France Jobin Archives - Le Canal Auditif

Akousma XIV : Ondes libres – 28 octobre 2017

Samedi dernier, Byron Westbrook ouvrait la dernière soirée du festival sur le thème des ondes libres avec quatre compositions, débutant par Surface Variants I (2017), nouvelle création développée à partir du système modulaire Buchla 200, une merveille de la synthèse analogique. La trame oscillante à la palette sonore claire et épurée était suivie de trois pièces tirées de son dernier album Body Consonance, sortit il y a deux semaines sur Hands in the Dark Records. Ritual Geometry/Sympathetic Bodies bouillonnait de fréquences analogiques jusqu’à ce qu’un segment plus planant progresse à travers ses effets de filtrage, pour ensuite retrouver une certaine rythmique dans le dernier segment. La vitesse d’oscillation de Dance in Free Fall était beaucoup plus rapide et dynamique, se déplaçant en arpèges frénétiques au-dessus d’une onde plus linéaire. Fireworks Choreography retournait à la trame progressive, mettant en place une ligne de basse autour de laquelle se développaient des accords, accentuant les vitesses d’oscillation jusqu’à ce que la finale particulièrement intense donne un frisson de satisfaction auditive.

Patrick Saint-Denis honorait parfaitement le thème de la soirée avec Wave, une performance qui fait halluciner des sons dans l’espace. Équipés de deux capteurs placés sur ses avant-bras, l’activité électrique des muscles et les mouvements des bras lui permettaient de manipuler la matière première comme si elle était en suspension devant lui. Le résultat sonore s’apparentait d’abord au theremin, avec un jeu entre les gestes chorégraphiés et les vitesses d’oscillation et de lecture des ondes générées. Le deuxième segment nous projetait dans le futur avec la voix de Saint-Denis captée au microphone, découpant la phrase « so this is only a sound » et la manipulant comme de l’air scratch. La performance est captivante, l’instrument est ingénieux et ça donne envie d’en avoir un pour explorer toutes ses possibilités.

J’avais assisté à la présentation de Vacuum Phase Transition : an Exploration of Metastability par France Jobin en août dernier, assis en indien au parterre du Métropolis. L’expérience avait été presque méditative, bien que la salle ne soit pas tout à fait adaptée à ce genre de résonance, mais l’orchestre de haut-parleurs installé à l’Usine C était au rendez-vous après l’entracte avec F Orbital, nouvelle création de Jobin, une trame atmosphérique immersive qui nous fait sentir en état d’apesanteur.

Tristan Perich concluait la soirée et la programmation officielle du festival avec une présentation live de son dernier album Noise Patterns (2016). Divisée en six parties, l’œuvre utilise les limites de la résolution 1-bit à partir du bruit blanc, avec une approche minimaliste et expérimentale qui met la matière première en avant-plan. Après avoir écouté l’album, l’expérience live est tout aussi satisfaisante, quoique tout aussi exigeante pour les oreilles.

Mutek 2017 : retour sur la soirée du 24 août

Mutek / Bruno Destombes

Ma troisième soirée débutait avec la performance très attendue de A\Visions 1, la série audiovisuelle du festival, suivi par une fresque de musiques drone avec Nocturne 3 au Métropolis, et une petite escale à la SAT dans le cadre de Inter_Connect México.

L’artiste berlinois Robert Henke (Monolake, Helical Scan) traverse l’océan atlantique moins souvent depuis qu’un certain gouvernement états-unien est en place. Sa présence à Montréal jeudi soir était donc une occasion relativement rare de savourer son travail. Cette chance était décuplée par le fait qu’il venait présenter Lumière III, troisième œuvre audiovisuelle s’apparentant à de la vidéomusique, mais dont la partie visuelle est générée par trois projecteurs laser. La musique techno était structurée en segments parfois lents et atmosphériques, parfois denses et industriels. Le visuel oscillait entre lignes et formes géométriques aux palettes composées de couleurs saturées.

Mutek / Ashutosh Gupta

Un peu plus tard ce soir-là, France Jobin (alias i8u) présentait Vacuum phase transition : an exploration of metastability à Nocturne 3, avec un vrombissement sourd dans les basses fréquences qui prenait de l’altitude de façon très progressive. Je ne me rappelle pas de la dernière fois que j’ai écouté une performance assis en indien au parterre du Métropolis, mais ça allait de soi dans ce cas-ci puisque l’écoute profonde était de mise. L’expérience physique était d’ordre méditatif, et donnait envie de participer à l’épaisse trame sonore avec une certaine syllabe sanskrite.

Mutek / Ashutosh Gupta

L’albertaine Sarah Davachi donnait suite avec une trame légèrement plus haute en fréquences et plus aérienne, comme un mirage sonore réverbéré au loin. On pouvait déceler des retailles de mélodies au sitar, dispersées à travers la masse plutôt dense de consonances et de dissonances montées en fondus enchaînés. Comme en première partie, la performance permettait également de quitter le lieu de diffusion pour un espace vaste, appelant à l’abandon de soi.

Mutek / Trung

Anthony Child (British Murder Boys, TRADE), alias DJ Surgeon, assurait la troisième partie sous le thème de la musique drone, avec des enregistrements rappelant les îles tropicales et des sons de synthétiseur modulaire déployés de façon parfois composée, parfois improvisée. Les variations étaient plus facilement perceptibles dans ce cas-ci, offrant une occasion de reprendre son souffle après deux séances en apnée.

Mutek / Trung

Fis, alias le néo-zélandais Olivier Peryman a monté l’intensité d’un cran (ou plusieurs, selon l’auditeur) en croisant une trame drone avec des rythmes chaotiques et du synthwave qui flirtait pas mal avec du noise. L’atmosphère était tout aussi envoûtante, mais avec un sens du phrasé et de la ponctuation qui mettait fin aux vibrations méditatives.

Mutek / Trung

Le projet Deathprod du norvégien Helge Sten (Supersilent) concluait la soirée avec du noise et de l’ambient épurés, imprégnés d’une froideur nordique typique des régions scandinaves. La ligne directrice, comme un filament de glace, était ponctuée d’événements sonores subits, comme un glacier exprimant chaque étape de sa destruction.

J’aurais aimé revenir sur la performance de Cecilia aka BABI AUDI (alias Mélissa Gagné) dans le cadre d’Inter_Connect México mais le changement à l’horaire a fait en sorte que je me suis retrouvé dans le DJ set de la mexicaine OLY, alias Dulce Masse (Chase The Devil). Remarquez, du grime/trap/bass faisant vibrer tous les boulons et écrous de la SAT créait un contraste parfait à la soirée drone au Métropolis.