folk Archives - Le Canal Auditif

Critique : Gabrielle Shonk – Gabrielle Shonk

La jeune femme originaire de la ville de Québec, Gabrielle Shonk, a fait paraître un premier album éponyme, réalisé par Simon Pedneault. Rappelons que la chanteuse a eu une expérience à La Voix en 2014 (en même temps qu’un certain Geoffroy) et plusieurs présences à de nombreux festivals s’en sont suivies. Qu’en est-il de ce premier disque?

Shonk a livré une galette qui alterne les langues de Molière et de Shakespeare. Free s’ouvre sur des grattements à la guitare lancinants et planants. En plus d’avoir une section à corde plutôt cohérente, la chanson ne fait pas mouche. Elle présente un univers intimiste et à fleur de peau. Le genre de pièce que tu mets dans le tapis quand tu es sur la route. Tu as envie de prendre le large. Cette impression se poursuit sur Habit. Véritable vers d’oreille qui a suscité le public de Spotify, ce titre s’accorde très bien avec le timbre vocal assez chaud de l’artiste. On aime bien, entre deux petites coupes de vin, un mardi soir. Oui, j’ai bien dit mardi.

Puis, la voix francophone de Shonk ne déplaît pas du tout sur la minimaliste Trop tard. Jolie ballade un peu plus country/folk qui rappelle Marie-Pierre Arthur à ses débuts. Pas mal. Tandis que sur En Équilibre, la guitare occupe une belle place dans la production musicale. Tout est soigné, surtout très beau à l’écoute. Ça coule facilement entre les deux oreilles. Excellent. Ensuite, on touche à une facette un peu blues avec The Cliff. Les pickings des guitares se synchronisent avec la voix texturée de Shonk. Ça remémore directement les classiques de la chanson américaine. Intéressant. En rétrospective, les pièces en français et en anglais tournent autour des thématiques de liberté, de jeunesse et d’engagement, chanté avec grande authenticité. Chouette.

Il ne va sans dire, la jeune femme de 29 ans a beaucoup de talent. Elle chante ses mélodies poignantes avec beaucoup de sincérité et d’honnêteté. Le seul hic, la direction musicale est un peu monotone… les instrumentations reviennent souvent aux mêmes endroits. Quoi qu’il en soit, si vous voulez mon avis, ça s’oublie assez rapidement. Concentrez-vous sur la voix de Shonk, elle vous bercera. Un disque qui vaut non seulement une mention, mais aussi le détour pour les amoureux des grands espaces.

Ma note: 7/10

Gabrielle Shonk
Gabrielle Shonk
38 minutes
Universal

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Critique : Neil Young & Promise Of The Real – The Visitor

Neil Young lançait récemment un 39e album en carrière et, parallèlement à cette sortie, le Canadien d’origine rendait disponible la totalité de son corpus chansonnier sur sa propre plateforme Web. Inédits, démos, improvisations, albums jamais parus, l’intégralité de ses archives est désormais en ligne pour le plus grand plaisir de ses fans. Gâtez-vous !

En 2015, avec la formation folk rock Promise Of The Real, qui met en vedette le fils du légendaire Willie Nelson, Young avait lancé The Monsanto Years; disque qui pourfendait sans ménagement cette arrogante multinationale spécialisée dans les biotechnologies agricoles. Au début du mois de décembre, le productif barde, accompagné par la bande menée par Lukas Nelson, nous proposait The Visitor.

Depuis quelques années, le grand Neil n’est pas dans la meilleure de ses formes, créativement parlant. J’ai souvent écrit sur cette plateforme – non sans avoir reçu quelques volées de bois vert – que papy Young devrait remettre plus souvent ses chansons entre les mains d’un réalisateur en bonne et due forme. Young carbure à la spontanéité, l’authenticité et l’intégrité. Difficile de lui reprocher un manque de cohérence dans sa démarche artistique.

