Daft Punk Archives - Le Canal Auditif

Critique : Charlotte Gainsbourg – Rest

Le nouvel opus de la fille chérie de la musique française nous propose un album qui contraste avec le reste de sa carrière. Elle nous a habituée lors de ses derniers albums à des collaborations réussies, entre autres avec Beck sur l’excellent IRM – ce dernier album ne fait pas exception. Elle fait appel cette fois à SebastiAn, connu pour ses remixes électros et son travail avec Philippe Katherine. À mi-chemin entre Histoire de Mélodie Nelson du paternel et les meilleurs albums d’Air, le métissage de styles se fait avec aisance. Métissage qui s’impose avec de nombreuses collaborations, dont Paul McCartney et Guy de Homem-Christo de Daft Punk.

Frappée du suicide de sa demie sœur, Charlotte Gainsbourg nous fait vivre son deuil par des airs mélancoliques. L’introduction (Ring-a-Ring O’Roses), bien ficelée, nous impose immédiatement une ambiance intime et glauque qui charme. Et soudain, après un couplet hypnotique en français souffle un refrain en anglais qui nous berce tout doucement, un pari qui rapporte. Les arrangements puissants viennent appuyer des beats électroniques intenses, voire farouches. Malgré ces arrangements chargés, sa voix angélique, qu’elle a héritée de sa mère Jane Birkin, amène une douceur qui nous permet de digérer le tout sans effort.

La quatrième chanson, Deadly Valentine, me rappelle les merveilleuses mélodies de Moon Safari du groupe d’électro français Air et les rythmes hypnotiques de Beck, deux de ses anciens collaborateurs. C’est toutefois la chanson titre qui est la plus saisissante. La composition de Homem-Christo, agencée aux paroles éthérées de Gainsbourg, nous fait ressentir la détresse qu’elle a vécue lors de la dernière année. Kate nous perce le cœur couplet après couplet : « Nous devions vivre ensemble dans un monde imparfait » susurre-t-elle par-dessus une orchestration funeste, mais grandiose. Elle refait le coup avec la chanson-titre où les paroles lourdes de sens ne laissent personne insensible :

Prends-moi la main, s’il te plaît
Ne me laisse pas m’envoler
Reste avec moi, s’il te plaît
Ne me laisse pas t’oublier
Rest

Les trois dernières chansons donnent l’envie d’écouter le tout du début. Dans vos airs, avec sa mélodie simpliste, nous apporte l’intimité qui manque parfois en plus de charmer les admirateurs de ses premiers albums. Les crocodiles révèle le génie de la collaboration avec SebastiAn. Le contraste entre la pulsation électronique omniprésente et les violons subtils méritent plusieurs écoutes, c’est l’une des plus réussies. En clôture, Les Ovalis, est un délire disco qui nous transporte complètement ailleurs et ce, tout en sensualité.

Dur d’imaginer qu’un album de Charlotte Gainsbourg serait plus réussi qu’IRM en 2009, mais Rest le surpasse avec brio. Il est à la fois touchant et exalté, paisible et bruyant, doux et dur; du bilinguisme musical. Ce maelstrom d’émotions nous permet de percevoir l’état psychologique dans lequel elle se trouve après les drames récents dans sa vie personnelle. Elle confirme sa place parmi les grandes de la musique française, voir de la musique tout court.

Ma note: 9/10

Charlotte Gainsbourg
Rest
Because Music
46 minutes

Site Web

The Weeknd – Starboy

the-weeknd-starboyC’était une surprise de taille lorsque The Weeknd a annoncé la sortie de Starboy en septembre dernier. Beauty Behind The Madness avait à peine un an et profitait toujours d’une grande visibilité. Bien qu’il ait toujours maintenu une cadence de création régulière, cela semblait tout de même rapide. On se demande aussi où Abel Makkonen Tesfaye trouve le temps pour composer à cette vitesse en tenant compte de son horaire complètement fou qui le transporte en tournée un peu partout autour du globe.

Eh bien, à l’écoute de Starboy, on se demande s’il ne s’est pas empressé un peu trop. On se retrouve devant un album qui comporte beaucoup moins de chansons marquantes. Malgré quelques hymnes pop phares disséminés à travers son troisième album, l’ensemble ne réussit pas à faire le poids avec sa galette précédente et encore moins faire le poids face aux trois excellents EP qui avaient lancé sa carrière : House of Balloons, Thursday et Echoes of Silence.

La pièce-titre, une collaboration avec le duo français Daft Punk, est de loin l’une des meilleures pièces de l’album. C’est dommage de savoir qu’après la première chanson tout aura une saveur plus fade. Il récidive avec les deux casqués : I Feel It Coming ferme la marche. Cette dernière est plus près des trames à la Random Acces Memories en style sonore. Ce n’est pas tout à fait réussi. Il se farcit quelques collaborations sur Starboy. On a Lana Del Rey qui vient faire des sons de jouissances maladroits sur Stargirl Interlude. Une pièce qui est décevante par son manque de construction alors qu’il y a autant de talents réunis. La suivante, Sidewalks, compte sur l’apport de Kendrick Lamar. Faire appel à ce dernier est un peu l’équivalent de « passer go et réclamer 200$ ». Lamar est encore une fois solide et bien que The Weeknd se débrouille, ce n’est pas lui qu’on retient.

Parmi les quelques chansons qui valent le détour, Party Monster et sa montée bien orchestrée est plaisante bien que le texte laisse un peu à désirer. Secrets et Rockin sont entraînantes, mais on a rapidement fait le tour de leurs mélodies usuelles et déjà entendues. Six Feet Under se débrouille malgré le message qui manque de subtilité. On se souvient que The Weeknd met de l’avant une vision de la femme qui est assez réductrice. Encore une fois, il parle d’une effeuilleuse sans aucune subtilité. Bien loin de la Pyramids de Frank Ocean.

The Weeknd a toujours été un pourvoyeur régulier de succès radio commerciale. Cependant, pour la première fois, il ne s’élève pas au-dessus de la mêlée. Starboy est un album qui laisse sur sa faim et qui, malgré les quelques chansons intéressantes, est dans on ensemble trop long et convenu.

Ma note: 5,5/10

The Weeknd
Starboy
Republic Records
69 minutes

https://www.theweeknd.com/