france Archives - Le Canal Auditif

Critique : Équipe de Foot – Chantal

Voilà un duo français qui fait de la musique qui déménage. Mike, le numéro 19 et Alex, le numéro 23, viennent de Bordeaux et font partie du Collectif du Fennec. Ce dernier est un rassemblement de quatorze groupes, ouvertement consanguins, issus de la même scène et qui partage des ressources. Après un EP en 2016, voici que les deux joyeux lurons aux guitares lourdes lançaient Chantal cet automne.

Quoi dire d’Équipe de Foot? C’est qu’ils s’abreuvent à même des influences très intéressantes. On pourrait dire que le groupe qui lui ressemble le plus (même s’ils sont entièrement différents) est Solids. On y retrouve le même genre de distorsion chaude et enveloppante. La grande différence est dans l’attaque. Équipe de Foot est un peu plus agressive sur le ballon. Vous êtes déjà tanné des références au foot (soccer)? D’accord, d’accord.

Les extraits parus avant la sortie comme Fireworks présente bien le groupe. C’est mélodieux malgré les grosses guitares et les tambours qui se font aller sans ménagement. Chantal, la pièce-titre. qui lui succède est dans le même moule, mais on y retrouve en prime quelques traces de Blood Brothers en moins surexcité. Stammering prend le parti de la mélodie entraînante livrée à toute vitesse et un dynamisme débordant. Ça fonctionne très bien.

Le duo ne fait pas que dans la charge sans compromis. Ils savent aussi y aller avec un peu plus de douceur. La mélancolique 29 octobre est un bel exemple. C’est lent, déposé, quasiment menaçant par moment. Parfois malgré l’utilisation de la distorsion, le groupe trouve le moyen d’être moins agressif. Because use de dissonance magnifique, de moment d’éclats grandioses et surtout de nuances. Renard fait un peu penser à du Death From Above 1979, mais encore une fois plus marginal et aventureux.

Chantal fera plaisir aux fans du genre lourd. Le duo français possède un son intéressant qu’il use avec justesse et intelligence. Un groupe qui doit aussi déménager en spectacle. C’est résolument une des sorties intéressantes de l’année et ils méritent une bonne dose d’attention dans le futur.

Ma note: 7,5/10

Équipe de Foot
Chantal
Collectif du Fennec
40 minutes

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Critique : Charlotte Gainsbourg – Rest

Le nouvel opus de la fille chérie de la musique française nous propose un album qui contraste avec le reste de sa carrière. Elle nous a habituée lors de ses derniers albums à des collaborations réussies, entre autres avec Beck sur l’excellent IRM – ce dernier album ne fait pas exception. Elle fait appel cette fois à SebastiAn, connu pour ses remixes électros et son travail avec Philippe Katherine. À mi-chemin entre Histoire de Mélodie Nelson du paternel et les meilleurs albums d’Air, le métissage de styles se fait avec aisance. Métissage qui s’impose avec de nombreuses collaborations, dont Paul McCartney et Guy de Homem-Christo de Daft Punk.

Frappée du suicide de sa demie sœur, Charlotte Gainsbourg nous fait vivre son deuil par des airs mélancoliques. L’introduction (Ring-a-Ring O’Roses), bien ficelée, nous impose immédiatement une ambiance intime et glauque qui charme. Et soudain, après un couplet hypnotique en français souffle un refrain en anglais qui nous berce tout doucement, un pari qui rapporte. Les arrangements puissants viennent appuyer des beats électroniques intenses, voire farouches. Malgré ces arrangements chargés, sa voix angélique, qu’elle a héritée de sa mère Jane Birkin, amène une douceur qui nous permet de digérer le tout sans effort.

La quatrième chanson, Deadly Valentine, me rappelle les merveilleuses mélodies de Moon Safari du groupe d’électro français Air et les rythmes hypnotiques de Beck, deux de ses anciens collaborateurs. C’est toutefois la chanson titre qui est la plus saisissante. La composition de Homem-Christo, agencée aux paroles éthérées de Gainsbourg, nous fait ressentir la détresse qu’elle a vécue lors de la dernière année. Kate nous perce le cœur couplet après couplet : « Nous devions vivre ensemble dans un monde imparfait » susurre-t-elle par-dessus une orchestration funeste, mais grandiose. Elle refait le coup avec la chanson-titre où les paroles lourdes de sens ne laissent personne insensible :

Prends-moi la main, s’il te plaît
Ne me laisse pas m’envoler
Reste avec moi, s’il te plaît
Ne me laisse pas t’oublier
Rest

Les trois dernières chansons donnent l’envie d’écouter le tout du début. Dans vos airs, avec sa mélodie simpliste, nous apporte l’intimité qui manque parfois en plus de charmer les admirateurs de ses premiers albums. Les crocodiles révèle le génie de la collaboration avec SebastiAn. Le contraste entre la pulsation électronique omniprésente et les violons subtils méritent plusieurs écoutes, c’est l’une des plus réussies. En clôture, Les Ovalis, est un délire disco qui nous transporte complètement ailleurs et ce, tout en sensualité.

