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Critique : Re-Tros – Before the Applause

Le trio de Beijing Re-Tros (Rebuilding the Rights of Statues) est actif sur la scène post-punk chinoise depuis 2003 qui a publié Cut Off! (2005) et Watch Out! Climate Has Changed, Fat Mum Rises… (2009), un EP et un premier album dont les influences de Bauhaus et Joy Division sont claires et assumées. Le trio démontre dès le départ un savoir-faire très intéressant, bien que leur son n’ait pas bifurqué tellement du sillon original. Huit ans plus tard, le trio formé de Hua Dong, Liu Min et Huang Jin revient à la charge avec Before the Applause, un deuxième album bien plus complexe (et complet) que le précédant, paru en septembre dernier sur Modern Sky. Le post-punk y est encore présent, mais il y a de l’espace consacré à plusieurs autres genres musicaux qui apportent une richesse sonore et structurelle particulièrement variée; à un tel point que plusieurs écoutes sont nécessaires pour en capter la richesse.

Hum ouvre l’album progressivement à partir de sons ambiants et d’échantillons synthétiques pour créer une atmosphère de lieu urbain futuriste, un peu à la Blade Runner en fait. Hailing Drums rentre au poste avec du punk alternatif 90s assez agressif, développé autour d’un clavier arpégé comme ligne de basse et une guitare rythmique en contretemps; duo dynamisé par une performance hallucinante à la batterie. La pièce se densifie avec de la synthèse analogique, emprunte brièvement au métal et passe ensuite à un pont progressif pour aboutir à une finale krautrock/industrielle. Un rythme synthétique ouvre Red Rum Aviv dans une structure punk alternative, avec un petit côté post-punk très agréable qui pousse la mélodie plus loin, quelque part entre les B-52’s et LCD Soundsystem.

8+2+8 I nous amène dans une tout autre direction, encore plus intéressante, imaginez-vous! Ça commence par des clappements de main à la Steve Reich et des phrases répétées à la NNNAAAMMM, une introduction très enthousiasmante. La superposition des phrases vocales et les éléments percussifs mènent à la ligne de basse analogique de 8+2+8 II, suite encore plus entrainante, reprenant d’abord les clappements pour ensuite faire exploser le rythme aux toms de la batterie. Le segment IDM industriel prend le relais pour laisser ensuite les voix occuper l’avant-scène et proposer une deuxième moitié axée sur la densification des percussions. Pigs in the River change à nouveau de genre pour un blues sombre, avec la voix de Dong placée dans les graves comme un crooner dans un cabaret, et le trio démarquant chaque segment en jouant avec le niveau d’intensité et de complexité de la mélodie.

Les itérations réverbérées démarrent At Mosp Here dans un genre de dance-punk, le kick et le synthé analogique complète la forme et partent pendant un bout jusqu’à l’ajout des voix. La guitare rythmique ajoute une touche de post-punk et bifurque ensuite vers un segment électro-funk teinté par une gamme orientale. Le solo de clavier est particulièrement cute, flottant au-dessus de la masse sonore qui finit par se modifier pour prendre les couleurs d’un house baléare de fin de journée. The Last Dance, W. commence de façon bien plus lente, sur des impulsions espacées par un filament de voix, comme une balade percussive qui reprend l’atmosphère de cabaret, intensifié par la ligne mélodique à l’orgue, poussant la note à un niveau vampirique. Sounds for Celebration ouvre sur une guitare électrique réverbérée placée sous la voix de Min Liu, flottant tout juste derrière celle de Dong Hua qui fait un peu penser à Lou Reed et à une pièce planante à mi-chemin entre une balade d’ABBA et une longue improvisation de Velvet Underground.

Before the Applause rappelle d’où viennent les influences musicales de Re-Tros, mais leur son a tellement évolué durant les huit dernières années qu’on se demande un peu ce que ça aurait donné avec un ou deux albums de plus pour témoigner de cette évolution. Leur fondement post-punk est évidemment encore présent, mais les emprunts à d’autres genres comme du punk alternatif ou du krautrock relèvent bien plus de la belle surprise que de la suite logique à leur premier album. Espérons que Re-Tros est de retour pour de bon, il ne faut surtout pas manquer la suite.

MA NOTE: 8/10

Re-Tros
Before the Applause
Modern Sky Entertainment
64 minutes

Site Web

Une entrevue avec Quebec Redneck Bluegrass Project

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À ce point-ci, il est fort possible que vous connaissiez déjà les grandes lignes de l’histoire. Des gars d’Alma, Nick Laflamme et Charles Hudon partent en voyage en Chine et rencontrent chemin faisant un ménestrel saguenéen nommé Jean-Philippe Tremblay avec qui ils partagent l’amour de la musique et de la fête. Ensemble, ils forment un groupe afin de servir de soupape à ce verbomoteur hyperactif et leur énergie contagieuse, doublé de leur exotisme sans précédent, fait des vagues qui traversent l’océan et reviennent vers leur terre natale. Le QRBP (pour les intimes), c’est un des plus beaux «success story» de l’histoire récente de notre province. Un band qui a créé son propre buzz en se fiant uniquement sur le bouche-à-oreille. Un band qu’on ne se fait pas enfoncer dans la gueule par des radios beiges et des labels locaux qui ont le monopole. Bref, un truc authentique et foutrement rock n’ roll.

