klô pelgag Archives - Le Canal Auditif

La programmation complète du FMEAT 2017

C’est ce moment attendu chaque année, celui où on apprend la programmation complète et ce qui nous attendra à Rouyn-Noranda pendant la fête du travail. Déjà quelques noms avaient été annoncés plutôt cette année. Vous pouvez les découvrir ici! Passons au plat de résistance…

Jeudredi

Pour ce premier soir de l’édition 2017, en plus d’A Tribe Called Red qui seront sur la scène extérieure, on retrouvera La Mverte, les doux de Thus Owls, les grooves de King Abid, Slosh et les furieusement solides de Duchess Says. Une bonne façon de commencer 4 jours de festivités.

Des lancements, du fun pis toute une soirée

Jason Bajada lancera son Blondie en direct de Rouyn-Noranda. À date, ses simples sont totalement convaincants. On a hâte d’entendre tout ça sur scène. Ce n’est pas le seul lancement qui aura lieu vendredi soir, Eman X Vlooper nous prépare aussi une nouvelle galette qu’ils vont nous garnotter pendant le spectacle hip-hop avec Alaclair Ensemble, Lary Kidd et Mathew James (un natif de la région). Vous pensez que c’est tout ce qui se passe? OH QUE NON. Les gens du FME ont pensé à nous, on les remercie. A Place To Bury Strangers sera là pour un concert! Ça fait tout un voyagement pour arriver là.


 

Parmi les autres participants, le barde Louis-Philippe Gingras sera à la maison, Julien Sagot, The Franklin Electric, Zen Bamboo, Elephant Stone, Chocolat et Bloodshot Bill. Les Français d’AeroBrasil, le chanteur américain Deke Dickerson et les Floridiens The WildTones. N’oublions pas non plus Pierre Flynn!

Saturday night’s alright for fighting

Mon Doux Saigneur est l’une des sorties attendues de l’automne et ça se passe à Rouyn-Noranda! On a très hâte. On y verra aussi Antoine Corriveau, Kroy, Saratoga, Betty Bonifassi et son magnifique projet Lomax, le duo montréalais I Shot Samo, le projet d’Adèle Trottier-Rivard : Le bleu,Raphaël Dénommé, Lubik et le groupe australien The Decline. Ce sera assez rock avec Barry Paquin Roberge, Les Dales Hawerchuk, les bruyants Belges d’It It Anita et Blood and Glass qui a lancé plus tôt cette année Punk Shadows.


 

Se bercer pour se remettre des abus

Si ton foie n’est plus capable le dimanche, tu pourras lui donner un peu de repos avec la douceur des chansons de Mat Vezio ou encore le piano imagé de Jean-Michel Blais. Si par contre, t’as toujours envie de danser, Le Couleur sera sur place tout comme Klô Pelgag et ses chansons magnifiques. N’oublions pas le charmant Matt Holubowski, ANEMONE ou les bruyants de HOAN.

Ce sera aussi le soir du métal avec le groupe suédois Marduk! Ils seront précédés d’Incantation et Abysmal Dawn. Ça risque d’être lourd en ti-pépère.

Une autre édition qui nous donne l’eau aux oreilles (euh… ça se dit-tu?). Prépare-toi Rouyn-Noranda, le Canal s’en vient pour célébrer la musique encore une fois. On se voit au bar des chums!

http://www.fmeat.org/

Retour sur le Festival en chanson de Petite-Vallée 2017

Crédit: Étienne Fournier

Ah… la Gaspésie… c’est charmant comme endroit. Dans un décor encore une fois paradisiaque, les 142 habitants de Petite-Vallée (OK et les 1000 de Grande-Vallée) nous attendaient pour fêter la musique tous ensemble. Le résultat? Des soirées bien arrosées où la musique était omniprésente, des après-midi à travailler face à la mer et une tonne de souvenirs à ramener à la maison.

