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Festif de Baie St-Paul 2017: Jour 3

On recommence pour une autre journée de fou! Parce que oui, le premier spectacle est à midi et le dernier à deux heures du mat. Compte ça comme tu veux, ça fait au moins une quinzaine d’heures à courir d’une salle à l’autre. Récit d’un marathon imbriqué dans un marathon d’une fin de semaine imbriqué dans le marathon de l’été.
 
 
 

De la douceur pour guérir la gueule de bois

Bien des spectateurs avaient de petits yeux sur le quai en ce samedi matin, mais tous avaient aussi le sourire. Devant le paysage pittoresque offert à nos yeux indignes d’autant de beauté, Philippe B s’est installé avec Laurence Lafond-Beaulne (Milk & Bone) et Guido Del Fabbro pour nous envoyer les pièces de sa sublime Grande nuit vidéo et quelques-unes des précédents. Le duo Lafond-Beaulne et B de Rouge-gorge est tout aussi touchant en vrai qu’en enregistrement. Philippe B nous a aussi jasé ça entre les tounes. Parfois pour nous expliquer l’origine d’un texte ou encore simplement pour nous mettre en contexte. Le tout avec simplicité et juste assez de bonhommie pour remettre un sourire dans le visage de n’importe lequel des festivaliers.

Par la suite, j’ai déambulé à travers les rues de Baie St-Paul pour me rendre à la scène Hydro-Québec pour assister au spectacle de Peter Peter. Celui-ci ne badine pas, il commence sur Noir Éden qui ravit et conquit la foule. J’ai même aperçu des journalistes chanter… ça vous donne une idée. Par la suite, il prend le temps de nous souhaiter la bienvenue et nous rappeler que la dernière fois qu’il était à Baie St-Paul, c’est il y a dix ans avec son groupe métal. Parce que oui, Peter Peter n’a pas toujours fait dans les claviers aux sonorités des années 80. Il a déjà été pas mal plus méchant au micro. Pour cette après-midi ensoleillée du Festif!, il présente plutôt les chansons de son dernier album qui a été célébré unanimement par la critique. Fantôme de la nuit et No Man’s Land ont ravi les nombreux festivaliers.

Le Festif! / Caroline Perron

Puis, c’est à Leif Vollebekk que j’ai vogué. Le jeune montréalais était d’une forme resplendissante et a ravi le public sous le chapiteau. Il a principalement joué les pièces de son excellent Twin Solitude en lice pour le prix Polaris. All Night Sedans et Eulogy ont été des moments de frissons où le poil se dressait sur nos bras de plaisir à l’écoute de Vollebekk. Celui-ci est quelque chose à voir jouer. Il ne fait pas que de la musique avec sa bouche et ses doigts, c’est tout son corps qui est impliqué dans le processus. Et c’était de même pour son batteur, Evan Ty (j’espère que je ne massacre pas son nom) et son bassiste Michael Felder (même chose que pour Ty). Vollebekk a aussi montré qu’il est farceur lorsqu’un des draps servant de décor est tombé par terre. « Tout le monde en ce moment rit et il y a une personne qui est très fâchée (parce que son rideau est tombé) ». Généreux, il a même procédé à deux rappels après que la foule ne veuille rien savoir de la fin. Il s’est vu décerner des ovations bien senties, entièrement méritées. Une prestation parfaite, rien de moins.

Des nouveaux établis

On ne se contera pas d’histoires, Bernard Adamus et Lisa Leblanc sont maintenant des artistes établis dans le paysage culturel québécois. La foule nombreuse venue les voir hier le démontrait sans équivoque. Le premier nous a offert un concert un peu décousu entrecoupé de moments où il consultait son groupe pour savoir ce qu’ils allaient faire. Entre quelques paroles oubliées, des chansons pas très resserrées et ses nombreuses harangues à la foule, on avait l’impression de retrouver Bernard Adamus du temps de Brun. Il était festif certes, mais peut-être une petite affaire trop pour 18 h. On va se le dire, y avait l’air chaud ben raide… Mais bon, même chaud, Bernard est capable de t’envoyer un Cauchemar de course par la tête qui donne envie de faire la fête. Plus le spectacle avançait et plus la bande se resserrait et vers la fin, nous avions l’Adamus auquel on est habitué. Le public a aussi pu entendre Fulton Road, La Dilligence et Brun.

