converge Archives - Le Canal Auditif

Critique Wear Your Wounds – WYW

« Hey Jake! Don’t quit your day job! »

C’est exactement la phrase que j’aurais dite à Jacob Bannon si je l’avais rencontré par hasard au coin de la rue après avoir écouté l’album de ce projet quasi solo.

Bon, je me serais gardé une petite gêne, évidemment. Le gars est quand même le chanteur d’un de mes bands favoris tous styles confondus (Converge pour les curieux) ainsi qu’un incroyable artiste visuel multidisciplinaire. Reste que Wear Your Wounds ne sera clairement jamais mentionné en premier dans son CV artistique.

La chanson-titre de l’album éponyme donne le ton de ce qui suivra. Un motif de piano simple qui se répète et sur lequel on ajoute progressivement des couches de guitares et d’effets jusqu’à l’atteinte du maximum d’intensité qui clôt la chanson. Ce pattern se répète plusieurs fois au sein de ce disque que Bannon a concocté avec ses potes Kurt Ballou (guitar hero de Converge et réalisateur de renom), Mike McKenzie de The Red Chord, Chris Maggio de Coliseum et Sean Martin de Hatebreed. Musicalement, on alterne entre mélancolie pianotée et agressivité contrôlée. On ne comprend pas toujours bien où les chansons veulent nous amener et on commence à triper vraiment grâce à la batterie furieuse de la 5e chanson de l’album (Best Cry of Your Life). Cette chanson est également l’une des trois pièces qui ne passent pas la barre du 5 minutes. Pour le reste, on a souvent l’impression d’écouter les chansons-interludes des albums de Converge, qui servent à décompresser et reprendre notre souffle. Rien de plus normal probablement. Reste que, pour un album de plus ou moins une heure, ça devient un brin lourd et long, malgré certains moments d’une grande beauté.

Là où le bât blesse plus sérieusement, c’est surtout en ce qui concerne la voix chantée de Bannon. Partiellement maîtrisée, elle tombe souvent à plat, noyée dans un magma d’écho, de treble et de réverbération. Ce gars-là est fait pour gueuler ses tripes. C’est même le meilleur de sa catégorie (les gars fâchés avec des tatouages). Ici, on ne peut pas vraiment profiter pleinement de son potentiel et sa voix nous laisse la plupart du temps indifférent. On peine sérieusement à s’accrocher aux pièces trop longues. La pièce Hard Road to Heaven, jouée au piano sur fond de pluie battante est essentiellement une reprise instrumentale de Something in The Way de Nirvana. C’est à croire que Jake n’a pas écouté Nevermind depuis un sacré bail.

Quoi qu’il en soit, mon respect immense pour l’œuvre globale de Jacob Bannon reste le même. Si je devais le rencontrer à nouveau, je n’oserais jamais lui faire part du moindre commentaire désobligeant. Après tout, que vaut réellement une fausse note dans une symphonie?

Ma note: 6/10

Wear Your Wounds
WYW
Deathwish
64 Minutes

https://wearyourwounds.bandcamp.com

Les 3 étoiles du 10 février 2017

Cédric Vieno – Chandail de loup

Le 24 février prochain, Cédric Vieno fera paraître son nouvel album intitulé : Autopsie d’un peureux. Pour accompagner son annonce, le Néo-brunswickois a fait paraître l’extrait Chandail de loup. Ne vous faites pas trop avoir par le titre à qui a l’air bout en train, c’est une histoire plutôt triste et mélancolique que nous raconte le jeune homme. Ça ouvre l’appétit pour la suite qui arrivera très bientôt!

Vince Staples – BagBak

Vince Staples a fait paraître les excellents Summertime ’06 et Prima Donna dans les deux dernières années. Voici qu’il lance un nouveau simple aussi dynamique qu’acide envers la situation de la société américaine. Et Staples n’y va pas avec le dos de la cuillère :

Clap your hands if the police ever profiled
You ain’t gotta worry, don’t be scary ’cause we on now
Ain’t no gentrifying us, we finna buy the whole town
Tell the one percent to suck a dick, because we on now
We on now, we on now
Tell the one percent to suck a dick, because we on now
Tell the government to suck a dick, because we on now
Tell the president to suck a dick, because we on now
We on now
We on now
We on now
We on now

On croirait qu’il n’a pas bien pris l’accession au pouvoir de Donald…

Wear Your Wounds – Wear Your Wounds

Le 7 avril prochain, le chanteur de Converge, Jacob Bannon, fera paraître son premier album solo. Fruit de plusieurs années d’enregistrements lo-fi, Wear Your Wounds compte aussi sur l’apport de son fidèle compagnon Kurt Ballou (Converge), Mike McKenzie (The Red Chord), Chris Maggio (Sleigh Bells, Coliseum) et Sean Martin (Hatebreed). L’extrait homonyme est d’une beauté et nous donne un avant-goût d’un projet plus doom métal que punk. C’est lourd, c’est emo et c’est totalement convaincant.

