jackwhite Archives - Le Canal Auditif

Loretta Lynn – Full Circle

Loretta LynnLe dernier album de la «Coal Miner’s Daughter», la mythique chanteuse country Loretta Lynn, remontait à 2004 avec Van Lear Rose; un disque réalisé par nul autre que Jack White qui escortait la vénérable dame dans des sentiers musicaux un peu plus singuliers qu’à l’accoutumée. Un peu plus de dix après l’avènement de ce disque, Loretta Lynn, aujourd’hui âgée de 83 ans, s’offre vraisemblablement ce qui constituera son dernier tour de piste. Le 4 mars dernier paraissait Full Circle.

Réalisé conjointement par Patsy Lynn Russell (sœur de Loretta) et John Carter Cash (rejeton issu de l’illustre union entre Johnny Cash et June Carter), ce tour de chant ultime réunit 4 nouvelles chansons, inclut quelques réinterprétations de classiques de la musique country ainsi que des relectures de certaines pièces maîtresses de la chanteuse. L’enchaînement des morceaux respecte chronologiquement les dates de parution de ces millésimés constituant ainsi un tour d’horizon concis et efficace d’un pan de l’histoire de la musique country.

Loretta Lynn est fort respectée par ses pairs puisqu’elle est toujours considérée comme une tête forte de ce genre musical qui, aujourd’hui, en aurait furieusement besoin. Anecdote. Elle a déjà été bannie des ondes radiophoniques mercantiles de Nashville en raison de son plaidoyer pro-avortement titré The Pill, pièce révélée en 1975. Oui, la doyenne avait du cran!

Cela dit, ceux qui avaient affectionné Van Lear Rose pourraient demeurer de marbre face à cette nouvelle proposition, car Full Circle vise exclusivement à consolider l’héritage musical de Loretta Lynn et on accepte parfaitement la démarche. La musique? Eh bien, la légende est en voix, aucun doute là-dessus. Son interprétation est claire, limpide et surtout parfaitement sentie. Compte tenu de l’âge de l’artiste, la performance est tout simplement impressionnante.

Parmi les nouvelles chansons proposées, Loretta Lynn bouleverse avec Who’s Gonna Miss Me?, répétant inlassablement tout au long de la chanson «Who’s gonna miss me when I’m gone?». Pas d’inquiétude à y avoir madame Lynn, vous aurez droit à tous les égards au firmament de la musique country.

D’autres beaux moments sont venus combler l’adepte de country qui sommeille depuis toujours en moi: la reprise de son grand succès Fist City et la version allègre d’In The Pines (écrite par Leadbelly et réinterprétée d’émouvante façon par Kurt Cobain). Si on ajoute à cela le magnifique duo avec Willie Nelson dans Lay Me Down de même que la combinaison de piano ragtime, de violon boueux et de guitare «pedal steel» étincelante dans Evereybody Wants To Go To Heaven, on se retrouve avec un superbe testament final de la carrière de Loretta Lynn.

Émouvant et pertinent, ce Full Circle nous rappelle à quel point la musique country contemporaine a rudement besoin d’authenticité et doit s’éloigner plus que jamais des formats radiophoniques commerciaux/pop-rock préconisés par cette mafia blanche, lisse et conservatrice que symbolise Nashville. Merci Loretta Lynn!

Ma note: 7,5/10

Loretta Lynn
Full Circle
Sony Music
39 minutes

http://www.lorettalynn.com/

The Dead Weather – Dodge And Burn

The Dead WeatherDodge And Burn est le troisième opus du supergroupe The Dead Weather. Bref rappel des faits: le combo rassemble la transcendante Alison Mosshart (The Kills), Dean Fertita (Queens Of the Stone Age), Jack Lawrence (The Raconteurs) et Jack White (tsé?!). Le quatuor réaffirme ici sa proposition «adulte contemporaine» teintée de garage, de psychédélisme et d’alternatif bluesy.

Mais avant de poursuivre, réglons quelque chose d’emblée. La seule raison d’écouter les Dead Weather, c’est pour le charisme, la voix, l’attitude et le «swag» gluant d’Alison Mosshart. Qu’on se comprenne bien: The Dead Weather est un prétexte pour entendre la chanteuse s’exprimer dans d’autres registres que celui qui a fait la renommée des Kills.

Permettez-moi d’être plus clair encore. On n’écoute surtout pas The Dead Weather pour l’apport de Jack White. Les pièces qu’ils chantent sont toutes sauf exception (sur les trois albums) médiocres et vous conviendrez que dans la même mesure où on n’écoutait pas les White Stripes pour les talents de percussionniste de Meg White, on pourrait en dire tout autant pour le bon Jack qui s’exerce également ici derrière les tambours.

D’ailleurs, c’est quand même tout un exploit que le projet le plus régulier de Jack White, depuis la fin des White Stripes en 2011, en soit un dans lequel son rôle est plus effacé. Ses albums solos laissent le mélomane lucide mi-figue mi-raisin et là où les efforts des Raconteurs sont convaincants, il en relève du talent de Patrick Keeler. Mais pourtant, on ne tarit pas d’éloge pour le grand Jack White, l’adulé, le «guitar god», le songwriter, le puriste, l’intègre.

Jack White, un punk de Detroit qui a révolutionné l’indie-rock par son indécrottable éthique garage/DIY, est aujourd’hui perçu comme le sauveur de l’Americana et comme un artisan «born and raised» au Tennessee… c’est quand même curieux.

Fin de l’aparté. Je me sens mieux.

Bref. Ça sonne comment ce Dodge And Burn? Ça sonne comme ça devrait sonner. Du bon rock bien rétro avec une Alison Mosshart bien en voix. Mais l’exercice est plutôt terne. Faut-il encore le rappeler dans le cas des supergroupes: une grosse production ne peut pallier un horaire de studio comprimé par des agendas remplis. Comme l’ajout d’échos dans la voix de Mosshart ne peut la faire sonner sexy comme sur les albums des Kills. À ce niveau, j’ajoute que le recours systématique à un même procédé stylistique accentue cette impression de déjà entendu de l’auditeur.

Au rayon des mauvaises idées maintenant, cet horrible rap de Jack White sur Three Dollar Hat, pièce sur laquelle il ne parvient pas à dissimuler qu’il est en train de pasticher (ou profaner, c’est selon) l’immense Stager Lee du grand Nick Cave.

Mais plus globalement, c’est pas très bon quand White chante… jusqu’à ce que Mosshart l’appuie en harmonie ou en énergie. Elle sauve d’ailleurs la note sur Three Dollar Hat avec un refrain bien senti.

Bref, c’est correct ce Dodge And Burn, mais ça reste un album ordinaire. Malgré Alison Mosshart.

P.-S. Vous remarquerez que le bassiste, Jack Lawrence, ressemble à s’y méprendre à Skrillex, mais avec pas de «side-shave».

MA NOTE: 6/10

The Dead Weather
Dodge And Burn
Third Man Records
43 minutes

http://www.thedeadweather.com