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Jeanne Added – Be Sensational

Jeanne AddedOn connaît très peu Jeanne Added de ce côté-ci de l’Atlantique, mais elle fait un tabac en France depuis la sortie de son maxi au mois de février. Be Sensational est paru sur le Vieux-Continent au mois de juin passé et voici qu’il se fraye un chemin jusqu’aux oreilles nord-américaines. La demoiselle viendra même faire son tour au Québec pour le FME après un arrêt au centre PHI le 2 septembre. À sa sortie de l’école, Added a d’abord officié dans des combos jazz tout en enregistrant un premier maxi. Ce dernier s’est rendu jusqu’aux oreilles du groupe The Dø qui a rapidement adopté la Française.

Son parcours l’a menée jusqu’à la sortie de Be Sensational, un album dense qui respire par moment et qui fait beaucoup de place aux basses et aux synthétiseurs de toute sorte. Ça et la voix pas piquée des vers de la demoiselle. Jeanne Added porte l’album sur ses épaules et se retrouve à l’avant-plan. C’est d’abord et avant tout ses mélodies vocales qui ressortent du lot.

Musicalement, ce n’est pas méchant, car les atmosphères riches de la pièce-titre de l’album, où le glauque jure avec la voix lumineuse et passionnée de l’interprète, font le travail. C’est un moment marquant de cette première galette tout comme l’excellente Lydia avec ses rythmes syncopés, ses changements de cap et ses mélodies vocales entraînantes et répétitives. Jeanne Added mise généralement sur une simplicité efficace.

Certaines pièces sont plus mouvementées, quasi dansantes par moment, comme Back To Summer ou encore l’accrocheuse It. Added a trouvé le moment de garder une esthétique sonore conséquente du début à la fin de Be Sensational. Si l’on peut trouver un défaut à ce premier album, c’est la structure généralement plutôt convenue des pièces. Un peu plus de variété aurait permis à l’album d’un peu mieux respirer.

Jeanne Added mérite toute l’attention vers sa musique qui reste majoritairement en territoire glauque. Un univers noir où sa voix est une constante satisfaction de par sa clarté et sa force. Pour ceux qui aiment les albums plutôt minimalistes animés de quelques synthétiseurs, une basse et une boîte à rythmes, Jeanne Added sera pour ceux-là un petit bijou.

Ma note: 7,5/10

Jeanne Added
Be Sensational
Naïve Records
38 minutes

http://jeanneadded.com/

Le Chemin de la Honte – Le Chemin de la Honte

Le chemin de la HonteIl y a quelques semaines, je décidais de reprendre la barre pour une ou deux émissions des Nyctalopes à l’antenne de CISM. Dans les choix musicaux de la directrice musicale, il y avait À Pleine Bouche du Chemin de la Honte. Je n’avais jamais entendu parler du groupe. Lorsque la lente guitare bruyante a joué ses premières notes, c’était clair! Le Chemin et moi, on ferait bon ménage.

Mais qui est Le Chemin de la Honte? C’est une très bonne question à laquelle il est très difficile de répondre. Voici les informations qui sont repérables sur les internets: les membres sont Liliane Chansard (basse et voix) et Sébastien Normal (batterie) de Delacave ainsi que Stéphane Calin (guitare) et Olivier Lanthelm (basse). Le groupe fait du cold post-punk. Ça fait penser à Savages en mode franco plus posé ou encore à La Femme, mais en vraiment, mais vraiment plus fâché.

Trois sœurs, qui ouvre la galette, donne le ton avec une batterie intelligente et nerveuse, une guitare et une basse en boucle complètement hypnotique, une basse mélodique qui ponctue le tout à l’occasion et la voix de Chansard qui est parfaite. Elle est dure, mélodieuse et habitée. Malgré la froideur qu’elle semble essayer d’y glisser, elle ne peut s’empêcher de s’emporter et ces éclats sont tout à fait magnifiques. C’est bruyant lorsque tout se déglingue et ça donne envie de s’habiller en noir et aller casser des vitrines à l’institution financière la plus proche de chez soi.