Trap Them – Crown Feral

Trap ThemTrap Them revient avec Crown Feral un nouvel album signé Kurt Ballou, le réalisateur de prédilection du groupe (et de pas mal tous les groupes qui font dans le fuck toute nihiliste). 

Un nouvel album sur lequel le groupe poursuit son évolution avec des textes et des structures mieux définis avant et plus travaillées, deux ans seulement après le vaillant Blissfucker qui relevait déjà pas mal la barre dans la discographie du groupe.

Pas qu’on remarque une variation sur les thèmes ou dans la construction des chansons. Non. On est encore ici dans un horizon visqueux de décadence et de corruption par dessus lequel Ryan McKenney vomit son fiel et son nihilisme de concert avec une marrée de riffs gras.

Mais les gars réussissent de mieux en mieux à produire des chansons qui se distinguent les unes des autres sans pour autant changé d’un iota la facture sonore ou leur éthique de travail et de composition. Et dans le cas de Trap Them, dont l’objectif est de faire dans l’agression enregistrée sur disque, c’est quand même bienvenu.

Comment je pourrais bien vous donner un exemple de ce que je veux dire…

Dans le fond, si on compare l’écoute d’un album de Trap Them à une situation dans laquelle on se ferait pitcher dessus, du haut d’une tour, des blocs de ciment sur la gueule pendant 40 minutes, eh bien, sur Crown Feral, vous vous rappelleriez des blocs qui ont fait le plus mal après l’exercice.

Parmi ces morceaux, le dernier, Phantom Air est particulièrement réussi.

Mais un album de Trap Them n’est malheureusement rien de plus qu’une garantie de se faire cracher au visage par la «prose» de McKenney et rentrer dans la mur par les arrangements de Ballou.

Car justement, on dirait que le groupe ne veut pas changer de réalisateur. Ballou est un chaman de la console et de l’enregistrement, je l’ai dit à plusieurs reprises sur ce site. Mais on commence à sentir qu’il n’est pas un grand leader en studio, bref, qu’il vend au groupe un son, le sien.

Quand il travaille avec des groupes bouillants d’originalité et de créativité ou assez loin de son style – je pense entre autre à Torche, Russian Circles, Genghis Tron, ISIS, Bats entre autres – il rehausse grandement la qualité du produit.

Mais ce qu’il fait depuis 2008 déjà avec Trap Them, ce qu’il fait avec Baptists, Nails, This Routine is Hell ou même All Pigs Must Die – qui font tous dans le sludge plus ou moins hardcore – finit par toujours sonner pareil. Les guitares et le drum surtout. Bref, Mi Amore, le défunt groupe de Québec, a enregistré The Lamb en 2005, à Salem, avec Ballou et leur album avait déjà cette signature.

Trap Them n’y échappe pas. Et c’est le talon d’Achille de ce Crown Feral. Prochaine fois les gars, allez-y avec Matt Bayles.

MA NOTE: 7/10

Trap Them
Crown Feral
Prosthetic Records
32 minutes

https://trapthem.bandcamp.com/album/crown-feral

Death Index – Death Index

Death IndexLe duo art-punk Death Index débarque finalement avec son premier album, après plusieurs mois à dévoiler au compte-gouttes des «teasers».

Marco Rapisarda et Carson Cox livrent donc une intéressante toile composée de barbeaux frénétiques, de jets d’encre approximatifs et de taches de sueur lourde. C’est punk, c’est noise, c’est sexy, c’est laid et surtout, c’est effréné.

Produit du côté de l’écurie Deathwish (Converge, Doomriders, Touché Amore), on reconnaît dans le propos de Cox et Rapisarda l’éthique de la fameuse étiquette bostonnaise. Voilà un bruyant pamphlet anti-toute et un plaidoyer pour la destruction de la société. Mais rassurez-vous, c’est quand même assez réjouissant à écouter.

Fup et Deam Machine évoquent le son de quelques groupes de noise rock (je pense à quelques morceaux du dernier Cherubs qui serait dans le même ton où même à Young Widows), mais avec toujours cette rythmique machinée qui tranche comme un laser.

Et c’est dans ces moments plus lents, plus noise, que Death Index est le plus captivant (pertinent?). Car quand Cox et Rapisarda prennent la voie rapide et débarquent avec un assaut purement punk, on sent que le manque d’effectif ne rend pas justice à l’intention: tout casser.

Évidemment ici le parallèle s’impose de lui-même: en matière de défonce anarchique, il se fait pas mal mieux chez Deathwish que Death Index. Mais quand le duo exploite les sonorités de leur attirail électro, créé des ambiances lourdes et organiques avec les guitares et la basse, on ne peut que se satisfaire du résultat. Allez prêter l’oreille à Lost Bodies et JFK pour vous en convaincre.