Je ne m’étais pas prêté au jeu de l’entrevue téléphonique depuis environ dix ans et ce fût parfait de le faire avec Charles Hudon. L’impartialité en prend pour son rhume quand tu fais une entrevue avec un type que tu as fréquenté toute ton adolescence jusqu’à ce qu’il parte en Chine, mais on n’était pas là pour se rappeler de nos vieilles niaiseries. En fait, les gars se produisent demain soir dans leur premier Club Soda avec les Deuxluxes en première partie. L’occasion parfaite pour présenter un premier court-métrage, avant le concert des Deuxluxes, sur leur rythme de vie chinois intitulé «La route de la soif». Pour ceux qui n’ont jamais lu d’entrevue? Le texte en gras c’est moi qui pose les questions. Le texte pas en gras, c’est Charles Hudon qui me répond.

CL: D’où est venue l’idée de faire un film sur le band?

CH: L’idée a commencé à faire son chemin très tôt dans l’histoire du groupe. On se disait que ce serait le fun d’avoir des images pour se rappeler de tout ce qu’on va oublier en vieillissant. Pis un moment donné, quand les médias ont commencé à s’intéresser à nous, le chanteur des Goules là…comment il s’appelle?

CL: Euh…Keith Kouna?

CH: Ouais Keith Kouna nous a demandé si c’était un «stunt» publicitaire l’histoire de la Chine. Le film va nous permettre de lui prouver que non, mais va aussi mettre des images de notre réalité de l’époque devant les yeux des gens qui n’ont qu’une vague idée de ce que ça pouvait être.

CL: On parle de quelle époque donc?

Le film a été tourné en 2011 par notre pote Dan Boivin (alias DanBeast). On a réussi à le convaincre de venir nous rejoindre et il a passé quelque chose comme trois mois à filmer nos shows pis nos brosses. C’était souvent sacrément intense et au bout d’un moment on a comme oublié le projet et Dan est reparti avec plein de séquences qui ne servaient à rien et il a fini par faire un montage ben swell qui dure à peu près une demi-heure.

CL: Par intensité tu veux dire?

CH: À vrai dire on en perdait des bouttes pas mal souvent. Un moment donné, dans le flou d’une soirée, Dan s’est fait battre avec son propre pied de caméra…Deux fois d’affilée. Ahahahah! Mais bon, je ne vais pas révéler de punch, mais en regardant le film j’ai pas mal ri ma vie. On a bien hâte de le montrer.

CL: Ça va se passer comment demain soir? Vous allez montrer le film avant de jouer?

CH: Oui probablement juste aavnt le set des Deuxluxes. Je les ai écoutés et je ne les connaissais pas du tout. Ils sont pas mal bons!

CL: Oui! Ils commencent à avoir pas mal de visibilité. Ils ont même joué à Belle et Bum, genre! C’est pas quelque chose qui vous tente la télé, d’ailleurs?

CH: On a été invité par Belle et Bum un moment donné et on en a discuté. Finalement, le verdict c’est qu’on n’a pas de drum dans le band fait que Normand Brathwaite ne pourrait pas se faire aller les bongos sur nos tounes.(rires)

Non, pour vrai je ne voudrais pas vexer Normand, mais JP nous a dit que juste regarder la télé l’angoissait alors c’est clair qu’il ne veut pas être dedans. Pis à date, on a toujours fonctionné sans ce médium-là pis tout baigne.

CL: Comment ça se passe depuis que vous êtes revenus de la Chine et de votre dernière tournée estivale québécoise?

CH: On est pas mal peinards, la configuration du band a changé et nous sommes redevenus un quatuor donc JP, Nick, Frank et moi. On est tous aux quatre coins du Saguenay et on se réunit sporadiquement pour travailler sur du nouveau matériel avec, encore une fois, Pascal Beaulieu à la réalisation.

CL: Je me souviens qu’à un moment donné tu as dû quitter le band très rapidement pour travailler à la solde du gouvernement chinois (Nick et Charles ont fait leurs études universitaires en mandarin et sont parfaitement trilingues). Qu’est-ce qui a motivé ton retour au groupe et ton changement de cap professionnel?

CH: Entre une job de bureau pis faire des shows devant des crinqués tous les soirs, il faut choisir ses priorités, tsé!

CL: WORD!

*Québec Redneck Bluegrass Project
Demain, le jeudi 10 décembre 20h30
Club Soda
Montréal

Soyez là ou soyez un carré!

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