James McAlister Archives - Le Canal Auditif

Critique : Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly & James McAlister – Planetarium

« to be human is to be a total mess »

Être humain c’est être chaos. Voilà la thèse qui soutient la complexe et surprenante création de Sufjan Stevens, Bryce Dessner (The National), Nico Muhly et James McAlister. Déjà l’union des quatre musiciens a de quoi faire rêver les mélomanes. Alors que les deux premiers sont des figures de proue de la musique indépendante, Muhly se tire bien d’affaire avec ses expériences électroniques et James McAlister est le batteur du premier depuis plusieurs années. Planetarium malgré cette alliance surprenante est un objet qui présente une bonne unicité esthétique et sonore.

La première chose qui frappe, c’est la plume de Sufjan Stevens qui est partout sur l’album. Que ce soit dans les mots ou les mélodies que l’approche générale de l’album. Bien que Nico Muhly soit l’instigateur à la demande du Muziekgebouw Eindhoven, ça nous ramène aux délicieux trips de The Age of Adz avec ses moments d’électro baroque. Disons qu’après la sobriété de Carrie & Lowell, on retrouve Stevens qui flotte quelque part dans l’espace avec des claviers. Dessner, qui n’est pas étranger à des expérimentations de la sorte, amène aussi des avenues intéressantes et on reconnaît sa main dans les guitares. C’est particulièrement limpide sur Mars avec de merveilleux moments de mélodies de guitares claires.

C’est aussi le retour des expérimentations avec le vocodeur que Stevens avait abordées avec le groupe Sisyphus. Ça ne l’empêche pas de nous proposer des moments magnifiques. Uranus est un bel exemple avec ses chants sobres qui se transforme en chœurs vocaux efficaces accompagnés de cuivres généreux. S’en dégage une aura de musique d’église chrétienne. D’ailleurs, la grande place laissée au mysticisme et à l’impression de grandeur sur Planetarium est tout à fait logique. À chercher les étoiles et à regarder cet immense univers qui nous dépasse, il est difficile de ne pas se sentir dépassé.

« The universe doesn’t allow perfection. »
– Stephen Hawking

Planetarium est une œuvre costaude qui nous transporte dans une multitude de directions qui ne sont pas toujours faciles à suivre. C’est un grand fouillis qui nous livre tout de même une bonne dose de beauté. Ce n’est pas non plus une œuvre facile à digérer. On peut passer d’une pièce intime comme Moon à une ritournelle aérienne Pluto pour atterrir sur Kuiper Belt, une expérimentation électronique qui mélange claviers rétro et parasites auditifs hyperactifs.

Saturn est une pièce qui est incorporée partie des spectacles de Sufjan Stevens depuis quelques années, particulièrement lors de la tournée d’Age of Adz. Des extraits avaient même fait surface, il y a quelques années, mais en version beaucoup moins complète que celle qui nous arrive sur Planetarium. On reconnaît aussi des mélodies typiques de Stevens sur Jupiter qui nous berce doucement.

Dans son ensemble et surtout dans son concept, Planetarium est une œuvre très intéressante. Ce n’est pas une œuvre facile à écouter en raison de sa durée (77 minutes) et un certain chaos qui y règne. Ça demeure tout de même une création fascinante qui comporte de nombreux moments de grand intérêt. Après tout, ce n’est pas une équipe de céleris qui ont créé cette ode à notre système solaire. Voilà un album-concept qui lance des perches créatives comme on lance des sondes à travers le vide de l’espace.

Ma note: 7/10

Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly & James McAlister
Planetarium
4AD
77 minutes

http://4ad.com/releases/850

10 albums à surveiller en juin 2017

Lary Kidd – Contrôle (2 juin)

L’un des tiers du défunt Loud Lary Ajust se prépare enfin à lancer Contrôle qui avait été repoussé en raison de la faillite de DEP. Après un EP réussi pour Loud, qu’est-ce que Lary Kidd va aussi nous impressionner avec son album? Celui qui privilégie un style qui mélange les influences américaines du gansta’ rap et le drug rap à la Future collabore avec certains des compositeurs les plus intéressants que la belle province a à offrir dont, VNCE et Toast Dawg.


 

Omar Souleyman – To Syria, With Love (2 juin)

Déjà dans le titre, le syrien Omar Souleyman amène un élément subversif. Mais tous savent que si un pays dans le monde mérite une bonne dose d’amour en ce moment, c’est bien le pays natal de Souleyman. Le chanteur arabe avait déjà très bien fait avec Wenu Wenu paru en 2013. Son mélange d’influences musicales syriennes, iraquiennes, kurdes et turques donne une soupe tout à fait intoxicante. Comme le démontre son premier simple Ya Bnayya.


 

TOPS – Sugar at the Gate (2 juin)

Le groupe montréalais TOPS fait de la musique bien intéressante depuis quelques années, mais ce nouvel album semble frapper un peu plus dans le mile. Surtout à l’écoute de l’efficace et la groovy Petals. Ces férus d’indie-rock ont intégré des éléments pop dans leurs compositions aisément. Le résultat donne régulièrement envie de se faire aller les hanches.