Lisa Leblanc était beaucoup plus en forme en mettant les pieds sur la scène à Baie St-Paul. D’ailleurs, elle s’est permis de railler Adamus : « Bernard, te souviens-tu quand c’était moi qui faisait tes premières parties? » Après deux chansons issues de Why You Wanna Leave, Runaway Queen?, elle a enchaîné des chansons de son premier album : J’pas un cowboy, Chanson d’une rouspéteuse et Cerveau ramolli. Pendant qu’elle interprétait Kraft Dinner, une fan (en tout cas, je présume) a lancé une brassière sur scène. N’en fallait pas plus pour lancer Leblanc dans un accès de rire. Et Dieu sait qu’elle aime ricaner la Lisa! Elle a peiné à finir sérieusement la chanson après l’avoir dédiée à cette fan. Un moment de gros fun sale. Comme d’habitude, Leblanc a donné tout un concert. J’ai quitté prématurément parce que dans le sous-sol de l’église, les mythiques Voivod étaient d’office.

Le Festif! / Jay Kearney

Quand l’expérience parle

Voivod c’est une machine bien huilée qui fait rougir bien des « jeunes ». Le groupe montréalais était tout sourire devant la foule venue les voir dans une petite salle. On est loin des plaines! Entre les chansons, Snake distribuait les high fives et les poignées de mains. Michel Langevin est encore aussi impressionnant derrière les tambours, frappant la mesure à une vitesse complètement folle. Ils ont terminé avec la chanson Voivod qui est rentrée au poste sans bon sens.

Un autre homme d’expérience était présent au Festif! hier soir. Daniel Bélanger était là pour chanter les pièces de son Paloma paru l’an dernier et ses succès… et des succès, il y a en un char et une barge dans la discographie de Bélanger. Accompagné du bassiste extraordinaire, JF Lemieux, il a joué presque l’entièreté de Rêver mieux! Chante encore ainsi qu’Intouchable et immortel étaient des moments de purs délices pour les oreilles. Lorsqu’il a interprété la chanson Rêver mieux, le public a chanté si fort qu’ils ont pris le dessus devant un Bélanger jubilatoire. De son dernier album, il a livré L’ère de glace, Il y a tant à faire et quelques autres. Il nous a aussi livré plusieurs chansons devenues des classiques comme Le parapluie, Opium et Cruel (Il fait froid). Il est même revenu deux fois plutôt qu’une, visiblement ému par l’accueil de la foule. Il a terminé sur La folie en quatre et c’était tout à fait parfait.

Le Festif! / Caroline Perron

Un groupe de musiciens d’expériences étaient là pour ce samedi soir de Festif! Groovy Aardvark comme toujours a rocké la casbah. Avec ses reels électriques (dont celui de la soucoupe volante), ses succès comme Boisson d’avril et son énergie débordante, le groupe a fait triper le public nombreux dans le sous-sol de l’église. Il y avait du monde à Voivod, mais c’était davantage plein pour Groovy. Vince Peake comme d’habitude a mené cette soirée avec toute la générosité, l’authenticité et la hargne (musicale) qu’on lui connaît. Trois groupes qui ont déjà du millage derrière la cravate et qui sont loin d’être dépassés.

Le Festif! / Jay Kearney

Fin de soirée qui rentre dedans

Sous l’un des chapiteaux se trouvait KNLO, Rednext Level et Alaclair Ensemble. Je suis arrivé à temps pour les deuxièmes qui lançaient à l’instant Sri Lanka. Les gens dansent, les popotins se font aller et les sourires affichent complet. Robert Nelson et Maybe Watson, en compagnie de leur DJ Tiestostérone, ont livré une solide performance où se sont enchaînés 40k, Clip avec Baz, Get Lit et Faible pour toi pour laquelle Claude Bégin s’est pointé le bout du nez. Robert Nelson, dans son habituel humour a lancé : « On est vraiment content d’avoir l’opportunité d’ouvrir pour Alaclair Ensemble. » (NDLR: Maybe Watson et Robert Nelson font partie d’Alaclair Ensemble.)

