États-Unis Archives - Le Canal Auditif

Critique : OCS – Memory Of A Cut Off Head

L’automne dernier, John Dwyer et ses acolytes lançaient un 19e album studio en carrière, l’excellent Orc; disque qui fera partie de mes grands crus de l’année en cours. Avec Dwyer, il faut s’attendre à d’incessants changements de cap… ce qui implique souvent des variations dans l’appellation du groupe. Si Orc a été conçu sous le nom de Oh Sees, le véhicule créatif du bonhomme revenait rapidement à la charge la semaine dernière avec Memory Of A Cut Off Head, celui-là réalisé sous le diminutif OCS. Fait à noter, ce pseudonyme a été utilisé au début de l’aventure pour 4 albums parus entre 2003 et 2005.

Comme vous pouvez le constater, Dwyer aime bien confondre ses fans et les amuser, ou peut-être prend-il simplement son pied à fourvoyer Wikipedia ? Voilà donc le 20e album en carrière pour Thee Oh Sees / Oh Sees / OCS et, semble-t-il, le 100e album de Dwyer. « 100 albums, c’est des albums en ta… » dirait probablement l’ancien joueur et matamore des Flyers de Philadelphie de la LNH, André « Moose » Dupont – les légendaires « Broad Street Bullies » des années 70, vous connaissez ?

Après avoir décapé nos oreilles avec Orc – l’album le plus « punk » du groupe – OCS emprunte une tangente plus « Cotonnelle » en proposant un retour au son folk rock psychédélique qui a caractérisé les débuts de la formation. Les violons, clavecins, mellotron et autres éléments dits « organiques » viennent bien sûr donner du relief à ces chansons. Mais ce sont avant tout les superpositions vocales mettant en vedette Dwyer et sa collaboratrice de longue date, Brigid Dawson – qui effectue un retour dans le giron de OCS – qui émeuvent.

Cela dit, je ne vous raconterai pas de sottises, cette production se glisse dans la catégorie « remplissage », mais ça demeure quand même un bon disque. Ceux qui aiment l’approche folk hallucinogène à la Bowie – celui du début des années 70 – ou encore à la Syd Barrett apprécieront à sa juste valeur ce nouvel album. Pour ma part, ce Memory Of A Cut Off Head viendra combler mes samedis « cannabisants » qui nous comblent de bonheur, ma charmante épouse et moi.

Mes préférés ? La galopante pièce-titre qui met en valeur les voix de Dwyer et Dawson, le drone cosmique qui conclut The Baron Sleeps And Dreams, la mixture violon/mellotron dans On And On Corridor ainsi que la très Nick Drake titré Neighbor To Come.

Sans avoir un mouvement de recul – je ne m’en cache pas, j’adore le foisonnement créatif de John Dwyer – ce Memory Of A Cut Off Head ne fera pas partie des grands moments de la carrière discographique du groupe. Néanmoins, on passe toujours un bon moment en compagnie de cet important créateur rock.

Ma note: 6,5/10

OCS
Memory Of A Cut Off Head
Castle Face
43 minutes

Site Web

Critique : Peter Matthew Bauer – Mount QAF (Divine Love)

The Walkmen est en pause prolongée depuis 2014 et permettez-moi d’émettre un avis basé sur un simple « feeling » : ça sent pas mal la fin pour le quintette new-yorkais. Le chanteur emblématique, Hamilton Leithauser, multiplie les projets en mode solo ou en compagnie de la crème de l’indie-rock états-unien, pendant que le bassiste attitré, Peter Matthew Bauer, se construit une réputation fort enviable en participant lui aussi à une tonne de collaborations. Entre autres avec les Devourers, un groupe qui inclut l’apport de Skye Skjelset de Fleet Foxes.

En 2014, Bauer avait lancé son premier album solo intitulé Liberation!; une référence à peine voilée à la mise en tutelle des Walkmen. Cette année-là, ce premier essai de la part du multi-instrumentiste a fait partie de mes bonnes surprises musicales. On y retrouvait des guitares évoquant parfois le meilleur des Strokes, le psychédélisme d’Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre) et bien sûr le folk rock typique des Walkmen.

