Hip-hop Archives - Le Canal Auditif

7 bonnes raisons d’aller voir Chance The Rapper au Centre Bell

Chance The Rapper sera au Centre Bell le jeudi 25 mai prochain dans le cadre de sa tournée Nord-Américaine. Nous avons déjà vu Chance en spectacle à quelques reprises et nous pensons bien humblement que vous devriez y être. Voici donc 7 (parce que c’est chanceux) bonnes raisons pour visiter le Centre Bell la semaine prochaine.

1 — Il est en ce moment au sommet de sa forme

Depuis la sortie de Coloring Book, il s’est affirmé comme un des rappeurs les plus imposants de toute la scène du hip-hop américain. Sur l’album on retrouve des collaborations avec Kanye West, Lil’ Wayne, D.R.A.M., Young Thug et même… Justin Beiber. C’est aussi le premier album à faire sa place sur le Billboard en comptant seulement sur de l’écoute en ligne. Sans compter qu’avant son coup de circuit de Coloring Book, Chance s’était fait bien des amis avec l’excellent Acid Rap.


 

2 — Son band, c’est du solide!

The Social Experiment suit Chance partout où il passe. Le groupe qui possède un goût développé pour le jazz, le soul, le gospel et le hip-hop qu’ils mélangent avec habileté. Donnie Trumpet (Nico Segal), le meneur du groupe est un acolyte des premières de Chancelor Bennett. La formation donne une dimension puissante aux prestations de Chance avec la puissance de leur présence sur scène.
 

3 — Son indépendance

Chance The Rapper est le rappeur indépendant le plus populaire de tous les temps. Oubliez les contrats de disques et les avantages d’une grosse machine qui cherche à faire de gros bidous. Chance a convaincu les gens avec sa musique et cela lui a permis de produire indépendamment des albums de grande qualité. Même quand il a été attaqué pour son association avec Apple, il a remis les pendules à l’heure à ceux qui veulent insinuer qu’il n’est plus indépendant.

4 — Son implication sociale

En mars dernier, Chance a donné 100 000 $ au système d’écoles publiques de Chicago. Ce don est le premier d’une suite de chèques qui totaliseront 1 million dans les années à venir. Le message de l’Américain : en tant que rappeur et professeur de cours parascolaire, il sait que la pratique des arts apprend aux jeunes la persévérance et le perfectionnisme.
 

5 — Ses dance-moves

C’est le temps de sortir tes souliers vernis…


 

6 — Ses improvisations impromptues

Chance possède un goût prononcé pour les improvisations vocales sur les chansons d’autres artistes. Son plus récent coup d’éclat est un freestyle réussi sur la chanson Mask Off de Future.

7 — Il a été cité dans Spider-Man

Oui, oui, c’est frivole… mais se faire citer dans Spider-Man… quand même.

Pour tous les détails c’est par ici.

Critique : Shawn Jobin – Éléphant

On a découvert Shawn Jobin lors des plus récentes Francouvertes. Le rappeur fransaskois a fait la demi-finale lors de l’édition 2017 après être passé par Montréal dans le cadre du Coup de cœur francophone. Si Jobin est un nouveau venu pour le public québécois, dans l’Ouest-Canadien, il possède déjà une réputation bien assise, gagnée à coups de spectacle et de travail incessant. Éléphant est le plus récent du rappeur canadien qui avait auparavant fait paraître un EP.

Faire de la musique en français au Québec demande déjà une bonne dose de courage. Le faire en Saskatchewan commande le respect. D’ailleurs, Jobin travaille en collaboration étroite avec Mario Lepage du groupe Ponteix, un autre fer de lance de la scène fransaskoise. Lepage a appris à faire des « beats » pour soutenir les rimes de Jobin. Les deux se complètent bien et ça s’entend sur Éléphant.

Jobin est à l’aise avec les mots et possède une plume intéressante qui aborde plusieurs thèmes à travers l’album. De la fête (Danse ta vie) aux moments plus difficiles (La déroute). On sent que la quête identitaire habite un peu tous les textes de Jobin. Ce n’est pas surprenant pour un artiste en situation d’extrême minorité. Sur les chansons d’Éléphant, cette même rage de vivre et cette nécessité de s’exprimer, en français.

