indierock Archives - Le Canal Auditif

Bellflower – The Season Spell

BellflowerBELLFLOWER est actif depuis un bon bout de temps au Québec, mais attire de plus en plus l’attention depuis la sortie de son vidéoclip pour Cyclone Waltz qui avait connu un certain succès sur YouTube. Le groupe a aussi remporté le Coup de Pouce de MAtv lors du dernier Festival Vue Sur La Relève. Cela a mené à la création de The Season Spell, son deuxième album.

BELLFLOWER rassemble huit amis musiciens autour de la compositrice et interprète Em Pompa. Le groupe compte sur une belle brochette de musiciens, dont une section de cuivres qui fait rêver. Appuyé par Félix Petit (FELP, Les Guerres d’l’Amour), Jérôme Beaulieu (Misc, Trio Jérôme Beaulieu), Jérémi Roy (Chienvoler), William Côté, Nicolas Boulay, Alex Dodier, Marie-Noëlle Bois et Kathryn Samman, Pompa offre une pop qui emprunte au jazz, à la musique orchestrale et à l’indie rock.

The Season Spell est un album bien plaisant pour les oreilles qui comptent sur quelques très bonnes mélodies. A Thousand Miles, qui ouvre la galette, est entraînante et nous absorbe automatiquement dans l’univers de BELLFLOWER. Les cuivres se font déjà aller avec subtilité et chaleur dans cette pièce. Ça rappelle parfois le doigté dont faisait preuve Destroyer sur Kapputt. Baby met de l’avant les qualités d’interprètes d’Em Pompa qui réussit à être douce et perçante tout à la fois. L’atmosphérique pièce-titre fait aussi partie des meilleurs moments de l’album.

Les petites touches jazz ne sont pas déplaisantes non plus. Cryin’ Shame qui navigue entre jazz et blues fait belle figure avec ces claviers rappelant les années 70. Strangers qui repose sur une mélodie au piano est aussi un autre bon coup de la formation.

BELLFLOWER offre un deuxième album pas mal intéressant. Si vous aimez la pop avec des petites touches orchestrales, vous risquez d’avoir un «kick». C’est bien composé, magnifiquement interprété, et plusieurs mélodies restent avec nous après l’écoute.

Ma note: 7/10

BELLFLOWER
The Season Spell
Indépendant
36 minutes

http://www.themusicofbellflower.com/

Hop Along – Painted Shut

Hop AlongAu mois de mai dernier, le quatuor indie-rock originaire de Philadelphie nommé Hop Along faisait paraître son troisième album (son premier depuis 2012) titré Painted Shut. Menée par la charismatique chanteuse-guitariste Frances Quinlan, la jeune dame se fait également accompagner par son frère/batteur Mark Quinlan. Fort d’une signature avec la réputée maison de disques Saddle Creek en 2014, le groupe a fait appel aux services du réalisateur John Agnello (Kurt Vile, Dinosaur Jr., Okkervil River, etc.) afin de réaliser ce disque.

Sur cette offrande, Hop Along y va d’un rock qui va droit au but, sans aucune fioriture et qui fait penser quelque peu à ce que conçoit Speedy Ortiz; en moins touffue, il va sans dire. Ce Painted Shut est marqué du sceau de la forte personnalité de mademoiselle Quinlan qui, par son interprétation irréprochable (et bien sentie), parvient à hisser haut la musique somme toute un tantinet linéaire du groupe… comme si Agnello avait bien saisi quel était le principal attribut de Hop Along.

Musicalement, on est dans la plus pure tradition du rock alterno/indie américain: un batteur, deux guitares, une basse, une excellente chanteuse, trois accords… et la vérité! On exagère bien sûr, mais parfois il n’en faut pas plus que ça pour faire de la bonne musique. La bande à Quinlan a bien compris que pour mettre au monde un bon album rock, il faut y mettre beaucoup de cœur, d’intensité non feinte et d’amour. Sur ce plan, Hop Along peut se considérer comme un vrai de vrai groupe rock. On ne peut en dire autant de plusieurs artistes évoluant dans ce genre musical et qui se contente, disque après disque, du légendaire pilote automatique.

Cela dit, ce Painted Shut n’est pas sans défaut. Si l’aplomb de Frances Quinlan est indéniable, la musique, elle, tirerait avantage d’un peu plus de variations et d’arrangements plus étoffés. Bien sûr, tout réside dans la modération. Sans tomber dans la grandiloquence, les chansons de Hop Along auraient bénéficié d’une instrumentation plus diversifiée. On pense à l’ajout d’un orgue Hammond B3 et de claviers discrets ainsi qu’à quelques digressions guitaristiques dissonantes, mais ne boudez pas votre plaisir, c’est une solide parution. Pas de doute là-dessus.

Parmi les morceaux qu’on a affectionnés? L’explosion de guitares en fin de parcours dans The Knock, la performance vocale magistrale de Quinlan dans Horseshoe Crabs, le refrain cathartique de Waitress, le folk rock Happy To See Me et l’efficace Texas Funeral. Ça perd un peu de son efficacité à la tombée de l’album, mais rien qui diminue l’appréciation globale de cette production.

Hop Along est vraiment un groupe à surveiller. Si l’accent du prochain effort est porté sur un songwriting légèrement plus complexe et des arrangements plus bigarrés, on pourrait assister à l’émergence d’un ensemble rock de grande qualité. Une chose est claire dans notre esprit, Frances Quinlan aura une longue carrière. Elle possède tout le talent, le bagout et le magnétisme pour faire un bon bout de chemin. Du maudit bon rock tout simplement… même si la fille fait le band!

