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Critique : La Famille Ouellette – Deluxe

La Famille Ouellette est un groupe atypique dans le paysage musical québécois. Les six « frères » ont formé le groupe à la hâte pour participer aux Francouvertes en 2016. Ce qui a été la surprise, c’est qu’ils se rendent aussi loin pour finir par l’emporter en finale. Disons que le coup de tête aura porté ses fruits. Il faut dire que ce ne sont pas non plus des inconnus qui forment le groupe. Jean-Sébatien Houle est l’architecte derrière l’imposant projet Une toune par jour et rythmait avec Christian David les joutes de la LIM. Ce dernier est aussi connu pour ses collaborations avec David Giguère et Gabriella Hook. On y retrouve aussi David Lagacé, l’une des moitiés de Fire/Works. Bref, ce ne sont pas des inconnus de la scène.

Sur Deluxe, La Famille Ouellette nous livre exactement ce à quoi on s’attendait d’eux. C’est à coup d’indie-pop contagieuse, de textes avec des touches d’humour et de mélodies vocales qui rajoutent un effet grandissant qu’ils pourfendent le silence. Si vous avez suivi leur parcours lors des Francouvertes, alors vous serez en plein terrain connu pour Deluxe.

Avec ses chansons qui se rapprochent parfois d’Half Moon Run, les Ouellette ne nous laissent pas s’ennuyer sur Deluxe. On retrouve avec plaisir l’intoxicante Tout ce vacarme réalisée avec goût. Ça rend justice à cette chanson fort réussie. Jogging est une autre chanson qui était dans le corpus du groupe. On y retrouve leur penchant pour le charme qui se fait ressentir à quelques moments sur Deluxe.

J’ai brisé la glace
Le froid dans les yeux
Regardé en face
Ton sourire me réveille
Tes jambes éternelles m’appellent
Le soleil sur ta peau
Tu me donnes chaud
Tellement chaud
Jogging

Ce petit côté charmeur se retrouve aussi Hey, ça va?, avec sa trame aux synthétiseurs et la voix de JS Houle qui est beaucoup trop douteuse. Il met en scène une rencontre et une drague dans le métro. Rien de moins. Le tout est aidé par la présence d’Hologramme pour la chanson et la chanteuse Eli Rose. Ce n’est pas la seule collaboration de Deluxe. La Famille Ouellette a fait appel à Judith Little et Greg Beaudin, mieux connus sous le pseudonyme Snail Kid (Dead Obies, Brown).

Le groupe n’est pas toujours non plus dans un rythme qui brise tout. On les retrouve plus calmes sur la réussie Kaatunga qui ouvre Deluxe. C’est en grande raison de ses chœurs harmonieux et doux aux tympans que le groupe s’en sort. Même chose sur l’atmosphérique et fantomatique Ce ne sont que des mots. Par contre, c’est moins réussi sur M’empêcher qui passe un peu dans le beurre. Sur Sortir dehors on créerait entendre Pierre Bertrand chanter. Ça surprend de prime abord, mais on s’y fait.

Deluxe est un album réussi pour La Famille Ouellette et jète les bases de ce qu’ils sont capables de faire. Peut-être est-ce parce qu’on les a suivis tout au long des Francouvertes, mais ça manque un tantinet de surprise. Surtout au niveau musical. Tout ce qui fait leur charme y est, mais ça manque un brin de folie. Est-ce que ce serait dû au fait que le groupe a assuré lui-même la réalisation de l’album? Possible. N’empêche, ce n’est pas raté pour autant! Et ça vaut le détour.

Ma note: 7/10

La Famille Ouellette
Deluxe
St-Laurent Records
40 minutes

Site Web

La finale des Francouvertes 2017

Nous étions conviés par cette froide journée de mai pour la grande finale des Francouvertes 2017. Laurence-Anne, Les Louanges et Lydia Képinski étaient les trois artistes qui avaient réussi à se tailler une place dans l’ultime trio d’une édition particulièrement professionnelle. Du début à la fin, les artistes qui sont montés sur scène ont fait preuve d’un grand talent et surtout d’un professionnalisme dans leur manière de livrer leurs chansons. Mais voilà, ils ne sont que trois.