« fou face au je m’en foutisme
des textes remplis d’anglicismes
l’avenir de notre langue est cauchemardeux
quand j’vois des jeunes « gêné » de parler français
par peur qu’on s’marre d’eux »
— Fou

Shawn Jobin est en quelque sorte la réponse plus francophone à Dead Obies. Alors que ces derniers ont trouvé le moyen de rapper une langue où l’anglais et le français se tissent et se métissent, Shawn Jobin lui clame dans un français intact qui gueule sa nécessité de vivre. Cela le mène même à adopter un accent franchouillard dans sa façon de dire sa prose. Parfois au point où ça dérange un peu l’oreille. Pourtant, sur quelques chansons, il dicte ses paroles en abandonnement pratiquement l’accent. Mon Shambhala est un bon exemple. Soudainement les « è » et les « a » sont canadiens et ça fait du bien. C’est à ce moment-là que l’on connecte le plus avec Jobin, quand il s’exprime sans fard et sans artifices.

Dans l’ensemble, cet Éléphant de Shawn Jobin n’est pas vilain. Mario Lepage aussi fait des bons coups comme la trame formée de sonorités étranges, Autouroute. Parfois, c’est un peu moins réussi, mais pour un compositeur qui n’est pas spécialisé en « beatmaking », il se débrouille très bien. Il est difficile de ne pas avoir un grand respect pour Shawn Jobin et l’audace dont il fait preuve à prendre la parole en français dans un contexte où l’écoute n’y est pas toujours. Je crois que son affirmation est complète avec Éléphant. Maintenant, il pourra tourner son regard vers la prochaine étape, conquérir la scène québécoise.

Ma note: 7 / 10

Shawn Jobin
Éléphant
Indépendant
32 minutes

http://shawn-jobin.squarespace.com/

Critique : Kendrick Lamar – Damn.

Kendrick Lamar est régulier comme l’horloge. En 2015, il faisait paraître l’excellent To Pimp A Butterfly, puis en 2016, il lançait Untitled Unmastered. Ce dernier était une collection de chansons qui n’avaient pas trouvé preneur pour l’album précédent. Douze mois plus tard, Lamar revient avec DAMN. son quatrième album en carrière. Les suspicions de nouvel opus sont nées à la fin mars après la sortie du simple The Heart Part 4, qui n’est pas sur l’album, mais qui annonçait une sortie le 7 avril. Le 7, comme promis, le vidéoclip de la chanson Humble est arrivé et elle-même annonçait la sortie de DAMN.

Sur ce nouvel album, Kendrick Lamar nous sert une bonne dose de référence christique et religieuse en général. C’est thématique avec sa sortie le Vendredi saint. DAMN. est l’album le plus « pop » de Kendrick Lamar, il possède de nombreux refrains intoxicants, des chansons plus courtes qui tournent autour des quatre minutes et une approche généralement plus facile pour le néophyte. Est-ce que c’est de moins grande qualité pour autant? Absolument pas, Lamar prouve qu’il est l’un sinon le rappeur le plus pertinent de son époque, encore une fois.

Plusieurs chansons sont très accrocheuses comme Element qui a été produit en partie par <em>James Blake. On peut en dire tout autant de son duo avec Rihanna titré Loyalty avec sa trame velouté. Il nous offre même une pièce qui tire beaucoup sur le R&B avec Love, sur laquelle chante Zacari. C’est déstabilisant au premier abord. Avec les écoutes répétées, la pièce prend son sens dans l’enchaînement et ne détonne absolument pas. On est loin des pièces parfois insipides que nous envoie Drake. Malgré l’approche plus mélodieuse qui laisse de côté les moments musicaux ou les extraits de mise en contexte par rapport au concept très présent sur To Pimp A Butterfly et good kid, m.A.A.d city, Kendrick Lamar n’est pas moins impressionnant sur ce nouvel album.

