Jonathan Bigras Archives - Le Canal Auditif

Critique : Dany Placard – Full Face

Dany Placard lançait tout récemment son dixième album en carrière. Le temps a passé rapidement pour le musicien devenu réalisateur très convoité. Depuis, Santa Maria paru en 2014, Placard a réalisé des albums de Laura Sauvage, Louis-Philippe Gingras et Francis Faubert. Bref, il ne s’est pas non plus pogné le beigne. On dirait que Santa Maria et Démon Vert étaient les deux dernières escales americana dans la discographie de Placard, du moins pour l’instant. Il arrive avec un Full Face au rock bien pansu et à la plume toujours aussi authentique et adroite.

Placard aurait « jeté aux poubelles » un album complet avant de sortir les guitares électriques, ploguer les amplis pis se laisser aller dans un trip réussi. Si une chose n’a pas changé sur ce nouvel album de Placard, c’est sa plume franchement authentique, au point où ça fait mal par moment.

Je mets mon full face buddé
Pis enfin je serai seul
Je fais du vacarme pour te faire peur
Même si le calme pis la noirceur
Veulent se coller sur moi comme un plaster
Full Face

Une des thématiques qui revient à plusieurs occasions sur Full Face, c’est l’idée de solitude. Est-ce que Placard se sentait pris avec le monde? Comme dans Sleeping Bag? En tout cas, il nous revient pour nous exprimer son voyage intérieur qui lui a permis de revirer de bord sa démarche. Parce qu’une chose est sûre, ce n’est pas facile de passer d’un folk à l’américaine bien développé pis livrer un rock avec des touches de psychédélisme comme sur La Confesse. Est-ce que ce serait l’aventure Laura Sauvage qui lui a donné envie d’essayer de nouvelles affaires? Le temps qui fait son œuvre?

C’est un tournant qu’on pouvait voir venir déjà sur Santa Maria, où certaines pièces sortaient un peu du cadre folk. Ce renouveau lui sourit. Placard a l’air d’avoir l’inspiration dans le tapis. Mon amour était plus fort que ce qu’on voit dans les vues est une magnifique chanson mélancolique aux cordes magnifiquement arrangées par Gabriel Desjardins. La force du barde aura toujours été son interprétation incarnée dans laquelle on ressent la douleur sans tomber dans le larmoiement. Placard est un gars sensible et ça paraît dans sa voix quand il nous chante ses vers.

Pour toi
J’aurais marché
Pour toi
Je me serais perdu

Manon t’auras jamais su
Que mon amour était plus fort
Que ce qu’on voit d’in vues
Mon amour était plus fort que ce qu’on voit dans les vues

Ça ne s’arrête pas là. Vince et sa guitare acoustique mélodieuse et son rythme lent et appuyé sent la compassion pour un ami qui a mal viré. Cette fois, c’est Louis-Philippe Gringras qui s’occupe des sombptueux arrangements. Payer tes bills arrive plutôt avec un rythme entraînant qui fait taper du pied. Une pièce qui parlera au travailleur culturel (ou pas mal n’importe qui, qui s’acharne pour peu de ressources pécuniaires) qui pourra se retrouver dans les paroles de Placard qui te conseille de « finir la job demain ». C’est simple, mais ô combien efficace comme tournure! En prime, Placard nous envoie quelques moments des suspensions magnifiques avant de replonger dans un rock qui déménage à souhait. Il finit sur une note intime et mélancolique avec Virer d’bord. Une très belle façon de terminer un record réussi.

Mission plus qu’accomplie pour Dany Placard avec Full Face. Ce n’est pas facile de s’aventurer dans de nouvelles avenues musicales, surtout quand ton avenue musicale précédente fonctionne bien. Dany Placard démontre son intelligence musicale, sa créativité et son audace avec Full Face. Du très beau travail!

Ma note: 8/10

Dany Placard
Full Face
Simone Records
41 minutes

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Critique : PONI – Album Complet

PONI lançait son deuxième record simplement titré Album complet. Celui-ci fait suite à l’album homonyme paru en 2014. PONI, c’est l’alliance de Nicolas Beaudoin (ex-Buddy McNeil & The Magic Mirrors, Laura Sauvage), Nicolas Gosselin (Deux pouilles en cavales), Jonathan Bigras (La moitié des projets musicaux québécois, dont Laura Sauvage, Galaxie, Samito et un ex-Guenilles), Simon Gauthier (ex-Guenilles, Deux pouilles en cavale) et l’ajout de Dave Bilodeau (Dave Chose, Faudrait Faire la Vaisselle).

Est-ce l’ajout d’un nouveau membre qui a changé le son du groupe? Est-ce tout simplement les aventures musicales des membres dans les dernières années qui les ont amenés à aborder Album complet différemment? Il est difficile de le dire, mais une chose est sûre, le son de PONI a changé. Oui, il y a encore des guitares rock et de la lourdeur, mais il y a aussi beaucoup plus de travail de composition. Par moment, comme dans le riff de guitare de Premier mai, on retrouve le son qui avait charmé sur le premier album, mais dans l’ensemble on est ailleurs.

Certes on est ailleurs. Est-ce que cet ailleurs est déplaisant? Pantoute. Album complet est une solide galette de rock avec des touches de psychédélisme et un mélange d’influences que les membres du groupe ont pris le temps de digérer avant de les injecter dans leur musique. Désert qui ouvre l’album est en soi une petite perle de rock. C’est à la fois bruyant et planant.

