Classique Archives - Le Canal Auditif

Le Vieux Stock : Spoon – Ga Ga Ga Ga Ga

Ga Ga Ga Ga Ga est le sixième album de la formation américaine Spoon. C’est aussi l’album qui est souvent considéré comme leur meilleur. Une chose est sûre, la bande avait ses meilleures idées de compositions pendant l’enregistrement de celui-ci et du précédent Gimme Fiction. Spoon est l’un des groupes qui a le plus contribué à créer un son indie-rock qui depuis a été mainte et mainte fois repris. Retour sur un album marquant qui a été acclamé à l’unisson dès sa sortie. Encore aujourd’hui, il maintient une moyenne de 84 sur l’agrégateur Metacritic.

Tout d’abord, le titre en soi possède une histoire intéressante. Ga Ga Ga Ga Ga était le titre original de la chanson The Ghost of You Lingers qui commence sur un staccato de piano. Ces cinq onomatopées sont en fait la traduction en mot de ce son unique et carré. Une chanson sur laquelle s’ajoutent des voix aériennes perdues dans des réverbérations prononcées et des échos intenses. Une pièce atypique pour Spoon et qui annonçait tout de même un changement de cap qui continuera par la suite. Ce côté art rock se retrouve sur tous les albums subséquents, incluant Hot Thoughts paru en mars 2017.

Une atmosphère atypique qui est brisée par le début en lion de You Got Yr. Cherry Bomb et son énergie débordante. Une chanson emblématique de ce côté entraînant et mélodieux que Spoon perfectionne sur sa sixième galette. Cette dernière est presque aussi intoxicante que le succès indiscutable de l’album, The Underdog et ses cuivres chauds, son rythme irrésistible et ses couplets aussi intéressants qu’efficaces. Spoon atteint sur Ga Ga Ga Ga Ga le rêve de tout groupe rock, un parfait équilibre entre les mélodies accrocheuses et l’originalité. Tout semble nouveau et en même temps, c’est facile à absorber pour les oreilles et l’on ne s’en tanne pas.


 
 

Les titres qui forment l’opus offrent des sonorités intéressantes, mais surtout différentes. Tout cela sans jamais jurer. Ainsi, lorsque la quasi parfaite My Little Japanese Cigarette Case embraye, cette chanson qui est une référence très peu subtile à l’intoxication à la cocaïne, nous ne sommes pas déstabilisés. Au contraire, elle coule naturellement tout comme la groovy Finer Feelings qui lui succède. Britt Daniel nous livre même une chanson plus intime avec Black Like Me qui met un terme à l’album.

Ga Ga Ga Ga Ga est une petite perle d’indie-rock et un des albums incontournables de la décennie 2000. Don’t Make Me A Target nous propulse sur une lancée qui ne sera jamais cahoteuse et qui oscillera entre groove infectieux, riffs efficaces, mélodies impeccables et pure joie auditive. Un impératif.

Spoon
Ga Ga Ga Ga Ga
Merge Records
37 minutes

Liste des chansons:

Toutes les chansons sont écrites par Britt Daniel sauf lorsqu’indiqué

1. Don’t Make Me a Target
2. The Ghost of You Lingers
3. You Got Yr. Cherry Bomb
4. Don’t You Evah (écrite par Julian Tepper, Max Tepper, Derek Vockings)
5. Rhthm & Soul
6. Eddie’s Ragga (écrite par Britt Daniel, Jim Eno, Eric Harvey, Eddie Robert)
7. The Underdog
8. My Little Japanese Cigarette Case
9. Finer Feelings
10. Black Like Me

Le vieux stock : Godspeed You! Black Emperor – F♯ A♯ ∞

« The car’s on fire and there’s no driver at the wheel… » La scène pourrait faire partie d’un film, une sorte de drame post-apocalyptique dans une Amérique en perdition. Mais ces mots sont plutôt issus d’un monologue qui ouvre le classique F♯ A♯ ∞ de Godspeed You! Black Emperor, paru il y a 20 ans, et qui a établi la réputation du collectif montréalais comme un groupe à part dans le paysage musical.

