CCF Archives - Page 2 sur 4 - Le Canal Auditif

CCF 2017 : De la musique des prairies et le lancement de La Bronze

J’ai commencé ma semaine en bonne compagnie avec les gens de Manitoba musique qui présentaient l’événement : Rame à la rencontre. On oublie trop souvent que si c’est difficile vivre de sa musique en français au Québec, le Canadien français, lui est vraiment laissé pour compte. Heureusement, il y a des organisations comme Manitoba musique et l’APCM qui continue de les soutenir.

Des cordes, plus de cordes

La première à prendre la scène était Vareo. Mene par une jeune femme qui est arrivée comme une lionne et a entonné des airs aux claviers, le trio était complété par une violoncelliste et un batteur. Au début, ce n’était pas totalement convaincant. Il reste du travail à faire au niveau des textes et des traces de pop convenu traînent dans son répertoire. Après une ou deux chansons à la guitare, elle a sortie de son étui, un violon. Soudainement, tout ce qu’elle faisait se magnifiait. Si la jeune femme n’est pas la plus grande virtuose,
elle contrôle son violon avec habileté. Des notes simples, interprétées avec intelligence et nuance ont tôt fait de faire fondre les cœurs. Lorsqu’elle se campe dans une pop orchestrale, son côté sentimental prend le dessus et c’est très efficace.

C’est en forgeant qu’on devient forgeron

La Bronze nous attendait dans un endroit surprenant et peu familier. Une forge. Oui, après une promenade en autobus pendant une douzaine de minutes en nous laissant peu d’indices sur notre destination, nous avons finalement atterri dans une forge située à la limite du Vieux-Port et de Griffintown. À l’intérieur, des forgerons étaient à l’œuvre avec ce qui vient de feu, de coups de marteaux et de chaleur. Un beau clin d’œil à son nom de scène… La bronze… les trucs forgés… t’as pognes -tu?

Mais c’est surtout pour Nadia Essadiqi et ses nouvelles chansons qu’on en avait. La jeune femme n’a pas déçu. Faisait son chemin à travers la foule dense (on était environ 120 élus dans un lieu relativement minuscule), elle est montée sur scène pour interpréter le premier simple du nouvel album, On danse par en dedans. Puis, elle s’est gâtée en passant à travers Les corps infinis. Nous avons même eu droit à une délégation de quatre cors français à quelques chansons du rappel.

Plongée dans des éclairages fort réussis, La Bronze a brillé de mille feux, en démontrant son savoir-faire. Surexcitée par moment et visiblement émue des gens présents, elle a réitéré son amour pour tous. Après les pièces de son nouvel album très attendu, elle nous a filé deux pièces en rappel : La jeunesse féline et Formidable de Stromae qu’elle a reprise en arabe. Une soirée de lancement tout à fait réussie.

On se retrouve sous peu pour la suite des événements.

CCF 2017: Philippe Brach lance son nouvel album Le Silence des Troupeaux

C’est dans un Club Soda plein à craquer que le natif de Chicoutimi Philippe Brach lance son tout nouvel album Le Silence des troupeaux. En formule 5 à 7, le spectacle s’est avéré à être un brillant tour de force du chanteur donnant le ton à une tournée imminente.

Le mystère Brach

D’entrée de jeu, les rideaux rouges se lèvent. Un groupe s’installe sur scène. Chaque membre était de dos possédant un masque derrière leur tête. Ce qui donnait l’impression de voir des petits personnages venant directement d’un cabaret théâtral. L’illusion était parfaite. Voilà que les musiciens commencent par Mes Mains Blanches, pièce de l’album. Tous, à la chevelure bouclé (ou presque!), toujours de dos, se lancinent au rythme des grattements de guitare et aux pulsations des batteries. On se pose des questions…où est Brach sur la scène? En avant? En arrière? Pourtant…on entend sa voix! Ah ce que le suspense est divertissant! Le titre solennel La Guerre (expliquée aux enfants) s’en suit au son du gong, joué par un cagoulé au centre de la foule. Quelques choristes masqués s’avancent sur scène tournant toujours le dos au public pour imiter le chœur d’enfants qu’on pouvait entendre sur le disque. Intriguant. Tandis que sur La peur est avalanche, un comédien, quasi-identique au Saguenéen, l’imite et remercie la foule en se retournant. Les rideaux tombent. La soirée est finie? Qu’est-ce qui se passe?

