Josh Tillman Archives - Le Canal Auditif

Critique : Father John Misty – Pure Comedy

Voulez-vous savoir, c’est quoi le problème? Josh Tillman va vous le dire, en long et en large, et en plusieurs versions, parfois contradictoires. Après avoir sauté à pieds joints dans une vie de débauche comique avec Fear Fun et après avoir langoureusement embrassé les bouleversements du grand amour avec I Love You, Honeybear, Father John Misty n’embrasse plus que le dégoût du monde et le cynisme qui engloutit absolument tout. Un des rares éclats de joie qui restent dans sa musique provient de l’amusement que Tillman ressent à décevoir un certain type de fan, qui s’intéresse forcément à lui pour les mauvaises raisons, car les humains sont paresseux, sont de mauvais goûts, et ne veulent qu’un divertissement qui les rassure égoïstement dans leurs préjugés et leurs faiblesses.

Le tableau semble un peu lourd? Attendez, ça ne couvre qu’environ deux des chansons de l’album. Et le reste n’est pas plus joyeux.

La misanthropie n’est rien de nouveau pour Tillman. C’est la note dominante de son œuvre jusqu’à présent, en particulier de ses albums sous le nom de J. Tillman. En prenant le pseudonyme de Father John Misty, Tillman trouvait un équilibre captivant entre l’hédonisme et le désespoir, disant en gros : « Nous vivons dans une réalité détraquée, mais j’ai trouvé ce qui me fait du bien, alors allez tous chez le diable. » Pure Comedy se concentre sur les cinq derniers mots de cette phrase et les décline sous toutes sortes de formes.

Tillman imagine des scénarios dystopiques où l’humanité accepte avec bonheur d’être dénaturée si ça signifie que la peur et le stress sont apaisés. Il parle de l’omniprésence — et de l’insignifiance — des opinions en ligne. Et il y a Dieu et Jésus qui sont mentionnés un peu partout, les personnages qui gâchent tout, mais pourraient tout régler (il faut savoir que Tillman a grandi dans un environnement très religieux qu’il a fui dès qu’il l’a pu, et résolument le sujet le tracasse encore).

Bref, le fiel déversé coule dans toutes sortes de directions, parfois contradictoires, parfois sans queue ni tête, parfois aboutissant à des culs-de-sac. Fidèle à lui-même, toujours aussi lucide, malgré le manque d’enthousiasme, Father John aborde les faiblesses de ses nouvelles compositions de front dans l’interminable chanson Leaving LA, dix couplets de logorrhée sans refrain, pendant laquelle il reconnaît que c’est la chanson qui lui coûtera de nombreux fans. Il s’imagine un collégien, écoutant la pièce, se disant : « J’aimais bien ce gars, mais ce qu’il fait maintenant me donne envie de mourir. » Ça montre que rien n’échappe à son cynisme, mais ça montre aussi que l’autodérision corrosive l’emporte cette fois sur la composition.

Je n’ai jamais trouvé que la musique était ce qui était le plus intéressant de FJM, mais j’ai adoré à quel point son style musical convenait parfaitement à son personnage jusqu’ici. Sur Pure Comedy, la musique rappelle encore le rock pépère mélancolique des années 70 vivant dans l’ombre de l’album blanc des Beatles et de la musique de The Band, mais contrairement aux deux albums précédents, il y a ici un manque de variété, une mollesse envahissante généralisée, une uniformité dans les textures.

On ne peut pas nier le talent naturel de Tillman pour écrire des textes séduisants, et sa voix est encore belle à pleurer. Mais on a affaire ici à un album plutôt long — 13 chansons en 74 minutes — où rien de positif n’est exprimé sans être enveloppé au préalable dans le défaitisme, et où l’ensemble de la musique est généralement mou. Quand on y pense, c’est un peu un tour de force de faire un album aussi lourd dans un enrobage aussi léger. Mais ça n’en fait pas un album qu’on aimera revisiter à répétition.

Ma note: 6/10

Father John Misty
Pure Comedy
Sub Pop
74 minutes

www.fatherjohnmisty.com

Les 3 étoiles du 27 janvier 2017

Father John Misty – Pure Comedy

Father John Misty est de retour, mon ami. On se souviendra que la première pièce qu’il avait fait découvrir d’I Love You Honeybear était la pianistique Bored in the USA. Eh bien, pour son nouvel album, il répète le modus operandi avec la sombre et virulente Pure Comedy. Josh Tillmann cultive toujours son personnage satirique et se fait particulièrement critique de la classe politique, des gens religieux et finalement, d’environ 80 % des américains. Il a annoncé la sortie de l’album au même nom le 7 avril prochain, accompagné d’une longue lettre que vous pouvez lire ici.


 
 

Young Fathers – Only God Knows ft. Leith Congregational Choir

Only God Knows est l’une des trois chansons que Young Fathers a composé quelques chansons pour la trame sonore du film T2 : Trainspotting. Oui, l’univers de Danny Boyle et celui de Young Fathers vont se rencontrer et ça semble totalement normal comme alliance. Le premier extrait compte sur l’apport d’un chœur qui donne une bonne dose de puissance et défile à toute allure. On retrouve la bande là où nous les avions laissés avec White Men Are Black Men Too.


 
 

Spoon – Hot Thoughts

En toute fin de semaine dernière, le groupe Spoon a fait l’annonce de son album à venir le 17 mars prochain. Pour le présenter, ils ont aussi lancé Hot Thoughts, un autre simple solide de la part du groupe d’Austin. Le talent créatif de la bande à Britt Daniel ne s’estompe pas avec le temps. Spoon est toujours aussi surprenant avec une plus grande place donnée aux échantillons et à la programmation électronique. Le tout accompagné d’un riff de guitare très mélodieux.