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Critique: Mimicof – Moon Synch

MimiCof est le projet solo de la compositrice et productrice japonaise Midori Hirano, pseudonyme qui sépare ses expérimentations électroniques de ses œuvres au piano et d’un autre projet en duo avec YTAMO. Ses deux premiers albums sous MimiCof, RundSkipper (2011) et KotoLyra (2012), mettaient en valeur des échantillons manipulés rythmiquement et des structures de pièce développées de façon légèrement aléatoire; un peu comme du IDM japonais. Hirano est revenue en mai dernier avec Moon Synch en proposant un travail de composition à partir d’un synthétiseur modulaire Buchla 200 (1970), le frère spirituel du Moog (1967). La palette sonore d’un tel appareil se démarque par défaut, et Hirano en profite pour transposer les rythmes IDM dans les vitesses d’oscillation des sons; les fréquences sont soigneusement choisies et les répétitions sont calculées avec précision.

Rising ouvre sur une onde de 500Hz au-dessous de laquelle fluctue une autre onde particulièrement dissonante, le passage rythmé façon compteur Geiger et l’épaisse masse sonore d’oscillateurs créent une atmosphère post-nucléaire dont le seul réconfort est le ronronnement de la génératrice. La sonorité de verre réverbéré de Burning Lights contraste progressivement avec les itérations mécaniques, combinaison tempérée par une basse monophonique lente. Le passage totalement expérimental nous déstabilise complètement jusqu’à ce que le rythme revienne en force avec un bon kick. Parallel Roads se développe en boucle à partir d’une ligne de basse synthétique, un rythme souterrain et une guitare électrique dont la lenteur permet d’apprécier le phasage de la distorsion.

Yellow Town semble venir du fond d’une grotte tellement la réverbération est présente; le rythme assure tout de même une certaine proximité pendant que les sons synthétiques rebondissent en écho. La ligne mélodique au piano de Dropping rappelle étrangement un classique dance mélangé à un genre de développement harmonique que Jean-Michel Jarre aime beaucoup utiliser, bien que la rythmique soit plus intéressante ici. La fréquence de 1750Hz (après vérification) ouvre Spins de façon assourdissante jusqu’à ce que la mélodie équilibre progressivement le spectre. La combinaison s’assoupit le temps que le rythme s’éloigne et que le grésillement de l’oscillateur prenne fin.

Opal part en boucle sur un arpège synthétique, derrière quelques notes mélodiques et un rythme minimaliste très espacé. La fréquence de 450Hz ouvre la pièce-titre, laissant ensuite les accords se succéder en duo avec une oscillation relativement rapide. Leaving the Country avance sur un tempo de ramage en chaloupe, accompagnée par une onde réverbérée qui monte et descend en glissando sur le spectre des fréquences, une conclusion plus expérimentale.

Le troisième album de MimiCof, ou le neuvième de Midori Hirano, est résolument différent de ses prédécesseurs; et bien que l’on retrouve sa sensibilité mélodique sur celui-ci, c’est le synthétiseur modulaire Buchla qui est mis en évidence ici. On se retrouve avec une atmosphère de laboratoire dans lequel une machine est (ré)animée par une humaine, quelque part entre la froideur du synthétique et la chaleur de la créativité. À examiner.

Ma note: 7,5/10

MimiCof
Moon Synch
Alien Transistor
44 minutes

http://midorihirano.com

Millimetrik – Fog Dreams

millimetrikLes choses se passent bien pour Pascal Asselin. En 2014, celui qui est aussi le batteur du groupe de stoner Les Indiens, a fait paraître l’excellent Lonely Lights. Cette dernière offrande l’a porté un peu partout au Québec et même au Japon. Il revient deux ans plus tard avec Fog Dreams, un nouvel album qui porte sa propre signature.

Asselin fait rarement les choses à moitié. À chaque nouvelle sortie, le musicien de Québec offre un nouvel univers, un nouveau concept. Cette fois-ci, c’est le brouillard des songes auquel il s’attaque. Pour ce faire, il a fait appel à des voix capables de se prêter au jeu. Il a bien choisi en faisant appel à Frannie Holder (Random Recipe, Dear Criminals), Maude Audet et King Abid.

Une chose qui est très claire dès les premières chansons de Fog Dreams, c’est que malgré la thématique, on aura droit à un album moins atmosphérique que Lonely Lights. C’est plus dynamique et le penchant hip-hop d’Asselin refait surface. Peninsula Mist I qui compte sur l’apport vocal de King Abid en porte des marques limpides. Millimetrik est aussi un batteur et l’on reconnaît sa griffe qui anime les trames groovy. C’est tout à fait réussi.