« I got, I got, I got, I got
Loyalty, got royalty inside my DNA
Cocaine quarter piece, got war and peace inside my DNA
I got power, poison, pain and joy inside my DNA
I got hustle though, ambition, flow, inside my DNA
I was born like this, since one like this, immaculate conception
I transform like this, perform like this, was Yashua’s new weapon
I don’t contemplate, I meditate and off your fucking head »
— DNA.

Malgré la tangente plus facile pour les oreilles que Lamar prend sur Damn., il montre aussi l’étendue de son talent de MC avec des chansons comme DNA où les mots sortent à un rythme effréné, parfois quasi inhumain. On ne peut non plus passer sous silence l’excellent premier simple titré Humble. Ça rentre au poste et rappelle à la compétition qu’ils ne sont pas de niveau. La chanson est sans doute en réaction à Big Sean qui a lancé une pique au Californien dans les derniers mois. Une autre chanson surprenante se cache sur DAMN. : la collaboration avec U2, XXX… oui, oui U2. Il faut bien Kendrick Lamar pour rendre U2 pertinent en 2017.

Les pièces plus R&B sont toutes assez efficaces sur DAMN. La deuxième partie de XXX, Fear et la sérieusement réussie Lust. Il termine l’album sur Duckworth qui remet les pendules à zéro en nous ramenant au premier moment de Blood qui entame l’album. Avec toujours ce message : « Remember that what happens on earth stays on earth. » Il y a quelque chose d’à la fois religieux et absolument laïc à propos de DAMN.. Encore une fois, c’est le génie de Kendrick Lamar qui est le responsable pour cette habile façon de tisser un message riche et nuancé.

Vraiment, Kendrick Lamar est à son meilleur depuis deux ou trois ans. Combien de temps ça durera? Personne ne le sait, mais pour le moment, il faut en profiter, car il nous envoie avec DAMN. un autre excellent album de rap. Nous avons pourtant déjà été gâtés cette année avec Run The Jewels et Loyle Carner. Malgré tout, Kendrick Lamar ne tombe pas dans l’ombre des deux autres sorties, au contraire, il brille de mille feux.

Ma note: 8,5/10

Kendrick Lamar
DAMN.
Interscope Records
56 minutes

http://www.kendricklamar.com/

Critique : Chinese Man – Shikantaza

Le collectif de hip-hop marseillais Chinese Man sortait récemment un nouvel album intitulé Shikantaza, œuvre presque ironiquement dopée aux multiples sonorités orientales (et certaines plus dans la tradition européenne, mais tout aussi exotique).

L’album est beau pour l’oreille, ça, c’est sûr. Le choix d’échantillons est très bien exécuté, il nous embarque dans un nouvel univers imaginaire très coloré dans chaque pièce. On y trouve des pièces plus orchestrales, des extraits vocaux ainsi que des instruments traditionnels orientaux et autres; tous colorés des bons vieux bruits parasites des vinyles. Le tout est couché sur des rythmes modernes, mais bien sonores (le « back beat » sur Modern Slave, wow!) Les multiples rappeurs en collaboration sur l’album font un beau travail en général. Leur message est cohérent (le nom de l’album rapporte à la méditation et nous invite à lâcher prise), bien qu’assez peu relié à la musique. Tous ont un rythme vocal assez pastiché, mais bien exécuté et la plupart du temps pas trop long pour laisser de la place à la musique. Mais là est le problème de l’album : la musique.

Cette dernière, pour un album de hip-hop, est fondamentale, avec huit pièces sur seize presque exclusivement instrumentales. À priori, c’est une manière de faire que je préfère à un album constitué uniquement de pièces vocales ou presque. Cet album impose à cette préférence une exception : on doit savoir quoi faire de la musique que l’on invente. Les compositeurs de Chinese Man ont le syndrome du hip-hopper traditionnel, c’est-à-dire que leur musique est très belle et colorée, mais répétitive et sans développement consciencieux. C’est bien fâcheux quand un album constitué d’une moitié de pièces instrumentales est composé comme s’il y avait toujours un support textuel, et ce l’est encore plus quand presque toutes les pièces sont intéressantes à priori! Mais à chaque écoute, la même impression de longueur me revenait dans les pièces instrumentales. Une impression que les trois membres : Zé Mateo, SLY et High Ku n’avaient rien à faire dire de plus à leur musique.