Sur ce nouvel album, Neil Young & Promise Of The Real propose autant un rock abrasif à la Crazy Horse que ce folk émouvant qui a toujours singularisé le musicien par rapport à ses semblables. Évidemment que Promise Of The Real n’arrive pas à la cheville des envolées rock de Crazy Horse, mais ça m’a fait le plus grand bien d’entendre Young dans un enrobage sonore plus « travaillé ».

S’il avait fallu que Young et ses acolytes peaufinent encore plus les chansons suggérées sur ce disque, on aurait pu assister à l’avènement d’une excellente production, mais c’est Neil Young. On accepte le petit côté chambranlant et la magnifique capacité d’indignation du bonhomme, et ce, à 72 ans bien sonnés.

Les textes sombrent parfois dans un simplisme un peu agaçant, mais simultanément, j’admire le ton combatif que Young emprunte face à ce qui se déroule actuellement chez nos voisins du Sud : un détournement de la démocratie au profit d’une minuscule caste de privilégiés. Une usurpation orchestrée par un président ouvertement raciste, misogyne et narcissique qui n’en a que pour sa propre petite personne et ses amis richards.

Bref, c’est le meilleur disque de Neil Young depuis un petit bout de temps. J’ai adoré la réponse au slogan de cabochon de la dernière campagne de Trump, l’imbuvable « Make America Great Again », intitulée Already Great. J’ai aussi aimé la parfaitement Neil Young, en mode folk, titré Almost Always ainsi que la conclusive Forever, une lente et longue chevauchée réconfortante magnifiquement chantée par le doyen. En contrepartie, j’aurais pu aisément me passer de Carnival, un clin d’œil affectueux à ses amis mexicains certes, mais qui ressemble à ce que pouvait créer Carlos Santana. Et Diggin’ A Hole est un blues « bistro à Jojo » comme il s’en est composé des milliers.

C’est sans gêne que je vous recommande The Visitor. Sans être un grand cru dans la carrière de Neil Young, je constate avec étonnement qu’il reste encore de l’essence dans le réservoir créatif de ce géant de la chanson, tous genres confondus.

Ma note: 7/10

Neil Young & Promise Of The Real
The Visitor
Reprise Records
51 minutes

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Critique : OCS – Memory Of A Cut Off Head

L’automne dernier, John Dwyer et ses acolytes lançaient un 19e album studio en carrière, l’excellent Orc; disque qui fera partie de mes grands crus de l’année en cours. Avec Dwyer, il faut s’attendre à d’incessants changements de cap… ce qui implique souvent des variations dans l’appellation du groupe. Si Orc a été conçu sous le nom de Oh Sees, le véhicule créatif du bonhomme revenait rapidement à la charge la semaine dernière avec Memory Of A Cut Off Head, celui-là réalisé sous le diminutif OCS. Fait à noter, ce pseudonyme a été utilisé au début de l’aventure pour 4 albums parus entre 2003 et 2005.

Comme vous pouvez le constater, Dwyer aime bien confondre ses fans et les amuser, ou peut-être prend-il simplement son pied à fourvoyer Wikipedia ? Voilà donc le 20e album en carrière pour Thee Oh Sees / Oh Sees / OCS et, semble-t-il, le 100e album de Dwyer. « 100 albums, c’est des albums en ta… » dirait probablement l’ancien joueur et matamore des Flyers de Philadelphie de la LNH, André « Moose » Dupont – les légendaires « Broad Street Bullies » des années 70, vous connaissez ?

Après avoir décapé nos oreilles avec Orc – l’album le plus « punk » du groupe – OCS emprunte une tangente plus « Cotonnelle » en proposant un retour au son folk rock psychédélique qui a caractérisé les débuts de la formation. Les violons, clavecins, mellotron et autres éléments dits « organiques » viennent bien sûr donner du relief à ces chansons. Mais ce sont avant tout les superpositions vocales mettant en vedette Dwyer et sa collaboratrice de longue date, Brigid Dawson – qui effectue un retour dans le giron de OCS – qui émeuvent.