Le micro était d’abord donné aux deux porte-parole, Rosie Valland et Philippe Brach, qui venaient casser de nouvelles chansons. C’est d’abord, Valland qui a pris la scène en solo, avouant au passage qu’elle était stressée parce que le Club Soda, c’est une grosse scène pour essayer de nouvelles chansons. Pourtant, elle a fait ça avec panache. La preuve que la jeune femme n’est vraiment plus une débutante. Une première chanson réussie, qui a été suivie d’une deuxième, appuyée par Brach à la voix. Elle a par la suite laissé la place à Philippe Brach qui a commencé une chanson qu’il a arrêtée brusquement pour nous dire : « des débuts de tounes pas finies j’en ai une chié. » Sacré Brach! Il a joué sur une guitare pas ploguée, avec un son qui passait par un seul micro. Ça donne une atmosphère assez intime et le fun. Il dit aussi que Rosie Valland et lui-même sont les deux porte-parole les plus sombres du concours. Mais l’an prochain, ce sera Marco Calliari… Le Club Soda a éclaté de rire aux pitreries bien sympathiques du barde pas barré.

La première à prendre la scène était Laurence-Anne. Elle a entamé avec deux chansons solides qui ont donné le ton à la suite. Entre la deuxième et troisième chanson, elle a expliqué la présence des feuilles de Bounce. Elle les a mis sur les tables plus près de la scène pour ajouter une expérience olfactive à sa prestation. Une attention pour essayer de multiplier les plaisirs sensoriels de cette finale. Elle comptait aussi sur un petit nouveau dans l’équipe : Étienne Dupré prenait la place de David Marchand parti chez les voisins du Sud avec Eliza. Naomie De Lorimier a été la personne qui retenait le plus l’attention après la protagoniste principale. Ses harmonies vocales étaient magnifiques et donnaient une dimension puissante aux chansons qu’on avait pourtant déjà entendues quelques fois. Le seul bémol de la prestation était sa finale. Après une chanson qui se termine dans une cacophonie bruyante et délicieuse, elle a entamé une pièce en solo intitulé : Poison. La pièce est bonne, mais j’aurais préféré rester sur la catharsis de la finale précédente.

Puis c’était au tour du groupe de Vincent Roberge de nous faire miroiter ses plus beaux atours. Une chose était claire, le groupe n’était pas équipé pour faire sonner ses instruments dans un Club Soda, particulièrement au niveau de la guitare. Mais on ne peut en vouloir à la bande de ne pas posséder deux immenses cabinets Orange! Vincent Roberge nous a livré une Encephaline en solo tout à fait délicieuse qui faisait place à une vulnérabilité magnifique. Le groupe nous a aussi offert une pièce qu’on n’avait pas entendue auparavant sur laquelle Nathan Vanheuverzwijn s’est fait aller les doigts avec beaucoup d’adresse. Vincent Roberge était un homme nerveux et ça paraissait dans sa façon de dialoguer avec le public entre les chansons. Le jeune homme semble avoir pris personnellement les commentaires sur ses interventions. Entre le moment où il nous explique qu’il est nerveux parce qu’il sait qu’il parle trop et le moment où il nous parle enfin de la chanson, on se sent pris dans un limbo. Pourtant, lorsqu’il est en confiance, tout cela disparaît. Il l’a montré avec l’excellente La Bombe Atomichaëlle.