C’est d’autant plus fâcheux parce que je n’ai quasiment que du bien à dire de la variété des pièces entre elles, influencées notamment par le dub, le reggae et le hip-hop plus classique en gardant toujours une esthétique superficielle orientale et un message pacifiste très actuel. Même s’il y aurait eu place à davantage de transformations d’échantillons, la variété de ces derniers et leur cohérence demeure très plaisante à l’oreille; idem pour la postproduction. Vraiment, si ce n’était pas de la quasi-monotonie de la musique à plusieurs endroits, cet album aurait été bien meilleur. J’ai confiance qu’avec un peu de travail supplémentaire pour bien développer leurs idées, le prochain album du collectif pourrait être excellent.

Ma note: 6/10

Chineese Man
Shikantaza
Chineese Man Records
65 minutes

http://www.chinesemanrecords.com

Critique : Loyle Carner – Yesterday’s Gone

« Le hip-hop britannique devient finalement sérieux – et Loyle Carner mène la charge. »

Voilà comment se termine la critique du NME concernant le premier album de Loyle Carner, Yesterday’s Gone, un opus qui enflamme les publications anglaises en ce début d’année. De ce côté-ci de l’Atlantique, on ne connait pas vraiment le jeune londonien de 22 ans. Mais cela devrait changer dans les prochains mois. Car oui, le gars a du talent. Beaucoup. Et en écoutant sa plaquette de 15 chansons, on peut dire qu’il a fait ses devoirs et qu’il connait déjà bien la musique.

L’album s’ouvre avec The Isle Of Arran, au rythme référencé, récupéré de It’s All on Me, œuvre de Dr.Dre entendue sur l’album Compton, sorti il y a deux ans. Une musicalité similaire qui se veut être un hommage au travail d’un rappeur important de la scène américaine. Mais là s’arrête la comparaison : si Dr.Dre peint les travers de L.A. à l’aide de paroles bien musclées et hargneuses, Loyle Carner, lui, revient sur son enfance à Londres, sur le départ de son père, le tout dicté sans arrogance dans une mélancolie qui, au final, se veut la ligne directrice de son offre musicale.

« My mother said, « There’s no love until you show some »
So I showed love and got nothing, now there’s no-one
You wonder why I couldn’t keep in tow, son?
I wonder why my dad didn’t want me, ex didn’t nee me. »
— The Isle of Arran

Mélancolie. Sensibilité. Histoires personnelles. Acceptation. L’album porte bien son titre. Loyle Carner, n’est peut-être âgé que dans la jeune vingtaine, mais il possède déjà un bagage personnel, disons, intense. Et au détour de ses revers amoureux, du départ de ses amis, de la maladie, de l’abus d’alcool, de l’abandon de son père (qui est finalement de nouveau présent dans sa vie… et sur l’album), mais aussi de l’amour de sa mère (également entendue sur cet album), on apprend à mieux connaitre le rappeur anglais. Et d’où lui vient sa détermination.

« I don’t ever worry ’bout my next step
Or ever even worry ’bout my next check
Like it’s the best bet, trying to protect neg
Living in this hurry, only worry is my next breath. »
— No Worries

Musicalement, Carner joue dans de nombreuses talles. Aux rythmes langoureux et sans excès, ajoutons du spoken word, du jazz, du folk, du gospel et du R&B-bluesy, qui enrobent ses paroles dictées avec précision, sans envolées lyriques, sans démesure, mais qui marque à chaque coup. Mariage réussi entre les paroles et la musique. Symbiose.

Loyle Carner ne crie pas au monde son mal intérieur sur Yesterday’s Gone, comme on l’entend (trop?) souvent sur la scène rap. Non. Lui, il l’extirpe, le décortique, nous l’offre, calmement, un souvenir à la fois. Et il fait la paix avec ses démons intérieurs. Un album rempli de souvenirs partagés généreusement par l’un des artistes à surveiller de près cette année. Absolument.

Ma note: 8,5/10

Loyle Carner
Yesterday’s Gone
AMF Records
43 minutes

http://loylecarner.com/