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Critique : Björk – Utopia

Björk lance son dixième album en carrière. Après Biophilia, la chanteuse islandaise a pris une pause de 4 ans. Avant qu’elle fracasse le tout à grand coup de séparation difficile. Björk s’est présentée vulnérable avec un cœur brisé. Vulnicura était noir et empreint d’une certaine amertume par rapport à l’amour. Sur Utopia, c’est tout le contraire. Comme le nom l’indique, Björk se permet de rêver de nouveau. Elle regarde le futur et le présent avec espoir. Par contre, tout n’est pas que ballons et confettis au monde du célibat. Elle a qualifié Utopia de son album « Tinder ».

Si Utopia réfléchit à la fragile relation qui s’installe entre deux humains qui se plaisent et apprennent à se connaître, il est aussi marqué par une relation puissante et stable. On retrouve de nouveau Arca à la réalisation et la composition de plusieurs pièces. Björk a trouvé chez Arca un créateur qui explore un univers sonore qui lui convient. La rencontre fonctionne encore une fois. The Gate, premier extrait à paraître d’Utopia, le démontre éloquemment.

When I hear someone
With same accent as yours
Asking directions
With the same beard as yours
I literally think I am five minutes away from love
Features Creatures

Dans Features Creatures Björk explore cette manie de rechercher ce qui par le passé nous a fait tomber pour quelqu’un. Elle y va de banalités anecdotiques comme quelqu’un qui porte un barbe semblable ou qui magasine au même disquaire. Cet aveu candide d’un moment où l’on cherche l’amour partout. La soif prenant le dessus sur la raison comme un alcoolique qui cherche dans chaque fond de bouteilles pour une ultime gorgée et vit dans l’espoir à chaque bouteille croisée.

Blissing Me fait aussi preuve d’une honnêteté déconcertante. Nous suivons le raisonnement de Björk qui se rend compte qu’elle n’est pas tombée en amour avec la personne, mais bien avec l’amour en soi. En débutant par un échange de musique, elle plonge à travers cette relation qui n’en devient jamais une. Björk semble en avoir encore beaucoup sur le cœur quand même. Vulnicura ne semble pas avoir expié tout le fiel qui l’habitait. Sur Tabula Rasa, malgré les flûtes traversières douces et enchanteresses, le propos est dur et violent :

Clean plate :
Tabula rasa for my children
Let’s clean up
Break the chain of the fuck-ups of the fathers
It is time :
For us women to rise, and not just take it lying down
It is time :
The world, it is listening

Oh how I love you
Embarrassed to pass this mess over to you
But he led two lives
Thought ours was the only ones
Tabula Rasa

C’est dur et en même temps, empreint d’une détermination de fer. Lorsque Björk de son album de « dating », elle réussit à bien exprimer ce genre de malaise où l’on rencontre de nouvelles personnes sans toutefois pouvoir s’affranchir d’un passé trop frais et encore trop présent. Elle fait preuve d’une grande humanité et continue à se faire aventureuse musicalement. Le principal défaut étant que ses mélodies semblent parfois se perdre dans les airs et ne pas aboutir. Mais à partir du moment où l’on accepte de s’y laisser porter, Björk nous guide de sa voix caractéristique et unique.

C’est une douce utopie que nous présente Björk sur son nouvel album. Utopia n’est pas seulement fait de lumière, il compte aussi des zones ombragées où les sentiments ne sont pas clairs ni définis. C’est un album fort réussi qui rassure après les sombres jours de Vulnicura. Ce n’est pas pour autant une œuvre facile à digérer et ça prend de nombreuses écoutes pour vraiment y plonger.

Ma note: 8/10

Björk
Utopia
One Little Indian
72 minutes

Site Web

Ásgeir : Un autre Islandais digne d’attention

Ásgeir sera en concert au Théâtre Corona le 26 septembre prochain. Mais qui est cet Islandais au juste? Nous vous le présentons en cinq chansons qui ont marqué sa jeune carrière.

Leyndarmál

Ásgeir Trausti est né sur une toute petite île de l’archipel islandais où vivait seulement une dizaine de personnes. Il a grandi dans le silence et la solitude tout en tombant en amour avec la musique à travers Nirvana, Bob Dylan et Johnny Cash. Après une avoir été le meilleur lanceur de javelot pour les moins de 15 ans d’Islande (oui, oui, vous avez bien lu), il revient à la musique suite a une blessure. Cela le mène tranquillement vers la création de son premier album : Dýrð í dauðaþögn. Celui-ci sera acheté par un islandais sur 10 à sa sortie. C’est énorme! Malgré son jeune âge, il a à peine 21 ans, ses chansons de folk mélodieux trouvent rapidement une place dans le cœur des mélomanes.


