Frannie Holder Archives - Le Canal Auditif

Critique : Dear Criminals – Fatale

Cela fait depuis 2013 que Dear Criminals lance des EP. Le premier, Crave, avait tout de suite attiré l’attention sur la formation. Il faut dire que Frannie Holder fait aussi partie de Random Recipe, cela à aider au début. Tout de même, pour ce premier EP, Charles Lavoie, Frannie Holder et Vincent Legault avaient fait appel à Philippe Brault à la réalisation. Déjà, on entendait que le groupe possédait une signature sonore. Une signature qui a évolué et qui s’est développée avec les années, et les sorties, jusqu’à la musique du film Nelly paru en janvier.

En parallèle, le groupe a développé aussi sa personnalité scénique, ils sont reconnus comme des bêtes de scène malgré la douceur apparente de leur musique. Leurs spectacles sont souvent ponctués des reprises qui peuplent Woman, paru en 2014, qui reprend certains succès peu flatteurs pour la gent féminine. Parmi celles-ci, leur reprise de Sweat (a la la la la long) d’Inner Circle est particulièrement éloquente. On se rend compte que Ian et Roger Lewis nous parlent tout simplement de viol, le tout maquillé avec un beau petit rythme reggae. Bref, Dear Criminals est devenu plus qu’un side-project avec sa personnalité créatrice propre.

Arrive Fatale, le premier album du groupe. Un album réalisé par Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart). Fatale se vit comme une suite conséquente de chanson qui nous porte à travers une histoire. On est loin d’une collection de chansons arbitrairement mise ensemble. Fatale n’offre pas de coupure dans le son, tout s’enchaîne des premières notes de Starless aux dernières notes de Handful of Dust. On n’a pas pour autant l’impression d’écouter une seule et même chanson sans arrêt.

Certaines chansons ressortent davantage du lot. Le premier simple, Waste Land, paru peu avant la sortie utilise des sonorités de claviers des années 80 trafiquées auquel un peu plus de résonnance futuriste a été ajoutée. L’ensemble est soutenu par une basse répétitive qui appelle à la transe. Holder chante avec la fragilité qu’on lui connaît. Tout cela est réussi puis soudain le groupe nous envoie un jab de la droite. La batterie, une « vraie », débarque avec toute sa force. Ça fonctionne à merveille.

Yet Not the End est l’une des pièces les plus mélodieuses et pop que le groupe ait pondu. On y entend des influences du trio new-yorkais Blonde Readhead. L’échange de voix entre Holder et Lavoie est coupé au couteau sans que l’un des deux semble pressé. La chanson est langoureuse à souhait et le refrain direct :

Kiss me now
Long before you go
Before I die
If you ask I will follow
Love me now
Take me hard and slowly
Then let me go
Will your ghost follow
Hold me how
Stars are fading slowly
You hold the dark
Yet Not the End

Dear Criminals livre aussi sur Fatale plusieurs moments instrumentaux, dont certains d’une beauté non négligeable. 7 compte sur des arrangements de cordes superbes alors que The Cliff joue sur la syncope et des sonorités plus dérangeantes.

Un premier album réussi pour Dear Criminals. Certains fans diront sûrement : ENFIN! Si le groupe s’est fait désirer, il ne nous déçoit pas avec Fatale. On y trouve de très beaux et authentiques moments de fragilités qui évoquent l’amour, mais aussi les blessures laissées dernières par elle.

Ma note: 8/10

Dear Criminals
Fatale
Indépendant
32 minutes

Site Web

Les 3 étoiles du 6 octobre 2017

Dear Criminals – Waste Land

Non seulement Dear Criminals lance cette nouvelle chanson assez succulente, merci! Ils nous annoncent du même coup que leur premier album sort aujourd’hui même! Fatale est son titre, et gageons que les fans qui les suivent depuis un bon bout de temps seront contents d’enfin avoir un long jeu au complet à se mettre sous la dent. En attendant de vous le procurer ou de lire la critique, Waste Land est une chanson qui se construit tranquillement pour ensuite se déconstruire tout aussi progressivement. Rajoutez à cela une bonne dose de noise et de sonorités intéressantes et le tour est joué.


 

Chastity – Chains

On suit Chastity depuis ses débuts. L’artiste ontarien s’apprête à lancer un deuxième EP titré Chains le vendredi 13 octobre. En attendant que la collection soit disponible, il nous offre la chanson-titre. C’est dans un univers sombre, limite lugubre, coiffé d’un riff lourd et d’une bonne dose de bruit que le jeune homme nous entraîne. On commence à trouver des influences grunge dans le travail de Chastity et ce n’est pas déplaisant du tout!

La Bronze – On danse par en dedans

Le projet musical de la comédienne Nadia Essadiqi offre de la bonne électro-pop depuis un bon bout de temps. Voici que la grande frisée est de retour avec un premier simple tiré de Les corps infinis, son deuxième album, à venir le 3 novembre. On danse par en dedans fait un peu le pont entre les sonorités de l’excellent EP Rois de nous et son premier album. Ça fonctionne à merveille et on a hâte d’entendre le reste!