Dans les faits, si on cherchait la trame sonore parfaite pour illustrer la fin du monde, c’est probablement vers cet album qu’il faudrait se tourner. Certes, le groupe a sans doute atteint de plus hauts sommets par la suite en termes de puissance sonore et de richesse orchestrale, mais F♯ A♯ ∞ porte la marque de ces œuvres inoubliables qui traversent le temps parce qu’elles nous hantent et nous habitent…

Situé quelque part entre le post-rock, la musique concrète et l’échantillonnage sonore, F♯ A♯ ∞ fait figure d’objet hétéroclite, même dans une discographie pourtant riche en expérimentation comme celle de GY!BE. Il faut dire que cet album a été enregistré dans des circonstances particulières… et deux fois plutôt qu’une!

En effet, sorti d’abord en format vinyle sur l’étiquette Kranky en 1997, l’album a été réenregistré pour sa sortie en CD l’année suivante. Et alors que la version vinyle (limitée d’abord à 500 copies) ne contenait que deux pièces pour une durée de près de 40 minutes, la formation a réarrangé le matériel pour la version CD, qui contenait cette fois trois longues pièces réparties sur une heure de musique.

Il est vrai que F♯ A♯ ∞ donne parfois l’impression d’un collage. La pièce The Dead Flag Blues s’ouvre sur un monologue tiré d’un scénario inachevé du guitariste Efrim Menuck, sur fond de complainte guitare-violon, avant qu’un sifflement de train nous entraîne dans un thème western, jusqu’à la finale étrangement optimiste. Quant à East Hastings, qui tire son nom d’une rue du quartier Downtown Eastside de Vancouver, elle démarre avec le monologue d’un prêcheur, jusqu’à ce qu’apparaisse une sombre mélodie immortalisée dans le film 28 Days Later de Danny Boyle, avant de se fondre en drone. Enfin, Providence, dont seule une partie figurait sur la version vinyle de 1997, enchaîne une section quasi-prog en 7/8 (l’envoûtante Dead Metheny) avec une marche de style militaire, pour ensuite se conclure sur un collage.

Curieusement, j’ai d’abord découvert GY!BE par le EP Slow Riot for New Zero Kanada, sorti en 1999. Je me souviens encore d’avoir été happé par cette musique à la fois grandiose, sombre et inquiétante, capable de véhiculer les plus vives émotions par sa simple trame instrumentale. Et si le groupe a ensuite perfectionné son art en signant des pièces plus cohérentes, donnant moins l’impression d’une succession de mouvements différents, F♯ A♯ ∞ reste pour moi l’album le plus cinématographique de GY!BE, pour sa richesse d’évocation et ses ambiances variées.

F♯ A♯ ∞ est aussi un album marquant en ce qu’il témoigne d’un moment précis dans l’histoire de Montréal. En effet, c’est sous l’impulsion de gens comme Menuck et Mauro Pezzente (et sa femme Kiva Stimac) que le studio Hotel2Tango, la Sala Rossa ou la Casa del Popolo ont vu le jour, contribuant à établir la métropole québécoise comme une plaque tournante de l’indie rock dans les années 2000.

C’est également par ce disque que le mythe autour de la formation a commencé à se construire. Leur méfiance envers les médias, l’industrie de la musique, leur réticence à accorder des entrevues, l’idée voulant qu’ils soient des anarchistes, qu’ils vivaient tous ensemble à l’Hotel2Tango… Tous ces éléments en ont fait un groupe auréolé d’un secret qui tranche avec la culture actuelle de la musique pop.

Oui, sans doute a-t-on un peu romancé l’impact de GY!BE et son histoire, la réalité étant souvent plus complexe qu’elle n’y paraît. Et alors que le collectif vient d’annoncer la sortie de son sixième opus, Luciferian Towers, pour le mois de septembre prochain, apprécions donc F♯ A♯ ∞ pour ce qu’il est : un des meilleurs disques des années 90, point. Pour moi, c’est Joe Tangari, du magazine Pitchfork, qui a probablement le mieux résumé l’essence de ce disque en écrivant que « si F♯ A♯ ∞ nous a appris une chose, c’est celle-ci : l’Apocalypse sera belle. »

Godspeed You! Black Emperor
F♯ A♯ ∞
Kranky/Constellation
63 minutes
14 août 1997

http://cstrecords.com/godspeed-you-black-emperor/

Radiohead : OK Computer

Aucun album n’a eu autant d’impact ces deux dernières décennies qu’OK Computer qui souffle ce mois-ci ses 20 bougies d’anniversaire. Un album incroyablement émotif sur fond d’aliénation matérielle et de paranoïa, néanmoins c’est un incontestable chef d’œuvre.