La semaine dernière, Bauer était de retour avec un nouvel album intitulé Mount QAF (Divine Love) sur lequel ce grand fervent d’astrologie nous entretient au sujet de ses amours « ésotériques » avec une sincérité qui impose le respect. Résolument rock, ce disque renferme une panoplie d’influences qui, prises séparément, pourraient paraître conventionnelles. Les refrains choraux à la Springsteen, les guitares « velvetiennes », les inflexions vocales remémorant à la fois Tom Petty ou encore l’ami Leithauser ainsi que ces propensions au psychédélisme et à l’Americana, fondus ensemble, confèrent à Bauer une originalité sans équivoque.

Moins étonnant que Liberation!, mais aussi électrisant, Bauer s’évertue à créer une musique « positive », tout en évitant de plonger dans le narcissisme, le « branding » personnel et l’estime de soi égocentrique si caractéristique de notre époque et qui empêchent l’homme occidental de bien comprendre le monde dans lequel il évolue. Un monde hyper compétitif, un brin fascisant, un monde très dur. Bauer réconforte en nous plongeant directement dans son propre désarroi amoureux auquel on s’identifie assez aisément.

Et Mount QAF (Divine Love) est conçu pour rouler toute la nuit sur les autoroutes nord-américaines en direction de nulle part. Bauer nous gratifie d’un superbe album de route, fait la preuve qu’il n’a rien à envier à son comparse Leithauser et confirme que les Walkmen étaient l’un des groupes parmi les plus mésestimés de l’indie-rock américain.

La « springsteenienne » Wild Light, les guitares dans Full Moon In The Sky, la conclusion émouvante dans Divine Love To Kill Fascism, l’extrait Khidr (American Drifter Music), la fédératrice et explosive You Aways Look For Someone Lost, la performance vocale de Bauer dans Will You Still Speak Of Love ainsi que la frémissante Transhistoric Cycles Of Time font partie des moments phare de cette production.

Peter Matthew Bauer est un auteur-compositeur au son distinctif qui, même s’il demeure campé dans un folk rock maintes fois arpenté, ne souffre d’aucun déficit d’authenticité. Il insuffle juste assez de passion et d’enthousiasme à ses chansons pour qu’on ait envie de le suivre très longtemps.

Ma note: 8/10

Peter Matthew Bauer
Mount QAF (Divine Love)
Fortune Teller Music
43 minutes

Site Web

Critique : Angel Olsen – Phases

Même si la plus récente création de l’auteure-compositrice états-unienne Angel Olsen, titrée My Woman, avait rallié une forte majorité de critiques et journalistes musicaux, je n’ai pas succombé aux charmes de cet album; un enregistrement un peu trop « réalisé » à mon goût. Par contre, j’avais embarqué de plain-pied dans le magnifique Burn Your Fire For Your Witness. Cette production s’est même hissée dans la liste, bien personnelle, de mes meilleurs albums de 2014. Voilà un disque mélancolique et un peu garage, comme je les aime.

Au retour de la tournée qui a suivi la parution de My Woman, Olsen retombe sur ses pattes et songe à son avenir créatif. Et c’est dans ces moments-là qu’un artiste digne de ce nom songe à ce qu’il pourrait faire pour se réinventer. Souvent, l’envie de faire table rase du passé s’impose. Tout à fait normal.

La semaine dernière, Angel Olsen lançait sur le marché une nouvelle proposition intitulée lucidement Phases. Admirateurs de l’artiste, ne jubilez pas trop vite. Il ne s’agit pas ici de nouvelles pièces en bonne et due forme. Il s’agit plutôt de chansons et de démos ratissés au fond de ses tiroirs. Des morceaux rejetés qui n’ont pas paru sur ses trois albums solos.

Ceux qui préfèrent l’artiste en format dépouillé et rêche seront ravis de la réentendre dans cet habillage sonore, car Olsen replonge directement dans son habituel folk rock lo-fi très Velvet Undrground & Nico, détenant quelque chose d’indéfinissable à la Neil Young & Crazy Horse. Tout dans ce Phases est nostalgique. Cette mélancolie passéiste – qui a toujours caractérisé son art – prend ici tout son sens et c’est grâce à la performance vocale étincelante d’Olsen que le charme opère, encore une fois. Une voix distinctive, s’il en est une.

