france Archives - Le Canal Auditif

FEQ Jour 6 — Soirée chaude et aventures de la haute à la basse ville

Presque une semaine de FEQ déjà. Pour fêter ça, je veux sortir des sentiers battus. Deux groupes qui me sont inconnus font commencer ma soirée à Place d’Youville. Dès 18 h c’est une légende réunionnaise, la bande de musiciens nommée Ziskakan. Suivra Mbongwana Star, un groupe Français/Congolais dont Docteur L, l’ancien batteur des Rita Mitsouko, est l’un des chanteurs. J’entends bien me déplacer le bassin comme si j’étais possédé par James Brown.

Se faire dégêner, qu’on le veuille ou non

Ziskakan fait partie de la culture de l’île de l’océan Indien depuis 1979. Au style traditionnel insulaire, la Maloya, le groupe intègre des sonorités indiennes, africaines, blues et reggae. Le cœur et fondateur est le chanteur Gilbert Pounia à longue chevelure de soie. J’arrive un peu en retard à cette scène gratuite qui est principalement occupée par des familles et plusieurs têtes blanches. Ça se dandine allégrement pendant que d’autres jouent à la marelle dessinée à la craie jaune. Il y a même une demoiselle qui décore l’air de bulles de savon. On se croirait à une réunion de famille. En ce qui est de la performance, c’est chaleureux, énergique et décomplexé. Pounia s’adresse à la foule dans son créole natif comme un patriarche, nous entraînant dans les rythmes de son île.

La percussionniste et chanteuse Maya Kamaty, qui joue du Kayamb avec vigueur, ne se gêne pas pour diriger la foule. Pendant une chanson complète, nous sommes une section rythmique de plus. Ceux qui ne participent pas se font presque pointer du doigt, et avec sourire tous s’y mettent. Quelques pièces plus tard, Kamaty entonne une courte ritournelle à laquelle doit répondre la foule. On ne s’époumone pas assez fort et Kamaty veut nous entendre. À force de patience et de directions, la chorale de la place d’Youville est née.

Un voyage à la Réunion à faible prix qui date de 2015 :

 
 

« Vous êtes chaud, ou quoi?!?! » — Docteur L

Bien réchauffé par les Réunionnais, je cours me chercher un sandwich de l’épicerie Couillard avant l’entrée en scène de Mbongwana Star. J’ai un peu dansé avec Ziskakan, mais je compte bien suer avec les Congolais/Français. Selon le site du FEQ, ils mélangent de l’électronique à un style traditionnel afrobeat. Personnellement, je n’ai pas entendu beaucoup de sonorités électroniques, excepté pour la structure musicale. Des pièces longues et répétitives qui hypnotisent comme la musique techno. Ils ne s’arrêtent tout simplement pas. Le batteur est rapide et constant, ne laissant aucun répit aux trois chanteurs. La piste de danse est chaude, même si le chanteur Docteur L nous le demande à plusieurs reprises. Je voulais danser et j’ai été servi. Un maximum de respect à ma partner de danse pendant 4 chansons. J’ai adoré ton style chorégraphique qui se rapprochait beaucoup de celui de Véronique Cloutier dans la Fureur. À quand un remake avec Docteur L comme animateur?

Je ne peux pas m’empêcher de boogie en écoutant leur prestation de 2016 captée en 2016 :

 
 

L’épopée

Bien fatigué et étourdi de tous ces mouvements de bassins, je me dirige au Pigeonnier pour voir les sensations d’Atlanta, Migos. J’ai mal prévu mon plan, ça déborde de partout. Des grills et des chaines d’or jonchent la pile de détritus suivant la file d’attente. Des zombies infectés au lean secouent les barrières en hurlant « BAD AND BOUJEEEEEE ». Voulant éviter l’infection (mais surtout parce qu’ils ne me laissent pas rentrer) je décide de descendre en basse ville pour Phantogram.

J’appelle le bus 800 et seulement 15 minutes plus tard il est devant moi (MEDIA VIP BABY!!). Devant l’Impérial, même scénario qu’avec Migos, mais avec des jeans taille haute et des avocats. Impossible d’entrer. J’ai entendu les premières notes du spectacle à travers les portes par contre. C’était. Excellent.

https://www.infofestival.com/

Critique : Lomepal – Flip

Le rap francophone de nos voisins d’outre-mer a connu une nouvelle floraison appréciable en 2017; Roméo Elvis & Le Motel, Damso et mon dernier coup de cœur, le projet flambant neuf du Parisien Lomepal, Flip.

