La Brute du Rock Archives - Le Canal Auditif

USA Nails – No Pleasure

Votre voisin s’immisce beaucoup trop souvent dans votre quiétude du dimanche matin en passant sa tondeuse à gaz qui pue, à l’heure où même les coqs dorment profondément et rêvent à des poules? Ici, je ne parle pas des poulettes qui se tiennent dans les bars de douchebags et qui portent une quantité ahurissante de maquillage ainsi que des jupes trop courtes. Je parle bel et bien de celles qui pondent des œufs quotidiennement. Puis, vous êtes du genre à vouloir vous venger, et surtout ne pas perdre un combat de coqs? Voici la recette miracle : sortez votre meilleur système de son, vers 23 h, un mardi soir, et faites jouer la musique de USA Nails à pleine puissance en direction de la maison du voisin en question. Vous venez assurément de gagner le combat. Le seul hic, c’est que vous pourriez devoir négocier avec la police dans les minutes qui suivent.

Tout comme l’indique le titre de l’album, No Pleasure ne procurera absolument aucun plaisir à votre voisin en train de boire une tisane pour l’aider à dormir, car on y retrouve un noise rock tout sauf délicat et gentil. Et tout comme ne l’indique pas le nom du groupe, USA Nails a vu le jour à Londres, en Grande-Bretagne, plutôt qu’aux États-Unis.

USA Nails, qui donne dans la musique qui n’est pas recommandée pour l’animation d’un excitant concours de limbo sur une plage aux Caraïbes, saura fortement plaire aux nombreuses brutes qui aiment engraisser leurs acouphènes à l’aide de rock bruyant, comme le font si bien les groupes Mclusky, Blacklisters, Drive Like Jehu ou Big Black.

Mais que retrouve-t-on exactement sur ce No Pleasure? Tout d’abord, ça débute avec une section rythmique qui est solide comme le béton, et qui s’assure de vous botter sauvagement et constamment à l’endroit où le dos perd son nom. Mais là où le groupe se démarque plus particulièrement, c’est au niveau du jeu des guitaristes. En effet, les deux instrumentistes à six cordes prennent un malin plaisir à nous garrocher en pleine gueule des accords dissonants et très bruyants qui se superposent ou se relancent d’un bord à l’autre de cette demi-heure que dure le disque. Aussi, les deux brutes affectionnent particulièrement les imposantes distorsions tout comme les effets de guitare aliénants et s’amusent parfois à effectuer des feedbacks contrôlés de façon magistrale. Absolument rien pour plaire aux amateurs de musique baroque.

En ce qui concerne la réalisation, USA Nails semble avoir délibérément choisi l’énergie, l’intensité et les assauts sonores, au détriment du polissage et de la finition. Une excellente décision en ce qui me concerne.

Bien sûr, ce No Pleasure ne retiendra pas l’attention du plus grand nombre, mais charmera les plus fervents tripeux de musique qui rince les canaux auditifs bien comme il faut. Le genre de galette qui, à mon humble avis, représente le futur du punk et du noise rock. Aucun doute possible, No Pleasure est un incontournable dans le genre.

En terminant, sachez que leur nouvel album, intitulé Shame Spiral, leur troisième en carrière, verra le jour à la mi-juin et qu’il pourra fort probablement servir à perturber votre tout nouveau voisin qui vient d’emménager récemment à côté de chez vous. Bien entendu, il se pourrait que vous deviez négocier de nouveau avec les flics.

USA Nails
No Pleasure
Bigoût Records / Smalltown America
32 minutes
Paru en 2016

1. I Am Normal
2. Palm Them Off With Me
3. You’re A Stain
4. You Sing For Yourself
5. They’d Name An Age
6. Laugh It Up
7. Automated Cyst
8. Holiday
9. Make Me Art
10. I Am In A Van
11. I Cannot Drink Enough

https://usanails.bandcamp.com/

Iron Reagan – Crossover Ministry

Iron Reagan c’est une brigade constituée de cinq pouilleux, en provenance de Richmond dans l’état de Virginie, aux États-Unis, et qui combinent le thrash métal à du speed métal et du punk/hardcore de catégorie A. Est-ce qu’ils sonnent parfois quelque peu comme les vétérans et vénérés métalleux Slayer? La réponse est évidemment affirmative. Est-ce qu’ils nous rappellent à l’occasion les pionniers du punk/hardcore que sont les Dirty Rotten Imbeciles? La réponse est encore une fois dans l’affirmative. Est-ce que leur musique me donne envie de crisser le son dans le fond pis boire de la bière comme un adolescent? Je vous laisse deviner la réponse.

Constitué de dix-huit chansons, pour un total de vingt-neuf minutes, Crossover Ministry est un album qui n’a absolument rien d’apaisant. En effet, on y retrouve sur celui-ci des guitares aussi mordantes que l’a été Mike Tyson durant son combat face à Evander Holyfield en 1997, puis une batterie qui s’assure de nous rappeler du début à la fin que nous n’avons pas affaire à un album de musique ambiante qui favorise la détente et la réflexion profonde. Disons que ça pioche en masse pis que si tu veux te garder le toupet en place, tu as intérêt à te vider une vieille canette de fixatif à cheveux sur la tête.

Iron Reagan compte dans ses rangs quelques vieux routiers qui proviennent, entre autres, de bands tels Municipal Waste, Darkest Hour et Cannabis Corpse (à ne pas confondre avec Cannibal Corpse), puis l’expérience acquise au sein des ces diverses formations s’entend très bien. Ces salopards ont su convaincre l’inimitable Kurt Ballou (Converge) à s’activer derrière la console pour le mixage final et, encore une fois, il accomplit de l’excellente besogne. C’est que l’ami Ballou a su capter la fougue et l’approche « old school » du groupe tout en leur donnant un son qui ne semble pas trop dépassé et désuet. C’est un peu comme si 1988 sonnait comme 2017. Mettons.