Le Festif! / Caroline Perron

Alaclair Ensemble est ensuite débarqué pour livrer un spectacle très près de ce qu’ils ont offert comme performance aux FracoFolies. C’est vraiment le fun de voir que le groupe est rendu avec une routine de scène solide comme du béton. Une routine qui n’a pas l’air de les castrer pour autant, la bande de minces semblent prendre un plaisir immense à « droper » ses rimes devant les foules de plus en plus nombreuses.

Le Festif! / Caroline Perron

Finalement, j’ai embarqué dans le bus magique pour une performance de Paupière. Le concept est simple, un autobus a été maquillé et changé en piste de danse. Le groupe nous a livré des chansons de son EP et de son album à venir en septembre. Le trio était en forme pour l’heure tardive et cela a fait danser les 40 festivaliers qui entraient dans l’autobus. Une petite pensée pour la suspension du véhicule qui doit être finie ce matin. Une performance pleine d’énergie et de rythmes contagieux. On a hâte à la sortie de l’album en septembre!

Voilà qui conclut ma troisième journée de Festif! On se reparle demain pour la prestation de Timber Timbre et un retour sur les moments forts du festival.

Le Festif! de Baie St-Paul 2017: Jour 1

Cette année, je suis en relève du vétéran et sage Stéphane Deslauriers pour couvrir Le Festif! de Baie St-Paul. Depuis des années, l’entente était que je m’occupais du FME et Stéphane du Festif. Mais cette année, trop occupé, Stéphane a dû déclarer forfait. Me voilà donc sur la route pour Baie St-Paul, le vent dans les cheveux et le sourire dans la face. Cette première soirée s’annonçait parfaite pour se brasser les foufounes, car le « gros show » mettait en vedette Valaire et Caravan Palace.

Soirée dansante

Miss Sassoeur et les Sassys ont débuté les hostilités (après Émile Gruff que j’ai malheureusement manqué). Le quatuor à voix a remporté l’édition 2017 du Cabaret Le Festif! Cela leur donnait droit à deux prestations dans le cadre du festival. Cette première était plutôt courte, d’environ 25 minutes devant une foule éparse qui arrivait tranquillement pour le spectacle en soirée. Cela n’a pas empêché le groupe de nous livrer les pièces qui les ont fait remarquer un peu partout où ils sont passés, dont La Rengaine. Un spectacle court, mais efficace pour la bande qui se spécialise dans les harmonies vocales.

L’entrée de Valaire a été retardée par un orage qui avait décidé de souffler comme le diable sur Baie St-Paul. On attend une dizaine de minutes en se réfugiant sous les tentes autour de nous. Ça prend pas mal plus que dame nature pour empêcher Valaire de donner son show. Le groupe entre sur scène rayonnant et entame Oobopopop. Rapidement, la foule est happée par les cuivres chauds et les rythmes contagieux du groupe. Avec eux, le groupe a amené Fredy V., chanteur à la voix soul bien dégourdie. Valaire nous enchaîne Apate Palace et quelques autres pièces des plus récents albums avant de plonger dans l’époque Golden Bombay avec Gumshoe et même Ave Mucho (qu’ils auraient pu jouer avec Bran Van si ceux-ci n’avaient pas décommandé leur présence au festival). Karim Ouellet vient aussi faire son tour sur quelques chansons avant que le groupe fasse apparaître un énorme bonhomme vert comme on croise sur le bord des autoroutes parfois. Dans ce genre.

Automatiquement, les membres du groupe se mettent à jouer pour lui et à vénérer l’idole en tissus… ce n’est pas sans rappeler un certain Eddie d’un certain groupe de jeunes fous Anglais nommé Iron Maiden. Le groupe a continué son feu roulant de chansons qui donne envie de se shaker le popotin pour entamer un collage de Mr Saxobeat et Crazy In Love… N’en prenait pas plus pour achever la foule déjà suintante et souriante.

