Dale Crover Archives - Le Canal Auditif

Critique : Dale Crover – The Fickle Finger of Fate

Dale Crover est le batteur de la mythique formation The Melvins. Ceux-ci viennent de lancer le pas très réussi A Walk With Love & Death, un écueil rarissime dans une discographie impressionnante et foisonnante. Malgré les albums qui se succèdent, Buzz Osborne avait trouvé le temps d’accoucher d’un album solo : This Machine Kills Artists. Crover a attendu un peu plus longtemps avant de lancer un album solo en bonne et due forme. Oui, oui, il y a eu les EP dans les années 90, mais ce sont surtout des chansons de Melvins. De plus, il a fait partie de plusieurs autres groupes dont un certain… Nirvana! Bref, il se garde assez occupé. Mais à quoi ressemble The Fickle Finger of Fate?

C’est essentiellement une collection de courtes pièces expérimentales où la batterie tient une place importante, entrecoupées de chansons un peu plus touffues qui touchent à plusieurs genres. Ce n’est pas non plus un album qui est centré sur les partitions de tambours. Crover y joue de la basse, de la guitare et chante. Ici et là, des musiciens prêtent main-forte comme Toshi Kasai, Steven McDonald (Melvins) et même sa fille Scarlet qui y joue du violon, des percussions et ajoute des voix. Bref, c’est un peu une grosse gang de chums qui se rejoignent pour faire de la musique avec Crover.

Le résultat donne aussi un peu ça. Des pièces qui tiennent plus ou moins entre elles, mais qui prisent chacune en solitaire se débrouillent relativement bien. C’est même parfois assez accrocheur. Une surprise venant de Crover qui ne s’est pas spécialisé en musique facile d’approche dans les dernières années. Par exemple, Hillbilly Math est une chanson de rock’n’roll assez efficace qui n’est pas sans rappeler les Supersuckers. Par contre, Little Brother est acoustique et avec un power refrain. Comme du Smashing Pumpkins… mettons. Et entre les deux, on retrouve un duo de titres étranges qui tiennent de l’exploration plus que du produit fini.

C’est un peu ce qui fait que The Fickle Finger of Fate est un album qui tient plus ou moins la route. Il nous fait tout de même plaisir avec ses œuvres plus achevées. Notamment la chanson-titre qui est lente et mélodieuse à souhait. Mais bon, c’est le genre d’album qu’on ne va malheureusement pas revisiter parce que ça manque de chair autour de l’os.

Ma note: 5,5/10

Dale Crover
The Fickle Finger of Fate
Joyful Noise
37 minutes

https://www.joyfulnoiserecordings.com/collections/dale-crover

Critique : The Melvins – A Walk With Love & Death

Les Melvins sont infatigables. Une fois de plus, la bande à Buzzo garde le rythme en faisant paraître un nouvel album intitulé A Walk With Love & Death. Le groupe américain avait fait paraître Basses Loaded en 2016 et de cette initiative aux basses fréquences lourdes et groovy, ils ont gardé Steven McDonald. Cet impressionnant album double est en partie album en bonne et due forme (les 9 premières chansons) et en partie une bande originale d’un court métrage portant le même nom (les 14 suivantes).

Quoi faire de tout ça? Eh bien, c’est une question qu’après plusieurs écoutes, on se pose toujours. La moitié intitulée Death nous offre du Melvins correct. C’est efficace, bien écrit et intéressant, mais pour le fan qui connaît un tant soit peu la discographie du duo Crover/Buzzo, il n’y a pas de titres qui surprendront. On est dans les mêmes eaux où baigne le groupe depuis Nude With Boots avec quelques variantes. Malgré le manque de réinvention pour un album de Melvins, ça reste des compositions solides aux atmosphères riches.

Sober-dellic est un bon exemple de la lourdeur toujours de circonstance du groupe. Un lent riff qui s’énerve à certains moments, de longs solos et une cadence qui donne envie de se faire aller le porte-chapeau. Flaming Creatures est sans doute la chanson la plus typique du groupe et en même temps, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de la voix théâtrale de Buzz Osborne. On y trouve aussi What’s Wrong with You, une chanson qui laisse le micro à Steven McDonald. Son rythme vocal nous entraîne dans un univers punk qui laisse un peu sur sa faim.