Pardi! On s’est fait avoir!

Soyez sans craintes, Brach revient sous les cris des spectateurs! L’énergie musicale est bonne. La chimie aussi. On remarque même la présence de Jesse Mac Cormack sur scène (réalisateur de l’album). Tout le monde est rassuré…en plus de trouver la surprise très cocasse! Sous un faisceaux lumineux, l’artiste de Chicoutimi prend place sur une chaise droite pour nous interprèter la magnifique balade Pakistan. Quelques frissons se font sentir. De sa voix claire et touchante, Brach est fascinant et garde son public concentré en nous chantant: Pakistan/Pakistan/Pour Passer le temps/Peine d’Amour musulmane/Jusqu’à ce que je me tanne/Tant qu’à m’empêcher d’aller en ligne droite/M’en va retourner tourner en rond/Avec les autres seqs à’ Meque. Un refrain qu’on ne risque pas d’oublier de sitôt. En plus de nous gâter avec une dernière chanson à la guitare,  le gaillard aux cheveux frisés séduit visiblement la foule avec Tu voulais des enfants. Ce qu’il est généreux!

Même si la performance a été de courte durée, notre attention a été captée du début jusqu’à la fin du concert. Maintenant, une mission pour vous, chers lecteurs. Le nouveau disque Le silence des troupeaux est pertinent, transcendant et important. N’attendez plus. Le musique de Brach vous gonflera le coeur de chaleur…mais surtout d’espoir. Allez découvrir cette magnifique proposition.

CCF 2017: Juniore, Paupière et Victime

CCF 2017 se poursuit! Je continue mon chemin pour me rendre à la soirée de Juniore et de Paupière au Lion D’or. Pour finir le tout au Divan Orange avec Victime.

Juniore, coup de cœur assuré!

Ce fut un samedi assez frisquet. J’enfile écharpe et j’oublie béret (…je sais). J’entre dans la salle. Je prends une place près de la scène, histoire de ne rien manquer. Voilà que la lumière diminue d’intensité. C’est la formation française Juniore qui grimpe sur les planches du Lion D’or pour présenter leur nouveau disque Ouh là là, paru sous Le Phonographe. C’était un soir de première fois en sol québécois pour les filles. Chose certaine, elles se sont démarquées. Quatre membres étaient sur scène. Aux claviers et à la basse, deux étaient vêtus de capes. Donnons une mention spéciale à La Chose qui faisait de la basse tout en étant masqué de la tête aux pieds. Curieux. Au toupet bien taillé, la meneuse de jeu Anna Jean a su nous faire sourire tout au long de la performance par son charisme (malgré une légère timidité). En lançant quelques blagues, elle a su nous charmer. Parions que son magnétisme vocal y était pour beaucoup. Notons aussi la batteuse Swanny Elzingre, qui,même habillée d’une robe noire élégante, a su donner tout un mordant aux pulsations rythmiques de son instrument de prédilection.

Juniore, c’est un coup de cœur assuré. Par des mélodies pop/rock yéyé bien effilées (qui rappelle le son des années 60), on sent ce renouveau de la chanson française qui frôle un certain côté cinématographique. On jurait même parler de symbolisme dans les textes. Personnellement, je vous dirais que Juniore mérite de porter une attention particulière aux textes. C’est riche, intelligent et niché. Si niché, que l’instrumentation «punch» très bien le tout. En plus de nous faire danser tout au long du spectacle (comme sur Panique ou Marabout, par exemple), les filles ont été bien généreuses et charmantes avec le public québécois. Parions qu’elles vont revenir en spectacle assez rapidement.