Finalement, c’est Lydia Képinski qui fermait la marche. Celle qui était pressentie dès le début pour remporter l’édition 2017 n’a pas déçu. Elle a commencé en solo avec M’attends-tu avant de se faire rejoindre par son groupe pour Apprendre à mentir. C’était totalement réussi. Elle nous a emmenés progressivement dans son univers avant de nous lancer une Andromaque toujours aussi efficace. La jeune femme nous a aussi posé la question de la soirée : « Il y en as-tu qui sont déjà tombés en amour? Avec un mineur? J’ai appris que c’était illégal d’avoir une relation sexuellement avec quelqu’un de 17 ans.» Pour ensuite lancer une pièce qui vient de prendre une tournure complètement différente. Les paroles : « on se revoit dans 365 jours » prennent un sens nouveau.

Au final, nous sommes forcés d’admettre que les trois participants ont livré de bonnes prestations et que peu importe le résultat, c’est Laurence-Anne qui a donné le meilleur spectacle alors que Lydia Képinski a le projet le plus abouti. Bref, ils sont tous bons! C’est finalement cette dernière qui a enlevé les grands honneurs. Beaucoup de sueurs, de travail et de plaisir ont croisé le parcours des finalistes de l’édition 2017et ils ont fait preuve de beaucoup de courage et d’ardeur au travail. On les salue bien bas. On se revoit l’an prochain. En attendant, voici les lauréats de tous les prix de la soirée.

Prix du public : Joey Robin Haché

Prix de la SODRAC : Lydia Képinski pour Andromaque

Prix Ici Musique: Les Louanges

Prix ROSEQ : les Louanges

Prix Ambiances Ambiguës : Lydia Képinski

Prix En Scène : Les Louanges

Prix Quartier des spectacles : Les Louanges

Prix SDC Hochelaga – Maisonneuve : Les Louanges

Prix Première scène Mont – Tremblant : Lydia Képinski

Prix Les productions d’Albert : Laurence-Anne

Prix du Festival Diapason : Lydia Képinski

Prix du Festival d’Été de Québec : Lydia Képinski

Prix du Coup de Coeur Francophone: Lydia Képinski

Prix du Festif! : Lydia Képinski

Prix des Francofolies: les Louanges

Prix du Théâtre du marais : Laurence – Anne

Prix Réseau – scène : Lydia Képinski

Grand prix:

3- Laurence-Anne
2- Les Louanges
1- Lydia Képinski

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Les finalistes des Francouvertes 2017 : Laurence-Anne

Jean-François LeBlanc

C’est dans le cadre de la finale de la 21e édition des Francouvertes que nous avons eu en entrevue les trois finalistes du concours. On termine cette série de rencontres avec Laurence-Anne qui nous aura offert Si La Lune en novembre 2015, ainsi que Session Live, en janvier 2017. C’est avec grand plaisir que je l’ai rejoint par téléphone afin de revenir sur son expérience des Francouvertes.

En rétrospective

D’entrée de jeu, Laurence-Anne se dit satisfaite de la tournure des préliminaires. « C’est une belle surprise que je me suis rendue jusqu’en finale parce qu’au fait, je me suis inscrite et on dirait que je n’avais pas d’objectifs précis. T’sais, mon but, ce n’était pas de me rendre en finale, je suis comme très contente d’être rendue là », me dit-elle. L’artiste s’est dévoilée sereine en revenant sur chacune des étapes des Francouvertes. Elle a même trouvé le processus très formateur. Selon les commentaires reçus après chaque soirée, Laurence-Anne me confit qu’elle a obtenu un mélange de commentaires positifs et négatifs. « C’était vraiment deux extrêmes », selon elle. Recevoir ce genre d’avis du public l’a incité à se concentrer uniquement sur le set du spectacle. « On a juste regardé les chansons qu’on avait, on s’est dit : on va essayer de faire un autre set, on va mettre des chansons qui bougent plus, on va modifier l’ordre des chansons », me raconte-t-elle. C’est à la demi-finale qu’elle a reçu de bons retours suite à ces modifications. « Le but, ce n’est pas de prendre et de tout changer pour plaire à tout le monde, c’est vraiment juste de cerner qu’est-ce qui fait du sens à nos yeux. On était d’accord avec ça et on s’est dit : on va essayer autre chose ». Finalement, la bande de la jeune Kamouraskoise a su retourner les commentaires du public à leur avantage. Ce qui les aura menés très loin.


