france Archives - Le Canal Auditif

Écoute exclusive : La Jarry – Babylone

Le groupe français La Jarry lancera vendredi prochain son nouvel EP intitulé Babylone. Le groupe d’Orléans revient sur celui-ci à un rock mélodique beaucoup plus « dans ta face ». C’est sans détour que le groupe nous envoie ses riffs distorsionnés sur la pièce-titre du mini-album. Fort de cinq albums dans sa discographie, le groupe avait visité le Québec en 2015 en passant par les Francofolies et le Festival d’été de Québec.

Si vous ne connaissez pas encore le groupe, il rappelle vaguement Noir Désir et Renaud. Oscillant entre les balades et les riffs qui ne font pas dans la dentelle, La Jarry est de retour en pleine forme. À écouter d’ici la sortie vendredi prochain.

Critique : Columbine – Enfants terribles

Columbine est une formation de rap française qui compte 8 membres! Chaman, Chaps, Foda C, Lujipeka, Sacha, Sully, Yro et Lorenzo se partagent le micro et offre un rap contemporain qui tout en s’influençant de ce qui se fait aux États-Unis, ne se contente pas d’imiter ce qui s’y passe, il l’adapte. Ceux qui tiennent leur nom de la tuerie de Columbine, événement qui a révélé le mal-être d’une certaine génération, ne sont pas là pour faire dans la langue de bois. Et pourtant, malgré les vulgarités qui habitent leurs textes, c’est surtout les sujets plus sérieux et un regard lucide sur la société qui en ressort.

Enfants terribles est leur deuxième album et les confirme comme étant l’une des voix les plus pertinentes des nouveaux mouvements de rap en France. On peut tracer des liens avec ce qui se faisait chez Loud Lary Ajust au Québec. Les textes sont aussi intelligents que limpides envoyant des images fortes qui parfois semblent choisies pour choquer. Il faut comprendre aussi que la formation emprunte des personnages pour parler de sujets plus troubles.

À part niquer j’vois rien à faire cet après-midi
Sèche mes larmes j’veux me moucher dans ton clitoris
J’me prends en main, j’veux conclure
Te prendre contre le mur
T’es dans le dur
J’suis dans la douceur
J’veux pas finir tout seul
Enfants terribles

Musicalement, ça se défend très bien aussi. Les productions sont léchées sans tomber dans le trop lisse. Talkie-walkie met de l’avant une trame dynamique pendant que le groupe lance ses rimes avec autant de nuances que de personnalité. Dans un mouvement qui trop souvent parle de la prochaine baise, d’y aller d’une pièce plus tournée vers l’amour, c’est toujours rafraîchissant. Encore une fois, on se retrouve un peu dans le même genre d’optique qu’Alaclair Ensemble.

Tout n’est pas rose dans le monde de Columbine. Été triste plonge dans les anxiétés qui peuvent assailler autant les étudiants que le rythme du prolétaire pris entre les obligations et l’envie d’escapade. Le collectif est aussi souvent tourné vers le R & B et infuse ses vers de sensualité comme le démontre éloquemment Temps électrique.

J’suis en avance et toujours à l’heure
Tu sais, j’ai passé trop d’journées tout seul
Viens m’faire un massage, j’ai besoin de douceur
J’aime pas c’qui r’fait surface quand j’me noie dans l’alcool
Les yeux rouges sont derrière les lunettes de soleil
J’ai promis pour la vie, ça durera quelques semaines
Fireworks

C’est un album réussi pour Columbine qui propose du rap original, qui emprunte à ce qui se fait ailleurs sans jamais se dénaturer. Une formation qui est en plein essor et qui sera à surveiller dans les prochaines années. Gageons qu’on s’en reparlera plus tôt que tard.