Party sous les néons

Au tour des montréalais Paupière de venir lancer leur nouvel opus À jamais privé de réponses paru cet automne sur l’étiquette Lisbon Lux Records. Dans un décor minimaliste, les membres se sont avancés sur scène pour lancer les festivités. Pierre-Luc Bégin (We are Wolves) était aux percussions, Julia Daigle à la voix et Éliane Préfontaine aux synthétiseurs. Prenez note que les trois membres faisaient un tour au chant tout au long du concert. On sentait rapidement cette symbiose qui habite le groupe depuis leur tout début. Ça se sentait. Les trois musiciens avaient visiblement du plaisir à faire danser la foule avec leur électro-pop des années 80 muni de quelques parcelles de new wave. Leur poésie s’est bien rendue jusqu’aux oreilles du public. Ça donnait le goût de se mettre un peu de gel coiffant dans les cheveux, de s’habiller de vêtements rétro, de se mettre des brillants plein le corps et de se peindre le visage de couleurs éclatantes. Lâcher son fou avec Paupière est chose possible? Absolument!

L’intimité selon Victime

Je me dirige vers le Divan Orange pour attraper la performance de Victime, tout nouveau groupe post-punk qui nous vient de Labeaume City (à l’heure d’écrire ces lignes, les résultats n’étaient pas encore sortis). Les membres ont fait paraître un EP intitulé Mon VR de rêve paru chez Michel Records, l’hiver dernier. Depuis, la bande continue son ascension dans le paysage musical québécois. Samedi, leur performance s’est déroulé directement sur le plancher de bois franc, et non sur la scène du bar prévue à cet effet. Une première, en ce qui me concerne. Le public était bien serré cette soirée-là. Visiblement, je scande l’auditoire et tous semblait bien fasciné par le son brute et caverneux de Victime. Certains hochaient la tête de tout bords, tout côtés. D’autres, encourageaient par des applaudissements et des cris. La chanteuse, Laurence Gauthier-Brown, a su capter l’attention du public par le biais de sa voix rugissante. Tandis que ses deux comparses (Samuel Gougoux à la batterie et Simon Provencher à la guitare) ont su soutenir les pièces par cette énergie pétillante qui les habitaient. Pas de doutes, Victime est un groupe à suivre de très près.

On se retrouve très bientôt pour la suite!

CCF 2017 : Loud, Shash’U, Automelodi et Xarah Dion

C’était la deuxième soirée du Coup de cœur francophone 2017, ce vendredi 3 novembre. Au menu? Un arrêt au Club Soda pour Shash’U et Loud qui lançait Une année record pour ensuite filer à l’Esco où Ellemetue, Automelodi et Xarah Dion joueraient successivement.

Une longue première partie

Le choix de mettre Shash’U avant Loud était particulier, surtout avec l’heure de prestation qu’il a offerte. Ce n’est pas par manque de talent, mais avec un concert qui commence avec une demi-heure de retard, une heure de DJ set parfois hyper réussi, parfois qui tombait à plat, une autre demi-heure de changement et finalement Loud qui apparaît sur scène, la patience était mise à l’épreuve. N’en reste que Shash’U est l’un des DJ et producteur montréalais les plus talentueux de la scène.

Il a alterné entre ses compositions, des remix et quelques chansons plus connues. Cela donnait un set qui était plus adapté à une soirée dansante qu’un Club Soda qui attendait Loud. Cela s’est aussi traduit avec des moments où les gens dansaient avec entrain et d’autres moments où la foule décrochait et parlait de sa fin de semaine. Il aurait été plus judicieux de couper ça à une bonne demi-heure de bon réchauffement tissé serré, il me semble. Mais vraiment, Shash’U, lui a livré avec solidité, lançant au passage des remix de Ça que c’tait d’Alaclair Ensemble et F.P.T.N. de Yes McCan.

Le phénomène surprenant de Loud

Voilà environ une semaine qu’Une année record est disponible pour écoute. Et ça n’a certainement pas pris plus de temps à la foule nombreuse (le Club Soda affichait complet à l’entrée) pour apprendre les paroles. J’ai même été soufflé par l’ampleur du mouvement. Si l’on savait que Loud Lary Ajust avait son public, Loud ne semble pas plus mal pris en solo. Avec ses rimes souples et veloutées ainsi que sa verve intelligente, il a doublement charmé le public présent. Le jeune homme n’a rien à envier aux musiciens les plus établis. Il est arrivé sur la scène en plein contrôle et n’a jamais donné une seconde de répit aux spectateurs.

