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Osheaga 2017 : Jour 3

Dernière journée de l’édition 2017 d’Osheaga. La pluie cette fois n’était plus une menace du tout pour cette ultime soirée. La foule était dense au Parc Jean-Drapeau, l’air était frais et aucune annulation n’avait été signalée.

And the crowd goes…

Il n’y a pas si longtemps encore, Run The Jewels était presque de parfaits inconnus. Les deux rappeurs marginaux étaient aimés d’un groupe niché de mélomanes. Mais voilà qu’hier sur la grande scène, El-P et Killer Mike étaient encouragés par une foule bruyante qui a chanté à maintes reprises des « R-T-J » à tue-tête. Un événement qui a atteint son paroxysme pendant Legend Has It tirée de leur dernier album. De celui-ci, ils ont joué plusieurs chansons dont Stay Gold et Talk To Me. Le duo a aussi repris sa collaboration avec DJ Shadow, Nobody Speak. Rajoutez à ça une bonne dose de Close Your Eyes (and Count to Fuck) et la chansons Run The Jewels, tirée de leur premier album.

El-P et Killer Mike ont pris le temps de remercier la foule d’être présente en si grand nombre et de participer à ce qu’ils aimeraient être un mouvement social en plus d’un groupe. En tout cas, c’est bien parti et ça fait chaud au cœur de voir un groupe qui fait aussi bien les choses réussir à toucher tant de gens.

Les bizarreries de fin d’après-midi

Le dernier album de SOHN ne m’avait peut-être pas complètement convaincu, mais c’est loin d’être terrible. Par contre, sa pop avec un gros penchant électronique et un plus grand penchant soul n’est pas tout à fait taillée pour les scènes extérieures de festival à la lumière du jour. Il a livré Hard Liquor, Falling et Rennen du dernier effort en plus d’enchaîner quelques titres de Tremors. Disons que le tout aurait été plus convaincant dans l’intimité d’une salle. L’Anglais a donné une bonne performance, quoique statique, puisqu’il est assis derrière ses instruments électroniques.

Je me suis par la suite dirigé à Foxygen qui semblait en grande forme. Sam France, fidèle à son habitude, semblait sur le point d’exploser à tout moment. Il a donné une bonne performance où il semblait capable de tenir la route avec le groupe et avait mis de côté ses crises erratiques qu’on lui connaît. Par contre, ses interventions au micro étaient malaisantes, notamment il a accusé gratuitement la foule de s’en foutre des chansons de Hang, leur dernier album. Par contre, Jonathan Rado était solide tel un roc, entouré de musiciens compétents, dont un trio de cuivres. Les sonorités étaient chaudes et puissantes.

Avoir l’air de défoncés, mais…

Si certains artistes ont de la misère à tenir la scène pour raisons d’abus précédent la performance, Die Antwoord, fait exactement le contraire. La formation a créé une image marginale autour d’eux, mais la qualité constante de leurs performances trahit un professionnalisme exemplaire. Encore une fois à Osheaga, le duo a livré une performance du tonnerre où les tubes à succès se sont enchaînés rapidement. Le groupe a offert Daddy, Fatty Boom Boom, Banana Brain, Pitbull Terrier, I Find U Freaky et Baby’s On Fire. C’était un peu ahurissant de voir tous ces jeunes chanter et danser sur Cookie Thumper! Une apologie de la sodomie peu déguisée quand même! Avec une pièce à saveur quasi techno, le groupe a fait danser la foule avant de se retirer sous les applaudissements bien mérités de la foule. Et que dire de l’aspect visuel qui comptait sur des images de petits personnages ressemblant à des chérubins avec d’immenses pénis expulsant du liquide à tout vent… C’était, disons, un peu intense. Tout comme les deux danseurs qui étaient synchronisés parfaitement avec le groupe.

Parlant de défoncer, c’est exactement ce que DFA 1979 a fait. Avec un mélange efficace de chansons tirées de You’re a Woman, I’m a Machine et The Physical World, Sébastien Grainger et Jessy F. Keeler était en grande forme. Grainger a même fait quelques blagues. Alors que Keeler remarquait qu’il n’y a qu’au Canada qu’on dit « it rips », Grainger a répliqué : « But we’re not in Canada here. Actually this is not even a country. C’est l’hiver. That’s for all you non-millenials out there. » Bref, la paire était de party et la foule aussi qui a abondamment brassé sa tête sur Little Girl et Trainwreck 1979
pour ne nommer que celles-là.

