Juicy J Archives - Le Canal Auditif

Critique : Vince Staples – The Big Fish Theory

« Spend a lot of money on the CDG
Ain’t I lookin’ lovely on the TV screen?
Battle with the white man day by day
Feds takin’ pictures doin’ play by play
They don’t ever want to see the black man eat
Nails in the black man’s hands and feet
Put him on a cross so we put him on a chain
Lying to me, sayin’ he don’t look like me
Rollcage on the GT3
How a show on stage like a DVD?
Put me in the MoMA when it’s over with
I used to look up to the sky, now I’m over shit »
– Crabs In a Bucket

Vince Staples lance son deuxième album intitulé The Big Fish Theory. Le précédent, Summertime ’06, avait fait belle figure et s’était retrouvé dans plusieurs tops de fin d’année en 2015. Depuis, Staples n’a pas chômé en lançant un EP conceptuel titré Prima Donna. Le Californien revient encore une fois en force avec The Big Fish Theory.

Le sens derrière le titre de l’album est d’ailleurs assez clair. La théorie réfère au fait qu’un poisson grandit en accord avec la grandeur de son environnement. Si vous placez un poisson au potentiel immense dans un minuscule aquarium, il restera petit. Staples s’en sert pour faire une allégorie de la place des noirs dans la société américaine. On pourrait étendre cette problématique aux gens de différentes origines ethniques aux États-Unis.

C’est aussi un album qui montre différentes facettes de Staples. Parfois, il se fait presque frivole avec la mélodieuse et intoxicante Big Fish. Il y parle de son rythme de vie qui a radicalement changé dans les dernières années. Le tout appuyé par Juicy J qui offre un refrain efficace à tous les points de vue. Staples a toujours été doué pour offrir un hip-hop avec des airs qui languissent dans les neurones. Le genre de refrains qu’on se surprend à fredonner en passant de la chambre au salon. BagBak est ce genre de chansons. Contrairement à la précédente malgré son efficacité mélodique, elle adopte un discours beaucoup plus politisé.

D’ailleurs le côté politique ne s’arrête pas là. C’est un peu partout sur The Big Fish Theory. Puis, dans Yeah Right, Kendrick Lamar vient faire son tour. On se retrouve devant un discours sur l’appât du gain pour l’appât du gain que dénonce Staples. C’est la différence entre réussir pour sa communauté ou pour sa personne.

Staples fait appel à de nombreux collaborateurs, dont la chanteuse Kilo Kish qui pose sa voix sensuelle dans plusieurs pièces. À chaque occasion, c’est aussi pertinent que réussi. Plusieurs compositeurs doués font aussi sentir leur présence. À commencer par Justin Vernon qui signe la trame d’ouverture, Crabs In a Bucket. Flume est aussi présent sur Yeah Right. Pour le reste, Sekoff et Sophie sont les deux producteurs à mettre le plus la main à la pâte.

The Big Fish Theory est un album totalement réussi pour Vince Staples qui continue de progresser et d’offrir des albums aussi mélodieux que pertinents. Voici un autre album de hip-hop qui risque fortement de se retrouver très haut dans les tops de fin d’année.

Ma note: 8,5/10

Vince Staples
The Big Fish Theory
Def Jam
36 minutes

http://vincestaples.com/

A$AP MOB – COZY TAPES VOL. 1 : FRIENDS

asap-mobLe dernier effort collectif d’A$AP date de 2012. Ils avaient alors fait paraître le mixtape, Lord Never Worries qui n’avait pas réussi à accoter le succès qu’A$AP Rocky reçoit en solo. En 2014, les rumeurs pointaient vers un nouvel album du collectif avant que le défunt A$AP Yams déclare que L.O.R.D. avait été envoyé dans les limbes en raison d’une nouvelle sortie de Rocky. Il faut dire qu’au sein de la formation, il est le centre et le noyau. Le seul autre à avoir une certaine reconnaissance est A$AP Ferg, l’une des figures de proue du Trap.

D’ailleurs, l’importance d’A$AP Rocky se fait sentir sur Cozy Tapes Vol.1 : Friends. On assiste à une démonstration de sa domination sur la bande. Cependant, on y retrouve aussi tous les côtés moins pertinents qui se sont effacés de sa musique en solo, les raccourcis faciles, les jurons trop présents et les images faibles. D’ailleurs Ferg, l’autre grosse pointure ne figure que sur une seule pièce. Par contre, on y retrouve beaucoup d’invités de marque.

Parmi les « friends » qui participent à la galette, il y a Wiz Khalifa et BJ The Chicago Kid sur Way Hii qui fait l’apologie de l’utilisation des substances qui ouvrent l’esprit par la force. Ça manque un peu d’originalité, mais A$AP Rocky démontre encore sa force narrative avec une ligne vocale nuancée et intelligemment tournée. Cependant, il se laisse souvent aller à la facilité, tout le contraire de la prose sur son dernier album, At. Long. Last. A$AP. L’autre invité de marque est Tyler, The Creator l’équivalent plus déjanté de la côte ouest à Rocky. De plus, on y retrouve Juicy J sur Yamborghini High qui rend hommage à leur ami Yams mort d’une overdose en 2015. L’importance de ce dernier est centrale puisqu’il est l’un des fondateurs du collectif qui aujourd’hui occupe une place de choix dans le paysage musical.

Outre ces collaborations, on retrouve dans le rayon des bons coups Young N***a Living qui compte sur une trame aussi efficace qu’accrocheuse. Par contre, Runner est une mauvaise copie de ce que Future fait, sans compter sur son génie mélodique. C’est assez ordinaire. London Town est une autre pièce qui manque un peu d’épices pour réellement laisser une trace.

Au final, Cozy Tapes Vol.1 : Friends ressemble plus à une autre publicité pour A$AP Rocky sans toutefois avoir la pertinence et la profondeur qu’il peut avoir en solo. Les productions sont tout de même intéressantes et même lorsqu’il est ordinaire Rocky est meilleur que la plupart des rappeurs. Cependant, ça manque de variété et de surprise pour le talent que possède la formation.

Ma note : 6/10

A$AP Mob
Cozy Tapes Vol.1 : Friends
RCA Records
44 minutes

http://www.asapmob.com/