Il titille les fans depuis avril dernier avec la sortie du clip Pommade, une réalisation haute en couleur. Elle n’aura fait qu’attiser l’envie des fans. Puis Ray Liotta, Yeux disent et Palpal, encore une fois des clips à la réalisation minutieuse qui ont tôt fait de mettre en images l’atmosphère tantôt glauque, tantôt explosive de l’artiste qui reste toutefois toujours dans un univers introspectif.

Son premier album est paru le 30 juin dernier, un peu plus d’un an après la sortie de son dernier court EP, ODSL, produit en collaboration exclusive avec le compositeur Stwo.

Lomepal s’est fait connaître par sa collaboration avec Nekfeu en 2011 pour ensuite évoluer en solo. Il s’est aussi joint à Caballero et DJ Lo sur leur projet Le Singe fume sa cigarette. Son style caractéristique lui a toujours donné une aisance à se faire reconnaître que ce soit par sa voix ou par sa poésie. Il a cette manière d’agencer les rimes et les phrases d’une manière quasi mathématique.

La touche « old school » présente dans certains morceaux de ses projets précédents a totalement disparu pour faire place à des basses plus puissantes ou des morceaux plus minimalistes en termes de couches instrumentales. Des morceaux comme Pommade ou Billets, qui déplacent de l’air et jouent sur une instrumentale trap déjantée, mais peu traditionnelle, témoignent de l’évolution intéressante et constante du rappeur. Il ne semble pas s’adapter aux tendances, mais plutôt faire grandir son style et explorer différentes palettes musicales qui lui siéent néanmoins à merveille.

Des morceaux comme Yeux Disent, Lost ou Bécane montrent bien cette capacité à raconter des histoires à la fois poétiques, mais aussi claires et imagées. On n’a pas l’impression que les mots sont lancés à la va-vite dans le but unique de rimer, mais bien de poser sur la table un ensemble de métaphores qui créent un enchevêtrement d’émotions et d’ambiances multiples. Le chant a d’ailleurs été très bien intégré aux morceaux. Les refrains chantés de Danse ou des morceaux comme Sur le sol témoignent de cette aisance vocale qui donnent une grande originalité à l’album dans son ensemble.

Les collaborations étaient d’une part prévisible, d’une part espérée. Roméo Elvis, auteur de l’album Morale 2 sur lequel figure Lomepal dans Thalys, et Caballero, éternel acolyte et seconde partie d’un duo gagnant. Sur Danse s’est toutefois pointé Lost, duo formé par la chanteuse Camelia Jordana et le compositeur Laurent Bardane. La voix sulfureuse mêlée à la production calme et planante forme un agencement des plus doux.

Lomepal déçoit rarement, mais titille avec brio. Après les clips qu’il a proposés, les fans étaient tous convaincus de la qualité de l’album à venir. Je doute que beaucoup soient déçus.

« Ils disent que c’est drôle comme un toboggan au paradis,
mais un toboggan au paradis, c’est la descente aux enfers»
-Avion

Ma note: 8,5/10

Lomepal
Flip
Indépendant
64 minutes

http://lomepal.bigcartel.com/

Critique : USA Nails – Shame Spiral

Il y a quelques semaines déjà, j’étais confortablement effoiré dans un divan de cuirette, d’un brun douteux, appartenant à cette chère Brute du Rock. Dans une de ces soirées bien arrosées, dont elle seule détient le secret, cette vieille ordure aime toujours que l’on plonge ensemble dans une grosse flaque de punk, de métal et de rock, aux sonorités bien crasseuses.

C’est donc dans un état éthylique/narcotique assez avancé que la Brute m’a garroché dans l’univers d’un groupe punk britannique bruyant à souhait : USA Nails. Ce soir-là, on a donc épluché de long en large l’excellent No Pressure, deuxième album du quatuor paru en 2015. La Brute en a fait par ailleurs un excellent compte-rendu dans le cadre de sa chronique. Et ce fut le choc, la révélation. C’est donc avec un enthousiasme juvénile que j’attendais impatiemment de prêter l’oreille à ce Shame Spiral (nouvel album de la formation). C’est paru la semaine dernière sur une étiquette de disques française totalement anonyme : Bigoût Records.

Sombre, primitive, insoumise, d’une lourdeur colossale, cette nouvelle création, enregistrée « live » en studio, est une totale réussite. Si sur No Pressure, la mixture de post-punk, de no wave et de noise rock présentée m’avait renversé, eh bien, cette fois-ci, c’est cette pesanteur inexplicable qui me décroche la mâchoire à chacune des écoutes. Dès les premières auditions, vous serez confrontés à un mur de son sans précédent et, si vous acceptez d’être brassé sans ménagement, vous découvrirez des guitares crasseuses certes, mais étonnamment subtiles. Oui, vous avez bien lu ! Chaque feedback est maîtrisé à la perfection, les sonorités extirpées sont d’une totale originalité et toute cette lave décapante est appuyée par une section rythmique béton. Un train qui ne déraille jamais !