Pourquoi? Parce qu’avec son troisième album, Radiohead a fait entrer le rock dans un nouvel âge. Pensez-y. Le rock aux États-Unis est en lendemain de veille depuis la mort de Kurt Cobain et l’industrie fait signer de lucratifs contrats à des groupes sans grande substance qui passent comme les saisons : Dishwalla, Fun Lovin’ Criminals, New Radicals, Counting Crows, Spacehog.

En Angleterre, la guerre de la britpop est terminée. Oasis s’effondre avec Be Here Now, Blur devient un groupe américain avec Woo-hoo (voyons, c’est quoi le nom de la toune 2 sur Big Shiny Tunes?). Bitter Sweet Symphony des Verve scellera le cercueil pour de bon.

Avant Ok Computer, Radiohead est un groupe de grunge anglais. Un genre de Bush X mais triste, dont les membres n’ont pas de sexe. Ça donne au départ Creep et Pablo Honey puis, avec de la maturité et un peu de hargne, ça donne The Bends, cet album sur lequel Radiohead, par le sens mélodique de Thom Yorke et le chamanisme de Johnny Greenwood à la guitare, proposait déjà une réactualisation du rock alternatif : plus émotive section écorchée, plus noise et shoegazy et globalement, plus intelligente.

Arrivera ensuite OK Computer deux ans plus tard. La bande d’Oxford y fait un pas de géant dans son écriture, son travail des textures, des ambiances et de l’exploration. Ok Computer c’est la réflexion de Phil, Ed, Colin, Johnny et Thom sur ce que devrait être la musique du prochain millénaire. Ça l’air qu’ils ont visé juste hein?

Mais OK Computer est également un classique pour les thèmes qui y sont abordés. C’est vrai que les paroles de Thom Yorke sont cryptiques et témoignent au plus clair de son délire paranoïaque à l’aube de l’an 2000. Mais c’est vraiment la trame narrative de l’album qui s’articule en une dystopie d’un futur proche où les rapports humains sont instrumentalisés par des machines qui frappe par son actualité, même 20 ans plus tard.

Encore une fois, Thom était pas mal « sur la coche » même si personne n’a encore compris ce qu’il pouvait bien avoir avec les frigos en 96-97, le bon Thom.

OK Computer est paradoxal en ce sens où il embrasse l’apport de la technologie et des machines dans sa musique tandis que sa trame narrative s’articule plutôt en une opposition farouche envers ces « progrès ».

Et pour un album dont le message est contenu dans l’anti-chanson Fitter Happier, froide et déshumanisée, OK Computer est pourtant un des disques des plus à fleur de peau, humain, jamais composé (voir Let Down, Lucky et Climbing Up The Walls).

Donc si on ramasse tout ça, voilà un album qui arrive avec une proposition radicalement différente de ce qui se fait à son époque, produit par un groupe qui jouit déjà de l’étiquette de l’intelligence musicale. Ajoutez à ça un sous-texte dont la prophétie apocalyptique s’autoréalise, un sens de la mélodie hors du commun, des musiciens arrangeurs de talent (salut Ed O’Brien) et une postproduction signée par un jeune Nigel Godrich plus que capable et vous avez ce chef d’œuvre générationnel.

Cet album est un tournant majeur tant dans l’industrie que dans la vie de tant de mélomanes, avertis ou non.

Et si l’excellence d’OK Computer était le dernier consensus de l’histoire du rock, je vivrais bien avec ça.

Mais faut juste pas trop lire les paroles.

Radiohead
OK Computer
Parlophone
53 minutes

https://www.radiohead.com/

FIJM 2017: minimalisme(s) de Jean-Michel Blais et invité.e.s

 

Jeudi soir dernier, 18h00 sonnait sur ma montre.  Le temps dehors était maussade, gris et pluvieux. J’avais les émotions en tirebouchons et la tête ailleurs. Je commence à avoir un peu froid. Je décide d’avaler un thé… beaucoup trop chaud. Quelques enflures à la langue plus loin, me voilà sur le chemin du spectacle minimalisme(s) de Jean-Michel Blais à la Cinquième Place des Arts dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal. On me dit souvent qu’il est important de prendre son temps avant de faire quoi que se soit. Je l’avoue. Peu importe, même si j’ai la langue énorme comme un boulet de canon, j’ai profité de la performance du pianiste Jean-Michel Blais et de ses invités (Bufflo, CFCF et Foxtrott) à 100%. Comme quoi, ça valait le coup de me brûler les papilles gustatives au premier degré.