Cela dit, je ne vous raconterai pas de sottises, cette production se glisse dans la catégorie « remplissage », mais ça demeure quand même un bon disque. Ceux qui aiment l’approche folk hallucinogène à la Bowie – celui du début des années 70 – ou encore à la Syd Barrett apprécieront à sa juste valeur ce nouvel album. Pour ma part, ce Memory Of A Cut Off Head viendra combler mes samedis « cannabisants » qui nous comblent de bonheur, ma charmante épouse et moi.

Mes préférés ? La galopante pièce-titre qui met en valeur les voix de Dwyer et Dawson, le drone cosmique qui conclut The Baron Sleeps And Dreams, la mixture violon/mellotron dans On And On Corridor ainsi que la très Nick Drake titré Neighbor To Come.

Sans avoir un mouvement de recul – je ne m’en cache pas, j’adore le foisonnement créatif de John Dwyer – ce Memory Of A Cut Off Head ne fera pas partie des grands moments de la carrière discographique du groupe. Néanmoins, on passe toujours un bon moment en compagnie de cet important créateur rock.

Ma note: 6,5/10

OCS
Memory Of A Cut Off Head
Castle Face
43 minutes

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Critique : Peter Matthew Bauer – Mount QAF (Divine Love)

The Walkmen est en pause prolongée depuis 2014 et permettez-moi d’émettre un avis basé sur un simple « feeling » : ça sent pas mal la fin pour le quintette new-yorkais. Le chanteur emblématique, Hamilton Leithauser, multiplie les projets en mode solo ou en compagnie de la crème de l’indie-rock états-unien, pendant que le bassiste attitré, Peter Matthew Bauer, se construit une réputation fort enviable en participant lui aussi à une tonne de collaborations. Entre autres avec les Devourers, un groupe qui inclut l’apport de Skye Skjelset de Fleet Foxes.

En 2014, Bauer avait lancé son premier album solo intitulé Liberation!; une référence à peine voilée à la mise en tutelle des Walkmen. Cette année-là, ce premier essai de la part du multi-instrumentiste a fait partie de mes bonnes surprises musicales. On y retrouvait des guitares évoquant parfois le meilleur des Strokes, le psychédélisme d’Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre) et bien sûr le folk rock typique des Walkmen.

La semaine dernière, Bauer était de retour avec un nouvel album intitulé Mount QAF (Divine Love) sur lequel ce grand fervent d’astrologie nous entretient au sujet de ses amours « ésotériques » avec une sincérité qui impose le respect. Résolument rock, ce disque renferme une panoplie d’influences qui, prises séparément, pourraient paraître conventionnelles. Les refrains choraux à la Springsteen, les guitares « velvetiennes », les inflexions vocales remémorant à la fois Tom Petty ou encore l’ami Leithauser ainsi que ces propensions au psychédélisme et à l’Americana, fondus ensemble, confèrent à Bauer une originalité sans équivoque.

Moins étonnant que Liberation!, mais aussi électrisant, Bauer s’évertue à créer une musique « positive », tout en évitant de plonger dans le narcissisme, le « branding » personnel et l’estime de soi égocentrique si caractéristique de notre époque et qui empêchent l’homme occidental de bien comprendre le monde dans lequel il évolue. Un monde hyper compétitif, un brin fascisant, un monde très dur. Bauer réconforte en nous plongeant directement dans son propre désarroi amoureux auquel on s’identifie assez aisément.

Et Mount QAF (Divine Love) est conçu pour rouler toute la nuit sur les autoroutes nord-américaines en direction de nulle part. Bauer nous gratifie d’un superbe album de route, fait la preuve qu’il n’a rien à envier à son comparse Leithauser et confirme que les Walkmen étaient l’un des groupes parmi les plus mésestimés de l’indie-rock américain.

La « springsteenienne » Wild Light, les guitares dans Full Moon In The Sky, la conclusion émouvante dans Divine Love To Kill Fascism, l’extrait Khidr (American Drifter Music), la fédératrice et explosive You Aways Look For Someone Lost, la performance vocale de Bauer dans Will You Still Speak Of Love ainsi que la frémissante Transhistoric Cycles Of Time font partie des moments phare de cette production.