Passons à la deuxième partie, la fameuse bande originale du court métrage A Walk With Love and Death. Soyons honnêtes, ce n’est d’aucun intérêt pour le mélomane. C’est une suite de discussion en bruit de fond sur lesquelles le groupe ajoute parfois un peu de piano et parfois un peu d’effets électroniques. Ça reste entièrement inintéressant à l’écoute sans avoir accès au dit film. Street Level St Paul est l’exception à la règle avec sa guitare bruyante, mais on est très loin d’une expérimentation longuement réfléchie. On a plutôt l’impression d’écouter un trip de pédale à effet en studio. Ça laisse froid. La vraie question est : mais pourquoi coucher ça sur album?

Enfin, ce Walk With Love & Death manque un peu de panache pour un album de Melvins. Surtout, pourquoi avoir publié la bande originale du film alors que prise hors contexte, elle est d’une platitude totale? Au moins, on peut se consoler avec les 9 chansons qui la précède qui sans nous offrir les œuvres les plus inspirées de Melvins dans les dernières années, comporte quelques bons tubes lourds et plaisants pour les tympans. Mais il est tout de même difficile de ne pas sourire à l’audace des Melvins de publier une telle œuvre.

Ma note: 5,5/10

The Melvins
A Walk With Love & Death
Ipecac Recordings
82 minutes

https://www.facebook.com/melvinsarmy/

Critique : Crystal Fairy – Crystal Fairy

Crystal Fairy est un premier album sorti un peu de nulle part pour le quatuor improbable du même nom. Il est composé de Dale Crover et Buzz Osborne des Melvins, de la charismatique Teri Gender Bender (Le Butcherettes) et d’Omar Rodriguez-Lopez (At The Drive-In, Mars Volta) qui officie ici à titre de bassiste de luxe.

Un premier effort qui, comme on l’attend de ces musiciens d’exception, ne laisse rien au hasard. C’est gras, punché et groovy, mais sans réprimer pour autant une intention punk certaine. L’expéditive Chiseler s’occupe justement de nous le faire comprendre en lever de rideau. On reconnaît bien sûr la signature des Melvins sur l’ensemble des titres grâce à ce son si distinctif de la guitare du bon Buzz qui, il faut le mentionner, s’exerce ici à la six cordes comme dans les beaux jours de Houdini et Stoner Witch.

Le jeu de basse de Rodriguez-Lopez n’est pas juste impeccable, il est omniprésent et contribue à donner de la texture aux compositions tout en ajoutant une rondeur, ou un côté sucré, à l’assemblage de Crystal Fairy. Et par-dessus le jeu des gars, on découvre une Teri Gender Bender qui connecte avec sa PJ Harvey intérieure et qui prend le plancher avec une séduisante confiance. Les amateurs de Le Butcherettes la découvriront donc moins rageuse et plus sexy dans sa livraison. Mais attention, un charme invitant, parce que dangereux : Gender Bender montre les dents à plusieurs reprises aussi sur l’album et cet élément de danger n’est jamais loin lorsqu’on lit les paroles qu’elle a concoctées pour l’exercice. Fine parolière, sa plume est aiguisée tout juste comme le jeu du bon Dale, toujours impérialement précis derrière les tambours.

Les meilleurs moments sur ce premier album, ou du moins, ceux qui se démarquent le plus de l’ensemble cohérent, sont probablement Moth Tongue pour son lent groove suave et les cris plaintifs de Gender Bender, Necklace Divorce et Secret Agent Rat pour leurs costauds riffs melvinsesques, Vampire X-Mas et sa charge heavy métal ou encore la pièce titre sur laquelle tous les membres brillent par leur performance.

Dans l’ensemble, Crystal Fairy est un disque furieusement réjouissant dans la région. Voilà donc un « super-groupe » qui ne se contente pas que de livrer un produit rock satisfaisant et qui étonne plutôt en ratissant large à l’intérieur de ce que les membres font de mieux : un stoner rock protéiné, intelligent et accrocheur. C’est toujours mieux que d’exploiter peu d’idées dans un large spectre de sonorités que vous me direz? Eh bien, vous aurez parfaitement raison.

Crystal Fairy est peut-être qu’un « one shot deal », mais contrairement à trop d’albums de « super-groupes », le quatuor a réussi à pondre un disque qui nous garde sur le rebord de notre siège (quand on n’est pas carrément debout à faire de l’air guitare) et plus important encore, un album auquel on reviendra souvent pour ses qualités beaucoup plus que par nostalgie de cette improbable association de musiciens-chouchous.

Ma note: 8/10

Crystal Fairy
Crystal Fairy
Ipecac Records
44 minutes

https://crystalfairy.bandcamp.com/