Il y a un beau paradoxe dans la musique du Chemin de la Honte. C’est à la fois violent et attachant. Ça donne envie de se lancer dans un «mosh pit» et de serrer dans nos bras le voisin. Le groupe ne se sent pas obliger non plus d’être toujours très rapide. Pour le moment est cadencée et lente bien qu’elle s’emporte passé la mi-temps de la chanson alors que Chansard se perd dans une boucle: «Les mêmes gestes déployés que ceux installés». La bande sait écrire et le texte de Les joies du métier parle de la difficulté de réussir à s’établir en tant que musicien.

Vous pensiez peut-être en début d’année qu’il ne paraîtrait pas une meilleure galette que Viet Cong dans le style post-punk. C’était parce que vous ignoriez que Le Chemin de la Honte existait. Sans dire que c’est mieux, les Français peuvent rivaliser. C’est un groupe que vous devez absolument écouter si vous aimez le punk qui se tient en marge du courant. Parce que même dans un courant marginal, Le Chemin de la Honte fait figure de bizarrerie délicieuse pour les tympans.

Ma note: 8/10

Le Chemin de la Honte
Le Chemin de la Honte
Danger Records
38 minutes

https://dangerrecords.bandcamp.com/album/dr-021-lp

Nôze – Come With Us

NôzeUn ami m’a fait découvrir Nôze en 2006 avec l’excellente pièce Love Affair, parue sur la compilation de simples How to Dance (dont la pochette est sublime). Rendu à Remember Love paru en 2008, c’était à peu près impossible de ne pas les avoir entendu sur un plancher de danse. Le duo électro formé de Nicolas Sfintescu et Ezechiel Pailhès produit une musique qui rend de bonne humeur, et offre des prestations live à la hauteur de ce bonheur. Nôze est maintenant de retour après quatre ans d’absence pour nous offrir Come With Us, paru en mai dernier.

I Need To Know nous plonge immédiatement dans la synthèse new wave, avec les voix de Nicolas et Dani Siciliano en duo; léger et romantique comme dans le bon vieux temps. Perdre Son Âme change complètement d’ambiance avec un piano dramatique supportant une complainte amoureuse, avec couplets chantés en anglais et refrains en français. Un peu lourd sur le coup, mais il y a un je-ne-sais-quoi qui fait penser à Joe Dassin. Apache ramène vers l’entrain de la pièce d’ouverture et en remet; une base house française, un piano percussif et un chant légèrement punk, Joe Strummer «style». Le passage avec le chœur et le synth à la Moroder est fabuleux. Teardrops va plutôt dans la balade au piano arpégé et guitare rockabilly, coulée dans le béton par la voix de Nicolas, version Leonard Cohen; performance réussie. Après tout cela, The Crab Dance fait office d’interlude avec son air circassien.

La boucle de guitare espagnole lance Saint dans une urgence rythmique, approfondie par un kick soutenu, des percussions et quelques accords de guitare rockabilly. C’est très bien assemblé. Cherry Trees laisse perplexe de par sa ligne musicale répétée comme un arrangement préprogrammé de clavier bas de gamme; la voix vient d’un lounge branché, tandis que la musique sort d’un centre d’achat déserté. Come With Me se développe toute en beauté au piano et mellotron, avec un clin d’œil assez évident à Air (qui fait un clin d’œil à Pink Floyd (qui fait un clin d’oeil aux Beatles)). L’accompagnement de JAW à la voix apporte une proximité bien sentie. Holding You reprend là où Apache nous a laissé, sur un bon rythme et une prestation vocale trippante. Supernova termine l’œuvre en ponctuant une partie house et piano avec une partie jazz et chœur.