Parlons un instant des collaborations avec les demoiselles, car elles participent toutes les trois à de beaux moments sur Fog Dreams. La voix de Maude Audet se prête à merveille à l’univers vaporeux de Port Ellen Bass. Elle nous enveloppe, nous ensorcelle alors que la musique mélodieuse nous achève. La pièce-titre fait appel à la voix fragile et sur le souffle de Frannie Holder. Encore une fois, la rencontre est fortuite et nous rappelle certains bons moments d’Orbital.

Les femmes sont à l’honneur sur Fog Dreams. L’ouverture intitulée Rêves brumeux autour de Lana Del Rey (tousse, tousse… on ne fera pas de blagues salées) compte sur des rythmes de batterie parfaitement balancée. La dualité du temps (pour Myriam C.) fait aussi belle figure avec ces élans atmosphériques qui gardent les deux pieds sur terre grâce à une boîte à rythmes.

C’est totalement réussi pour Millimetrik qui refuse le surplace et nous offre encore un album d’IDM savoureux. Fog Dreams est un autre pas en avant pour le compositeur québécois qui continue de mélanger les influences pour créer un électro qui est difficile à catégoriser.

Ma note: 8/10

Millimetrik
Fog Dreams
Indépendant
39 minutes

http://millimetrik.tumblr.com/

Galerie Stratique – Rêves de Béton

Galerie StratiqueGalerie Stratique est le projet du compositeur québécois Charles-Émile Beullac, dont le premier album remonte à 2001 avec Nothing Down-To-Earth. Après ses débuts à saveur de IDM et d’ambient, Beullac nous a offert un virage sublime vers la matière première avec Faux World en 2008. On se demandait ce qui se passait depuis; et il nous est finalement revenu en novembre dernier avec son nouvel album, Rêves de Béton. Composé de vingt courtes pièces qui retournent aux sources de la musique concrète et électronique; Beullac nous emporte dans un rétrofuturisme de grande qualité.

Sur les Galets démarre sur un son de synthèse scintillant, auquel s’ajoutent des cliquetis, un frottement métallique et du gamelan. La table est mise pour une expérience sonore singulière. Marée Montante enchaîne sur une atmosphère lynchienne mélangée à des interférences spatiales. Quinze Nœuds continue dans la lignée intersidérale avec ses clapotis synthétiques. Ville Engloutie est davantage insaisissable; début grave, chant aérien, vibraphone, et son de thérémine joué comme une bande magnétique élastique.

Karst et Magma passent comme des interludes sci-fi; la première fait un clin d’œil aux années 60, tandis que la deuxième à un certain classique début des années 80. Céphalée est plus percussive, reprenant les impacts de la première pièce en les combinant à des drones panoramiques. Rêve de Bitume est un autre interlude ambiant, à la Boards of Canada cette fois-ci.

Crépuscule Industriel monte le niveau d’un cran avec son mixage de fou, à mi-chemin entre le minimalisme chirurgical et l’atmosphère enveloppante des «pads» synthétiques… wow. Zone de Gris continue dans la précision, mais de façon plus expérimentale. Fièvre mélange un bourdonnement «bouetteux» avec des sonorités radioactives. Tintamarre reprend le vibraphone et l’atmosphère étrange de Marée Montante, effets sonores très sixties et basse rythmée en plus.

Bikini Island sonne comme la deuxième partie de Tintamarre, en plus mélodique. Anxiété Lyrique retourne à l’expérimentation; ça oscille, ça grésille, les circuits en chignent jusqu’à ce que les «pads» et le thérémine prennent le relais. Aspérités et Combustion Lente sonnent, quant à elles, comme la suite de Crépuscule Industriel; même finesse microscopique, même délice auditif.

Hyperlinked Landscape fait dans la trame ambiante, avec échantillons cuivrés et rythme jazzé tandis que Flötentanz contraste avec ses impulsions qui rebondissent jusqu’à l’écrasement. Futur Antérieur est clairement plus aérienne avec ses échantillons de flûte et son solo de sax. Tibia Utricularis termine l’œuvre sur des notes d’électro expérimental, de pungi et de gamelan.

Rêves de Béton est un album pour audiophile d’abord, une sorte de satellite gravitant autour de la planète électronique. Il a un côté intellectuel pour son inspiration de Schaeffer et Stockhausen, culturel pour ses sonorités indonésiennes, comique pour ses mises en scène rétro futuristes, ou technique pour l’excellence de la production. On pardonnera le format très court des pièces, qui permet de passer d’une idée à l’autre sans trop de souci, mais qui désoriente par moment.

MA NOTE: 8/10

Galerie Stratique
Rêves de Béton
Indépendant
42 minutes

https://galeriestratique.bandcamp.com