Dur d’imaginer qu’un album de Charlotte Gainsbourg serait plus réussi qu’IRM en 2009, mais Rest le surpasse avec brio. Il est à la fois touchant et exalté, paisible et bruyant, doux et dur; du bilinguisme musical. Ce maelstrom d’émotions nous permet de percevoir l’état psychologique dans lequel elle se trouve après les drames récents dans sa vie personnelle. Elle confirme sa place parmi les grandes de la musique française, voir de la musique tout court.

Ma note: 9/10

Charlotte Gainsbourg
Rest
Because Music
46 minutes

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Écoute exclusive : La Jarry – Babylone

Le groupe français La Jarry lancera vendredi prochain son nouvel EP intitulé Babylone. Le groupe d’Orléans revient sur celui-ci à un rock mélodique beaucoup plus « dans ta face ». C’est sans détour que le groupe nous envoie ses riffs distorsionnés sur la pièce-titre du mini-album. Fort de cinq albums dans sa discographie, le groupe avait visité le Québec en 2015 en passant par les Francofolies et le Festival d’été de Québec.

Si vous ne connaissez pas encore le groupe, il rappelle vaguement Noir Désir et Renaud. Oscillant entre les balades et les riffs qui ne font pas dans la dentelle, La Jarry est de retour en pleine forme. À écouter d’ici la sortie vendredi prochain.

Critique : Columbine – Enfants terribles

Columbine est une formation de rap française qui compte 8 membres! Chaman, Chaps, Foda C, Lujipeka, Sacha, Sully, Yro et Lorenzo se partagent le micro et offre un rap contemporain qui tout en s’influençant de ce qui se fait aux États-Unis, ne se contente pas d’imiter ce qui s’y passe, il l’adapte. Ceux qui tiennent leur nom de la tuerie de Columbine, événement qui a révélé le mal-être d’une certaine génération, ne sont pas là pour faire dans la langue de bois. Et pourtant, malgré les vulgarités qui habitent leurs textes, c’est surtout les sujets plus sérieux et un regard lucide sur la société qui en ressort.

Enfants terribles est leur deuxième album et les confirme comme étant l’une des voix les plus pertinentes des nouveaux mouvements de rap en France. On peut tracer des liens avec ce qui se faisait chez Loud Lary Ajust au Québec. Les textes sont aussi intelligents que limpides envoyant des images fortes qui parfois semblent choisies pour choquer. Il faut comprendre aussi que la formation emprunte des personnages pour parler de sujets plus troubles.

À part niquer j’vois rien à faire cet après-midi
Sèche mes larmes j’veux me moucher dans ton clitoris
J’me prends en main, j’veux conclure
Te prendre contre le mur
T’es dans le dur
J’suis dans la douceur
J’veux pas finir tout seul
Enfants terribles

Musicalement, ça se défend très bien aussi. Les productions sont léchées sans tomber dans le trop lisse. Talkie-walkie met de l’avant une trame dynamique pendant que le groupe lance ses rimes avec autant de nuances que de personnalité. Dans un mouvement qui trop souvent parle de la prochaine baise, d’y aller d’une pièce plus tournée vers l’amour, c’est toujours rafraîchissant. Encore une fois, on se retrouve un peu dans le même genre d’optique qu’Alaclair Ensemble.

Tout n’est pas rose dans le monde de Columbine. Été triste plonge dans les anxiétés qui peuvent assailler autant les étudiants que le rythme du prolétaire pris entre les obligations et l’envie d’escapade. Le collectif est aussi souvent tourné vers le R & B et infuse ses vers de sensualité comme le démontre éloquemment Temps électrique.

J’suis en avance et toujours à l’heure
Tu sais, j’ai passé trop d’journées tout seul
Viens m’faire un massage, j’ai besoin de douceur
J’aime pas c’qui r’fait surface quand j’me noie dans l’alcool
Les yeux rouges sont derrière les lunettes de soleil
J’ai promis pour la vie, ça durera quelques semaines
Fireworks

C’est un album réussi pour Columbine qui propose du rap original, qui emprunte à ce qui se fait ailleurs sans jamais se dénaturer. Une formation qui est en plein essor et qui sera à surveiller dans les prochaines années. Gageons qu’on s’en reparlera plus tôt que tard.

Ma note: 8/10

Columbine
Enfants terribles
Universal Music
54 minutes

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Exclusivité : Maes Bird lance un clip pour la chanson In Extremis

Maes Bird est un artiste français qui possède une bonne feuille de route dans le monde musical. Il met d’ailleurs cette expérience à profit dans la chanson In Extremis avec un débit vocal aussi nuancé que varié. Maes Bird nous parle d’amour échoué, de la vie qui fait son chemin et du temps qui érode tranquillement l’envie de se battre. La trame de la chanson fait aussi belle figure avec ses rythmes syncopés, son orgue langoureux et sa montée bien construite. Le clip est réalisé par Romain Ballureau qui a centré sa narration autour de jeunes amoureux qui s’entredétruisent. In Extremis apparaît sur l’EP Rebelote paru en février 2015.