On se dit qu’on aurait enfin droit à une pause… mais non, du haut des marches attenantes à la scène apparaît Loco Locass qui nous rappe trois tounes dans des conditions pas idéales. Le trio assure et démontre qu’ils sont parfaits ainsi dans la lumière orangée, à la pénombre à nous envoyer des vers poétique et engagé.

Jay Kearney / Le Festif!

Pas facile passer après Valaire

Le groupe français Caravan Palace qui fait dans le rétro futuriste et l’électro-swing. Gonflés à bloc, ils sont débarqués sur scène décidée à faire danser la foule de Baie St-Paul. Objectif atteint à voir les gens sauter et danser sur les chansons de L’îcone principalement. Le groupe a aussi offert quelques chansons de Panic et leur album homonyme. La chanteuse Zoé Colotis anime la scène habilement avec sa présence dynamique et charmeuse. Ça marchait résolument pour la foule qui répondait à chacun de ses appels à sauter plus haut.

Malgré toute leur bonne volonté, le groupe n’avait pas la même puissance que Valaire avant eux, autant au niveau de l’énergie, du déroulement de spectacle que du son. Ce dernier était couci-couça et il fallait être au milieu pour bien entendre les instruments à vent et les cuivres. D’ailleurs, ceux-ci étaient plus absents que ce à quoi je m’attendais. Caravan Palace prend le pari de faire danser la foule pendant ses spectacles, ce qui en soi n’est pas une mauvaise idée. Par contre, ils le font en donnant beaucoup de place à l’élément électro de leur musique et ça a une fâcheuse tendance à tomber dans l’EDM. À un moment, on se sentait plus à Ibiza qu’à Baie St-Paul. C’est un peu dommage parce que leurs trames sont généralement si riches. Mais bon, ils ne font pas un mauvais spectacle pour autant et la foule a dansé avec énergie des premières aux dernières notes.

Une fin de soirée à l’église

La suite de ma soirée se passe très rapidement. Tout d’abord avec Weaves qui commence avec une demi-heure de retard au sous-sol de l’église… ce qui fait que je manque aussi des chansons d’Antoine Corriveau qui commence une demi-heure plus tard. Misère. La bande de Jasmyn Burke nous livre les chansons de leur premier album en nomination sur la courte liste du prix Polaris avec fouge et plaisir. C’est bruyant, c’est mélodieux et c’est totalement convaincant. On aime Weaves et ils nous le rendent bien.

Caroline Perron / Le Festif!

Je quitte la salle pour me rendre dans une chapelle où Antoine Corriveau se fait aller les cordes, vocales et de guitare. En format quatuor avec ses complices habituels : Marc-André Landry, Marianne Houle et Stéphane Bergeron. C’est vraiment très beau. Corriveau est dans un endroit dont la grandeur rend encore plus imposante ses chansons. Le Nouveau vocabulaire rentre dans la patate tout comme Tu es comme la nuit. Il livre Parfaite avec intensité dans un éclairage orangé alors que la chapelle est plongée dans la noirceur. Le résultat donne des frissons, Corriveau semble possédé et nous invite à une messe noire où les sentiments humains ne seront pas laissés de côté. Il finit en nous expliquant qu’il fait maintenant de la performance. Armé d’un micro sans fil et explorant un peu la liberté des humoristes qui peuvent se promener allègrement devant le public, il se dirige vers le fond de la salle. Soudainement, il est transporté au balcon et rejoint Landry et Houle installé à l’orgue pour une interprétation surréelle de Les hydravions de trop. Magnifique.

Caroline Perron / Le Festif!

Doux Jésus!

