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Critique : King Gizzard & the Lizard Wizard with the Mile High Club – Sketches of Brunswick East

King Gizzard & the Lizard Wizard ont une année passablement occupée. Après la parution des réussis Flying Microtonal Banana et Murder of the Universe, la bande australienne a pris tout le monde par surprise le 18 août avec la sortie de Sketches of Brunswick East. Ce dernier est un effort collaboratif avec Alex Brettin, l’homme derrière le Mild High Club qui a fait paraître Skiptracing en 2016. L’origine du projet vient de la performance du Mild High Club au Gizzfest en décembre dernier. Par la suite, les deux groupes ont passé du temps en studio ensemble et des idées ont germé. À distance, ils se sont envoyé des enregistrements sur téléphone mobile avant que l’album soit enregistré en trois semaines un peu plus tôt cette année.

Sketches of Brunswick East est un album de pop psychédélique avec un lourd penchant jazz. On y retrouve des clins d’œil à Sketches of Spain de Miles Davis et au quartier de Brunswick East à Melbourne. Le résultat est aussi ensoleillé que réussi. Composé d’une longue chanson séparée en 13 parties, Sketches of Brunswick East coule naturellement par une après-midi ensoleillée du mois d’août. C’est chaud comme l’été indien et doux comme le son des vagues qui meurent sur la plage.

Dès l’ouverture, Sketches of Brunswick East I, on remarque de nouvelles sonorités chez King Gizzard. La flûte est maître et on vient à se dire que c’est ce qui manquait tout ce temps à la musique psychédélique : plus de flûte. C’est aérien et doux. Les parties II et III de cette même chanson nous laissent aussi avec une impression de bien-être total et de calme intérieur. Il est vrai que l’album prend des allures de sketches assez régulièrement et que certaines chansons semblent à moitié terminées. Mais il compense avec des mélodies efficaces et quelques chansons franchement abouties.

Que ce soit la berçante Dawn to Dusk On Lygon St. et sa basse particulièrement marquante ou encore la groovy Countdown et ses voix hautes perchées, tout semble tomber en place pour King Gizzard et le Mild High Club. On reconnaît un peu plus la personnalité de King Gizzard sur la dynamique The Book qui se fait aller le clavier sans bon sens. Can Be Your Silhouette vous donnera une petite impression de musique d’ascenseur. Si tous les ascenseurs étaient équipés de cet album, tout le monde deviendrait gros… ça serait sérieusement terminé pour les marches.

King Gizzard & the Lizard Wizard est franchement en train de réussir son année folle de 5 albums. Un défi qui semblait insurmontable et surtout difficile à terminer en offrant des œuvres de qualités. Sketches of Brunswick East offre des chansons de pop psychédélique entièrement réussies sur lesquelles les collages sonores et le travail d’échantillonnage a été fait avec minutie et bon goût.

Ma note: 8 / 10

King Gizzard & the Lizard Wizard with the Mild High Club
Sketches of Brunswick East
ATO Records
38 minutes

http://kinggizzardandthelizardwizard.com/

https://mildhighclub.bandcamp.com/

King Gizzard & The Lizard Wizard – Nonagon Infinity

King Gizzard & The Lizard WizardComme vous le savez tous, cette période de l’année est fertile au jaillissement des multiples listes de fin d’année… et LCA n’échappe pas à la règle, même si, certains jours, je doute du bien-fondé de l’exercice. Mais autour d’une bonne bière, on pourra peut-être un jour en débattre ensemble, qui sait? Cela dit, en scrutant les listes de nos compétents collaborateurs, j’ai vu apparaître quelques fois l’album d’une formation australienne inconnue de votre humble critique: King Gizzard & The Lizard Wizard.

Ce groupe existe depuis 2011 et possède déjà à son actif 8 albums studio… avec 5 autres à paraître en 2017. Rendu là, je n’appelle plus ça «productif», c’est juste démentiel. Ce septuor est également réputé pour offrir des concerts extatiques à leurs fans. Bref, pas beaucoup de commentaires négatifs autour du King Gizzard. En avril dernier, la bande faisait paraître Nonagon Infinity; disque qui porte bien son titre, car chacune des pièces de ce puzzle musical s’imbriquent les unes dans les autres. Les gars poussent le concept assez loin en fusionnant la conclusive Road Train à l’introductive Robot Stop. Le résultat? Comme le dit si bien le meneur de la formation, Stu McKenzie, vous vous retrouverez devant un «endless album».

Même si les tempos sont homogènes d’une pièce à l’autre, même si les procédés rythmiques sont identiques, même si la voix est doublée et dans les vapes, ça fonctionne pas à peu près! La section rythmique béton fait un travail formidable, les guitares sont parfaitement fuzzées et les mélodies cannabisantes sont efficaces, ce qui fait qu’on se fout totalement de réécouter l’album en boucle. Et pour moi, ce Nonagon Infinity relève de l’exploit. Pourquoi? Parce que malgré cette impression de similarité, chacune des chansons a sa propre personnalité. On appelle ça du gros talent.

Le seul homologue avec lequel je peux lier ces Australiens, c’est avec Ty Segall, quand celui-ci joue la pédale au plancher. Même encore, je considère cette comparaison boiteuse. King Gizzard & The Lizard Wizard est un groupe encore plus compétent que les accompagnateurs du rockeur états-unien. C’est pour dire!

C’est solide du début à la fin avec des pointes d’appréciation plus élevées pour les furieuses Robot Stop et Big Fig Wasp, pour l’harmonica dans Gamma Knife, pour la très sixties Mr. Beat (on pense à Eric Burdon & The Animals, John Mayall et autres consorts de l’époque) ainsi que pour la pause jazzy dans Invisible Face.

Votre amateur de rock de poteux préféré ne pouvait terminer l’année sans vous avoir jasé de ce disque; l’un des grands crus de l’année, catégorie garage rock psychédélique. Fanatiques de Segall et Thee Oh Sees, vous allez vous rouler en petite boule tout près de votre chaîne stéréo en écoutant Nonagon Infinity. Du gros bonheur rock.

Ma note: 8/10

King Gizzard & The Lizard Wizard
Nonagon Infinity
Flightless Records
41 minutes

http://kinggizzardandthelizardwizard.com/