Parmi les meilleurs coups de hache dans le front, on y retrouve A Dying World qui ouvre le bal admirablement bien à l’aide de puissants riffs que tous les fans de métal sauront appréciés. Il y a aussi la très musclée Dead With My Friends que ne renierait sûrement pas D.R.I. Tout comme la suivante qui est intitulée No Sell qui, avec sa durée de treize secondes, ne vous donne même pas le temps de cligner des yeux. Que dire de plus à propos de la pas vraiment subtile Fuck The Neighbors? À part qu’elle donne envie de lancer un furieux « mosh pit » dès qu’elle joue. Parmi mes préférées, il y a Bleed The Fifth et Shame Spiral qui se retrouvent dans le dernier tiers de l’album. Album qui, dois-je le rappeler, ne donne pas le moindre répit à l’auditeur. Une réelle décharge électrique de la première à la dernière seconde. Des 220 volts à part de ça.

Il est évident que pour le commun des mortels que ce disque pourrait goûter le sable, mais pour toutes les brutes de ce monde, ce Crossover Ministry est une oasis de violence sonore.

En terminant, sachez que si je devais donner une note sur l’échelle de Richter à Crossover Ministry, l’Amérique du Nord serait en sérieux danger de s’écrouler. Quoiqu’avec le bouffon de Donald Trump aux commandes, il n’est pas impossible que ça se produise.

Iron Reagan
Crossover Ministry
Relapse Records
29 minutes
Paru en 2017

Liste des chansons :

1- A Dying World
2- You Never Learn
3- Grim Business
4- Dead With My Friends
5- No Sell
6- Condition Evolution
7- Fuck The Neighbors
8- Power Of The Skull
9- Crossover Ministry
10- More War
11- Blatant Violence
12- Parents Of Tomorrow
13- Bleed The Fifth
14- Megachurch
15- Shame Spiral
16- Dogsnotgods
17- Eat Or Be Eaten
18- Twist Your Fate

https://ironreagan.bandcamp.com/

The Dirty Nil – Higher Power

C’est en 2006 que la formation The Dirty Nil a vu le jour lorsque trois adolescents fréquentant la même école secondaire, à Dundas, pas très loin d’Hamilton en Ontario, ont décidé de s’unir pour former un band punk.

Maintenant devenus des hommes dans la vingtaine, Luke Bentham, David Nardi et Kyle Fisher ont lancé il y a un an, plus précisément le 26 février 2016, leur premier album en carrière. Il est judicieusement intitulé Higher Power. Disons que l’énergie et la fougue que l’on retrouve sur cette galette punk tendent à donner raison au titre choisi.

De nos jours, avec tous les sous-genres de musique punk existants, le public est devenu beaucoup plus varié et par le fait même, moins homogène qu’à une certaine époque. Voilà pourquoi le terme « musique punk » me semble plus galvaudé que jamais… et qu’il me tombe parfois royalement sur les nerfs. Cela dit, je ne peux décrire la musique de The Dirty Nil comme étant du blues ou du hip-hop, ce serait un grossier mensonge digne de Donald Trump, ce grand toupet orangé qui semble détenir la vérité absolue; un spécialiste des « faits alternatifs ».

Ce serait aussi une fausseté d’affirmer que la formation canadienne vise le public qui écoute le pop-punk bonbon/soporifique de Simple Plan. Bien qu’elles soient parfois bruyantes et enragées, ce serait également une tromperie que de faire croire que les chansons de The Dirty Nil sont aussi assourdissantes que celles des anglais Blacklisters ou Pulled Apart By Horses.

Alors où se situe exactement le punk de The Dirty Nil dans tout ça? Je dirais qu’il se rapproche davantage de la musique de groupes tels que Greys, Titus Andronicus, Fidlar et Meat Wave. À noter que certains riffs ou sonorités peuvent facilement rappeler certaines excellentes formations des années 90. Je pense entre autres à Handsome, Quicksand, Seaweed et Nirvana.

Avec son énergie débordante et ses mélodies qui savent captiver l’attention, Higher Power devient vite une invitation au péché sonore. Effectivement, l’offrande de dix chansons, pour un court total de 27 minutes, incite fortement à mettre le volume à fond de train et de faire du « air guitar ». S’il y a un seul bémol à ce disque, c’est sa trop courte durée. Au moins, ça ne donne absolument pas le temps à l’auditeur de s’ennuyer et ça permet de n’y retrouver aucune chanson moche dans le lot.

La collaboration entre les trois membres est bien plus qu’une simple addition de talents et de vieilles amitiés, mais bien une vraie alchimie musicale construite au fil des ans, et ça s’entend de la première à la dernière seconde.

Bien que la formation ne compte que quelques maxis à son actif, Higher Power représente pour l’instant que leur seul album officiel au compteur. En espérant que la guigne du deuxième disque ne leur tombe pas dessus comme bien d’autres groupes qui mélangent le punk et le grunge. Disons que pour le moment le futur semble brillant pour The Dirty Nil, ce qui est tout le contraire de la politique internationale actuelle.

The Dirty Nil
Higher Power
Dine Alone Records
27 minutes
Paru en 2016

Liste des chansons :

1. No Weaknesses
2. Zombie Eyed
3. Wrestle Yü To Hüsker Dü
4. Lowlives
5. Friends In The Sky
6. Violent Hands
7. Know Your Rodent
8. Fugue State
9. Bruto Bloody Bruto
10. Helium Dreamer
11. Bury Me At The Rodeo

http://dinealonerecords.com/artists/the-dirty-nil/