 

La bibitte

C’est avec l’image de la belle « bibitte » sympathique que Laurence-Anne a su se démarquer auprès du public et du jury au fil des semaines du concours. Et vous savez quoi? Cette comparaison plaît beaucoup à l’artiste. « Je n’ai pas l’impression que ce que je fais est 100 % accessible, que ça va chercher un public large, mais des retours que j’ai eus, je sais que ça pique la curiosité, c’est des gens qui sont intéressés à découvrir quelque chose qui sort un peu des cadres musicaux, de ce qu’on entend à la radio, de ce qu’on entend partout. C’est ce genre de public là que je recherche donc je trouve ça intéressant qu’on me définit comme ça parce que c’est justement les gens qui cherchent à découvrir des projets un peu plus hors norme. Ils vont lire cette description-là et ils vont être comme ah oui, c’est ça que j’ai envie de découvrir. J’ai l’impression que c’est la bonne description pour attirer le public pour qui j’ai envie de jouer ». Même si certaines personnes trouvaient le projet un peu bizarre dans les commentaires que l’artiste recevait, elle s’est rendue tout de même en final. Pas mal, pour une bibitte.

La soirée du 8 mai

Laurence-Anne m’a parlé (en avant-première) de petites primeurs de la soirée du 8 mai. C’est dans un climat de camaraderie que la jeune fille montera sur scène au Club Soda avec deux de ses amis en concurrence. Elle m’avoue qu’elle ne pense pas qu’il y aura une compétition malsaine entre ses deux comparses puisqu’elle connait bien ses adversaires. « Pour vrai, ça tombe vraiment bien parce que Lydia et moi, on se connait depuis deux-trois ans. On a fait ma Première Place des Arts ensemble, la même année, on est comme amies depuis ce temps-là. Vincent de Les Louanges, je ne le connais pas vraiment depuis très longtemps, mais on a eu la chance d’être dans le même milieu, on a les mêmes amis. On a eu la chance d’avoir des soirées ensemble, de se côtoyer, on a eu des entrevues ensemble, on a passé des après-midi ensemble dans un café pour jaser. Ce n’est vraiment pas une ambiance compétitive, on est juste là, on s’entend bien, on a du fun et on est vraiment content de partager la scène de cette soirée-là ».

Quant à la performance de Laurence-Anne… que nous réservera-t-elle lors de la soirée du 8 mai prochain? Des étoiles et beaucoup de magie. Parole de bibitte! On ne se pose pas plus de questions. Rendez-vous lundi prochain au Club Soda pour la grande finale des Francouvertes!

https://laurence-anne.bandcamp.com/

http://francouvertes.com/

Les finalistes des Francouvertes : Les Louanges

Crédti: Jean-François LeBlanc

Toujours dans le cadre de la finale de la 21e édition des Francouvertes, nous avons eu en entrevue les trois finalistes du concours. J’ai donc rejoint le meneur de la formation Les Louanges, Vincent Roberge au téléphone. Il avait fait paraître son EP vitaminé Le Mercure, en mars 2016.

Surnommé Les Louanges après une grosse soirée en fin de secondaire, Roberge a eu quelques groupes musicaux entretemps. Après un passage au Festival International de la chanson de Granby, Vincent a eu l’idée d’adopter ce nouveau surnom. Depuis, il m’avoue avoir attiré une délégation de fans venant du Congo. Un bon signe.