Des Sœurs bien-aimées et un country-man encore fringant

Ce sont les Sœurs Boulay et Patrick Normand qui étaient les porte-parole de la présente édition. Il faut dire que les deux premières viennent de New Richmond et qu’elles ont passé par le camp en chanson étant plus jeune. C’était donc un retour émouvant pour la paire qui a même composé une chanson pour encourager les jeunes à rester sur les bancs d’école.

Jeudi soir, un spectacle était organisé avec près de 450 jeunes! 450 JEUNES! Nous avons eu droit à un mur d’enfants qui chantaient tantôt des pièces de deux Sœurs, tantôt un succès souvenir de Patrick Normand. Ça vous fait de la voix ti-pépère. Les artistes étaient visiblement émus de voir autant d’enfants se pencher sur leur répertoire. Déjà les émotions revolaient un peu partout, incluant dans la salle. Ma première réaction à la vue de cette myriade de petits chanteurs m’a même valu un regard en coin et un sourire d’une Gaspésienne visiblement satisfaite que le journaliste montréalais en ait déjà plein la vue.

Les Sœurs Boulay ont récidivé sur scène deux jours plus tard dans un spectacle qui comptait plusieurs surprises, dont 3 invitées de marque : Klô Pelgag, Amylie et Marie-Pierre Arthur (une autre locale). Interprétant en trio une chanson des Sœurs avant de passer à une chanson de l’invité, la formule était convaincante et a donné lieu à plusieurs moments de franche camaraderie sur scène. Klô Pelgag était visiblement la moins habituée à ce genre de contexte et la gêne se lisait dans son visage avant la première chanson. Mais une fois la musique partie, tout a coulé comme de l’eau. Les Sœurs Boulay nous ont quant à elle réchauffé le cœur avec Les Couteaux à beurre, Alexandre, Mamie, mamie et plusieurs autres succès. Une soirée riche en émotions et en mélodies convaincantes.

Des après-midi douces

À Petite-Vallée contrairement à d’autres festivals qui nous obligent à courir sans bon sens, il n’y a qu’un spectacle à la fois. Ce qui nous permet de tout voir et de profiter réellement des performances. Certains concerts étaient présentés en fin d’après-midi juste avant l’heure de l’apéro. Amylie nous a livré une performance très honnête en compagnie de deux musiciens qui en étaient seulement à leur deuxième spectacle à ses côtés. Parmi ceux-ci se trouvait Guillaume Chartrain (Louis-Jean Cormier, Navert). Elle nous a même permis de choisir la fin d’une chanson en nous demandant : « Vous voulez beau ou rushant? » Elle a nous a enfilé plusieurs tubes dont Tout oublier et Bateau en plus d’offrir une reprise de The Park de Feist.

Klô Pelgag malgré une laryngite nous a aussi offert une solide performance. C’est quand même incroyable de la voir se donner de la sorte malgré son corps assailli par l’infection. Tout pour le rock, à ce qu’on dit! Cela lui a permis aussi de nous avouer candidement (et sans donner de contexte au reste des spectateurs) que c’était la première fois qu’elle portait un suppositoire pendant un spectacle. Comme je le disais : tout pour le rock! Pelgag a offert des versions légèrement trafiquées de ses chansons, réarrangées pour la scène. C’était réussi que ce soit avec Insomnie, Au musée Grévin, Samedi soir à la violence, Nicaragua ou encore Rayon X. La récipiendaire du prix Félix-Leclerc a convaincu une autre foule qu’elle était en train de devenir l’une des artistes les plus intéressantes de la belle province.

Des fins de soirées qui trémoussent

Tu te demandes ce que j’ai fait de mes fins de soirées? Ben j’ai fait aller mon popotin sur différents genres de rythmes à quatre reprises, dont une qui m’a laissé délaver. Chronique de plaisirs dansants.