Je reviens au Sous-sol de l’église où j’avais laissé Weaves et une foule dans le plaisir. Je reviens et le bordel est pris. Chocolat est maintenant aux commandes et Jimmy Hunt est accroché par un Jésus immense qu’il est train de zigner… Oui Jimmy Hunt est en train de se frotter de manière pas polie sur un ti-Jésus sur sa croix. Le pauvre ne s’en remettra pas, il est maintenant décollé à moitié de sa croix et semble trouver la soirée plus dur que les fous de Chocolat qui continuent d’expédier leur rock efficace. C’était un vrai show rock, comme il s’en fait peu. Ysaël Pépin a un gros sourire dans le visage quand il prend les moniteurs et feint de les lancer dans le public. Tout ça avant de faire la communion avec plusieurs spectateurs montés sur scène. Il leur verse de la bière d’un pichet dans le gosier. Surréel. Le groupe ne finit plus de finir et rajoute toujours une chanson au grand désarroi des techniciens qui avaient l’air de vouloir travailler plus pour Céline Dion que Le Festif! Les gars, tout pour le rock. C’est ça la maxime! Chocolat est sorti de scène sous les applaudissements généreux de la salle complètement subjuguée par la force de frappe du groupe de bums.

http://lefestif.ca/

3 conflits d’horaire qui nous feront maudire Osheaga

Ça y est, Osheaga approche à grands pas et l’organisation a dévoilé l’horaire des spectacles. N’en fallait pas plus pour qu’on se rende compte que certains bons coups de la programmation jouent en même temps! Misère. Voici trois beaux choix difficiles avec lesquels les festivaliers devront rivaliser.

Angel Olsen / Badbadnotgood / Andy Shauf

Elle fait du folk magnifique et poignant, ils font du jazz inventif et mélodieux alors que Shauf est l’un des artistes que nous suivons attentivement depuis la sortie de l’excellent The Party. On fait quoi? Olsen est passée lors de la dernière édition de POP Montréal alors peut-être avez-vous eu la chance de la voir là-bas. Shauf a visité Montréal à quelques reprises… disons que Badbadnotgood est un peu moins facile à attraper.

Notre verdict : Avec nos mains de jazz, on recommande Badbadnotgood.


 
 

PUP /Major Lazer / Father John Misty

D’un côté, le punk entraînant de PUP est parfait pour faire fondre les calories en trop accumulées en buvant de la bière. Major Lazer a aussi tout le potentiel de réveiller le danseur en toi avec ses rythmes festifs. Father John Misty par contre, va te livrer du folk un peu déprimant avec beaucoup d’énergie… Les premiers sont vraiment intéressants, les deuxièmes vont te faire aller le bassin, le troisième est passé au printemps et vient de lancer un album couci-couça.

Notre verdict : Une moitié de PUP et une moitié de Major Lazer te feront perdre toutes les calories que tu accumuleras au cours du weekend en raison de ta consommation de bière en cannettes. Danser, tu feras.


 
 

Alabama Shakes / Die Antwoord / Crystal Castles / Beat Market

En fin de festival, encore une fois la programmation nous donne des petits mots de têtes. Alabama Shakes et leur indie-rock plein de soul seront d’un côté. De l’autre, les marginaux de Die Antwoord, qui malgré un dernier album assez ordinaire, livre la marchandise sur scène. Crystal Castles a subi de gros changements dans les derniers deux ans, mais c’est quand même une performance à ne pas manquer. Finalement, les locaux de Beat Market donnent tout un spectacle. Est-ce que tu veux vraiment manquer ça?

Notre verdict : Alabama Shakes pour la rareté.


 
 

On se voit là-bas dans trois semaines!

https://www.osheaga.com/

FEQ jour 10: Bruits sophistiqués en basse-ville – Yonatan Gat

Je suis un peu crevé, et presque tanné, d’avoir écouté autant de spectacles. Je décide donc de ne pas me rendre sur les plaines pour aller voir l’opéra rock futuriste des chevaliers de Cydonia. Une petite soirée explosive intime à l’ANTI pour assister à la prestation du guitariste Yonatan Gat. Accompagné d’un bassiste et d’un batteur, le virtuose de la six cordes originaire de Tel-Aviv, maintenant installé à New York, dissèque son instrument avec une précision à l’énergie viscérale punk.

