Dirty Projectors Archives - Le Canal Auditif

Critique : Dirty Projectors – Dirty Projectors

Septième album de la bande indie rock à géométrie variable articulée autour du vétéran David Longstreth, Dirty Projectors est un homonyme intensément solitaire. Il est tantôt art pop, tantôt R&B infusée d’électronique boguée, tantôt complainte nostalgique noyée dans l’Autotune. Longstreth se présente surtout seul au micro, cette fois-ci, et on excusera son caractère éparpillé – kaléidoscopique, pour être généreux – par le drame faisant l’histoire de l’album : la séparation du chanteur et de sa compagne Amber Coffman jusque là covocaliste du groupe.

Album de rupture typique? Pas tout à fait. Dans Keep Your Name en ouverture, certes, Longstreth règle des comptes avec Coffman sur une complainte R&B froide et solennelle, campée sur piano, qui évoque spontanément James Blake. Cette même vulnérabilité se retrouve sur la poignante Little Bubble, où l’on imagine le narrateur en train de se morfondre dans ses souvenirs douloureux – pièce qui évite l’étouffement en concluant de façon lumineuse. Tout l’album est dominé par une dynamique de tiraillement, jouant le pendule entre le regret et la résilience, l’apitoiement et l’accusation, la complainte et la bravade. C’est sur Up In Hudson qu’elle est la plus clairement explicitée, plaquant sur presque huit minutes un récit largement autobiographique de la rencontre du couple, dont les sympathiques arrangements de cuivres renforcent le constat cru du refrain :

« And love will burn out
And love will just fade away
And love’s gonna rot
And love will just dissipate »
-Up In Hudson

L’absence de Coffman, dont les acrobaties vocales sont indissociables du son de Dirty Projectors, depuis le désormais consacré Bitte Orca (2009), est impossible à ignorer. Longstreth ne nous le permet pas, couchant texte après texte sur le post-mortem de leur relation. Sur la joueuse Cool Your Heart, coécrite avec Solange, c’est Dawn Richard qui donne la réplique, signant le morceau le plus accrocheur de l’opus et pavant la route pour I See You, brillante résolution avec un ascendant gospel dominé par l’orgue. Dirty Projectors, fait aussi référence aux projections déformées que l’on plaque sur l’être aimé, sur l’idée que l’on s’en fait, projections sales qui ternissent une relation. Longstreth termine ainsi l’album, en levant la tête, appelant à la familiarité de l’arc : rupture-désespoir-renaissance. N’est-ce pas la chute de cette illusion qui caractérise toute bonne rupture?

« It’s time to say the projection is fading away
And in its place I see you »
— I See You

Dirty Projectors s’avère un album éparpillé et ratant quelques fois la cible, mais orné d’une très grande sensibilité et où l’abrasion reste essentiellement dans les textes. Résolument moins indie rock que art pop écorchée, ses plus vifs succès (Up In Hudson, Little Bubble, Cool Your Heart, I See You) excusent largement ses faiblesses.

Ma note: 8/10

Dirty Projectors
Dirty Projectors
Domino Records
49 minutes

http://dirtyprojectors.net/

La playlist à Boubi : février 2017

Dans ma première playlist de l’année, vous y trouverez, entre autres, les nouveautés de Dirty Projectors, San Fermin, Father John Misty, Peter Silberman, BNQT, Laurence Nerbonne et Nelly Furtado. Pas mal varié comme début d’année!

Bon mois de février les mélomanes!

Boubi

10 albums à surveiller en février 2017

Le Trouble – Making Matters Worse (3 février)

Le groupe montréalais Le Trouble fait jaser de lui depuis quelque temps. Après un EP bien accueilli par la critique, ils accouchent enfin d’un premier album. Ses mélodies rock sont entraînantes et accrocheuses. Ce n’est pas sans rappeler les débuts de The Strokes, mais en plus indie-rock. How Was I To Know? est efficace et conquis aux premières écoutes.


 
 

Elbow – Little Fictions (3 février)

Elbow avait lancé le très appréciable The Take Off and Landing of Everything en mars 2014. Ce dernier avait conquis la critique avec ses textes imagés et bien écrits, ses orchestrations riches et ses airs convaincants. Magnificient (She Says) donne un avant-goût prometteur de la nouvelle galette. On y entend toujours de merveilleuses et riches orchestrations qui entourent la voix de Guy Garvey.


 
 

Mozart’s Sister – Field of Love (17 février)

La Montréalaise Mozart’s Sister avait fait belle figure avec son album Being paru en août 2014. Son électro-pop possède des penchants artistiques bien évidents et compte sur des mélodies atypiques, mais plaisantes pour les oreilles. On peut tracer des parallèles avec les premiers albums de Grimes bien qu’elle semble moins tentée par la pop grand public.


 
 

Tim Darcy – Saturday Night (17 février)

Le chanteur d’Ought caressait le désir de faire paraître des chansons en solo. Celles-ci sont plus légères et hop la vie que les exigeantes compositions engagées d’Ought. On y retrouve des mélodies assez convaincantes et des textes qui explorent les petites choses de la vie qui peuplent notre quotidien. À l’écoute des deux extraits parus à date, c’est assez entraînant et prometteur.


 
 

Beyries – Landing (24 février)

Beyries est une nouvelle venue sur la scène québécoise. La première fois que nous l’avons vu, c’est aux Quartiers d’Hiver l’an dernier. La Montréalaise offre une pop douce au piano et à la guitare qui est très souvent touchante rappelant vaguement Tori Amos. Les amateurs de bonne pop découvriront la jeune femme avec délectation au courant des prochaines semaines.

Pages : 1 2

Les trois étoiles du 20 janvier 2017

Timber Timbre – Sewer Blues

C’est avec joie qu’on a appris cette semaine que Timber Timbre nous préparait un nouvel album. Sincerely, Future Pollution, un titre tout à fait délicieux et ravageur en passant, paraîtra le 7 avril prochain. On est curieux de voir dans quelle direction se dirigera la bande cette fois-ci. On s’attend toujours à plusieurs trames avec une certaine atmosphère noire et Sewer Blues nous laisse entrevoir qu’on sera choyé. C’est posé, poétique et tout à fait réussi.


 
 

Dirty Projectors – Up In Hudson

La formation Dirty Projectors revient cette année près de cinq ans après la sortie de Swing Lo Magellan. C’est le 24 février que paraîtra l’album homonyme de la formation. Up In Hudson est à la fois une chanson avec une mélodie pop très efficace et des moments musicaux très intéressants. Par moment, on a l’impression que c’est une pièce schizophrène sans que les changements jurent d’une quelconque manière. Les cuivres sont chauds et enveloppants et les arrangements percussifs bien réussis. Un autre album qu’on attend avec une certaine curiosité.


 
 

L’Indice – Infiniment petit

On a beaucoup apprécié le dernier EP de L’Indice intitulé Cycles un. La formation de Vincent Blain revient à la charge avec un vidéoclip pour la pièce rock Infiniment petit. Celle-ci file à toute vitesse avec des cuivres, une batterie cadencée et un riff de guitare accrocheur. C’est tout simplement un petit bonbon pour tes oreilles. Le clip réalisé par Philippe Blain possède une esthétique vieillie de VHS comme dans le bon vieux temps où il fallait jouer avec les fils et mettre la télévision au 3. Ce n’est que du bon.