Et la voix chaude de Carson Cox, qui évoque celle de Joe Cardamone (Icarus Line) ou encore celle de Justin Warfield (She Wants Revenge), cadre tellement bien dans ces noires compositions noise punk. Elle agit comme un point d’entrée rassurant dans un monde de chaos.

(Bon je viens de réécouter du She Wants Revenge et je ne suis pas sûr que je veux être associé à ça… le gars sonne comme un Ian Curtis libidineux qui aurait sans arrêt les mains dans les shorts: si c’est pas là une définition de cauchemar je me demande bien ce que c’est…)

Bref. Death Index est un bon album. Varié, il divertit et globalement, il comble les attentes du mélomane qui suit Cox et Rapisarda dans leurs multiples projets. Pour ma part, je préfère un solide album cohérent à un épar album varié.

Quand Death Index aura choisi entre le noise lourd et le grind punk, il aura atteint cette cohérence. Sinon, il ne restera qu’un «side project» inachevé.

Ma Note: 6/10

Death Index

Death Index 

Deathwish Inc.
24 minutes

deathindex.bandcamp.com

Mutoid Man – Bleeder

Mutoid ManVous connaissez le préjugé d’autorité? C’est ce réflexe à demi-conscient par lequel on attribue une valeur à l’argument d’autrui sur la base d’une expérience ou d’un témoignage. Le philosophe Emmanuel Kant a longuement disserté sur le recours aux arguments d’autorité, stipulant – si on résume à outrance – que lorsque nous cherchons à établir la véracité d’un fait, il faut soumettre l’autorité d’autrui au crible d’une rigoureuse analyse rationnelle. Ainsi seulement, l’argument d’autorité sera jugé valable, ou sera écarté s’il ne se plie aux critères de ladite démarche.

Eh bien critiquer un album de Mutoid Man, c’est un peu pareil. L’autorité ici, c’est le pedigree des forces en présence: les membres fondateurs, Steven Brodsky (Cave In) et Ben Koller (Converge, Acid Tiger, United Nations) ont non seulement une feuille de route impressionnante, ils peuvent également se targuer d’avoir révolutionner à leur position respective et dans leur groupe, la musique lourde, le heavy contemporain, le post-toute. Ajouter à cela, la producteur Kurt Ballou (Converge, Baptists, Kvelertak, Trap Them et tout ce qui bûche finalement) et vaut mieux vous levez de bonne heure pour critiquer le travail de ces orfèvres du son.

Mais Bleeder, le deuxième album de Mutoid Man, est-ce qu’il est bon? Et pour répondre à cette question, il faudra confronter l’autorité du groupe à une fine analyse.

À la première écoute, ce Bleeder est moins accrocheur que Helium Head (2013). Cette impression demeurera aux écoutes subséquentes. Mais somme toute, on est frappé rapidement par la technique des musiciens bien rendue par une prise de son qui capture tout son côté sauvage.

L’ajout d’un troisième membre, Nick Cageao à la basse, ajoute de la rondeur au son du combo aussi. Toujours d’une furieuse rapidité, les chansons de Bleeder sont toutefois moins urgentes que les brûlots de «laser-métal» de Helium Head. Mais là où on perd en bordel sonore, on gagne en pesanteur, tout en conservant la précision mathématique de l’exécution.

À la première écoute donc, tout va très vite. On passe un bon moment, mais on termine l’exercice et on ne peut vraiment se remémorer un moment qui sort du lot, de cette trombe de décibels, à part peut être la pièce titre en clôture du disque, plus lente et texturé que l’ensemble. Ce titre d’ailleurs évoque Killing Is My Business de Megadeth, sachez-le.

Puis plus tard, en réécoutant, quelques morceaux se démarquent: Sweet Ivy, pour cette batterie improbable, Surveillance pour son refrain aussi accrocheur que répétitif, Beast pour sa lourdeur abyssale… Bref de bons moments en vrac, mais au final, cette impression pas du tout plaisante que la voix de Brodsky ne cadre pas avec l’assemblage métal-hardcore du trio. Exit les cris et les «growls», Brodsky chante avec une voix claire, soit désincarnée, soit «equalizée». Et ça nivelle également l’expérience d’écoute.

Pour un tel niveau d’intensité, pour une décharge aussi crue, on s’attendrait à une voix hargneuse, puissante, comme on ne l’entend que dans la conclusion de Dead Dreams.

Bref, un album technique, livré par de grands musiciens et un incontournable producteur, mais un album que l’on n’écoutera pas longtemps.

Ma note: 6/10

Mutoid Man
Bleeder
Sargent House
30 minutes

https://mutoidman.bandcamp.com