Ma note: 8/10

Columbine
Enfants terribles
Universal Music
54 minutes

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Exclusivité : Maes Bird lance un clip pour la chanson In Extremis

Maes Bird est un artiste français qui possède une bonne feuille de route dans le monde musical. Il met d’ailleurs cette expérience à profit dans la chanson In Extremis avec un débit vocal aussi nuancé que varié. Maes Bird nous parle d’amour échoué, de la vie qui fait son chemin et du temps qui érode tranquillement l’envie de se battre. La trame de la chanson fait aussi belle figure avec ses rythmes syncopés, son orgue langoureux et sa montée bien construite. Le clip est réalisé par Romain Ballureau qui a centré sa narration autour de jeunes amoureux qui s’entredétruisent. In Extremis apparaît sur l’EP Rebelote paru en février 2015.

Écoute exclusive : ÉQUIPE DE FOOT – Fireworks

ÉQUIPE DE FOOT compte seulement deux joueurs. Mike, le #19 et Alex, le #23. L’un joue de la batterie, l’autre de la guitare. Et à eux deux, ils produisent des chansons de rock qui possèdent une bonne lourdeur et des mélodies efficaces. La formation bordelaise lancera le 6 octobre prochain son premier album intitulé Chantal. En attendant l’arrivée de celui-ci, vous pouvez découvrir le groupe grâce au vidéoclip de la chanson Fireworks. Leurs passages rapides de la lourdeur grasse à un dépouillement presque mélancolique sont particulièrement efficaces. En plus de tout ça, le groupe fait partie du Collectif du Fennec, un regroupement d’artistes bordelais qui se sont alliés pour survivre. On aime.


 
 

Et pour voir ÉQUIPE DE FOOT sur scène:

12/10 : festival Eldorado – Café de la Danse / Paris
13/10 : release party – Bordeaux
31/10 : Joker’s Club – Angers
02/11 : festival Nevers à Vif – Nevers
03/11 : 1988 Club – Rennes
04/11 : Alternateur – Niort
05/11 : Ferrailleur – Nantes
25/11 : Ptit Minou – Brest
30/11 : Toulouse
01/12 : Cargö de Nuit – Arles
08/12 : Atabal – Biarritz
11/01 : Lyon
12/01 : Brise-Glace – Annecy
19/01 : Suisse

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Critique : Igorrr – Savage Sinusoïd

La formation de… breakcore baroque? L’art de l’étiquette est désuet ici, disons donc simplement : « le multi-instrumentiste et producteur français Igorrr nous présentaient, il y a quelques semaines, son quatrième opus, Savage Sinusoïd, qui fait suite au très bon Hallelujah. » Les ingrédients de base sont les mêmes qu’auparavant : du drill’n’bass, des références très assumées au baroque, du gros métal sale et une bonne touche d’humour. Parce que veux, veux pas, passer d’une cantate à un blast beat méga violent, ça provoque ça au début, le rire. Bref, c’est assez unique merci! Et ce, autant en studio qu’en live, où la scène est occupée par Igorrr aux électroniques, un batteur, une chanteuse baroque et un chanteur métal selon les règles de l’art soient maquillés comme s’il venait de quitter Behemoth.

La postproduction s’améliore beaucoup d’album en album depuis Moisissure. Alors qu’Hallelujah atteignait déjà des sommets en ce sens pour Igorrr, surtout au niveau des sons de batteries et de la fluidité du mix au cours des changements drastiques de sections, Savage Sinusoïd va encore un peu plus loin avec une production qui sonne foncièrement énorme.