Il a enchaîné les chansons de New Phone et d’Une année record, dont les deux succès déjà parus Nouveaux Riches et Hell, What a View avec son complice Ajust aux platines surélevés dans les airs du Club Soda. Lary Kidd est aussi venu lui rendre visite, le temps de quelques chansons pour se remémorer le bon vieux temps. Un concert réussi haut la main et qui valait entièrement l’attente.

Musique faite et livrée dans l’obscurité de la nuit

À l’Esco, je suis arrivé à temps pour attraper Automelodi, devant faire mon deuil des dernières chansons de Loud et de la performance de Ellemetue. Paraît que c’était bon selon le public présent. Automelodi, pour sa part, est duo montréalais qui mélange New Wave et musique Dance. La recette fonctionne bien et le duo ne se perd pas dans des méandres de compositions. Les pièces sont envoyées directement et ne s’étirent pas inutilement. C’est intéressant et on gardera les oreilles ouvertes à l’avenir.

C’est surtout pour Xarah Dion que je m’étais déplacé à l’Esco. Avec Fugitive, la jeune femme commence à obtenir la reconnaissance qui lui est due. Cette année, elle a fait la longue liste du prix Polaris avec raison. Elle nous a d’ailleurs livré ses pièces d’électro-pop expérimentales avec une assurance impressionnante. La talentueuse musicienne n’arrête pas un instant sur scène, pianotant par-ci, bidouillant par-là et chantant en prime. C’est ce qu’on appelle du multitasking. Vraiment, Dion a tout simplement offert une performance parfaite et délicieuse de la première à la dernière note.

On se revoit lundi pour les résumés de la soirée occupée de samedi soir!

CCF 2017: Anatole à l’Esco

On a découvert Anatole lors de son passage remarqué aux Francouvertes 2015. Le projet d’Alex Martel, aussi chanteur de Mauves, compte dans ses rangs des grosses pointures de la scène souterraine de Québec. On y trouve, entre autres, Cédric Martel (Mauves et Tire le Coyote), Simon Paradis (Alexandra Lost) et Jean-Étienne Collin-Marcoux (De la Reine). Bref, Anatole est l’une des choses qui bouillent sur la réputée scène du Pantoum.

Showman, vous avez dit?

Les lumières se tamisent à l’Esco, celles sur scène prennent des couleurs mauves et roses… on sent l’impatience fébrile de la foule alors qu’un enregistrement est lancé. De la musique pour accueillir le groupe qui se présente affublée d’un nouveau costume. Le visage maquillé blême, à la manière des vampires, chacun des musiciens porte un tablier et une cape. Puis, le maître de la cérémonie arrive. Habillé tout de noir, il prend des poses alors qu’il chante une première chanson. La mise en scène est nickel. On sait qu’on aura du plaisir en compagnie d’Anatole.

Et il ne nous a pas déçus. Multipliant les sorties dans le public, chantant à quelques pouces du visage des spectateurs (c’est correct, il avait bonne haleine), il se livre avec énergie et intensité. Les pieds se mettent à taper, les hanches à grouiller et tout le monde sont embarqués dans le vaisseau Anatole qui ressemble à un mélange du Rocky Horror Picture Show et de Dracula. Martel pousse même l’audace à se mettre à quatre pattes sur le bar de l’Esco pour se rendre à l’autre bout de la salle et se commander un verre de whiskey pendant qu’il chante une chanson plus intime.

Pendant la soirée, il nous a graciés de Boulevard des crépuscules, L.A./Tu es des nôtres et quelques nouvelles chansons. Par moment, on se retrouve dans un funk contagieux, alors que la finale de Le Grand sommeil est lourde et donne l’opportunité au public de se headbanger le tout avec un plaisir évident.

On a très hâte de pouvoir se mettre de la nouvelle musique d’Anatole dans les oreilles. En attendant, ce concert à L’Esco était tout à fait satisfaisant. Voilà pour une première soirée de Coup de cœur francophone. On se retrouve demain pour la suite.