Dark Wave Archives - Le Canal Auditif

Critique : The Horrors – V

The Horrors est un groupe qui carbure à la prise de risque. Faris Badwan et ses collègues prennent toujours un malin plaisir à confondre leurs fans en changeant de trajectoire musicale d’une création à l’autre. Au début de leur carrière, les Anglais préconisaient une approche brute; une sorte de punk garage qui pouvait s’apparenter au son d’une formation comme The Cramps. Au fil des disques, le groupe est devenu un puissant véhicule shoegaze incorporant quelques éléments électroniques à sa mixture sonore.

En 2014, Luminous a failli être le chant du cygne pour la formation. Le virage plus assagi n’a pas obtenu les résultats grand public escomptés. Mais il ne faut jamais compter The Horrors pour battu. Ils étaient de retour vendredi dernier avec V; un disque réalisé par le très accessible Paul Epworth (U2, Adele, Florence + The Machine). De prime abord, la compatibilité entre le réalisateur et le quintette est nulle. Le penchant « expérimental » des Britanniques, combiné aux visées fédératrices d’Epworth, n’augurait rien de bon. De quelle manière la cohabitation allait-elle se concrétiser entre ces deux philosophies musicales contrastantes ?

Eh bien, à ma grande surprise, le « miracle » a eu lieu. Sur ce nouvel album, The Horrors incorpore à sa palette sonore des influences de Depeche Mode, Gary Numan, New Order, et même U2 (ça en fera sourciller plusieurs), tout en flirtant avec le son « Madchester » de la fin des années 80. Et la pertinence et la crédibilité sont intactes. Même si les guitares sont confinées à un rôle de soutien, les rythmes électroniques superbement souillonnés viennent largement compenser cet effacement.

Comme la plupart des disques conçus par The Horrors, V se déguste lentement. Cette production est bien sûr aux antipodes de notre époque et ça demandera plusieurs écoutes successives afin de bien saisir ces arrangements subtils qui, conciliés à la réalisation lustrée d’Epworth, soulèvent la musique du groupe à un niveau de puissance inégalée. Un disque qui s’écoute le volume à fond. Vraiment.

Quelques pièces sortent du lot avec brio. Hologram et ses saletés électros, la « dance-rock » Machine, la Depeche Mode sous tranquillisant intitulé Point of No Reply, le côté pop « adulte » entendu dans Gathering, l’explosive World Below et la très New Order, titré Something To Remember Me By, constituent les moments forts de cet excellent album.

V est un album pop de très grande qualité et si ce genre musical était toujours aussi magnifiquement orchestré et composé, je serais preneur beaucoup plus souvent. Encore une fois, The Horrors brouille les pistes et demandera aux purs et durs de faire preuve d’une adaptabilité certaine. En ce qui me concerne, j’admire ce groupe totalement créatif qui ne craint jamais de surprendre et qui s’amuse continuellement à sortir de sa zone de confort.

Mon disque « pop » de l’année.

Ma note: 8/10

The Horrors
V
Wolf Tone Limited
54 minutes

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Critique : CO/NTRY – Cell Phone 1

CO/NTRY est le duo Beaver Sheppard et David Whitten. La formation est active sur la scène montréalaise depuis plus de 4 ans et lance le vendredi 14 avril 2017, son deuxième album intitulé Cell Phone 1. Le son du groupe demande parfois un peu d’adaptation ou d’accoutumance. Ils mélangent les influences New Wave, Dark Wave, Goth Wave (en fait n’importe quelle musique avec un Wave), l’électro-pop et le post-punk. Ça semble un étrange mélange? En effet, CO/NTRY ne sont pas comme les autres.

Et pourtant, leur différence est précisément ce qui fait de Cell Phone 1, un album jouissif. Les chansons ne se ressemblent pas, sans jurer entre elles non plus. C’est mélodieux malgré les détours étranges qu’ils prennent et les interprétations de Sheppard souvent marginales. Malgré tous les sparages de ce dernier, le duo trouve toujours le moyen de nous attraper l’oreille et nous garder captifs à répétition.

Cash Out est un bon exemple. La voix de Sheppard est aigüe, quasi caricaturalement aigüe, mais le riff de basse est intoxicant à souhait, le rythme entrainant et les synthés luminescents. Gold Standard est une autre pièce avec une proposition champ gauche qui nous rattrape avec un riff de guitare efficace. So Get a Baby ressemble à de la pop des années 80 qui aurait été passée à travers un filtre Mike Patton. On dirait INXS, mais en vraiment plus audacieux.

Certaines pièces sont, au contraire, très faciles à apprivoiser. L’exemple le plus probant est la mélodieuse et douce Beyond Belief. Évidemment, Sheppard livre toujours une performance vocale qui ose aller dans des zones d’ombres délicieuses. Par contre, la trame, elle, reste collée dans les neurones avec son air de clavier intoxicant. Living in a Body est un autre exemple de chanson qui fait rapidement son chemin. Est-ce en raison de ses cuivres? Car oui, CO/NTRY s’est muni d’un saxophone pour cette chanson. Ils le font exprès et poussent aussi loin que possible le pastiche des styles convenus des années 80. Par contre, leurs compositions n’ont rien d’usuel. Tout cela en fait de petits bijoux auditifs.

C’est un deuxième album totalement réussi pour CO/NTRY, quoiqu’un peu court. On aurait volontiers pris une ou deux chansons de plus. Cell Phone 1 vaut le détour en avril. Ces deux artistes locaux possèdent une approche unique qui semble parfois un peu bizarre au premier abord. Et elle l’est. Et c’est ce qui est magnifique.

Ma note: 7,5/10

CO/NTRY
Cell Phone 1
Fantômes Records
31 minutes

http://countryband.ca/