Valérie Gay-Bessette / Festival International de Jazz de Montréal

L’UNIVERS BLAIS

Le pianiste québécois se présente sur la scène vêtue de noir. Avec un piano de marque Baldwin, il enfile ses pièces petit à petit. Misant sur la notion du minimalisme et de la reprise, Blais a su livrer une prestation efficace en rendant hommage à des compositeurs de renom qui ont influencé sa démarche artistique : Philip Glass, John Cage et Arvo Pärt, entre autres. Tous ont été soulignés dans le spectacle selon différentes façons. Avec ses bidouilleurs électroniques qui étaient aux ordinateurs et aux chants (Bufflo, CFCF et Foxtrott), le Montréalais a présenté un univers planant, classique, électro/pop et hautement cinématographique. C’était donc possible de faire de la musique minimaliste avec uniquement un piano et un ordinateur. Rien de trop gros. C’était bien parfait comme ça pour ce genre de concert intimiste à la Cinquième salle de la Place-des-Arts.


 

LE PIANO, L’INSTRUMENT DE PRÉDILECTION

Blais s’approprie le piano. Il joue sur des touches noires et blanches. Oui, certes. Ceci étant dit, sur scène, l’artiste va au delà des capacités de base de l’instrument. Avec un couvercle ouvert, l’artiste le manipule avec les cordes et les petits marteaux qu’on peut retrouver à l’intérieur. Ce qui fait varier les différentes tonalités de son compagnon musical fétiche. Vous savez, c’est ça qui est magique avec la musique du compositeur québécois. En interprétant avec diverses intensités sonores, Jean-Michel Blais joue directement avec les différentes émotions du public. Il le berce tout en le faisant voyager. Le musicien arrive même à bloquer les pires noirceurs du cœur qu’une personne peut ressentir, comme ça, dans la salle, sans nécessairement savoir l’enjeu exact. Sous les éclairages tamisés, Blais le sait. D’une présence scénique tout à fait charmante, il capte son auditoire, interagit avec lui à coup de quelques blagues bien placées et le rallie du début jusqu’à la fin en l’invitant à vivre une expérience musicale enivrante et mélodieuse.

Valérie Gay-Bessette / Festival International de Jazz de Montréal

Après une courte performance, les éclairages se rallument. Je me lève de mon siège en regardant une dernière fois les saluts de Jean-Michel Blais et de sa bande. En direction de la sortie, mes lunettes sont pleine de buée. Ma vue est affectée. Je m’arrête. J’ai les joues humides. Je les essuie. J’ai les deux mains empreintes d’un liquide noirâtre et quasi-visqueux. Rassurez-vous. je ne me transformais pas en mutant ce soir-là.  Seulement, je me suis rendue compte que mon mascara n’était tout simplement pas à l’épreuve de l’eau.

http://www.montrealjazzfest.com/

Les Cowboys Fringants – Break Syndical

Été 2003, je termine mon secondaire. Mes occupations à ce moment-là sont plutôt simples : je travaille comme commis dans l’épicerie du coin, je rêve de devenir comédien, je ne me peux plus d’attendre l’automne qui veut dire début du Cégep St-Laurent et les soirées, je les passe avec ma gang d’amis dans le sous-sol de Simon. On fait nos expériences d’ados, les premiers pétards, on se trouve cool parce qu’on boit de la téquila (ouache) et on finit par passer la majorité de notre temps à écouter de la musique et des films. Bref, mes parents auraient trouvé que je ne faisais pas grand-chose de ma carcasse et pourtant… ces moments-là m’ont ouvert l’esprit et m’ont profondément marqué.

Il faut dire que pendant la fin de mon secondaire j’étais un métalleux, j’écoutais du Iron Maiden, je portais un coat de cuir (que je porte toujours d’ailleurs) et je ne voulais rien savoir de la guitare acoustique. Ça, c’est jusqu’à ce que je tombe sur En Berne. Il faut se replacer en contexte, j’ai 17 ans, je découvre le nationalisme et le contexte politique, mon identité d’adulte et je commence à me fâcher contre la société : trop de grandes entreprises qui se foutent de leurs employés, trop de pollution, trop de laxisme de la classe politique… vous me direz que ça n’a pas changé. Vous avez malheureusement trop raison. Mais, à ce moment-là, quand je tombe sur En Berne, j’ai l’impression que Jean-François Pauzé a écrit ça pour moi :

