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Critique : Mo Kenney – The Details

Mine de rien, la petite Mo nous présente son troisième album, The Details, elle que nous avons découvert fragile et menue en 2012 avec un premier effort écorché et dépouillé.

Principalement acoustique, ce premier disque compilait les échecs d’adolescente de Mo alors qu’elle mettait des paroles sur ses premières compositions. On l’a découvert alors qu’elle cherchait des réponses sur la vie d’adulte qu’elle expérimentait : l’amitié, l’amour et l’angoisse. Le tout avait été sobrement enregistré et produit par Joel Plaskett, complice de la première heure de Mo. Déjà, on était sous le charme de sa voix, de sa fragilité et de son humour noir.

Son deuxième album était prudent textuellement, mais intégrait davantage d’instruments et une dynamique de groupe entre Mo et ses musiciens.

The Details achève cette transformation. Mo est maintenant la chanteuse et guitariste assumée de son band et elle n’a plus à rougir de ses influences ou encore de ses textes à haute teneur en émotions. On la sent plus à l’aise de s’affirmer au chant, une guitare électrique entre les mains. On The Roof qui lance véritablement ce nouvel album, après la comique intro We Have A Cat, en témoigne. Mo y va même un refrain à la Emily Haines à la belle époque de Metric. La grosse basse de Video Game Music et sa puissante mélodie est un autre bon exemple.

Mo ne s’affirme pas seulement musicalement sur The Details. Il contient aussi les textes plus noirs de son répertoire.

June 3rd, Out The Window et If You’re Not Dead en sont les plus beaux exemples. Elles sont aussi des chansons fort réussies, assurément parmi les meilleures composées par Mo jusqu’ici.

The Details est en somme un album bien équilibré qui s’écoute aisément malgré des propos plutôt lourds. Le tout coule bien et avec un temps de lecture de tout juste une demi-heure on ne pourra pas accuser Mo de vouloir nous embêter avec ses tourments. C’est même complètement le contraire : elle nous entraîne dans son univers en nous témoignant son désir d’extérioriser le tout avec une collection de chansons rock honnête et bien sentie.

MA NOTE: 7,5/10

Mo Kenney
The Details
North Scotland Records
31 minutes

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Critique : METZ – Strange Peace

Le trio canadien METZ n’a pas fait beaucoup d’erreurs de parcours. En fait, leurs deux premiers albums, METZ et II, étaient des brûlots particulièrement plaisants pour les oreilles. METZ est un groupe brutal qui déplace de l’air autant en album qu’en spectacle. Pour ce troisième album, la formation ontarienne a fait appel au mythique réalisateur Steve Albini.

L’alliance entre Albini et le groupe semblait naturelle et le résultat est tout aussi satisfaisant. METZ a fait le pari de moins de brutalité. Alex Edkins chante un peu plus au lieu de nous crier ses paroles. Allant même jusqu’à une certaine mélodie pop et surf-rock dans ses airs. Et malgré cette violence qu’ils délaissent, le groupe ne semble pas avoir ramolli. Le travail habile et intelligent de Steve Albini y est pour quelque chose. Peut-être qu’il était le joaillier nécessaire pour polir le diamant brut.

L’introduction de Caterpillar en elle seule démontre une nouvelle facette de METZ. Le riff est distorsionné, mais pas hyper bruyant. Edkins le répète ad nauseam pendant qu’il chante doucement, perdu dans le son ambiant. On y retrouve même des harmonies surprenantes. On reconnait tout de suite la touche Steve Albini. Non seulement l’album est enregistré avec goût et talent, mais il a su amener le groupe (ou l’accompagner) dans une nouvelle direction.

Cellophane est un autre bon exemple de cette nouvelle avenue que prend METZ. Avec son gros riff plus déposé, sa batterie carrée qui rajoute nuance sur nuance, et sa mélodie convaincante, le groupe impressionne. L’agressivité n’est pas complètement évacuée de Strange Peace. Common Trash nous offre de bons moments de punk inspiré qui transporte. On peut en dire tout autant de Raw Materials qui clôt l’album. C’est méchant sur un temps rare.

Ce virage allait se produire un jour où l’autre. METZ ne pouvait continuer à être si brutal sans que le presto se vide. Ce genre de virage n’est pas facile non plus. C’est dans ces moments qu’on perd des fans de la première heure qui redemande de la brutalité primaire. METZ a fait le sien avec goût et intelligence. Faire appel à Steve Albini était aussi une idée géniale. Le réalisateur américain a connu sa part de groupes avec une énergie débordante et il sait bien canaliser le tout. L’ensemble donne un Strange Peace tout à fait réussi.

Ma note: 7,5/10

METZ
Strange Peace
Sub Pop
37 minutes

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Critique : Gord Downie – Introduce Yerself

En entrant dans le chalet, au-dessus du coffre de cèdre, plaqué contre les cannes à pêche et le râteau à feuilles mortes, un appareil radio est sûrement présent.

