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Death Index – Death Index

Death IndexLe duo art-punk Death Index débarque finalement avec son premier album, après plusieurs mois à dévoiler au compte-gouttes des «teasers».

Marco Rapisarda et Carson Cox livrent donc une intéressante toile composée de barbeaux frénétiques, de jets d’encre approximatifs et de taches de sueur lourde. C’est punk, c’est noise, c’est sexy, c’est laid et surtout, c’est effréné.

Produit du côté de l’écurie Deathwish (Converge, Doomriders, Touché Amore), on reconnaît dans le propos de Cox et Rapisarda l’éthique de la fameuse étiquette bostonnaise. Voilà un bruyant pamphlet anti-toute et un plaidoyer pour la destruction de la société. Mais rassurez-vous, c’est quand même assez réjouissant à écouter.

Fup et Deam Machine évoquent le son de quelques groupes de noise rock (je pense à quelques morceaux du dernier Cherubs qui serait dans le même ton où même à Young Widows), mais avec toujours cette rythmique machinée qui tranche comme un laser.

Et c’est dans ces moments plus lents, plus noise, que Death Index est le plus captivant (pertinent?). Car quand Cox et Rapisarda prennent la voie rapide et débarquent avec un assaut purement punk, on sent que le manque d’effectif ne rend pas justice à l’intention: tout casser.

Évidemment ici le parallèle s’impose de lui-même: en matière de défonce anarchique, il se fait pas mal mieux chez Deathwish que Death Index. Mais quand le duo exploite les sonorités de leur attirail électro, créé des ambiances lourdes et organiques avec les guitares et la basse, on ne peut que se satisfaire du résultat. Allez prêter l’oreille à Lost Bodies et JFK pour vous en convaincre.

Et la voix chaude de Carson Cox, qui évoque celle de Joe Cardamone (Icarus Line) ou encore celle de Justin Warfield (She Wants Revenge), cadre tellement bien dans ces noires compositions noise punk. Elle agit comme un point d’entrée rassurant dans un monde de chaos.

(Bon je viens de réécouter du She Wants Revenge et je ne suis pas sûr que je veux être associé à ça… le gars sonne comme un Ian Curtis libidineux qui aurait sans arrêt les mains dans les shorts: si c’est pas là une définition de cauchemar je me demande bien ce que c’est…)

Bref. Death Index est un bon album. Varié, il divertit et globalement, il comble les attentes du mélomane qui suit Cox et Rapisarda dans leurs multiples projets. Pour ma part, je préfère un solide album cohérent à un épar album varié.

Quand Death Index aura choisi entre le noise lourd et le grind punk, il aura atteint cette cohérence. Sinon, il ne restera qu’un «side project» inachevé.

Ma Note: 6/10

Death Index

Death Index 

Deathwish Inc.
24 minutes

deathindex.bandcamp.com

Mutoid Man – Bleeder

Mutoid ManVous connaissez le préjugé d’autorité? C’est ce réflexe à demi-conscient par lequel on attribue une valeur à l’argument d’autrui sur la base d’une expérience ou d’un témoignage. Le philosophe Emmanuel Kant a longuement disserté sur le recours aux arguments d’autorité, stipulant – si on résume à outrance – que lorsque nous cherchons à établir la véracité d’un fait, il faut soumettre l’autorité d’autrui au crible d’une rigoureuse analyse rationnelle. Ainsi seulement, l’argument d’autorité sera jugé valable, ou sera écarté s’il ne se plie aux critères de ladite démarche.

Eh bien critiquer un album de Mutoid Man, c’est un peu pareil. L’autorité ici, c’est le pedigree des forces en présence: les membres fondateurs, Steven Brodsky (Cave In) et Ben Koller (Converge, Acid Tiger, United Nations) ont non seulement une feuille de route impressionnante, ils peuvent également se targuer d’avoir révolutionner à leur position respective et dans leur groupe, la musique lourde, le heavy contemporain, le post-toute. Ajouter à cela, la producteur Kurt Ballou (Converge, Baptists, Kvelertak, Trap Them et tout ce qui bûche finalement) et vaut mieux vous levez de bonne heure pour critiquer le travail de ces orfèvres du son.

Mais Bleeder, le deuxième album de Mutoid Man, est-ce qu’il est bon? Et pour répondre à cette question, il faudra confronter l’autorité du groupe à une fine analyse.

À la première écoute, ce Bleeder est moins accrocheur que Helium Head (2013). Cette impression demeurera aux écoutes subséquentes. Mais somme toute, on est frappé rapidement par la technique des musiciens bien rendue par une prise de son qui capture tout son côté sauvage.

L’ajout d’un troisième membre, Nick Cageao à la basse, ajoute de la rondeur au son du combo aussi. Toujours d’une furieuse rapidité, les chansons de Bleeder sont toutefois moins urgentes que les brûlots de «laser-métal» de Helium Head. Mais là où on perd en bordel sonore, on gagne en pesanteur, tout en conservant la précision mathématique de l’exécution.

À la première écoute donc, tout va très vite. On passe un bon moment, mais on termine l’exercice et on ne peut vraiment se remémorer un moment qui sort du lot, de cette trombe de décibels, à part peut être la pièce titre en clôture du disque, plus lente et texturé que l’ensemble. Ce titre d’ailleurs évoque Killing Is My Business de Megadeth, sachez-le.

Puis plus tard, en réécoutant, quelques morceaux se démarquent: Sweet Ivy, pour cette batterie improbable, Surveillance pour son refrain aussi accrocheur que répétitif, Beast pour sa lourdeur abyssale… Bref de bons moments en vrac, mais au final, cette impression pas du tout plaisante que la voix de Brodsky ne cadre pas avec l’assemblage métal-hardcore du trio. Exit les cris et les «growls», Brodsky chante avec une voix claire, soit désincarnée, soit «equalizée». Et ça nivelle également l’expérience d’écoute.

Pour un tel niveau d’intensité, pour une décharge aussi crue, on s’attendrait à une voix hargneuse, puissante, comme on ne l’entend que dans la conclusion de Dead Dreams.

Bref, un album technique, livré par de grands musiciens et un incontournable producteur, mais un album que l’on n’écoutera pas longtemps.

Ma note: 6/10

Mutoid Man
Bleeder
Sargent House
30 minutes

https://mutoidman.bandcamp.com