Tout ça a commencé avec Dumas qui incitait au vice avec ses nombreux appels : « sur la piste de danse. » Pas de farce, toutes ses chansons étaient rendues sur la piste de danse. Valait mieux les y rejoindre. Il nous a balancé des succès avérés comme Alors, alors, Miss Ecstasy, J’erre, Je ne sais pas et plusieurs autres. Un peu comme lorsque je l’avais vu au Quartiers d’hiver en 2016, la fête était de mise. Toujours aussi efficace que les meilleurs géos du Club Med, Dumas a fait lever la foule, l’a fait danser et à la fin, il ne restait plus personne sur les quelques chaises dans la salle. Non seulement ils étaient debout, mais tous avaient un gros sourire étampé dans le visage. Mission accomplie.

Le lendemain, c’était à prévoir, allait être une grosse soirée parce que Les Hôtesses d’Hilaire étaient en ville. Ils ne font pas les choses à moitié lorsqu’il est temps de mettre le party dans une salle. Avec leur habituel dynamisme, les Acadiens ont fait danser sur les rythmes qui évoquent les soirées passées à consommer du tabac qui fait rire. Ils ont offert Je m’en souviens des petits bouts, Boule boule, Fait faillite, Eastbound and down et quelques autres en laissant de longs moments d’explorations instrumentales au grand plaisir des spectateurs qui se sont laissés aller sur les rythmes psychédéliques. À entendre les discussions après le spectacle, ceux qui ne connaissaient pas encore la bande sont tombés raide en amour avec eux. La soirée s’est terminée autour d’un feu qui résistait au vent capricieux.

Le troisième soir, c’était le groupe anciennement connu sous le nom de Sandwich aux œufs (c’est une blague de Klô Pelgag lors de son concert), Fuudge de faire groover les spectateurs au Théâtre de la Vieille Forge. Le groupe qui vient de faire paraître son deuxième EP était en grande forme et nous a balancé son prog-grunge (ou progrunge? On crée le terme?) direct dans la margoulette. C’était pas mal plaisant pour les oreilles pendant que David Bujold nous enfilait des chansons mélodieuses comme Ju ou encore Man esti qu’la côte est tough à monter qui aurait été écrite pour la mythique côte du Théâtre de la Vieille Forge. Parmi les chansons du nouvel EP, ils nous ont joué la très efficace Caller un magicien et Nirvâna. Ce groupe continue de prendre de l’assurance et il amène un son différent à la scène. C’est du rock original et diablement efficace.

Finalement, c’est Samito qui nous a fait danser à en suer toute l’eau qu’on avait dans le corps. Lorsque les dernières notes ont résonné dans le théâtre de la Vieille Forge, ma chemise avait pris une douche. Bref, c’était une soirée à se faire aller la vareuse où Samito nous a livré Tiku la hina, Senhora, Oskia et même une Flôr chantée en toute intimité à une spectatrice qui fêtait ses 32 ans. Un moment assez cute et émouvant! Le plaisir des musiciens sur scène était contagieux et s’est propagé à la salle où de nombreux spectateurs se déhanchaient sur les rythmes contagieux du chanteur originaire du Mozambique. Une excellente façon de terminer mon séjour à Petite-Vallée.

En plus, Samito était notre invité musical à l’émission Plaque Tournante que vous pouvez revoir ici!

Encore une fois, le Festival en chanson de Petite-Vallée nous a accueillis comme des rois dans ce petit paradis terrestre. J’étais triste de laisser derrière moi le bruit apaisant du fleuve et de ses vagues réconfortantes. Merci, Petite-Vallée, on se dit à l’année prochaine? Ce serait ben le fun…

http://festivalenchanson.com/

La longue liste du prix Polaris 2017

Voilà, c’est fait, on sait maintenant qui sont en nominations dans la longue liste du prix Polaris. On dénote qu’on retrouve 7 albums francophones en nomination : Alaclair Ensemble, Philippe B, Chocolat, Antoine Corriveau, Le Couleur, Klô Plegag et Peter Peter. S’ajoutent à cela d’autres Québécois qui chantent dans la langue de Shakespeare : Leif Vollebekk, feu Leonard Cohen, Geoffroy et Lisa Leblanc (qui habite à Montréal depuis quelques années même si elle est acadienne). Et finalement, Marie Davidson qui trempe dans les deux langues, mais fait surtout de la musique instrumentale électronique très intéressante.