 
 

Hvítir Skór

En décembre 2012, il participe à un projet avec Blaz Roca, un rappeur islandais. Cela donne une chanson de Noël un peu étrange qui incorpore un peu trop les Télétubbies. Mais voilà, la trame est tout à fait réussie et accrocheuse. La chanson a passé neuf semaines au numéro 1 des palmarès islandais. On va se le dire, c’est hyper contagieux comme mélodie.


 
 

King and Cross

Vous risquez d’avoir un sentiment de déjà entendu en pesant sur « jouer » sur King and Cross. En effet, c’est la version en anglais de Leyndarmál. En 2013, Ásgeir s’est allié au musicien John Grant pour retravailler ses chansons en anglais. Cela a donné l’album In the Silence qui a connu un succès en Islande et à travers l’Europe. On remarque que la production devient de plus en plus léchée et travaillée.


 
 

Unbound

Ásgeir a lancé en février dernier un premier simple de son album Afterglow paru en mai. Non seulement Unbound est accompagné d’un clip magnifique qui joue sur la limite de la réalité et du fantasme, mais il propose une nouvelle esthétique sonore. Ce premier simple a permis de se rendre compte que l’Islandais avait pris de nouvelles avenues de création. Les pièces sont produites de manière beaucoup plus contemporaine et empruntent à l’électro-pop et à la soul. On y entend des similarités avec SOHN, Bon Iver et Ben Howard.


 
 

I Know You Know

Ásgeir continue son parcours impressionnant qui l’a porté à l’avant-plan de la scène européenne en seulement 5 ans. Plus mature, l’auteur-compositeur-interprète a lancé plusieurs chansons qui mélangent soul et rythmes dansants avec Afterglow. I Know You Know vous donnera certainement envie de vous déhancher grâce à son rythme contagieux et entraînant.


 
 

Ásgeir sera en concert au Théâtre Corona le 26 septembre 2017.
Pour vous procurer des billets, c’est par ici :

Billetterie

Les EP à LP d’août 2017

Tattoo Money – Untitled

Tattoo Money est le pseudonyme de Pete Armour, un natif de Brooklyn qui a connu les jours du quartier avant que les hipsters se l’approprient. Celui-ci a une bonne base de hip-hop, mais va chercher des influences un peu partout. Cela donne des mélodies vocales qui rappellent Wyclef Jean dans ses premières années solos, mais avec des trames qui mélangent hip-hop, électro-pop et goth. Ça fonctionne merveilleusement bien.


 
 

Les Chiens – EP 2

La bande d’Éric Goulet avait lancé l’EP 1 en février 2016 qui sonnait le retour du groupe rock québécois sur album. Voici que le trio lance un deuxième volume toujours plongé dans un rock mélodique. On flirte même un peu avec le stoner rock sur Dans les bras de la peur et Le mal en nous. Vegas ramène un peu d’élément de folk et presque de country alors qu’on jurerait entendre Daniel Bélanger dans ses meilleures années.
 
 

Vanille – My Grandfather Thinks I’m Going To Hell

Vanille est une nouvelle formation qui compte parmi ses rangs Victor Tremblay-Desrosiers qu’on connaît avec Valery Vaughn. Le groupe fait du rock assez aérien et mélodieux qui n’est pas sans rappeler les années 70, surtout dans le vocal. Rachel Leblanc chante un peu à la manière de Lana Del Rey, mais tout ça avec une trame de fond plus rock que ce que l’Américaine propose. Vanille se classe parmi les groupes qui font de la pop lourde à la TOPS et Alvvays.
 

Ghost Love – One Lands

Ghost Love lance aussi son premier EP titré One Lands. Le trio fait dans le dark wave doublé d’une voix d’homme aigüe. L’ensemble est assez convaincant et utilise beaucoup les mélodies pop dans ses chansons. Ils empruntent certains éléments à Depeche Mode et d’autres à des plus modernes comme SOHN. Un groupe qu’on surveillera à
l’avenir.


 
 

J’existe-tu? – J’existe-tu?

Je vous ai déjà parlé de la scène de punk qui existe à Alma. Eh bien, J’existe-tu? en font partie et nous offre un EP homonyme qui sent le DIY à plein nez. C’est bruyant, c’est dynamique et le chanteur se tient entre la plainte et le vindicatif. On y retrouve un paquet d’influences intéressantes, mais surtout celle de Black Sabbath et du mouvement punk des années 70.
 