Phases est un pertinent tour d’horizon de tout ce que la dame a expérimenté au cours de sa courte carrière. Le folk-country, le rock garage, la ballade dépouillée se mélangent habilement offrant à l’auditeur un panorama très juste des capacités chansonnières de la dame. Olsen est une grande artiste en devenir et Phases, malgré le côté « amateur » de la proposition, permettra à ceux qui l’ont connu avec My Woman de constater qu’Angel Olsen a beaucoup de « millage dans le corps » malgré son tout jeune âge.

Pour ceux qui sont des connaisseurs d’Olsen, vous y entendrez de nouveau l’excellente Fly On The Wall, pièce parue sur une compilation anti-Trump nommée Our First 100 Days. Special est un extrait provenant des exclus de l’album My Woman. Le fanatique du Velvet Underground en moi a souri à l’écoute de Sweet Dreams. C’est l’irascible Lou Reed qui aurait été fier d’entendre ça ! Endless Road est émouvante grâce à l’interprétation parfaite d’Olsen.

Avec Phases, Angel Olsen nous propose un très bon disque de remplissage, de quoi nous sustenter en attendant sa prochaine création. Cela dit, une désagréable impression m’a envahi après les multiples auditions de ce disque. Phases serait-il le point final à sa carrière lo-fi ? Est-ce un présage à un virage plus lisse dans la continuité de l’album My Woman ? C’est ce qu’on saura dans un avenir rapproché.

Ma note: 7/10

Angel Olsen
Phases
Jagjaguwar
38 minutes

Site Web

Critique : Weezer – Pacific Daydream

Depuis quelques années, la bande menée par Rivers Cuomo déçoit beaucoup plus qu’elle n’épate. L’an dernier, Weezer avait fait paraître un White Album correct, sans être vraiment intéressant, sur lequel la formation plongeait dans une esthétique pop californienne très Beach Boys. Deux ans auparavant, le groupe y allait d’un Everything Will Be Alright In The End somme toute assez ordinaire. Voilà que le quatuor récidivait récemment avec son 11e album en carrière intitulé Pacific Daydream.

La prémisse de départ ? Cuomo souhaitait présenter à ses admirateurs un album où le son léché et ensoleillé des Beach Boys (que voulez-vous, on ne s’en sort pas ?) irait à la rencontre d’un rock prolétaire à la The Clash. Ceux qui ont lu ma critique du dernier Foo Fighters savent à quelle enseigne je loge quant à ce genre de démarche ampoulée qui camoufle trop souvent une déficience majeure au niveau « songwriting »…

Pour réaliser ce nouvel album, Cuomo a fait appel à un réalisateur parfaitement « post-moderne » ( et ce n’est pas un compliment) en la personne de Brian Walker et, encore une fois, l’acolyte Jack Sinclair apporte une aide que je qualifierais de « quelconque » au travail chansonnier du meneur.

Comme vous pouvez vous en douter – si vous tenez compte du postulat de départ émis par Cuomo – les textes font référence à certaines « joies nostalgiques » qu’a vécues notre homme, le confinant ainsi dans une solitude quelque peu éprouvante, du moins pour lui. Musicalement, malgré cette réalisation parfaitement pop, parfaitement lustrée ainsi que les magnifiques harmonies vocales fortement inspirées par vous savez qui, c’est probablement la pire production de la carrière de Weezer.

Weezer est à son mieux lorsqu’il brasse la cage, tout en étant mélodiquement accrocheur, frayant ainsi avec la power pop des années 70. J’accepte la nouvelle idylle que le groupe entretient avec la pop californienne des années 60, mais sans la charge rock, j’ai l’impression de me retrouver dans un condo de pacotille de Fort Lauderdale plutôt que sur une magnifique plage de Venice. Sur Pacific Daydream, le groupe s’enfonce dans la pop grand public, paresseuse et sans substance.