Pour la suite des choses, le 13 juillet prochain sera annoncée la courte liste. Puis, le 18 septembre prochain aura lieu le gala à Toronto. Voici la liste complète des sélectionnées :

A Tribe Called Red – We Are The Halluci Nation
Alaclair Ensemble – Les Frères Cueilleurs
Anciients – Voice of the Void
Arkells – Morning Report
Philippe B – La grande nuit vidéo
BADBADNOTGOOD – IV
Louise Burns – Young Mopes
Chocolat – Rencontrer Looloo
Clairmont The Second – Quest For Milk and Honey
Leonard Cohen – You Want It Darker
Antoine Corriveau – Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter
Le Couleur – P.O.P.
Marie Davidson – Adieux Au Dancefloor
Mac Demarco – This Old Dog
Gord Downie – Secret Path
Drake – More Life
Feist – Pleasure
Figure Walking – The Big Other
Fiver – Audible Songs From Rockwood
Geoffroy – Coastline
Hannah Georgas – For Evelyn
Japandroids – Near To The Wild Heart Of Life
Carly Rae Jepsen – E.MO.TION Side B
B.A. Johnston – Gremlins III
Lisa LeBlanc – Why You Wanna Leave, Runaway Queen?
The New Pornographers – Whiteout Conditions
Klô Pelgag – L’Étoile thoracique
Peter Peter – Noir Éden
Lido Pimienta – La Papessa
Jessie Reyez – Kiddo
Daniel Romano – Modern Pressure
The Sadies – Northern Passages
John K. Samson – Winter Wheat
Tanya Tagaq – Retribution
The Tragically Hip – Man Machine Poem
TUNS – TUNS
Leif Vollebekk – Twin Solitude
Weaves – Weaves
The Weeknd – Starboy
Charlotte Day Wilson – CDW

http://polarismusicprize.ca/fr/

Raconte-moi ton disque : Klô Pelgag – L’Étoile thoracique

Ça faisait plus d’un an qu’on ne s’était pas assis au studio de matriçage, Le Lab Mastering, pour un Raconte-moi ton disque. Eh bien, il était grand temps de remédier à la situation. Et pour ce faire, LP Labrèche s’est entretenu avec Klô Pelgag pour discuter de son excellent album paru en fin d’année 2016 : L’Étoile thoracique. Celui-ci a confirmé la jeune femme comme l’une des meilleures plumes sur la scène musicale québécoise contemporaine. L’Étoile thoracique a assis la réputation que Pelgag avait acquise avec son album précédent : L’Alchimie des monstres.

La composition des pièces de L’Étoile thoracique s’est faite peu à peu, au gré des élans d’inspirations de la jeune femme. Klô Pelgag nous explique qu’elle n’est pas atteinte par le syndrome de la page blanche, car elle ne s’oblige jamais à créer. Ça vient naturellement, sans stress. Cela explique aussi que ses chansons prennent souvent des mois, voire des années avant d’être complétées. Peut-être parce que ce n’est pas une règle absolue, L’Étoile thoracique n’était pas un concept muri longuement. L’album s’est construit petit à petit et son identité s’est affirmée lorsqu’ils ont terminé de choisir l’ordre des chansons.

Les mois qui ont précédé l’enregistrement avaient été très occupés pour Pelgag. En août 2015, elle avait déjà hâte que la tournée de L’Alchimie des monstres se termine. Elle était épuisée. En décembre 2015, un spectacle de clôture de la tournée accompagné d’une coupe de cheveux au rasoir devant public a mis un terme à l’aventure. Un geste symbolique qui lui a fait grandement du bien. Puis en février, elle entrait en studio pour son successeur.