 
 
 

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Écoute exclusive: Thus Owls – Black Matter

Thus OwlsLa formation montréalaise Thus Owls fait paraître le 6 novembre prochain un nouveau maxi. L’année dernière, Turning Rocks avait attiré l’attention de la critique et avait reçu des éloges de plusieurs médias… dont les nôtres. Le couple Erika et Simon Angell avait envie d’essayer de nouvelles avenues musicales. C’est ainsi que l’idée de Black Matter est née. Ils ont enregistré un peu partout, à la maison, chez des amis, avant de se réunir avec Pierre Girard pour boucler ces six pièces qui durent près de trente minutes. On y entend aussi des collaborations de Stefan Schneider (leur fidèle compagnon des Luyas), Liam O’Neill de Suuns et des arrangements de cordes par Daniel Bjarnason de Sigur Rós. Ça vaut le détour. Si vous ne connaissez pas encore la formation, c’est une excellente occasion pour la découvrir.


 

Ólafur Arnalds & Nils Frahm – Collaborative Works

Olafur Arnalds & Nils FrahmCollaborative Works, c’est le titre sans fioriture du double album qu’ont fait paraître l’Allemand Nils Frahm et l’Islandais Ólafur Arnalds cette semaine sous l’excellente étiquette Erased Tapes. Les deux disques réunissent les pièces communes des musiciens depuis leur rencontre professionnelle en 2011. Si on connaît Nils Frahm pour son piano néoclassique et ses nouvelles expérimentations électroniques, Ólafur Arnalds est plutôt connu pour sa musique de film, ses arrangements au violon et son duo de musique électronique Kiasmos. Piano, synthétiseurs et autres effets se réunissent sous les quatre mains des deux hommes, pour un voyage de cent minutes.

Si de prime abord il manque une certaine unité aux deux disques alors que les autres projets des deux talentueux musiciens se démarquent par leur cohérence, une écoute attentive permet de comprendre l’éclectisme de la chose. C’est que Collaborative Works est un collage de EP déjà paru, d’enregistrements d’improvisation sans remixage et de «one-take» enregistré le temps d’une nuit, le tout pour démontrer l’évolution du son commun des hommes depuis 2011.

Donc, sur le premier disque, les EP Loon (2015), Stare (2012) et Life Story And Live And Glory (2015) se côtoient. Le deuxième disque reçoit les sept pièces inédites, regroupées sous le projet Trance Frendz, enregistrées cette année.

L’album commence avec Loon, un album enregistré en cinq jours en 2014. Il réunit cinq pièces pour synthétiseurs (Oberheim 4 Voice et un Korg PS3100) et un «base drum». Du lot se démarque Wide Open, plus rythmique, qui n’est pas sans rappeler les derniers efforts de Radiohead.

Les trois pièces suivantes étaient parues en 2012 sur Stare, leur premier album collaboratif, enregistré entre Berlin, ville de Frahm, et Reykjavík, ville d’Arnalds, en 2011. Ce début du duo annonçait l’approche ambiante de Kiasmos (Arnalds et Janus Rasmussen), avec la touche mélodique de Frahm. Encore une fois, du lot se démarque une pièce: B1, un trio avec la violoncelliste Anne Müller, une collaboratrice fréquente de Frahm. La pièce de treize minutes trente-neuf secondes se base sur des boucles mélodiques méditatives et plonge dans la mélancolie.

Les deux dernières pièces du premier disque sont tirées d’un EP paru plus tôt dans l’année: Life Story And Live And Glory. Ces deux pièces, enregistrées en 2012, sont plus près du piano épuré et des mélodies à la Yann Tiersen.

Les sept autres pièces sont issues d’une nuit d’expérimentation qui a été filmée et produite sous le nom de Trance Frendz au Durton Studio de Berlin le 28 juillet 2015. Le titre de chaque pièce est l’heure du début d’enregistrement. On y entend les musiciens respirer, quelques bruits de fond captés dans les micros. Les pièces mettent en valeur tant les quatre mains sur un piano que les tribulations électroniques du duo. Bref, on s’éclate avec l’imaginaire des musiciens, dans leur intimité.

Dans 23:17, on sent le désespoir se poindre le bout du nez. 00:26 rappelle dans sa forme et sa tonalité Wide-Open. À 01:41 on entend des déplacements, des changements dans l’installation avant que la musique enfle. La fatigue arrive et repart. Le rythme s’accélère. 03 :06, on retourne au piano simple, Frahm fredonne la mélodie.

Collaborative Works conclue donc une année faste pour les deux pianistes de formation: cinquième parution pour Nils Frahm cette année et troisième pour Ólafur Arnalds, si on inclut Loon là-dedans. Le résultat comblera les amateurs des premières heures (et rend accessible les premiers EP pas mal tous écoulés) et permettra une magnifique incursion dans l’univers des deux musiciens pour tout néophyte.

Ma note: 8/10

Ólafur Arnalds & Nils Frahm
Collaborative Works
Erased Tapes
100 minutes

http://arnaldsfrahm.com