 

Alt-J – Relaxer (9 juin)

Alt-J, lauréat du prix Mercury en 2012 pour l’excellent An Awesome Wave lancera leur troisième album ce mois-ci. Déjà de nombreux simples sont disponibles sur le web et à date, ça semble un retour à un son plus près de leur premier. En plus, la formation sera en spectacle au mois d’octobre à la Place Bell de Laval. Bref, ça fait beaucoup de bonnes nouvelles pour le début de l’été.


 

Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly & James McAlister – Planetarium (9 juin)

C’est certain que l’idée d’un super-groupe qui réunit Sufjan Stevens et Bryce Dessner est en soi une nouvelle d’intérêt. Ajoutez au mix le compositeur électronique expérimental Nico Muhly et le batteur de Stevens James McAlister et vous obtenez un incontournable de cette mi-année. Ce projet tourné vers les étoiles se nomme Planetarium et explore notre système solaire avec des notes. C’est très prometteur.


 

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Critique : Sufjan Stevens – Carrie & Lowell live

L’album Carrie & Lowell de Sufjan Stevens était d’une beauté à se déchirer le cœur. Un album qui parle de sa mère, de sa mort et de l’immense vide laissé derrière lui par le deuil. Pour célébrer l’album, Sufjan Stevens a fait une des tournées la plus complète et à grand déploiement de sa carrière. Certains chanceux (dont je fais partie) ont pu le voir lors de cette occasion, nous livrer un spectacle puissant, émouvant et magnifique. L’album live nous replonge dans ces représentations alors que la bande à Stevens a enregistré un concert en Caroline du Sud.

Il est à se demander comment vont se traduire les pièces intimes de Carrie & Lowell sur scène. Eh bien, Stevens n’y est pas allé de main morte. Tout en conservant la beauté inhérente et la fragilité qu’on retrouve à l’intérieur de chacune d’elle, il a aussi augmenté certains passages musicaux pour aller plus loin dans l’instrumentation. Un des bons exemples est le décollage électronique qui s’opère dans Should Have Known Better et qui nous transporte alors que Stevens chante :

«Don’t back down, concentrate on seeing
The breakers in the bar, the neighbor’s greeting
My brother had a daughter
The beauty that she brings, illumination »
– Should Have Know Better

On peut en dire tout autant de la fin électronique et puissante de Fourth of July qui prend une tournure intense alors que Stevens nous crie presque : « We’re all gonna die! » Un marasme bruyant prend le dessus avant que le son coupe tout simplement et laisse place au silence. No Shade in the Shadow of the Cross est un autre moment magnifique où Stevens ouvre la porte sur sa fragilité intérieure. Avec sa voix émouvante, il nous susurre presque les mots pendant qu’une simple guitare l’accompagne. Et comme sur l’album, il termine le spectacle avec Blue Bucket of Gold qui obtient une conclusion de presque treize minutes.

En plus de nous interpréter chacune des pièces de Carrie & Lowell, Stevens offre aussi des versions très réussies de Vesuvius et Futile Devices tirées de l’excellent The Age of Adz. La première possède toute la force de la pièce originale avec des moments de claviers qui semblent venir de l’espace et une partie percussive complexe. Le tout pour entourer les chants choraux passionnés qui deviennent mantra. La deuxième est tout le contraire, plongeant dans la fragilité et l’intimité. C’est beau et enveloppant. Une troisième pièce se glisse sur l’album live. Une reprise de Hotline Bling de Drake sur laquelle Gallant vient faire un tour de chant.

C’est un album live réussi pour Sufjan Stevens qui a trouvé une façon de transformer des pièces intimes et touchantes en un party. Si l’album pleure l’absence des morts, la version live célèbre le fait d’être en vie!

Ma note: 7,5/10

Sufjan Stevens
Carrie & Lowell Live
Asthmatic Kitty
89 minutes

http://sufjan.com/

Les 3 étoiles du 31 mars 2017

Philippe B – Explosion

Philippe B is back. Il annonce la sortie de La grande nuit vidéo le 12 mai prochain. Pour nous travailler l’appétit, le barde montréalais propose la magnifique et douce Explosion. On y entend une belle mélodie appuyée de cordes qui jurent, de façon positive, avec le jeu intimiste de B. Le texte est superbe et est empreint de questions intimes et douces.


 

Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly, James McAlister – Saturn

Cette semaine, nous avons appris l’existence d’un projet musical inusité et surtout très intéressant. Sufjan Stevens s’est allié à Bryce Dessner (The National), Nico Muhly, un compositeur qui a travaillé avec de nombreux artistes, dont Philippe Glass et Björk ainsi que James McAlister, le batteur de Stevens. Ensemble, ils ont créé une œuvre qui reflète leur passion commune pour les étoiles et le système solaire. L’album Planetarium paraîtra le 9 juin prochain.


 

Clement Jacques – Entonnoir

Clement Jacques refait surface aujourd’hui avec un premier extrait de l’album Chromatique, à paraître à l’automne. Entonnoir est une pièce de pop-rock efficace et accrocheuse. On y trouve des voix vaporeuses, une trame entraînante et un Clement Jacques qui semble en pleine forme. Le genre de chansons qui pourraient certainement trouver son chemin dans les radios, c’est fédérateur et convaincant.