Île de la Réunion Archives - Le Canal Auditif

Critique : Labelle – Univers-Île

Labelle incarne bien le métissage. Dans tous les sens du terme. Ce jeune français est né d’une mère bretonne et d’un père réunionnais qui a quitté son île de l’océan Indien pour la SNCF… Disons qu’il y a plus exotique comme exil. N’empêche que Labelle s’est imprégné et de l’électro français de Jean-Michel Jarre et de la musique maloya issue de l’île. Après des études en musique à Paris, des soirées à faire le DJ derrière les plaques tournantes, Labelle a finalement quitté la France pour l’Île de la Réunion, où il a retrouvé les rythmes qui lui étaient déjà chers.

Qu’est-ce que ça donne? Des trames d’une grande richesse qui flirte avec le R&B et les rythmes percussifs résolument efficaces des musiques anciennes. Ce mélange à la fois de musique primale et de tissu sonore complexe et travaillé donne des résultats franchement efficaces. Univers-Île est un album varié, nuancé qui offre une panoplie de délicatesses pour les oreilles. Tout ça en donnant envie de taper du pied.

Labelle verse parfois dans un genre qui se rapproche de l’électro-pop et du R&B. L’exemple le plus clair de tout ça est l’excellente Benoîte sur laquelle Nathalie Natiembé chante dans une langue qui ressemble beaucoup au créole, que l’on comprend être la langue des insulaires. Ça fonctionne très bien. Kou D’zèl y va plutôt d’une approche plus mystique musicalement parlant. À travers les sonorités qui rappellent les chants et les percussions tibétaines, Zanmari Baré chante avec une voix qui donne légèrement dans le trémolo.

Labelle démontre une bonne palette sonore sur Univers-Île grâce à sa capacité à créer autant des pistes dansantes que mélodieuses. Et parfois même les deux à la fois. Dans ce registre, Éveil est un exemple de pièce entraînante magnifique. Babette opte pour un rythme plus cru et direct qui appelle aux pas de danses tribales. C’est contagieux à donner envie de se dandiner, peu importe où l’on se trouve. Les délicatesses qui rappelle Pantha Du Prince se retrouvent sur Playing At the End of the Universe. On y retrouve le même soin donné aux détails sonores qui se découvrent au fil des écoutes. Le genre de petits détails qui fait franchement plaisir.

Labelle est une belle découverte à faire, si ce n’est déjà fait. Son univers métissé rappelle parfois un peu Ibeyi, mais en enlevant les harmonies vocales et en ajoutant beaucoup de soin aux trames. Les pièces d’électro maloya font leur chemin facilement jusqu’aux tympans et risque fortement de vous charmer.

Ma note: 8/10

Labelle
Univers-Île
Infiné Musique
47 minutes

Site Web

FEQ Jour 6 — Soirée chaude et aventures de la haute à la basse ville

Presque une semaine de FEQ déjà. Pour fêter ça, je veux sortir des sentiers battus. Deux groupes qui me sont inconnus font commencer ma soirée à Place d’Youville. Dès 18 h c’est une légende réunionnaise, la bande de musiciens nommée Ziskakan. Suivra Mbongwana Star, un groupe Français/Congolais dont Docteur L, l’ancien batteur des Rita Mitsouko, est l’un des chanteurs. J’entends bien me déplacer le bassin comme si j’étais possédé par James Brown.

Se faire dégêner, qu’on le veuille ou non

Ziskakan fait partie de la culture de l’île de l’océan Indien depuis 1979. Au style traditionnel insulaire, la Maloya, le groupe intègre des sonorités indiennes, africaines, blues et reggae. Le cœur et fondateur est le chanteur Gilbert Pounia à longue chevelure de soie. J’arrive un peu en retard à cette scène gratuite qui est principalement occupée par des familles et plusieurs têtes blanches. Ça se dandine allégrement pendant que d’autres jouent à la marelle dessinée à la craie jaune. Il y a même une demoiselle qui décore l’air de bulles de savon. On se croirait à une réunion de famille. En ce qui est de la performance, c’est chaleureux, énergique et décomplexé. Pounia s’adresse à la foule dans son créole natif comme un patriarche, nous entraînant dans les rythmes de son île.

La percussionniste et chanteuse Maya Kamaty, qui joue du Kayamb avec vigueur, ne se gêne pas pour diriger la foule. Pendant une chanson complète, nous sommes une section rythmique de plus. Ceux qui ne participent pas se font presque pointer du doigt, et avec sourire tous s’y mettent. Quelques pièces plus tard, Kamaty entonne une courte ritournelle à laquelle doit répondre la foule. On ne s’époumone pas assez fort et Kamaty veut nous entendre. À force de patience et de directions, la chorale de la place d’Youville est née.

Un voyage à la Réunion à faible prix qui date de 2015 :

 
 

« Vous êtes chaud, ou quoi?!?! » — Docteur L

Bien réchauffé par les Réunionnais, je cours me chercher un sandwich de l’épicerie Couillard avant l’entrée en scène de Mbongwana Star. J’ai un peu dansé avec Ziskakan, mais je compte bien suer avec les Congolais/Français. Selon le site du FEQ, ils mélangent de l’électronique à un style traditionnel afrobeat. Personnellement, je n’ai pas entendu beaucoup de sonorités électroniques, excepté pour la structure musicale. Des pièces longues et répétitives qui hypnotisent comme la musique techno. Ils ne s’arrêtent tout simplement pas. Le batteur est rapide et constant, ne laissant aucun répit aux trois chanteurs. La piste de danse est chaude, même si le chanteur Docteur L nous le demande à plusieurs reprises. Je voulais danser et j’ai été servi. Un maximum de respect à ma partner de danse pendant 4 chansons. J’ai adoré ton style chorégraphique qui se rapprochait beaucoup de celui de Véronique Cloutier dans la Fureur. À quand un remake avec Docteur L comme animateur?

Je ne peux pas m’empêcher de boogie en écoutant leur prestation de 2016 captée en 2016 :

 
 

L’épopée

Bien fatigué et étourdi de tous ces mouvements de bassins, je me dirige au Pigeonnier pour voir les sensations d’Atlanta, Migos. J’ai mal prévu mon plan, ça déborde de partout. Des grills et des chaines d’or jonchent la pile de détritus suivant la file d’attente. Des zombies infectés au lean secouent les barrières en hurlant « BAD AND BOUJEEEEEE ». Voulant éviter l’infection (mais surtout parce qu’ils ne me laissent pas rentrer) je décide de descendre en basse ville pour Phantogram.

J’appelle le bus 800 et seulement 15 minutes plus tard il est devant moi (MEDIA VIP BABY!!). Devant l’Impérial, même scénario qu’avec Migos, mais avec des jeans taille haute et des avocats. Impossible d’entrer. J’ai entendu les premières notes du spectacle à travers les portes par contre. C’était. Excellent.

https://www.infofestival.com/