Du moins, je l’imagine ainsi.

Un radio qui joue, pour une énième fois, les nouvelles compositions en devenir de Gord Downie. Et tout en regardant Lake Ontario, « son » lac, où des pics de diamant scintillent et se reflètent dans ses yeux, le chanteur, malade, se sachant condamné par un cancer du cerveau, écoute sa voix, qu’il trouve de plus en plus fatiguée. Un crayon de plomb à la main, il note dans un calepin des changements à apporter au texte.

Sa dernière œuvre… Son testament musical, il le veut parfait. Il a encore des choses à dire. À adresser. Et à conclure. Gord Downie ne partira pas sans avoir laissé quelques mots à ceux qu’ils aiment, à ceux qui ont partagé sa vie, à ceux qui l’ont marqué.

Il prend des notes puis éteint le radio. Place son calepin dans la poche arrière de son jean et retourne dans le petit studio aménagé dans l’une des chambres du chalet. Il y entre et ferme la porte capitonnée. Et fait signe au réalisateur Kevin Drew (Broking Social Scene), placé devant la console, qu’il est prêt. Il attend le signal, s’approche du micro, et chante :

One step at a time
The floors were full of sounds
All the creaks for time
Then I’d get to the door
Open it carefully
Trying back out of the room so quietly
Bedtime, avec un simple piano en arrière-plan et une batterie, lointaine et discrète

Voilà comment j’imagine l’enregistrement du dernier album de Gord Downie.

Introduce Yerself compte 23 chansons conçues dans un chalet en deux sessions de quatre jours – une première en janvier 2016 et une autre en février 2017. Ces 23 compositions se veulent des lettres adressées à des personnes qui ont partagé la vie du chanteur de Tragically Hip : sa femme, son premier amour, ses enfants, les gars de son groupe, ses fans… Mais aussi des membres des premières nations, qu’il a toujours défendues, et, de façon plus abstraite et poétique, certaines missives tournent autour de thèmes chers à Downie, tels que l’amour et l’amitié, bien sûr, mais aussi la préservation de la nature, de l’eau principalement.

L’enrobage musical proposé par Kevin Drew se veut minimaliste. Le piano et la guitare classique accompagnent la plupart du temps le dernier tour de chant de Gord Downie. Ici et là, quelques touches d’électro ajoutent un aspect contemporain à l’offre (Safe Is Dead, A Better End, Thinking About Us), une offre où quelques pièces au tempo rock bien « tragicallyien » sont également présentes (notamment Love Over Money et A Natural qui auraient pu se retrouver sans problème sur l’un ou l’autre des 14 albums conçus par le groupe au fil de sa carrière).

Au final, nous voici devant une œuvre dense, généreuse, sans prétention, où la résignation de Downie chavire les pensées de l’auditeur et, le temps de l’écoute, éloigne un peu la mort elle-même.

***
Gord Downie est décédé le 17 octobre dernier, seulement dix jours avant la naissance de son sixième album solo. Il avait 53 ans.

Holding hands
Squeezing tight
There’s no fighting anymore
We’re ashore, we’re ashore, we’re ashore, we’re ashore
— Yer Ashore

Mais malgré ce départ précipité, Gord Downie sera encore présent parmi nous pour de nombreuses années, l’écho de sa voix se faisant entendre dans les radios, notamment dans celles des chalets situés près des lacs, ici, tout comme dans le reste du pays.

Ma note: 8,5/10

Gord Downie
Introduce Yerself
Gordiland, Secret Path to life
73 minutes

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Critique : Stars – There Is No Love In Fluorescent Light

On l’oublie, mais ça fait déjà 13 ans que Stars a sorti son classique Set Yourself on Fire, devenu aujourd’hui un des albums cultes de l’indie-rock canadien. Depuis, le groupe torontois (aujourd’hui établi à Montréal) roule sa bosse en poursuivant son exploration des rapports amoureux, comme sur son nouvel opus There Is No Love in Fluorescent Light, qui combine pop de chambre et électro dansant…

Pour dire vrai, Stars n’a jamais réussi à accoter la splendeur de Set Yourself on Fire, peut-être le meilleur album de rupture jamais enregistré. Encore aujourd’hui, je crois qu’aucune chanson n’exprime mieux le sentiment étrange qui nous habite quand on croise notre ancienne flamme par hasard que Your Ex-Lover Is Dead. Et le tout était enrichi par une pop orchestrale élégante, mais sans être prétentieuse.

La bande menée par le duo Torquil Campbell-Amy Millan a ensuite offert une série de disques à la qualité inégale, de l’ambitieux In Our Bedroom After the War, un album concept nominé pour le prix Polaris en 2008 jusqu’au décevant No One Is Lost, paru en 2014, qui semblait abandonner le côté mélodramatique de la musique de Stars au profit de numéros strictement conçus pour la piste de danse.