Si je mets mes lunettes roses, je dois avouer que l’extrait Feels Like Summer est totalement vendeur, mais, chers lecteurs, expliquez-moi ce qu’il y a d’authentiquement « Weezer » dans ce disque. Je peux aisément accepter qu’un groupe emprunte un virage accessible, mais de là à y perdre son identité – dans ce cas-ci, le côté pop punk qui déménage – il y a une frontière que je ne franchirai pas. Weezer possède la liberté de faire ses propres choix, mercantilistes ou non. Pour ma part, je refuse de les suivre tout simplement.

Voilà un autre groupe rock qui souffre d’un irrémédiable déclin créatif. Aussi simple que ça.

Ma note: 3/10

Weezer
Pacific Daydream
Warner Music
34 minutes

Site Web

Critique : The World Is A Beautiful Place & I’m No Longer Afraid To Die – Always Foreign

Le groupe au nom le plus long des dernières années lançait à la fin septembre son troisième album. Son indie-rock à forte tendance emo rock avait conquis la critique lors de la sortie de l’excellent Harmlessness. Avec son mélange d’émotions à fleurs de peau additionnée de ses riffs qui alternent entre un minimalisme doux et une distorsion chaude, le groupe a fait sa marque et réussi à renouveler un genre qui n’était plus d’actualité.

TWIABP est une bande de 7 musiciens qui se retrouve augmentée en studio. Cela leur permet une belle palette sonore. Sur Always Foreign, le combo nous en fait voir de toutes les couleurs et évoque par moments des procédés utilisés par Neutral Milk Hotel sur In the Aeroplane Over the Sea en passant de chansons délicates à des charges puissantes et rapides. C’est un troisième album entièrement réussi pour la bande.

Les pièces à la mélancolie omniprésentes et aux envolées aériennes sont de retour sur Always Foreign. Ça commence dès la première chanson, I’ll Make Everything, qui revient avec des chœurs où s’entremêlent les voix des membres du groupe. De plus, on y retrouve des cuivres, qui seront passablement présents sur l’album. Ils nous reviennent sur Gram aux somptueux arrangements pendant que David Bello chante :

I’m sorry for being sorry.
That cause of anxiety
is wasting all our minds.
This should never have been a crime.
Gram

Il n’y a pas que les pièces douces et délicates qui habitent ce Always Foreign. Plusieurs pièces percutent avec leurs riffs de guitare bruyants. L’intoxicante Dillon and Her Son sur laquelle la voix de Katie Dvorak opère son charme lorsqu’elle s’harmonise avec celle de Bello. The Future attaque plutôt la chose avec une énergie punk entraînante qui créera bien quelques mosh pits en tournée.

Par contre, c’est vraiment lorsqu’ils se font emo un maximum que TWIABP excelle. La sublime Marine Tigers qui prend aussi le parti d’une certaine critique sociale.

We know that they have got a plan too:
a car for us to drive in;
a box for us to die in;
a vote for us to write in;
an app we all confide in.
Making money is a horrible and rotten institution.
We’re here.
We’re here,
I told you so.
Marine Tigers

N’allez pas croire qu’il s’en tient à la mélancolie et la tristesse. Parfois, les blessures sont vives et se traduisent par une violence brutale et des paroles qui ne font ni d’une ni de deux :

I can’t wait.
I can’t wait.
I can’t wait until I see you die.
Call me “a-rab.”
Call me a “spic.”
I can’t wait until I see you die.
Fuzz Minor

Dans cette dernière, les guitares suivent la violence avec un picking frénétique alors que les cuivres viennent bonifier une fois de plus l’ensemble. Le calme après la tempête s’opère alors que ce sont les effets de guitares qui sont à l’honneur. Un travail de textures de guitare intéressantes qu’on retrouve une fois de plus sur la mélancolique Faker.

C’est un troisième album pleinement réussi pour The World Is A Beautiful Place & I’m No Longer Afraid to Die. Si vous aviez aimé Harmlessness, vous serez contenté. Ceux qui apprécient le rock emo, Sunny Day Real Estate, Cloakroom, Lieutenant, Grandaddy et compagnie devraient y jeter une oreille si ce n’est déjà fait. Ça risque d’être votre prochain coup de cœur.

Ma note: 8/10

The World Is A Beautiful Place & I’m No Longer Afraid to Die
Always Foreign
Epitaph Records
43 minutes

Site Web