Come With Us est un album clairement plus personnel que ses quatre prédécesseurs. Celui-ci apporte une maturité au projet qui lui permet de se démarquer encore plus de la masse french house; et ainsi se rapprocher d’un public plus mature également. Par la délicatesse de la production et la touche de romantisme parisien, Come With Us séduit par sa beauté et sa sincérité. Fortement recommandé.

Ma note: 8/10

Nôze
Come With Us
Circus Company
55 minutes

http://www.circuscompany.fr/noze-come-with-us-cccd017/

Maria False – When

Maria False«La musique, système d’adieux, évoque une physique dont le point de départ ne serait pas les atomes, mais les larmes» disait jadis le célèbre cynique roumain et francophile Emil Cioran dans son Syllogismes de l’amertume. Produire un album, une œuvre d’art, ce n’est pas seulement s’inscrire dans une démarche visant à générer des émotions à partir de l’inexistant, c’est aussi accepter l’éventualité – hautement probable – de «visiter l’enfer» lors du processus de création, pour reprendre la confidence d’un confrère musicien qui, à l’heure actuelle, s’investit corps et âme à produire le second album de son groupe, les fantastiques Dead Horse One.

N’importe quel musicien investi dans son art vous le dira, produire un «bon» album nécessite à la fois du talent, de la patience, de l’organisation et surtout une immense dose de dévouement. Parlez-en à Yann Canévet qui uniquement au cours de la dernière année, a participé à la production de pas moins de trois albums originaux se déclinant sous les identités Venera 4, Future et dans le cas qui nous concerne ici, Maria False. Comme si ce n’était pas assez, Canévet est aussi impliqué dans le collectif Nøthing qui unit fièrement la crème de la scène psychédélique, shoegaze et new-wave française.

Sur cette proposition de Maria False, le très sobrement intitulé When, le groupe s’éloigne des ambiances sensuelles retrouvées sur Eidôlon, produit par l’alter ego Venera 4, pour nous offrir ici un disque beaucoup plus direct où les guitares bruyantes et hautement éthérées s’imposent dans toute leur grandeur. À la première écoute de When, ce sont d’abord quelques échos lointains du désormais disque culte Isn’t Anything de My Bloody Valentine, véritable «mesure étalon» dans le style et dans la forme, qui se révèlent à nous.

On pourrait alors souligner avec une certaine justesse que, dans son essence, l’approche artistique de Maria False s’inspire directement de ses parrains spirituels de Londres, Reading ou Oxford qui prenaient un malin plaisir à broyer nos tympans au début des années 1990 à grand coup de feedback de guitare, quoiqu’il serait sans doute pertinent de mettre en lumière les points de convergence qui unissent la formation française aux sonorités retrouvées plus récemment chez certains de ses contemporains nord-américains (par exemple: The Stargazer Lilies, Astrobrite ou We Need Secrets).

Composé de huit chansons encapsulées dans une production lo-fi très réussie, When respecte à la lettre les préceptes du shoegaze: utilisation massive du vibrato, voix en retrait enfouie dans un cyclone d’effets, section rythmique parfois brouillonne, mais de bon goût, et on en passe. Chaque chanson atteint bien sa cible; mais c’est sur la tout particulièrement mélancolique Shoot It que les membres de la formation française frappent le plus fort en se permettant même de nous balancer en plein visage une superbe ligne mélodique nous rappelant vaguement la célèbre Enjoy The Silence. Les chansons plus énergiques Head et Blossom confirmeront ensuite, de façon définitive, le très précieux savoir-faire musical du groupe.

Au final, alors que Maria False n’entend pas à révolutionner le style avec When, c’est plutôt grâce à l’honnêteté de sa démarche qui combine maîtrise et justesse des références stylistiques que le groupe réussit à attirer sincèrement l’attention. Certes, on navigue ici dans une approche stylistique extrêmement circonscrite, adulée par une faune assez restreinte de fidèles mélomanes, mais qui sont tous investis de cette fougue commune, à la fois constante et intense, lorsque vient le temps de parler de ce style qu’ils chérissent tant. Il n’y a aucun doute, les adeptes du style seront définitivement séduits par ce disque.

