette dernière déjà immortalisée par un sublime vidéo signé Raphaël Ouellet. À voir et à entendre!

Coup de cœur également pour la belle sensibilité folk sur Interurbain, sorte de lettre envoyée à cet ami d’enfance qui passe ses jours sur le « lac au Témis », alors que l’auteur « trouve l’amour… à taverne Chez Baptiste ». Bien des plumes marient le mal du pays et la bonhomie de feu de camp en tombant dans le ringard. C’est justement le grand talent de Philippe B de savoir parler de l’anecdotique en le rendant familier, en surlignant dans nos épisodes quotidiens cette chaleur qu’on prend trop rapidement pour acquise.

Dans cet exercice de réflexion sur la fiction et le couple, c’est la maturité et le bon angle de réflexion qui font de La grande nuit vidéo une œuvre particulièrement réussie, et un des meilleurs albums de chanson parut au Québec cette année. L’amour dans sa mécanique quotidienne, brutalement ordinaire, est un sujet trop souvent mal abordé, guetté par le piège de la nostalgie teintée sépia qui tourne à vide. Un piège qu’évite avec brio Philippe B, qui encore une fois démontre l’étoffe de ces grandes plumes qui savent captiver, trouver l’image qui fait mouche. Dans son cas, la recette est fort simple : sincérité, intelligence, et cette touchante vulnérabilité du gars, tout nu, qui cherche ses lunettes.

Coups de cœur : Sortie/Exit, Rouge-gorge, Interurbain, La grande nuit vidéo

Ma note: 8,5/10

Philippe B
La grande nuit vidéo
Bonsound
41 minutes

http://www.philippeb.ca/