Samedi soir à la violence

L’un des deux premiers simples issus de l’album est né d’une situation malheureuse. Klô Pelgag aborde le thème de la maladie et de la famille. Samedi soir à la violence est un endroit imaginaire, un endroit de colère impuissante.

Les ferrofluides-fleurs

Pelgag m’a parlé rapidement de son amour pour les harmonies vocales. Elle s’est gâtée sur son deuxième album en injectant de nombreuses aventures vocales. Ses yeux brillent quand elle me raconte que ce sont ses moments préférés lors de l’enregistrement. Coécrite avec Karl Gagnon (VioleTT Pi), cette chanson parmi les plus joyeuses de l’album s’est construite à partir d’une image bien réelle. Les ferrofluides : liquide devenant magnétique au contact d’un champ magnétique extérieur. Le liquide est attiré par les électro-aimants, formant une conséquence spectaculaire, visuellement magnifique, qui pourrait faire penser à un champ de fleur. Partant de cette image « Les ferrofluides-fleurs poussent au milieu des champs magnétiques », la chanson parle avec légèreté et fascination de la vie et de l’amour.

Le sexe des étoiles

En parlant de cette chanson, il est difficile de ne pas s’arrêter aux magnifiques cordes qu’on y retrouve. Les arrangements ont été signés par Mathieu Pelletier-Gagnon, son frère, qui a étudié au conservatoire de Bordeaux avant de venir s’installer à Montréal. Elles ont été enregistrées au studio 12 de Radio-Canada et l’ensemble est tout simplement magnifique!

Les instants d’équilibre

Klô Pelgag avait une maquette de la chanson, mais n’était pas du tout convaincue du résultat. C’est le réalisateur Sylvain Deschamps qui a donné le ton pour l’habillage de cette chanson, c’est en trio qu’ils ont par la suite approfondi les arrangements. Les instants d’équilibre est la dernière chanson qu’elle a écrite alors qu’elle était à Rivière-Ouelle dans la maison familiale. Elle y parle du passage de l’enfance à l’âge adulte, des difficultés que peut engendrer cette transition, de la désillusion qu’elle amène et de cette insatisfaction constante.

Au bonheur d’Édelweiss

Cette chanson parle du temps qui ramène constamment à l’origine des choses, même lorsqu’on tente de s’en éloigner. Abordant la pièce très sobrement au piano avec l’impression que quelque chose veut éclater dans son for intérieur, les arrangements de Mathieu Pelgag rejoignent le thème principal dans une sorte de tempête qui éclate en plein milieu pour ensuite redescendre et révéler le même piano qu’au tout début, complètement à découvert.

Incendie

Cette pièce dont la musique et le texte se rejoignent de façon très pure, en accord l’un avec l’autre, témoigne d’un amour simple, mais passionné. Il n’y a pas beaucoup d’opposition dans cette chanson, le tout se succédant de façon très souple et fluide jusqu’à un éclat de passion naissant subitement dans l’instrumentation de la partie finale. Pelgag me réaffirme qu’elle aime jouer dans les contrastes, elle aime jouer avec le feu et se surprendre elle-même. Que ce soit par sa voix, par son caractère mélodique, par la musique et sa structure, dans la non-conformité des textes traduisant une poésie propre à elle-même, très lointaine à ce qui a trait à une mode d’auteur. Une musique pleine de risques et de contradictions.

Les mains d’Édelweiss

Édelweiss (prononcé : è-del-ouèsse) est un nom qui est omniprésent sur L’Étoile thoracique. Klô Pelgag m’explique qu’elle l’utilise comme un prénom (prononciation aidant la personnification), faisant référence à la fleur au physique singulier du même nom, délicate survivante des climats durs en montagne et également fleur favorite d’Hitler. Une fleur à la personnalité très contrastée, battante et dont le surnom est « étoile d’argent », faisant ainsi référence au titre de l’album: L’étoile thoracique. Elle l’utilise entre autres comme alter ego pour extérioriser des sentiments moins agréables intimement vécus de manière à se représenter elle-même de façon consciemment plus abstraite, moins axée sur ce « JE » générationnellement omniprésent, plein d’égo et de sensationnalisme.