Ma note: 7,5/10

Hop Along
Painted Shut
Saddle Creek
40 minutes

https://hopalong.bandcamp.com

Ricked Wicky (Robert Pollard) – King Heavy Metal

ricked wickyTous ceux qui connaissent Robert Pollard savent pertinemment qu’il est un compositeur hyperactif, à la limite frénétique. Si on parle seulement de 2015, le vétéran a lancé en février dernier I Sell The Circus avec son groupe Ricked Wicky (car c’est bel et bien une formation à part entière aux dires de l’artiste). Par la suite, le bonhomme a balancé Faulty Superheroes… et le voilà de retour de nouveau sous l’appellation Ricked Wicky et cette énième offrande s’intitule King Heavy Metal. Difficile quand même d’apprécier à sa juste valeur la foisonnante production de Pollard… Trop, c’est comme pas assez!

Comme d’habitude, pas de surprise au programme, car le rockeur indépendant demeure dans sa zone de confort habituelle proposant ses chansons dans un enrobage lo-fi. Ce qu’on aime avec la mouture Ricked Wicky, particulièrement sur ce King Heavy Metal, c’est que Pollard et sa bande s’amusent plus souvent avec les dissonances et n’hésitent pas à y aller d’un rock qui décape un peu plus qu’à l’accoutumée. On fait référence aux guitares lourdes dans This Has Been My Picture de même qu’aux riffs sabbathiens entendus dans Ogling Blarest. On aime ça!

Et comme toujours, c’est mélodiquement irréprochable, Pollard ne se trompant que rarement dans le choix de ses inflexions vocales. Une nouveauté comparativement à I Sell The Circus? Une chanson est interprétée par le guitariste Nick Mitchell: l’excellente Weekend Worriers; hymne sarcastique faisant référence aux beuveries de week-end fomentées par la classe ouvrière afin d’oublier le lundi à venir…

Assurément, l’univers de Ricked Wicky ne constitue pas une cure de jouvence musicale, mais encore une fois Robert Pollard réussit à atteindre la cible à de nombreux moments. On pense au petit côté R.E.M. de Jargon Of Clones, au soft rock «seventies» évoqué dans Walk Through Glass, aux superpositions vocales plutôt réussies dans Toomfoole Terrific et ça se conclut avec un morceau de bravoure qu’un J Mascis n’aurait sûrement pas renié: Map And Key.

Ce King Heavy Metal, n’est sûrement pas le meilleur album du père Pollard, mais on aime ce rock qui va droit au but, sans trop de fioritures, un peu brinquebalant et qui est fort divertissant. Cela dit, il est impossible de suivre les nombreuses avenues empruntées par le mythique songwriter, mais force est d’admettre que ce qu’il propose n’est jamais imbuvable… du moins, ces derniers temps. Un bon album de cols bleus!

Ma note: 7/10

Ricked Wicky
King Heavy Metal
Rockathon Records
35 minutes

https://www.facebook.com/pages/Robert-Pollard/9042192950

Reptar – Lurid Glow

ReptarAu printemps, le groupe rock états-unien Reptar revenait avec leur deuxième album, Lurid Glow, mélange de post-punk, de synth-pop et d’indie rock. Ça part quelquefois dans de curieuses directions, mais c’est tout de même plus cohérent que Body Faucet (2012), premier album qui manquait franchement de ligne directrice. Cette fois-ci la direction est claire, il y a de beaux paysages à savourer, mais également quelques bifurcations qui mènent à des culs-de-sac.

No One Will Ever Love You commence et on s’imagine dans un montage de film 80s lorsque les jeunes protagonistes doivent accomplir une tâche quelconque (rénover un lieu à l’abandon, genre). Le début d’Ice Black Sand fait penser que ça va continuer dans ce genre de légèreté, mais lorsque les cuivres rentrent, une dimension post-punk à mi-chemin entre Talking Heads et Arcade Fire s’ouvre et remplit les oreilles de joie. Première belle surprise. Cable continue dans le post-punk avec un passage amusant qui fait penser à du vieux U2. Sea Of Fertility quant à elle repose sur plusieurs couches de claviers rythmés qui rappellent plutôt New Order. Amanda démarre sur une jolie mélodie au marimba et devient une balade harmonique.

Every Chance I Get a tout d’un simple romantique 80s, encore une fois avec sa référence cinématographique. Easier To Die est joyeuse avec son riff de guitare tropical, dont le montage fait penser à Mr Bungle. Daily Season revient à de la pop légère, ça commence à tourner en rond. Heureusement, Particle Board vient remettre du plomb dans les idées avec sa base post-punk bien décorée par les cuivres, percussions et échantillons. Par contre Breezy termine un peu moins bien le disque avec sa forme easy listening, fin un peu plate.

Lurid Glow comporte toute la fraîcheur et la légèreté du synthpop 80s, et ça plaira à ceux et celles qui en redemandent. N’empêche, certaines pièces semblent tout simplement avoir trente ans, on imagine même la bande magnétique prendre dans le mécanisme de lecture pour ralentir momentanément la musique. Les pièces Ice Black Sand et Particle Board sont très solides malgré tout, et sont les deux raisons de faire un petit détour sur la planète Reptar.

Ma note: 6/10

Reptar
Lurid Glow
41 minutes
Joyful Noise Recordings

https://www.facebook.com/reptarmusic