Le concours

J’ai rencontré un jeune homme de 21 ans prêt et groundé pour le grand spectacle du 8 mai prochain. D’abord, Roberge revient sur l’énorme processus que sont les Francouvertes. L’ayant vécu avec beaucoup de plaisir, le chanteur affirme : « C’est une période très intense, mais ponctuée d’évènements forts… mais de beaucoup d’attentes. C’est comme des émotions fortes en gestation, tout le temps ». Pour lui, ce concours l’aura incité à donner tout ce qu’il avait, et ce, jusqu’au bout. Avant de s’embarquer dans l’aventure, Roberge démontrait une tendance à changer de style musical aux quinze jours et les Francouvertes lui auront permis de garder le focus tout en restant fidèle à lui-même, et ce, le plus possible : « À chaque fois, c’est de travailler les détails, tout le temps t’sais, moi je crois que ça m’a forcé à me donner une petite coche ». Et le voilà en finale. Rendu là, l’artiste se dit très heureux.

La critique

Qui dit Francouvertes, dit commentaires du public et des médias. Roberge se considère très chanceux de la réception. Il me confit qu’il n’avait pas encore reçu les commentaires de l’auditoire issu des demi-finales. Cependant, aux préliminaires, le chanteur de Les Louanges a reçu un accueil chaleureux face à son projet musical. Lorsque les commentaires sont écrits de manière pertinente, Roberge voit ça comme une façon de travailler sur des aspects de sa démarche artistique. Toujours dans un but de s’améliorer. Il trouve ça bien glorifiant tant et aussi longtemps qu’on reste dans le constructif. Comme le souligne Vincent Roberge, Sylvain Cormier n’a pas été tendre  dans Le Devoir. « C’est sûr que Sylvain Cormier a pas trouvé ça cool. Il trouve qu’on a l’air trop pro. Ça ne me dérange pas que Sylvain Cormier ça y tente moins pis que les juges me placent en première place. […] J’ai pas de trouble à ce qu’on me dise qu’on aime moins ce que je fais, mais tant qu’à le faire, je préfère qu’on le dise franchement plutôt que de dire que je suis un petit gars. »

La compétition

Selon Roberge, la soirée du 8 mai prochain sera une « méchante belle soirée ». Pas question de vivre un spectacle avec une concurrence vive. « J’pense que ça va être une compétition saine, on aimerait tous ça gagner, on veut tous être bien bons. C’est drôle parce qu’avec Lydia, on se niaisait un peu. Elle m’avait dépassé aux préliminaires et c’est moi qui l’a dépassé pendant les demi-finales, fak en même temps, s’il y aura de la compétition, je crois que ça sera sain et amical. Ça va être un bon show, rendu là être en finale, c’est déjà un bel accomplissement ». Ce qu’il est serein ce jeune homme!

L’Après-Francouvertes

Peu importe le résultat du 8 mai prochain, Vincent aimerait beaucoup faire de la recherche et du développement pour son projet musical. Et multiplier les occasions de spectacles. Par la suite, il pense enregistrer soit un EP ou un album en automne. « J’ai des tounes en gestation, j’ai des trucs que personne n’a jamais entendus qui vont être peut-être autre chose de ce que j’ai présenté déjà aux Francouvertes », affirme-t-il. Ça attise la curiosité tout ça.

Le suspense est là! Rendez-vous le 8 mai prochain au Club Soda pour découvrir ou redécouvrir Les Louanges en prestation!

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https://leslouanges.bandcamp.com/

Les finalistes des Francouvertes : Entrevue avec Lydia Képinski

Crédit : Jean-François Leblanc

Par un pas si beau lundi pluvieux, j’ai jasé un peu avec Lydia Képinski qui vient de connaître toute une année! Non seulement est-elle finaliste aux Francouvertes, mais la jeune femme a aussi été finaliste à Granby en plus d’aligner les prestations au Coup de cœur francophone et autres événements disséminés à travers la province. Bref, pour son jeune âge et sa carrière naissante, Képinski a vu du terrain en masse. Elle a fait de nombreux concours où la situation de « jugé » peut user à la longue : « Je pense que ça forme. Je reproche beaucoup de trucs à Granby, mais une des choses positives, c’est que j’y suis allé et j’ai été confronté à une gang de baby-boomers qui vivent de la musique. C’est important. Ces gens-là, il faut les rencontrer. Faut savoir qu’ils existent, faut aller à leur rencontre et après tu peux te faire une opinion sur eux. Les Francouvertes c’est plus mon “bag”. C’est bien organisé, j’ai du fun à le faire et je me sens pas exploité. Faut pas oublier qu’on fait partie d’un système capitaliste, c’est un système de compétition. C’est pas juste les concours qui participent à ça, c’est la vie, c’est Itunes. Dire : ah non, moi je veux juste faire de la musique et pas me prêter à la compétition, c’est un peu dire que tu débarques. »