FME 2017: Jour 2

Encore une fois, le FME nous en fait voir de toutes les couleurs. Résumé de la deuxième journée d’activités musicales où la bière coule à flots.

Beach party et émotions fortes

Mon vendredi a commencé avec le classique BBQ de la maison de disque Bonsound. Cette année, c’est Duchess Says qui était responsable de nous dégraisser les oreilles pendant qu’on s’enfilait des hot-dogs et des épis de maïs. La formation montréalaise reconnue pour ses prestations endiablées n’est pas habituée de jouer à la lueur du jour. Encore moins autour d’une piscine quand le mercure affiche un peu moins de 15 degrés. On s’attendait à ce qu’Annie-Claude Deschênes finisse dans la piscine (d’ailleurs, même l’un de membres de l’équipe lui a demandé d’au moins ne pas plonger avec le micro), mais ce n’est pas arrivé. C’était un peu trop frette. Mais ça n’a pas empêché le quatuor d’offrir un peu plus d’une demi-heure de spectacle et Deschênes se promenait allègrement à travers les spectateurs réunis. Elle est impressionnante sur une scène, à trois pouces de ton visage, c’est carrément intimidant.

FME / Thomas Dufresne

En après-midi, je me suis rendu à la salle des Chevaliers de Colomb pour voir un petit gars de la place se faire aller la guitare. Louis-Philippe Gingras était visiblement ému de jouer pour sa famille et ses amis. En plus, le musicien a fait partie de l’équipe de montage du festival. Parce que le FME, c’est avant tout une affaire de famille. Il a livré les chansons de son dernier EP, La rangée des popsicles, dont la touchante Sutton et quelques chansons de son album Troisième Rangée. Il a démarré avec Tigre Géant et nous a aussi livré Parc à Chien qu’il avait chanté la veille avec La Bronze. Pendant Rahan, il a incité les gens à faire un mosh pit et comme la foule semblait frileuse à l’idée de se cogner les coudes, il est descendu lui-même dans le public. Sa tactique a fonctionné au point où le tout s’est terminé en Wall of Death. Je ne m’attendais pas à en voir avant la soirée métal… beau travail.

L’alliance du FME avec le Pow-Wow de Pikogan donne aussi des scènes pitoresques comme la suivante en surprise sur la rue Murdoch.

FME / Louis Jalbert

Il n’est pas le seul qui avait l’émotion dans la voix. Jason Bajada lançait Loveshit II (Blondie & the Backstabberz) en direct du Cabaret de la dernière chance. Accompagné de Philippe Brault, Sam Joly et Guillaume Doiron, il a livré les chansons du disque avec beaucoup de chaleur dans la voix et une fragilité authentique et palpable. Il nous a aussi expliqué que l’album est né d’une rupture qui a mal tourné après que « son ex-copine psychopathe lui ait annoncé qu’elle l’avait trompé. » Il a interprété Final Breath, In What World Do You Savages Live Where You Thought I’d Be Cool?, Little Yellow Heart, Let’s Go to the Airport et Painkiller. C’était très réussi et ce lancement a certainement charmé plusieurs spectateurs.

Rock et dissonance

La suite de ma soirée s’est déroulée coulée dans le rock… mettons. Tout d’abord, c’est le jeune quatuor de Zen Bamboo qui officiait au Théâtre du Vieux-Noranda. Ils étaient en forme et se sont fait aller la distorsion et les pas de danse. Ils ont même joué quelques chansons avec Tommy qui a remplacé tour à tour le chanteur et le guitariste suite à des clavicules brisées dans les derniers mois. C’est dangereux dans Zen Bamboo, faut avoir un bon régime d’assurance. Leurs chansons sont bien rendues sur scène et le groupe déborde d’énergie. Ils font un peu des sparages pour masquer certaines faiblesses dans leur composition par contre. Certains moments plus ordinaires sont masqués par des sauts, des cris et des dandinements surfaits. Mais bon, on leur pardonne volontiers, ils en sont encore à leurs premiers pas.

FME / Thomas Dufresne

J’ai réussi à attraper les deux ou trois dernières chansons de Julien Sagot qui avait Frannie Holder (Random Recipe, Dear Criminals) à ses côtés pour l’occasion. C’était pas mal bon et je m’en veux d’avoir manqué le spectacle au complet.

FME / Louis Jalbert

Je me suis rattrapé en allant voir A Place To Bury Strangers qui visitait Rouyn-Noranda pour la première fois de leur carrière. Le groupe possède une réputation en spectacle et ils n’ont pas fait mentir la rumeur. Non seulement le jeu d’éclairage est magnifique avec des spots éclairants par-derrière, ce qui laisse le groupe dans une semi-pénombre constante, mais ils débordent d’énergie. On a eu droit à une guitare fracassée dès le début du spectacle. Et ça ne s’est pas calmé par la suite. Pour la dernière pièce, le saxophoniste de Sun Watchers, Jeff Tobias, et le chanteur/joueur de sitar d’Elephant Stone Rishi Dhir ont rejoint le groupe pour un jam mémorable.

FME / Thomas Dufresne