22 h 10, le parterre de l’ANTI. 3 tapis, une batterie, une guitare et une basse (les deux sont électriques) et 2 lampes bien ordinaires. Le tout se tient au centre de la salle. Nous formons un public d’une vingtaine de personnes à entourer le gear. Le groupe entre vers 22 h 20. Gat débute avec des notes lentes avec un style de jeu ressemblant au sitar. Le guitariste module sans l’aide d’une pédale. La première pièce donne le ton, ou le Micro-Ton plutôt, en culminant en une cacophonie organisée.

Après 2 morceaux Gat nous invite à nous rapprocher. Je suis tenté de m’asseoir sur les genoux du batteur, mais je me retiens. Probablement trop dynamique pour moi. On a l’impression de les gêner, mais ils sont habitués à avoir l’auditoire aussi proche. Une mise en scène à l’image de la musique : une puissance compacte qui déstabilise aux premiers abords, mais qui s’avère d’une complexité fascinante et entrainante. On passe du surf-punk aux mélodies orientales, Gat nous faisant découvrir toutes les variations possibles qu’une guitare peut produire. Le bassiste privilégie les ondes et un rythme effréné tout en se balançant avec une telle force qu’il semble sur le point de fendre. Le batteur est infatigable. Passant de la destruction de ses tambours à l’effleurement. Les trois en cœur ils atteignent un équilibre entre cadences primitives et des arrangements extrêmement détaillés.

J’ai été le témoin d’un combat. Rien de moins. Les instruments ne laissaient pas amadouer. Toute l’expertise des musiciens était nécessaire pour réaliser les sons voulus. Je sors de l’ANTI fatigué, mais surement moins qu’eux. Une performance brute. Un point d’exclamation à une 50e édition du FEQ sans temps mort.

Ils seront au Festif! le 22 juillet à 2 h du mat’ au garage du Curé. La promesse d’un spectacle légendaire.

Un extrait d’une soirée en plein air de 2015, une copie quasi conforme de cette dernière soirée de festivités :

https://www.infofestival.com/

Pitchfork Music Festival : une fin de semaine magique

Une toute nouvelle édition du Pitchfork Music Festival débutait vendredi dernier. Si vous saviez à quel point j’étais excitée de couvrir cet événement organisé par les gens derrière le célèbre blog américain de critique musicale!

Vendredi Jour 1

Je commence ma journée avec la formation de Washington, Priests, qui était de passage à la Scène Verte dès 13 h 45. Après avoir englouti une couple de frites (on se gâte en voyage), je me dirige vers la foule. Le groupe a commencé sa performance avec de multiples titres engagés et personnels qui se sont avérés excellents pour la foule du Pitchfork. La voix rocailleuse de la meneuse de jeu Katie Alice Greer a su donner le ton au concert. En plus de dynamiser l’espace, la bande s’est démontrée drôlement efficace. On note aussi le maquillage et le costume de la chanteuse. Ombre à paupières bleue avec une chevelure blonde dorée. En plus d’une redingote longue et fleurie, elle arborait une robe jaune. En tout cas, mon début de vendredi commence ben flyé! On aime ça.

Pitchfork Music Festival

On continue cette aventure avec Hiss Golden Messenger. Le folk rock du groupe nous garde en haleine du début jusqu’à la fin. On aurait juré, voir la foule danser sur des airs de Achy Breaky Heart. En tout cas, sous le soleil américain, on peut l’affirmer, c’est quand même très cool de se déhancher sur du country tout relax.

On poursuit avec l’énorme coup de la journée. Le prince Vince Staples qui était de passage sur la Scène Verte au coup des 16:00. Sous des effets de fumées, le rappeur californien se montre le bout du nez pour interpréter Party people. Son public se met à sauter. Il enchaîne avec BagBak et Ascension (reprise de Gorillaz). L’énergie est tout simplement électrisante. Vince Staples possède une présence magnétique sur scène. Il ne s’arrête jamais, il est là pour faire le show. Honnêtement, on ne peut qu’être conquis. Mettez les titres de son nouvel album The Big Fish Theory : Yeah Right et 745, rajoutez quelques images de projection oranges puissantes et vous avez un fichu de bon spectacle. Ma-la-de.