Et USA Nails ne niaise pas avec la puck. Les salopards nous proposent 10 chansons pour un total de 25 minutes. Côté texte, les Nails donnent toujours dans le sarcasme, ridiculisant sans vergogne de grands pans de la culture populaire de masse dans tout ce qu’elle a de plus hypocrite et médiocre : les rêves de célébrité facile, la téléréalité, le prix exorbitant des maisons londoniennes, etc. Tout ce magnifique chaos contrôlé se conclut en apothéose avec une reprise d’une chanson de la formation allemande Grauzone (premier groupe du chanteur suisse Stephan Eicher) : Eisbaer. Un excellent remake. Aucune chanson ne fait office de remplissage. C’est vraiment, mais vraiment tout bon.

Lors de cette soirée de haute voltige intellectuelle (ouf !), la Brute et moi étions d’accord sur un point : USA Nails représente, pour nous, l’avenir du punk. Rien de moins. Eh bien, ce Shame Spiral confirme de nouveau les convictions émises lors de cette mémorable veillée. Si vous aimez des groupes comme Future Of The Left, Pissed Jeans, Blacklisters et le bon vieux Sonic Youth, il n’y a aucun doute dans mon esprit que vous allez adhérer à 100% à l’offre sonore de USA Nails. Un grand groupe punk en devenir, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note: 8,5/10

USA Nails
Shame Spiral
Bigoût Records
30 minutes

https://usanails.bandcamp.com/


 

Critique : Phoenix – Ti Amo

Phoenix a décidé d’offrir un album rempli de soleil pour les belles journées de l’été qui sont de retour avec le solstice d’été qui approche à grands pas. Avec son dernier album, Bankrupt! le groupe avait fait la démonstration qu’il n’était pas un feu de paille. Le succès monstre de Wolfgang Amadeus Phoenix mettait la barre haute, ce qui n’a pas empêché la formation française de conquérir encore plus de cœurs avec leurs rythmes contagieux et leur mélange de style musical populaire.

Ti Amo continue dans la même veine et débarque avec une bonne dose de soleil. Le groupe a affirmé s’être inspiré de l’Italie et de ses journées ensoleillées qui semblent durer éternellement ainsi que les discothèques romaines. Malgré la légèreté de ses thèmes : l’amour, le désir et les journées d’insouciances, Ti Amo n’a pas été composé à la va-vite. Phoenix a commencé le processus de création en 2014. Le perfectionnisme que cela trahit s’entend un peu partout sur la galette qui malgré son approche pop et facile d’écoute recèle une foule de variations et de petits bijoux sonores.

La pièce-titre de l’album est une excellente représentante de ce qui se trame sur ce nouvel opus. On y entend des bongos (au grand plaisir de certains fans du dernier d’Arcade Fire), des guitares soft-rock efficaces et une mélodie intoxicante. Thomas Mars passe de l’anglais, au français, à l’espagnol en passant par l’italien pour nous chanter son amour. C’est le genre de chansons qui donnent l’impression d’être dans une discothèque à ciel ouvert sur la plage par une chaude journée de juillet, là où tout est possible et où la frivolité l’emporte sur le bon jugement.

Les claviers prennent beaucoup de place sur Ti Amo et J-Boy, premier simple à être paru, évoque les années 80. Fleur de Lys est tout aussi éloquente sur l’influence que la pop de la décennie de Michael Jackson a eue sur le groupe. Role Model propose une autre facette plus intime et moins joyeuse de Phoenix qui fonctionne tout aussi bien. Si cet album possède un défaut, c’est le choix de l’enchaînement des chansons qui n’est pas toujours très conséquent. On se promène allègrement entre la fête et les moments qui suggèrent l’introspection.

Dans l’ensemble, Phoenix réussit avec Ti Amo à créer une trame qui colle magnifiquement aux journées chaudes à nos portes. C’est un album qui fera danser bien des mélomanes et festivaliers cet été. Ti Amo nous transporte immédiatement sur une plage ensoleillée avec ses claviers chauds et enveloppants. Ça donne envie de se faire un petit mojito et de profiter du beau temps.

Ma note: 7,5/10

Phoenix
Ti Amo
Loyauté / Glassnote
37 minutes

http://wearephoenix.com/