La composition (qui, dans ce style, va de pair avec la postproduction) est très bien maîtrisée à quelques petits égards près, digne de ce à quoi le producteur nous a habitués. Il continue de nous montrer à quel point il est polyvalent, capable de pondre autant une pièce aux apparences très romantiques — Problème d’émotion — que du drum and bass selon les règles du style, et ce en gardant toujours sa touche personnelle très près de lui. Vraiment, analysé plus en profondeur, cet album comprend des petits bijoux de progressions harmoniques et de mélodies. Sa grande culture musicale transparaît partout où il s’aventure. Au point de vue sonore, l’album, comme ses prédécesseurs, est coloré d’une variété inhabituelle d’instruments : en plus des instruments « normaux » qu’il utilise régulièrement — comme la batterie, la guitare, l’accordéon et le clavecin —, Igorrr a abordé dans sa carrière la sitar, la harpe et la flûte à bec ainsi que l’oiseau, la chèvre, la poule et même l’aspirateur. Houmous est même basée sur un riff en 7/4+9/4 à l’accordéon qui est repris plus tard en chiptune par une NES… Et tout ça, c’est sans parler des innombrables transformations qu’il opère sur ses instruments habituels!

Mais justement, c’est dur de mettre de l’ordre dans tout ça. Souvent, Igorrr s’en remet à l’humour pour justifier certains choix, et c’est probablement la plus grande lacune du projet à mon avis. Tous ses albums sont un mélange de pièces sérieuses et humoristiques — certaines pièces sont même les deux à la fois — et ça enlève beaucoup à la cohérence ainsi qu’à la pertinence de ses œuvres. L’humour est un bon prétexte pour faire quelque chose d’aussi singulier; de cette manière, le producteur peut aisément justifier certains de ses choix esthétiques aux auditeurs non initiés, rendant plus accessible sa musique. Par contre, une fois habitué à l’hétérogénéité de sa musique, on commence à vouloir plus de sérieux et moins de niaiseries. Igorrr nous montre dans ses pièces les plus sérieuses de quoi il est capable, de quelle cohérence il sait faire preuve. Rendu là, l’humour n’est plus une justification, mais bien une béquille qui, dans certains cas, peut handicaper une pièce au complet. Un bon exemple de ce phénomène est la pièce leud, majoritairement sérieuse et grandiose, qui se termine avec un arpège mineur joué à la flûte à bec comme un enfant le ferait. Le seul effet de ce choix esthétique, c’est de briser l’inertie de la pièce — et donc trois secondes de flûte détruisent ce que les trois dernières minutes ont construit.

Autre petit bémol à l’œuvre : l’album n’est pas de la même consistance du début à la fin. Apopathodiaphulatophobie et Va Te Foutre sont toutes deux mal (ou plutôt pas) développées alors que Robert est une sorte d’expérimentation décousue qui explore de façon discutable le dubstep. Certains passages sont très intéressants, d’autres pas du tout… Ça a au moins le mérite d’être un essai intriguant qui pourrait avoir de très intéressantes répercussions dans le futur. Au Revoir aurait pu paraître bien meilleure si elle n’avait pas été suivie de ces trois pièces décevantes, et surtout si la transition entre Robert et celle-ci avait été mieux exécutée. Bref, l’album finit sur une note décevante.

C’est bien fâcheux tout ça, mais ça n’en fait pas un mauvais album en soi. Il n’est plus nécessaire de le préciser après HUIT ANS d’activité, mais Igorrr est dans les producteurs les plus originaux actifs présentement, et son style déstabilisant le rend plus intéressant que bien d’autres choses. Oui, de toujours prendre les choses avec légèreté est pour moi une lacune considérable dans le travail du Stratsbourgeois, mais cette lacune n’est pas propre à l’album, mais bien à l’artiste. Quand on écoute l’œuvre comme Igorrr voudrait qu’on l’écoute, c’est-à-dire avec humour, Savage Sinusoïd est un assez bon album, avec comme unique problème considérable la cohérence de la fin. L’album est réussi : il est très bien produit, bien composé et n’est pas redondant par rapport à ses albums précédents, adoptant une optique plus métal cette fois. Vraiment, la seule façon de rendre Igorrr meilleur pour moi, c’est de le rendre sérrrieux.

Ma note: 8/10

Igorrr
Savage Sinusoïd
Metal Blade Records
40 minutes

http://www.igorrr.com/