There Is No Love in Fluorescent Light tente de concilier ces deux univers en alternant des titres puissants de mélancolie comme Privilege et The Gift of Love et d’autres qui évoquent la pop générique des années 80, tels que Hope Avenue et Real Thing. Il n’y a absolument rien de mal à ça, et telle a toujours été la signature sonore de Stars, mais il en résulte forcément quelques ruptures de ton qui rendent le disque difficile à apprécier comme un tout, malgré des qualités d’écriture indéniables.

La grande force du groupe réside encore dans les voix de Campbell et Millan, qui s’échangent le rôle-titre de chanteur avec une tension qui n’est pas sans évoquer celle d’un couple composé de deux têtes fortes. Le « couple » et ses difficultés restent d’ailleurs au centre des préoccupations de Stars, avec des textes qui évoquent entre autres la paranoïa (Losing to You), le besoin de se retrouver seul (Alone, où Campbell clame « Don’t make me need you when I’ve come this far alone… ») ou encore la nécessité de se libérer de son passé (California, I Love That Name).

L’enrobage musical est beaucoup plus élaboré que sur le précédent No One Is Lost et Stars renoue avec la richesse orchestrale qui a fait sa renommée. Même les chansons les plus simples en apparence sont magnifiées par des arrangements soignés (parfois un peu pompeux) qui leur donnent une qualité cinématographique. C’est le cas de la délicate On The Hills et de la très jolie Wanderers, qui clôt l’album sur une note d’espoir qui laisse croire que l’amour véritable est possible, même sous les lumières fluorescentes de nos grandes cités où tout nous semble impersonnel.

Sans s’approcher de la splendeur ou de la puissance émotive de Set Yourself on Fire, There Is No Love in Fluorescent Light marque néanmoins un beau retour pour Stars, après le pâle No One Is Lost, qui avait amené le collègue Stéphane Deslauriers à se demander si « une mise à mort » de la formation ne serait pas souhaitable pour permettre à ses deux leaders de prendre à nouveau leur envol avec un entourage « dépoussiéré ». Dommage, par contre, que ce nouvel album compte quelques titres beaucoup plus faibles qui viennent un peu assombrir l’ensemble…

MA NOTE: 6,5/10

Stars
There Is No Love in Fluorescent Light
Last Gang
50 minutes

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Critique : Chad VanGaalen – Light Information

Les fans de Chad VanGaalen ne reculent devant aucune hyperbole pour parler de ce musicien de Calgary, allant même jusqu’à utiliser le mot « génie ». Une critique digne de ce nom doit éviter ce genre de lourd dithyrambe, mais on peut tout de même rester flatteur tout en le décrivant assez fidèlement. VanGaalen tend vers ce que bien des mélomanes considèrent comme un idéal : indépendant, prolifique, immédiatement reconnaissable, intemporel. Un peu comme un Neil Young de sa génération – et pas simplement parce qu’il joue de la guitare en chantant d’une voix chevrotante.

Depuis ses premiers enregistrements, regroupés sur son premier album Infiniheart en 2005, la méthode de VanGaalen n’a guère changé. Ses chansons sont enregistrées de façon artisanale, principalement seul mais parfois avec des collaborateurs, et peuvent généralement être interprétées dans une formule homme-orchestre guitare-harmonica-grosse caisse-voix. L’homme crée ses propres pochettes d’albums, réalise ses vidéoclips, lance ses albums sur sa propre maison de disque et a touché de près ou de loin à la musique de collègues pas piqués de vers (enregistrement de groupes comme Women, Preoccupations et Alvvays, réalisation de plusieurs clips, dont mon préféré de Metz).

Les habitués n’ont aucune raison de s’attendre à une réinvention avec Light Information, mais ce n’est pas forcément une faiblesse. On a droit au bon vieux VanGaalen mélodique bric-à-brac, avec la même maîtrise pour l’image parfois repoussante (la pièce Host Body, dans laquelle il parle d’une infestation de parasites qui pondent leurs œufs dans son corps et prennent le contrôle de la population), parfois bouleversante (la sublime Pine and Clover, au sujet d’une femme incapable de s’arrêter à une seule identité).

J’avais adoré Shrink Dust, son album précédent en 2014, pour l’intense émotion qui y était exprimée et surtout pour les nouveaux sommets que VanGaalen atteignait dans ses arrangements et ses harmonies. J’ai donc brièvement résisté à ce Light Information un peu plus énergique, plus près du pop-rock et du rock de garage, moins émouvant. La résistance n’a pas duré. Le refrain d’une pièce comme Old Heads, par exemple, est carrément irrésistible, et procure un point de ralliement entre diverses bizarreries, de l’instrumentale ambiante Prep Piano and 770 au noise garage de Golden Oceans en passant par le folk-synthé très efficace de You Fool.

Le monde de Chad VanGaalen change tout le temps un peu, mais reste reconnaissable entre tous, un monde fabriqué à la main où chaque élément est déformé juste comme il faut.

Ma note: 7,5/10

Chad VanGaalen
Light Information
Sub Pop
39 minutes

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