Pitchfork Music Festival

À 17 h 15, je me dirige vers la Scène Bleue. Un mot pour décrire mon passage : aventureux. Il y avait foule foule foule foule pour voir la pop indie dodelinante de Frankie Cosmos. Plutôt chouette à voir en performance, le groupe nous présente quelques chansons de son dernier album paru en 2016, Next Thing. Très bien rodée, la performance s’est avérée sans anicroche. On aime bien le charisme sur scène de la meneuse de jeu Greta Kline. Sympathique, elle nous a bien accueillis dans la zone bleutée du festival comme si tout le monde était invité à jammer dans un party de sous-sol. Bien cool, tout ça.

Au tour de Danny Brown de monter sur la Scène Verte vers 18:00. Après l’énorme succès de son disque Atrocity Exhibition, il était évident de le retrouver au Pitchfork. Ramenant un bon nombre d’admirateurs, le rappeur originaire de Détroit, nous convie dans son univers très engagé où il utilise la scène comme un véritable terrain de jeu. D’un bout à l’autre, l’artiste se promène sans trop ne jamais s’arrêter. Après les Kool Aid, 25 Bucks et When it Rain, Brown ne se laisse pas faire. Il fait défiler les mots à la puissance de l’éclair. Tout est rapide. Tout est excellent. Grosse figure de hip-hop à (re) découvrir dès maintenant. Hey, ça rime. Deviendrai-je une rappeuse?

On termine cette première journée avec LCD Soundsystem vers 20 h 10. La soirée se fait un peu plus frisquette. On s’en fout, je ne suis pas fait en chocolat. Je le mange moi le chocolat. Voilà. Alors, pour en revenir à LCD, j’oriente mes flûtes pour aller vers la Scène Verte. J’ai passé une soirée magique. Toujours en très grande forme, LCD défend les Yr City’s a Sucker, I Can Change, Daft Punk is playing at my house, Dance Yrself Clean… pour faire danser la foule. On a eu droit à des sons sulfureux, des projections groovys où l’on pouvait même voir la ville de New York en arrière-plan (sur New York I Love You, But You’re Bringing Me Down). Gigantesque soirée pour lâcher son fou.

Pitchfork Music Festival

Jour 2

Samedi, je suis allée voir la formation Weyes Blood sur la Scène Verte vers 2:30. Le groupe menée par la talentueuse Natalie Mering. Le spectacle était d’une excellente sonorisation qui rendait gloire à l’album Front Row Seat to Earth. Avec un synthétiseur, des claviers, une guitare et une batterie, la disposition scénique était intéressante. Mering nous proposait un set assez floral qui regroupait les 7 words, Generation Why, Used to Be et Diary. J’étais bien satisfaite du rendu musical, règle générale. La musique de Weyes Blood m’a fait balancer la tête tranquillement sous la brise Chicagoise.

Par la suite, je me rends à 2 h 45 vers la Scène Bleu pour rejoindre la bande de Cherry Glazerr, originaire de Los Angeles. Belle découverte en ce qui me concerne! Le trio qui œuvre principalement dans le gros rock fuzzé a su conquérir mes oreilles. On aime aussi la capacité vocale de la chanteuse. Elle était capable d’utiliser divers niveaux de voix en restant dans des tonalités très graves. Ça frôlait presque le métal. Fou raide!

Après, je me rends vers la performance du groupe mythique George Clinton and Parliament Funkadelic. Supra-festif. Avec des sections de cuivres, des choristes et même des danseurs, la musique de Clinton est toujours d’actualité. La foule prenait plaisir à danser et avec raison. Il fallait absolument que je voie ce groupe légendaire. Je n’ai pas été déçue.