Perdu dans le désert j’ai tous les pouvoirs et
aussi celui de tout « décrisser »
La lueur de feu au loin ne brûle pas et demain
n’arrivera jamais.
La tempête à mes poignets a soudé des éperons
bien effilés.
Effrayé je suis qu’à n’penser à ma sortie
du désert.
Désert

Voilà le texte complet de la chanson qui est entrecoupée de moments magnifiques de musique, d’un violoncelle, de la ligne de basse simple, mais parfaite de Simon Gauthier et d’une progression atypique et drôlement réussie. Parlons-en de la basse! C’est rarement l’instrument sur lequel on met l’accent quand on parle d’un album, mais les licks de Simon Gauthier sont pas mal toutes parfaites à travers l’album. Phoenix est un autre bon exemple. PONI a toujours été particulièrement doué lorsqu’il s’agit de créer des mélodies accrocheuses qui évoquent les moments enfumés. Il le démontre encore une fois avec BOOZE.

Est-ce que tout est parfait? Pas exactement non plus. Parfois, certaines chansons tombent un peu dans les craques du plancher comme Rewill qui ferme la marche. Ce n’est pas que la chanson est mauvaise, mais le format dans lequel la chanson arrive et la mélodie semblent un peu relâchés par rapport à ce qu’ils nous offrent habituellement.

Dans l’ensemble, c’est quand même l’un des meilleurs albums de rock paru au Québec cette année. En fait, c’est pas mal ce qui s’est fait de plus réussi en compagnie de l’album de Laura Sauvage sur lequel jouent deux de ses membres. Bref, tout ça pour dire qu’ils l’ont l’affaire! Album complet vaut le détour et vous fera passer de beaux moments de rock aux accents psychédéliques.

Ma note: 8/10

PONI
Album Complet
Costume Records
32 minutes

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FME 2017 : Jour 3

De retour pour une troisième journée du périple musical qui clôt la saison des festivals. Encore une fois, le FME m’a surpris en me faisant découvrir un artiste coup de cœur. Merci.

Du soleil et des tounes

C’est vrai qu’il était tôt pour un concert de Canailles, qui sont plus habituées à la semi-pénombre des soirées arrosées. Cela n’a pas empêché la bande de se faire aller l’accordéon et de gâter les nombreux festivaliers qui étaient présents au rendez-vous gratuit et extérieur. Le groupe a fait un habile mélange de chansons issues de ses trois albums dont le dernier, Backflips, est paru au printemps. Du début à la fin ça souriait dans la foule et ça dansait sur scène. C’était une bonne façon d’oublier le lendemain de veille bien présent de tous.

FME / Christian Leduc

Par la suite, nous nous sommes rendus chez Gibb à Évain en banlieue de Rouyn-Noranda pour une prestation de Laura Sauvage. Vivianne Roy est sur le point de lancer le deuxième album de son projet solo intitulé The Beautiful. Elle nous a livré les chansons de son nouvel album entrecoupé de chansons d’Extraordinormal. Entourée de ses fidèles compagnons : Jonathan Bigras (PONI, Les Guenilles) à la batterie, Dany Placard à la basse et Nicolas Beaudoin (PONI) à la guitare, elle nous a donné un peu plus hâte à la sortie de l’album vendredi prochain!

FME / Thomas Dufresne

Un autre artiste lancera son album vendredi prochain et il s’agit de Mon Doux Saigneur qui a fait un lancement en 5 à 7 à la salle des Chevaliers de Colombs. Emerik St-Cyr Labbé nous a livré ses premières compositions avec beaucoup de candeur et un sourire au visage. C’était touchant et surprenant, car les chansons ne sont pas exactement comme sur l’album. Sur scène la bande de musiciens dynamise certains titres, dont Ici-bas. Il nous a aussi livré le premier simple Primitif, qui a été rapidement bien accueilli et Barbara.

Du rock? Oui messieurs, dames

Les Dales Hawerchuk étaient visiblement contents d’être au FME. Les frères Séguin avaient même de la misère à contenir leur joie entre les chansons, nous envoyant des chaudières d’amour verbales. Le reste du temps, c’est avec leurs guitares rutilantes qu’ils nous caressaient. C’était tout un spectacle qui a filé à la vitesse de l’éclair. Avant qu’on s’aperçoive l’heure qui avait avancé, ils nous ont lancé une Mais où est donc Carnior? inspirée par la tête. Ils ont évidemment joué leur immense succès Dale Hawerchuk. Pierre Fortin tenait évidemment la cadence comme un chef pendant qu’ils enfilaient Mon amour pour les machines et Lemmy. Un spectacle très réussi.

FME / Thomas Dufresne

Tout ceci à ce jour était des terrains connu. Plaisant et réussis, mais connus. Puis, je suis arrivé au Cabaret de la dernière chance pour It It Anita. Attention, c’est de la bombe! La formation belge a beaucoup écouté de Fugazi et crée des chansons aussi délicieuses qu’impressionnantes. C’est ma découverte et mon coup de cœur du festival à date. En plus de briser une guitare (eux aussi), ils ont terminé la dernière chanson en bougeant la batterie à trois occasions à travers la foule. C’était totalement réussi.

FME / Christian Leduc

On se rejase mardi matin de la suite des choses. Bon lundi de congé les mélomanes!