David Bazan Archives - Le Canal Auditif

Critique : Lo Tom – Lo Tom

Une chose donne envie de se pencher sur Lo Tom avant même d’avoir entendu une seule note. David Bazan et TW Walsh, qui ont sévi ensemble au sein de Pedro The Lion, sont enfin réunis. Ils sont rejoints par Trey Many et Jason Martin qui jouaient ensemble au sein de Starflyer 59. Le groupe est présenté comme étant une gang de chums qui avaient envie de jammer ensemble et qui se sont rapidement retrouvés à pondre de nouvelles chansons. Ce n’est pas si surprenant parce que généralement, lorsque David Bazan et TW Walsh sont réunis, la magie opère. Après tout, c’est le duo qui a accouché de l’excellent Achilles Heel.

Évidemment, Lo Tom est surplombé par le fantôme de Pedro The Lion qui fût l’un des groupes les plus intéressants de la décennie 90. La grande raison étant le talent de compositeur de Bazan qui a poursuivi sur une note plus introspective avec ses albums solos, dont Strange Negociations. Ce qui est absent des albums de Bazan par contre est la distorsion puisque les guitares y sont asséchées. Lo Tom ramène des riffs avec plus de mordant tout en conservant les mélodies efficaces de Bazan. Sans atteindre le niveau de complexité et de beauté de Pedro The Lion, on retrouve sur cet album homonyme quelques pièces d’intérêt.

Les guitares nerveuses et bruyantes se font entendre dès les premières notes de Covered Wagon qui ouvre l’album. Ajoutez à cela la voix légèrement éraillée de David Bazan qui retrouve l’élan des beaux jours. Sans atteindre les bas-fonds de la mélancolie humaine, Bazan plus en contrôle de son organe vocal se permet quelques fantaisies dans les airs. On le retrouve même en mode rock et dissonant sur la dynamique Another Mistake qui se termine sur un « ah fuck ». Un chien qu’on n’avait pas entendu chez Bazan depuis un bon bout de temps. Vous trouvez que Bazan est trop cité ici? C’est qu’on y retrouve sa griffe partout dans les compositions.

On le voit même s’aventurer dans de nouvelles avenues surprenantes. Pretty Cool prend des tournures quasi crooner où il est d’une confiance méconnaissable. What’s up David? T’es ben rendu solide comme le roc? Les riffs balancent entre des guitares bruyantes et des passes qui rappellent le rock classique des années 70. Surprenant, mais non sans charmes. On retrouve même des solos dans Lower Down… ce n’est pas peu dire.

Dans l’ensemble, Lo Tom est un premier album pour le quatuor qui rappelle pourquoi on aime tant Bazan et qui s’éloigne de ses essais des dernières années où la guitare acoustique et les synthétiseurs faisaient la loi. Ce retour aux sources est de bon augure bien qu’on n’atteint jamais la marginalité et la surprise dans les compositions que Pedro The Lion nous offrait. De plus, avec ses 29 minutes, l’album reste un peu court. Ça vaut tout de même un détour et une oreille attentive.

Ma note: 7/10

Lo Tom
Lo Tom
Barsuk Records
29 minutes

http://www.lotomlotom.com/

Critique : David Bazan – Care

David Bazan lançait un peu plus tôt ce mois-ci son quatrième album solo. Alors que le temps qui séparait Strange Negocations et Blanco était de cinq ans, cette fois-ci nous n’avons eu qu’à attendre un an pour avoir de nouvelles chansons du barde américain, ancien membre et cœur de Pedro The Lion.

Dans Blanco, son effort précédent, Bazan prenait un virage marqué en incorporant plus de synthétiseurs dans ses compositions. Care s’inscrit dans la continuité de ce changement qui délaisse quasi complètement la guitare et qui use de drum machine pour faire office de percussions. Encore une fois, Bazan chante la misère du quotidien, ancrée dans des situations concrètes et tangibles. Ses trames sont généralement composées de suites d’accords surprenantes et une mélancolie latente habite l’album dans son entièreté.

Les trois premières chansons de l’album sont très convaincantes. La chanson-titre nous amène tranquillement dans l’univers de ce nouvel album. Puis, Up All Night nous surprend avec ses rythmes plutôt dansants. Ensuite, c’est Disappearing Ink, qui prend le relais, un des textes les plus intéressants de ce nouvel album :

«Am I asleep? Am I awake?
And why am I asking you?
Do I enjoy the drugs I take?
My Lord
I hope I do
I hope I do »
– Disappearing Ink

Cette dernière, en compagnie de Sparkling Water, est l’une des deux chansons tirées de sa compilation Bazan Monthly vol.1 parue en 2014. À ce moment, il créait une chanson par mois qui allait à un groupe restreint de fans qui avaient payé pour les recevoir. Certaines avaient été recyclées aussi dans Blanco. David Bazan est un auteur — compositeur — interprète génial. Et pourtant, Care laisse un peu sur sa faim. De jouer principalement avec des synthétiseurs fait disparaître la chaleur qui se dégageait du jeu de guitare de Bazan. De plus, ses textes plongent dans des situations très concrètes et perdent un peu de leur universalité. C’est dommage. Sans compter qu’on fait rapidement le tour du drum machine et de ses possibilités sonores. Ça manque un peu d’inventivité et d’audace. Pourtant, Bazan a aussi été membre d’Headphones qui approchait la création de manière semblable, mais avec des résultats plus convaincants.

Care n’est pas un mauvais album pour autant. Les fans de Bazan seront très contents de le retrouver avec de nouvelles compositions sur lesquelles se bercer. Certaines chansons sont diablement réussies et c’est plutôt l’ensemble qui est peut-être un peu trop répétitif. Il semble que David Bazan a fait le tour de ce qu’il peut faire avec un clavier et un drum machine. Malheureusement.

Ma note: 6,5/10

David Bazan
Care
Barsuk Records
35 minutes

http://www.davidbazan.com/