Peter Matthew Bauer est un auteur-compositeur au son distinctif qui, même s’il demeure campé dans un folk rock maintes fois arpenté, ne souffre d’aucun déficit d’authenticité. Il insuffle juste assez de passion et d’enthousiasme à ses chansons pour qu’on ait envie de le suivre très longtemps.

Ma note: 8/10

Peter Matthew Bauer
Mount QAF (Divine Love)
Fortune Teller Music
43 minutes

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Critique : Angel Olsen – Phases

Même si la plus récente création de l’auteure-compositrice états-unienne Angel Olsen, titrée My Woman, avait rallié une forte majorité de critiques et journalistes musicaux, je n’ai pas succombé aux charmes de cet album; un enregistrement un peu trop « réalisé » à mon goût. Par contre, j’avais embarqué de plain-pied dans le magnifique Burn Your Fire For Your Witness. Cette production s’est même hissée dans la liste, bien personnelle, de mes meilleurs albums de 2014. Voilà un disque mélancolique et un peu garage, comme je les aime.

Au retour de la tournée qui a suivi la parution de My Woman, Olsen retombe sur ses pattes et songe à son avenir créatif. Et c’est dans ces moments-là qu’un artiste digne de ce nom songe à ce qu’il pourrait faire pour se réinventer. Souvent, l’envie de faire table rase du passé s’impose. Tout à fait normal.

La semaine dernière, Angel Olsen lançait sur le marché une nouvelle proposition intitulée lucidement Phases. Admirateurs de l’artiste, ne jubilez pas trop vite. Il ne s’agit pas ici de nouvelles pièces en bonne et due forme. Il s’agit plutôt de chansons et de démos ratissés au fond de ses tiroirs. Des morceaux rejetés qui n’ont pas paru sur ses trois albums solos.

Ceux qui préfèrent l’artiste en format dépouillé et rêche seront ravis de la réentendre dans cet habillage sonore, car Olsen replonge directement dans son habituel folk rock lo-fi très Velvet Undrground & Nico, détenant quelque chose d’indéfinissable à la Neil Young & Crazy Horse. Tout dans ce Phases est nostalgique. Cette mélancolie passéiste – qui a toujours caractérisé son art – prend ici tout son sens et c’est grâce à la performance vocale étincelante d’Olsen que le charme opère, encore une fois. Une voix distinctive, s’il en est une.

Phases est un pertinent tour d’horizon de tout ce que la dame a expérimenté au cours de sa courte carrière. Le folk-country, le rock garage, la ballade dépouillée se mélangent habilement offrant à l’auditeur un panorama très juste des capacités chansonnières de la dame. Olsen est une grande artiste en devenir et Phases, malgré le côté « amateur » de la proposition, permettra à ceux qui l’ont connu avec My Woman de constater qu’Angel Olsen a beaucoup de « millage dans le corps » malgré son tout jeune âge.

Pour ceux qui sont des connaisseurs d’Olsen, vous y entendrez de nouveau l’excellente Fly On The Wall, pièce parue sur une compilation anti-Trump nommée Our First 100 Days. Special est un extrait provenant des exclus de l’album My Woman. Le fanatique du Velvet Underground en moi a souri à l’écoute de Sweet Dreams. C’est l’irascible Lou Reed qui aurait été fier d’entendre ça ! Endless Road est émouvante grâce à l’interprétation parfaite d’Olsen.

Avec Phases, Angel Olsen nous propose un très bon disque de remplissage, de quoi nous sustenter en attendant sa prochaine création. Cela dit, une désagréable impression m’a envahi après les multiples auditions de ce disque. Phases serait-il le point final à sa carrière lo-fi ? Est-ce un présage à un virage plus lisse dans la continuité de l’album My Woman ? C’est ce qu’on saura dans un avenir rapproché.

Ma note: 7/10

Angel Olsen
Phases
Jagjaguwar
38 minutes

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