L’aventure se poursuit avec Angel Olsen vers les six heures. Devant un soleil couchant, l’artiste a dévoilé les titres de son plus récent album My Woman. Shut Up and Kiss Me, Sister, Never Be Mine passent. La voix écorchée d’Olsen se fait entendre sur scène. Elle est venue me chercher, directement. Étant une grande fan de la chanteuse, j’étais très contente de la voir pour une première fois ici, à Chicago. Frissons après frissons, on écoute et on se laisse guider par ses riffs de guitare et sa présence scénique. Un moment bien charmant.

Pitchfork Music Festival / Alexa Viscius

Les gars de S U R V I V E embarquent sur la Scène Bleue. Équipée d’une couple de synthétiseurs et de bidules électroniques, la formation nous a présenté quelques-unes de leurs chansons, dont certaines parvenaient directement de la bande sonore de la série Stranger Things. Super performance qui nous a ramenés instantanément dans les années 80. En spectacle, l’ambiance était très bonne. Sous des éclairages verdâtres étincelants, le DJ set était bien structuré. Chouette.

Le hip-hop du légendaire groupe A Tribe Called Quest clôt cette deuxième journée sous les étoiles. Énorme fiesta qui a rassemblé une multitude d’admirateurs venus spécialement entendre les chansons du groupe. On a retrouvé The Space Program, Oh my God et même une reprise de Busta Rhymes Who! Ah! Got you all in check, par,exemple. Ça swinguait fort, samedi soir.

Jour 3

On commence cette troisième journée du Pitchfork avec l’Américain (basé à Montréal) Colin Stetson. Armé de trois saxophones, le musicien en a soufflé plus d’un dans la foule. D’une certaine façon, ces instruments se sont mélangés avec le corps de Stetson. On aurait cru voir une (belle) créature qui nous a interprété les chansons de son plus récent disque All This I Do For Glory. Doté d’une forte concentration et d’une incroyable respiration, Colin Stetson a été impressionnant dans la manipulation de son objet de prédilection. Noté surtout sur les pièces Judges et Beetween Water and Wind. Le concert de l’artiste a été un moment unique dans ma journée.

Peu après, on croise la saveur locale NE-HI pour une ribambelle de chansons rock garage issues de leur nouvelle galette Offers. On suit les mouvements dansés du chanteur à la coupe de cheveux bien en vogue. Les guitares se déchaînent, les pieds de micro partent dans les airs. La musique de NE-HI ne fait que prolonger l’été en arborant nos plus beaux coats de jeans. Rock and roll!

Par la suite, on rencontre la soul de Jamila Woods sur la Scène Verte. Après avoir sorti le très ensoleillé HEAVN, il y a de ça un an, l’artiste nous chantait plusieurs titres optimistes empreints d’une profonde solidarité. Heureuse d’être parmi nous, Woods est clairement une vocaliste talentueuse qui prend plaisir à jouer avec les mots.

Au tour de Nicolas Jaar de prendre place à la Scène Rouge. Je vous dirais que le spectacle a vraiment décollé vers le mi-chemin avec des mélodies teintées de house, de techno et de dubstep. En plus de rallier un bon nombre de personnes à danser, Jaar était inarrêtable derrière ses ordinateurs. Très pétillant.

C’est Solange Knowles (la sœur de l’autre) qui ferme la marche à la Scène Verte. Défendant les titres de son disque pop A Seat At The Table, la chanteuse possède de grands talents de « showgirl ». Derrière un décor coloré, Solange était accompagnée d’un groupe et de quelques choristes qui suivaient des mouvements chorégraphiés. Tout se suivait à la lettre, de manière très artistique. Il y aurait de quoi analyser niveau art contemporain et symbolisme, je vous dirais. Ce fut tellement magnifique de constater l’ensemble au clair de lune. Le concert prenait tout son sens. Envoûtant.

Le Festival tire à sa fin. Merci, Pitchfork, pour la fabuleuse expérience. Merci, Pitchfork, pour le support d’une culture musicale indépendante originale et de qualité. Merci pour les découvertes. Merci, Pitchfork, de rassembler tous mélomanes avides de nouveautés. Merci, Pitchfork, d’être ce que tu es… une référence extrêmement importante pour chacun d’entre nous.

À l’an prochain!

http://pitchfork.com/festival/chicago/