Une édition réussie, mais…

On peut dire que cette édition d’Osheaga était réussie, mais ça manquait quand même de têtes d’affiche affriolantes et cela s’est ressenti dans la vente de billets qui pour une première fois n’affichait pas complet. Par contre, l’équipe d’Evenko a réellement réussi un petit miracle en prenant en compte le changement de site complet. De plus, la sous-carte était toujours de bonne qualité.

On se dit à l’année prochaine!

https://www.osheaga.com/

Critique : Foxygen – Hang

En 2013, la formation Foxygen faisait paraître un premier album qui avait obtenu sa large part d’approbations. L’excellent We Are The Ambassadors Of The 21st Century Of Peace And Magic, disque réalisé par Richard Swift, était caractérisé par une sorte de pop-rock psychédélique lo-fi et influencé fortement par les effluves lysergiques qui prévalaient dans les sixties.

L’année suivante, Foxygen déstabilisait ses fans avec un voyage hallucinogène évoquant un Julian Cope en mode hyperactif. Pendant la période des Fêtes, j’ai réécouté ce … And Star Power et, à mon humble avis, cette création pourrait bien devenir l’œuvre maîtresse de Foxygen; un disque qui se bonifie grandement au fil des écoutes, si on se donne vraiment la peine de l’écouter attentivement et de se laisser bardasser par les changements inopinés qui surviennent tout au long de l’album.

Alors, à quoi s’attendre de la part de ces deux déjantés créateurs? Pour la première fois de leur carrière, Rado et France se sont attribué conjointement le rôle de réalisateur pour la conception de ce Hang et… pour la première fois, ils ont rameuté une panoplie de musiciens dans un véritable studio professionnel, eux qui avaient l’habitude de productions nettement moins professionnelles. En plus d’un orchestre symphonique de 40 musiciens, Foxygen a également fait appel aux services de Steven Drozd (The Flaming Lips) et Matthew E. White.

Et pour une troisième fois Foxygen étonne et nous propose une mixture originale de doo-wop, intégrant de fortes inspirations music-hall à la manière « Broadway » et ajoute à sa recette quelques éléments de glam rock qu’un Lou Reed, époque Transformer, n’aurait pas renié. Tout ce beau mélange et toute cette belle ambition auraient pu sombrer dans un capharnaüm des plus indigestes. Surprise! Foxygen propulse sa musique à un niveau supérieur et même si tous les styles et procédés évoqués précédemment dans le texte ne sont vraiment pas ma tasse de thé, j’ai encore une fois passé un très bon moment avec ces deux talentueux poteux.

France module admirablement bien sa voix, alternant entre des inflexions imprécises à la Lou Reed et une interprétation maniérée à la Meat Loaf. Normalement, toute cette préciosité aurait dû me taper sur le gros nerf, mais de la part de Foxygen, ça fonctionne totalement. Hang est aussi logique qu’exubérant et c’est ce côté excessif de Foxygen qui me captive au plus haut point. Ce tandem ne tient jamais en place, du moins, créativement parlant. J’admire surtout le fait que Rado et France s’évertuent à prendre des risques, et ce, d’album en album… au point de s’aliéner certains admirateurs.

Parmi les meilleures chansons de ce court, mais percutant album, j’ai particulièrement apprécié le petit penchant « ballroom orchestra » évoqué dans Avalon et le côté glam rock orchestral à la Steve Harley & Cockney Rebel (vieux groupe anglais à découvrir) dans Mrs. Adams. J’ai également tripé sur la très « sprinsteenienne », période Born To Run, titrée On Lankershim ainsi que sur la catharsis finale, un brin dramatique, entendue dans Trauma.

Cela dit, Hang pourrait en agacer plus d’un. À lire les critiques assez polarisées, je comprends parfaitement l’effet rebutant que peut avoir cette production. Néanmoins, j’ai le plus grand des respects pour ces deux fous qui adorent se mettre en danger. À ma grande surprise, j’adhère pleinement.

Ma note: 7,5/10

Foxygen
Hang
Jagjaguwar
32 minutes

http://www.foxygentheband.com/