Les animaux

Sur cette chanson, on entend un instrument plus exotique : l’erhu. Ça lui a pris un long temps avant d’arriver à une version satisfaisante pour elle. Les animaux est une chanson qui ressort du lot en raison de son motif répétitif dans le texte, ce qui est rare dans le corpus de Klô Pelgag.

Chorégraphie des âmes

Probablement la chanson au caractère le plus orchestral de l’album et à l’étendue musicale la plus élaborée, Pelgag m’assure que ce sont les collaborateurs de l’album qui ont sauvé cette chanson, surtout son frère. Elle n’était vraiment pas certaine de vouloir l’inclure étant donné l’époque et les sentiments dans lesquels celle-ci la ramenait, mais Mathieu Pelgag a insisté, l’encourageant à la finaliser pour ensuite en faire ressortir le plein potentiel harmonique.

Au musée Grévin

Je me rends compte que Klô Pelgag et moi partageons le même désenchantement par rapport aux musées de statues de cire. La chanson parle de la désillusion par rapport à la réalité qui est cultivée par le musée. Il est le miroir de ce culte de la célébrité qui est très présent dans notre société contemporaine, où la personnalité semble avoir souvent pris le dessus sur l’art.

Insomnie

Pour la musicienne, c’est l’ovni de l’album. Le début est né d’un désir de Klô d’intégrer une rythmique transcendante, installant cette atmosphère qui plonge dans la réalité des troubles du sommeil. On y retrouve le bagage influent du rock progressif sur sa musique, se révélant au niveau des structures hyperactives et imprévisibles de ses chansons.

J’arrive en retard

J’arrive en retard est une chanson inspirée par la grand-mère de Klô. Comme plusieurs personnes de sa génération, elle était très croyante et passionnée par tout ce qui concernait la religion catholique. Jusqu’à s’oublier elle-même, aveuglément. Elle y retrouvait un réconfort immense et s’y renfermait constamment, d’où cette référence à la prison.

Apparition de la Sainte-Étoile thoracique

Il s’agit d’une pièce instrumentale, suite logique harmonique de la pièce précédente, non sans rappeler les pièces répétitives de Steve Reich. L’idée de la pièce, initiée par Mathieu Pelgag, s’est construite en plusieurs étapes avant de trouver sa véritable légitimité maintenant évidente sur l’album. Les dernières étapes de créations se sont faites au moment du mix, au studio Ferber à Paris, alors que Klô s’est rappelée l’existence d’un vieil enregistrement d’une discussion avec sa grand-mère. Elle avait fait ceux-ci pour l’immortaliser en quelque sorte. La voix étant une des choses les plus intimes et personnelle que nous possédons, c’était une façon d’assurer sa pérennité dans le temps. L’ajout de l’horloge familial, comme un rappel immédiat de sa présence, s’est amené à la toute fin. C’est à ce moment qu’elle a compris qu’elle avait terminé L’Étoile thoracique.

Je me considère privilégié d’avoir passé ces moments en studios avec Klô Pelgag. Celle-ci a fait preuve d’une grande ouverture en me parlant de ses chansons, levant le voile sur son processus créatif et sa façon de façonner les mots et les sons. Elle a fait le tout avec une générosité exemplaire et chaleureuse. J’en sors en respectant encore plus cette artiste et cet être humain que j’apprécie et admire. J’espère aussi que cette entrevue a pu vous donner un coup d’œil furtif dans le monde de cette créatrice funky.

http://klopelgag.com/

Critique : Desjardins (album)

Richard Desjardins est l’un des artistes les plus pertinents, poétiques et forts que le Québec ait connu dans les derniers 50 ans. Un auteur-compositeur-interprète qu’on place dans une catégorie sélecte qui compte de très rares membres dont on pourrait nommer André « Dédé » Fortin. S’attaquer aux chansons de Desjardins, c’est s’attaquer à un monument. Et pour se frotter à des monuments, il faut avoir la couenne solide et surtout, il faut avoir de quoi à dire artistiquement avec les chansons.