Ma note: 7,5/10

Maria False
When
A Quick One Records
32 minutes

https://mariafalse.bandcamp.com/

Alexandre Delano & The Delano Orchestra – Eau

Alexandre DelanoAlexandre Delano = The Delano Orchestra. Une simple équation pour commencer. Même musiciens et même tête pensante. Peut-être juste un nouveau nom pour une nouvelle vie ? C’est en tout cas une bonne chose d’entendre à nouveau celui qui avait propulsé le folk et la ville de Clermont à la mode il y a un peu moins de dix ans en France.

Pourtant, les derniers Delano Orchestra n’étaient pas tip top. Très loin de là. On fait donc un signe de croix, on ressort les vieilles idoles et on espère qu’un nouveau nom est synonyme de renouveau artistique. En tout cas, le CD est propre. Presque simple. Très loin des envies bouffies d’orgueils décelables sur d’anciennes compositions du Clermontois, ici on est face à un album cohérent et sobre en atermoiements. Les textures musicales aqueuses au possible se répètent d’un titre à un autre, mais ce n’est pas un souci. Au contraire, l’univers du CD n’en est que plus fort et prenant. On pourrait même oser dire que l’auditeur est englouti par les créations de Rochon qui semble pour la première fois partager avec bienveillance ses compositions avec les personnes qui l’écoutent.

L’idée de l’Eau rappelle beaucoup le maxi sorti en 2012 par The Antlers, Undersea (2012), qui avait également pour thème le monde marin. Les deux efforts ont en tout cas pour point commun la profusion de bruitages océaniques et une certaine obsession du «corps dans l’eau». Toujours au niveau des références liquides, il est marrant de noter que beaucoup d’observateurs avaient qualifié Andorra (2007) de Caribou de «pop aquatique». Eh bien, Eau d’Alexandre Delano pourrait totalement être son penchant «folk aquatique»

Le CD est humblement et doucement poétique. Piscine, le meilleur titre de l’album, est une délicate poésie qui mêle trains et vagues. Beaucoup plus fouillé que tous les autres albums de Delano Orchestra confondus, Eau a cet avantage d’être très riche au niveau des orchestrations. La jolie trompette de Pénélope, l’envolée électrique sur L’alphabet… Finalement, rien ne pourrait mieux qualifier Eau que ces deux adjectifs: mignon et délicat.

Mais c’est un peu chiant. On ne va pas se mentir. Comme dit plus haut, il «chuchote» vraiment sans jamais apporter une certaine plus-value au niveau de ce style de chant. Sur un ton linéaire, il dévoile certes de jolis textes, mais qui manquent de pêche, de rythme. L’avant-dernier titre Madeleine, est une longue litanie de sept minutes et vingt-trois secondes sur le même thème, le même chant, ça n’aurait pas été un problème si la voix du Clermontois était un peu plus forte/belle/puissante (par exemple Cass McCombs avec ce même procédé sur le titre de neuf minutes A Knock Upon The Door réalise un morceau magique, mais bon, si on commence à comparer les deux voix…).

Finalement Eau = n’importe quel CD de Delano en mieux produit, mais avec les mêmes défauts. Il semble que plus le temps passe, plus on s’éloigne de ses inspirations qui avaient abouti à son chef d’œuvre de folk dépouillé le cœur à vif de A Little Girl, A Little Boy And The Snails They Have Drawn (2008). Si la renommée semble arriver avec Eau, tant mieux (un papier dans le Monde, une super note dans les Inrocks…). Rochon reste un bel artiste aux jolis bagages qui mérite d’être connu.

Ma note: 6/10

Alexandre Delano & The Delano Orchestra
Eau
Kutu Folk
34 minutes

https://www.facebook.com/alexandredelanoeau