Lucidité et travail

Elle est lucide. Elle accepte aussi que cette compétition ne l’avantage pas. Képinski, comme bien des artistes, n’a pas reçu la bourse qu’elle avait demandé cette année. Cela ne la décourage aucunement. Elle comprend que les ressources sont limitées et que c’est à elle de se relever les manches et continuer de bosser. « J’ai chialé contre les concours, mais contre l’organisation parce que certains n’ont pas de bon sens, comme Ma première Place-des-Arts. Ces concours-là sont accotés sur les subventions et ne les utilisent pas pour créer quelque chose qui fait du bon sens. De toute façon, les Francouvertes, c’est mon dernier concours. »

Lydia Képinski, malgré le goût amer que certains concours ont laissé derrière eux, se plaît au Francouvertes. « C’est le concours le plus professionnel que j’ai fait et je suis content de l’avoir fait en dernier dans ma run. Il y a des gens que je respecte dans la salle. Il y a des blogueurs que j’aime, des journalistes que j’aime, des artistes que j’aime. Ça donne l’impression qu’il y a un cocon qui est réuni pour décider de l’avenir. Je trouve ça un peu épique dans ma tête. J’aime le palmarès, je trouve ça excitant. C’est stressant, et ça te garde en haleine. »

La formation qu’elle aligne pour les Francouvertes n’est pas la même que par le passé. Après l’enregistrement de l’EP, elle a décidé de continuer avec les musiciens qui ont participé à celui-ci : Blaise Borboën et Stéphane Leclerc. « Je voulais trainer mon band dans une direction qu’ils ne voulaient pas aller. C’était comme un vieux couple, même si ça ne faisait pas si longtemps qu’on jouait ensemble. J’avais espoir de les changer. Mais ça ne marche pas. » La cohésion avec ses deux nouveaux acolytes est palpable. « On se comprend. On se comprend et ils sont travaillants et, ça, c’est la valeur numéro que je veux promouvoir chez mes amis musiciens. Il y a juste le travail qui peut te démarquer dans la vie. »

S’adapter est une preuve d’intelligence

Ses chansons et sa prestation scénique ont aussi changé avec le temps. Les changements de musiciens y sont pour quelque chose, mais son utilisation de la guitare l’est aussi. « Avant je jouais du piano, mais depuis cet été, depuis Granby, je joue de la guitare. J’ai fait mon audition pour le festival au piano, mais là où j’habitais, c’était loin d’où je jouais. Je n’avais pas envie et je n’étais tout simplement pas capable de trainer mon piano ce qui fait que j’ai joué de la guitare. Tout ça juste parce que j’étais en tabarnak contre le festival qui ne voulait pas m’aider à amener mon piano qui pèse deux cents livres (exagération, mais on comprend le message). C’est la seule raison que j’ai commencé à jouer de la guitare. J’ai beaucoup aimé la mobilité que ça m’a donnée. Surtout qu’au piano t’es pas mal statique. »

Lydia Képinski semble non seulement prête pour la finale des Francouvertes, mais prête aussi pour la vie professionnelle. Elle arrive avec des objectifs, une éthique de travail et de l’énergie à revendre. On continue nos entrevues demain avec Vincent Roberge aka Les Louanges. On se voit pour la finale le 8 mai prochain au Club Soda!

http://www.lydiakepinski.com/

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