Desjardins propose onze nouvelles versions de chansons interprétées par une belle brochette d’artiste. Certains nous offrent des relectures qui méritent de faire le détour. À l’opposé, on se rend compte aussi que du Desjardins, ça ne se chante pas n’importe comment. La charge émotive que l’homme engagé sait injecter à un texte n’est pas anodine ni facile à réinterpréter.

Commençons par les bons coups, parce qu’il y en a des très réussis. L’album s’ouvre sur Avec pas d’casque qui reprend Au pays des calottes avec une bonne dose de joual, de mélancolie et de beauté. L’esthétique country-folk de la formation se colle à merveille au texte qui traduit le mal d’être d’un homme qui ne sent pas qu’il appartient à un milieu. On peut en dire autant de Bernard Adamus qui harnachent Les mammifères. La voix rêche et crue du grand Montréalais qui en a vu d’autres est un véhicule parfait pour la poésie pas polie de Desjardins. Mais de toutes les nouvelles interprétations qu’on nous propose, c’est celle de Klô Pelgag et Philippe Brach qui ressort du lot. Le duo rend Les Yankees avec tout ce qu’il faut de sensibilité et d’intelligence pour traduire la réalité des envahis. Qu’ils soient Mexicains, Troyens, Nigériens ou Québécois. Une version alternative avec une instrumentation intelligente qui prend de plus en plus d’ampleur. Le duo Brach et Pelgag est magnifique, tout simplement.

«Et tout ce monde sous la toile
qui dort dans la profondeur:
« Réveillez-vous!
V’là les Yankees, v’là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V’là les Gringos!»
– Les Yankees

Keith Kouna se débrouille aussi avec Jenny tout comme Koriass qui offre une version rappé de M’as mettre un homme là-dessus. Le problème, c’est que certaines pièces passent carrément à côté de la track. En tête de file, Va-t’en pas interprétée par Safia Nolin. Ce n’est pas un manque de travail de la jeune femme, mais son style languissant et mélancolique fait perdre toute puissance à ce texte. C’est une déchirure interne, un appel à l’aide, un ultime essai pour garder un être cher près de soi alors qu’il cherche à se sauver. La charge émotionnelle n’est pas calme ou nostalgique. Elle est dynamique, nerveuse et perdue dans l’urgence. Après tout, le protagoniste trouve tout ce qu’il peut pour garder son interlocuteur à la maison :

«Va-t’en pas
Dehors y a des orgies d’ennui
Jusqu’au fond des batteries
Va-t’en pas
Dehors j’ai vu un ciel si dur
Que tombaient les oiseaux»
– Va-t’en pas

Malgré leurs bonnes intentions, c’est idem pour Philippe B, Les Sœurs Boulay et Émile Bilodeau qui manquent tous d’un peu de charges émotives. C’est trop gentil, poli et mélodieux pour bien faire entendre ce qui se cache dans les textes de Desjardins. Au moins, Saratoga se débrouille vraiment très bien avec la douce Quand j’aime une fois j’aime pour toujours. Heureusement, personne n’a osé se frotter à …et j’ai couché dans mon char.

Ce n’est vraiment pas facile de s’attaquer à la poésie de Desjardins. Cet album hommage fait parfois mouche, mais passe aussi à côté de la charge émotionnelle qui habite l’œuvre de ce monument. Pis Desjardins, serait sûrement en sacrament qu’on parle de lui en tant que monument, parce que les statues, c’est bon pour les morts pis lui est encore bien vivant.

Ma note: 6/10

Artistes variés
Desjardins
117 Records
51 minutes

http://www.117records.ca/