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Cross Record – Wabi-Sabi

Cross RecordCross Record est d’abord et avant tout le projet d’Emily Cross qui habite la banlieue d’Austin. Dans son périple, elle est accompagnée par Dan Duszynski qui l’aide à mettre en musique ses textes et à compléter ses idées. Depuis 2010, la formation a fait paraître des maxis et détient un album à son actif, Be Good, paru en 2012. On reconnaît dans l’approche de Cross des influences de Sharon Van Etten, du Björk et une touche d’Emma Ruth Rundle.

Wabi-Sabi est un album très intéressant. Le duo amène le mélomane en voyage à travers des pièces texturées majoritairement aériennes et un peu psychédéliques. Comme dirait l’ami Robitaille, elle sonne comme Chelsea Wolfe à ses débuts, mais avec de meilleures compositions. Ce n’est pas peu dire. Elle n’hésite pas à sortir des sentiers battus et ça s’entend partout sur la galette.

Steady Waves, le premier simple paru, montre le côté plus rock de Cross Record. Ça donne même quelques frissons lorsque la guitare électrique embarque dans le mix. Ce sont de petits moments d’intensité qui mettent en lumière sa fragilité dans les instants plus calmes. La voix d’Emily Cross se prête merveilleusement à ce genre de sonorité. Pas totalement détachée, elle évite les faux pièges d’un trop grand pathos. Et le riff de guitare est tout simplement délicieux.

Wasp In A Jar laisse entrevoir le côté plus lourd des compositions de la jeune femme. Encore une fois, on se retrouve avec le même genre de procédé que sur la pièce précédente. Elle travaille en oppositions et en nuances. High Rise, pour sa part, passe d’un chant atmosphérique à des guitares bruyantes, mais contrôlées. Cross possède une bonne maîtrise mélodique et aime étirer ses rimes. Elle nous garde dans un état d’attente intéressant comme le prouve Something Unseen Touches A Flower To My Forehead. Cette dernière remporte aussi le titre de plus long nom de chanson sur l’album.

Certaines pièces demandent un peu plus d’attention auditive de la part du mélomane. Basket est un bon exemple. Elle chante haut perchée sur une musique qui demande une écoute active. Oubliez l’écoute distraite en préparant à souper. Vous n’écouterez pas les pièces à leur juste valeur.

Wabi-Sabi est un excellent deuxième album pour Cross Record. On découvre une jeune femme bourrée de talent qui sait bien composer et qui possède un don pour la mélodie mélancolique. Si vous aimez Chelsea Wolfe, Emma Ruth Rundle et Sharon Van Etten, vous risquez de passer du bon temps avec ce nouvel album.

Ma note: 7,5/10

Cross Record
Wabi-Sabi
Ba Da Bing Records
34 minutes

http://www.crossrecord.com/

Chelsea Wolfe – Abyss

Chelsea WolfeVous dire à quel point on a tripé sur le Pain Is Beauty (2013) de la ténébreuse Chelsea Wolfe est un euphémisme. Celle qui est catégorisée «néo-folk» par tout ce qui gravite autour de l’industrie du disque nous avait profondément remués grâce aux atmosphères funestes, ensorcelantes et vaporeuses prodiguées tout au long de cette création. La sinistre prêtresse est de retour cette semaine avec un album titré avec justesse Abyss. Réalisé par le prisé John Congleton, (St. Vincent, Swans, etc.) la dame s’enfonce plus que jamais dans l’obscurité… pour le plus grand plaisir de votre humble scribouilleur.

L’approche musicale est nettement plus immédiate, moins immatérielle, évoquant autant le grondement guitaristique menaçant du doom métal que la noirceur du goth rock. Le danger avec ce genre de création est de se retrouver face à une musique fantaisiste et des propos faussement pleurnichards. Rien de tout cela sur Abyss. Un peu comme le dernier King Dude (un proche ami soit dit en passant), Chelsea Wolfe arpente les profondeurs du mal de vivre existentiel avec une véracité qui l’honore.

Musicalement, la dame conserve les rythmes tribaux servis sur le précédent effort. Elle augmente drastiquement la massivité des guitares et «auréole» ses chansons de douces mélodies qui font joliment contraste avec la sonorité générale de l’album. Tout en étant d’une lourdeur assumée, la beauté des inflexions vocales confectionnées par la chanteuse vient contrebalancer cette densité musicale. Évoquant une PJ Harvey luciférienne, les incantations de la dame sont tout simplement magnifiques. Évidemment, les aficionados de positivisme ensoleillé seront rebutés par ce disque, mais les autres qui savent très bien que la vie n’est pas qu’un jardin de rose seront ravis par ce superbe Abyss.

Peu d’artistes peuvent se targuer de proposer un univers aussi sombre tout en étant aptes à émouvoir fondamentalement l’auditeur. On émerge de cette descente aux enfers avec un curieux sentiment de réconfort. Oui, c’est le mot juste. On est réconforté par tant de justesse émotive et d’intégrité musicale.

Aucun morceau faiblard. Juste du stock de grande qualité! Que ce soit le côté industriel de Carrion Flowers, la sublime Iron Moon, la tribale Grey Days, les éléments électroniques malsains entendus dans After The Fall et Color Of Blood, le folk frémissant de Crazy Love, la conclusion très «doom» dans Survive de même que ces superbes violons fous et dissonants qui concluent avec splendeur The Abyss, tout est à sa place. D’une pertinence exemplaire!

On vous le donne en mille! Si ce disque-là n’apparaît dans notre liste des meilleures parutions de 2015, c’est que nous ne faisons pas notre travail correctement. Point à la ligne! Chelsea Wolfe construit un corpus chansonnier avec une patience d’ange déchu, offrant aux mélomanes (et ce disque après disque) un travail d’une beauté inégalée. Si vous ne craigniez pas de plonger dans les profondeurs des ténèbres afin d’en ressortir étonnamment ragaillardi, ce Abyss vous est destiné. Impressionnant!

Ma note: 8,5/10

Chelsea Wolfe
Abyss
Sargent House
57 minutes

http://www.chelseawolfe.net