«C’est ça l’problème de ma patrie
Y’a pas personne pour s’indigner
Contre la fausse démocratie
Qui sert les riches et les banquiers
Dans cette contrée peuplée d’ignares
‘Faut pas trop s’rappeler d’son histoire
Ici y’a juste les plaques de char
Qu’y ont encore un ti-peu d’mémoire…»
– En Berne

Et c’est aussi comme ça que toute ma gang a découvert Les Cowboys Fringants. On est tombé dans la marmite tous en même temps, et Break Syndical a été notre porte d’entrée dans le monde à la fois engagé, ironique et mélodieux des Cowboys… pis tous les gars avaient un petit kick sur Marie-Annick, mais ça c’est un autre affaire et c’est pas mal moins important. Encore aujourd’hui, quand La Manifestation part, je me rappelle des moments passés dans la rue devant le cégep St-Laurent à dénoncer les compressions des prêts et bourses du gouvernement Charest. C’était l’époque juste avant Libérez-nous des Libéraux de Loco Locass. Nous étions jeunes, dynamiques, rebelles et on voyait bien que le gouvernement en place était en train de dilapider nos biens à la manière d’un syndic de faillite.

Pendant que j’écris ces lignes, Toune d’automne se met à jouer avec son air réconfortant. Il va sans dire que je connais encore les paroles par cœur. En tant que fan aillant beaucoup traîné dans les concerts du groupe je substitue : « Jure-moi donc que c’fois là tu restes à maison pour de bon » pour « Jure-moi donc qu’t’es pas devenue fédéraliste ma petite crisse ». Ça parle aussi de Simon, parallèle si facile à faire avec mon Simon chez qui on végétait le soir en se posant pas mal de questions sur la vie. J’ai toujours beaucoup aimé les chansons mélancoliques des Cowboys. L’Hiver Approche récit d’une personne cassée, m’a souvent résonné dans la tête pendant l’université quand j’avais de la misère à arriver et que le Kraft Dinner était la seule chose que je pouvais me payer pour souper. C’est aussi sur Break Syndical qu’on trouve la poignante Ruelle Laurier avec ses paroles crues qui expose un univers familial dysfonctionnel et violent. Une des rares chansons écrites par Karl Tremblay plutôt que Jean-François Pauzé. Encore aujourd’hui, ça me donne des petits frissons quand le violon de Lépine embarque et que le texte se fait particulièrement dur :

« Ma mère vivait ça tranquillement
En faisant semblant d’l’aimer
Angoisée tout en sachant
Qu’y allait r’venir pour son péché

Elle fermait les yeux doucement
Pendant qu’y a prenait par les cheveux
L’a faisait mettre à genoux devant l’divan
Assouvir ses instincts vicieux

Mercredi soir après le hockey
J’vas attendre mon père chez l’vieux Dugas
Quand y va prendre la ruelle Laurier
J’vas m’arranger pour qu’y en sorte pas…»
-Ruelle Laurier

Pratiquement toutes les chansons de Break Syndical sont devenues des classiques pour quiconque suit le groupe. De Joyeux Calvaire à l’humoristique Heavy Métal en passant par le premier chapitre de l’histoire de Jay-Pee Labrosse intitulé La noce. C’est l’album qui a permis au groupe de devenir un phénomène de société qui les a menés en France et qui a culminé le 30 décembre 2003 au Centre Bell. Un phénomène qui s’est construit par le bouche-à-oreille et par la ferveur de ses fans. Ce soir-là, on était là, toute la gang à danser dans les rouges avec des milliers d’autres jeunes adultes qui avaient envie que les choses changent. On était content d’entendre Dom Lebo nous conter des blagues entre, et souvent pendant, les chansons et voir Jérôme Dupras groover comme jamais à la basse. Dupras, c’est un maudit bon bassiste, on l’oublie souvent.

Aujourd’hui, on a la trentaine. J’espère qu’une partie de cette utopie-là vit toujours en nous; celle de vouloir faire de notre société un monde plus juste et équitable, plus vert et plus respectueux. Je dois aux Cowboys Fringants de m’avoir accompagné à travers la myriade de questions qu’on se pose au début de l’âge adulte. Quand on essaie de comprendre qui on est et comment on a l’intention d’aborder la société et le monde. Aujourd’hui, certaines chansons viennent encore me chercher, me mettre à fleur de peau, me chambouler et je connais encore chacune des paroles de chacune des chansons de Break Syndical. Merci gang. C’était un pas pire record que j’aime encore beaucoup.

Les Cowboys Fringants
Break Syndical
La Tribu
2002

http://www.cowboysfringants.com/