Brooklyn Archives - Le Canal Auditif

Critique : WALL – Untitled

Samantha York est exactement le contraire de ce à quoi l’on s’attend d’une chanteuse punk. La jeune femme s’est fait connaître en tant que modèle qui a posé pour des personnages aussi controversés que Terry Richardson. Alors qu’est-ce qu’un modèle fait derrière le micro d’un band punk? Et pas n’importe quel genre de punk. Si WALL possédait un son frivole comme certains groupes de la Californie ou encore des visées pop comme Green Day, il serait facile d’écarter leur pertinence du revers de la main. Cependant WALL fait du punk acerbe, grinçant à la Big Ups.

WALL avait attiré l’attention pour la première fois en janvier 2016 avec ses pièces bruyantes et tout à fait efficaces. Le quatuor formé de Vanessa Gomez à la batterie, Vince McClelland à la guitare et Elizabeth Skadden à la basse ont vécu guère plus longtemps qu’une chanson punk. À peine savions-nous qu’un album titré Untitled sortait que nous apprenions que le groupe n’existait plus.

Que ressort de ce premier et dernier album que WALL nous largue? Eh bien que c’est un bon groupe qu’on aurait sans doute aimé écouter davantage. La plupart de leurs pièces sont courtes, punchées et jouent sur les répétitions. Weekend est un bon exemple de ce qui peut arriver quand le groupe se met en tête de te marteler une chanson de bonne façon. High Ratings qui ouvre l’album file aussi à toute vitesse alors que York chante des paroles dénonçant la culture de la célébrité.

Ça ne veut pas dire que le groupe n’est pas capable de faire preuve d’un peu plus de nuance. L’un des très bons exemples est Wounded At War qui s’inscrit en faux par rapport à la glorification des soldats dans la culture américaine. Le groupe fait aussi une reprise de Charmed Life du groupe Half Japanese sur laquelle on peut entendre un saxophone particulier, mais charmant.

Les maniérismes dans la façon de livrer les paroles de York sont quand même un peu clichés. Fortement marquée par les Ramones, elle a aussi incorporé une certaine froideur à son interprétation comme le démontre Turn Around. Parfois, elle fait preuve d’un peu plus de personnalité et d’inventivité comme sur Shimmer Of Fact.

Dans son ensemble Untitled est un album bien réussi qui suit dans les traces de nombreux groupes punk de Brooklyn. C’est assez mélodieux malgré l’énergie brute qui se dégage de la plupart des chansons. Ceux qui ont accroché à Big Ups devraient aussi bien s’entendre avec WALL. RIP.

Ma note: 7/10

WALL
Untitled
Wharf Cat Records
31 minutes

https://wharfcatrecords.bandcamp.com/album/untitled

Critique : Wilsen – I Go Missing In My Sleep

C’est en défrichant plusieurs pages Bandcamp que je suis tombée sur celle de Wilsen, formation folk pop de Brooklyn, il y a de ça 3 ans déjà. Et maintenant? Après une signature sous la maison de disque montréalaise Secret City Records, la troupe nous propose un premier long jeu titré : I Go Missing In my Sleep. Ils nous proposent un disque de folk doux, ambiant et nocturne. Avec 11 chansons qui respirent l’insomnie et l’incertitude, Wilsen nous offre un album de qualité. Analyse.

Ce trio de Brooklyn nous convie dans une atmosphère éthérée guidée par une instrumentation minimaliste et réconfortante. Dans la première pièce Centipede, la voix de la chanteuse Tamsin Wilson (qui est britannique) nous plonge dans une introspection des plus fragiles qui soient. En jouant sur les effets vocaux et sur la rythmique des batteries, le titre donne le ton à l’ensemble du disque. On s’enligne vers quelque chose de vrai et de sincère. Garden, un peu plus pop, voit se multiplier les facettes sonores des instruments. Les lignes de guitare grattées avec précision, les batteries énergiques et la voix feutrée de Wilson agissent un peu comme une sorte de couchée de soleil. On arrête de se soucier de nos problèmes. On se centralise sur l’instant présent. On contemple et c’est tout. Ça marche aussi bien sur Heavy Steps, si vous voulez mon avis.

Avec des musiciens comme Drew Arndt et Johnny Simon Jr., le disque vogue vers plusieurs univers musicaux. Oui, on goute à du folk, à de la pop… mais on entend aussi quelques sonorités post-rock. Je vous dirais que c’est à ces moments-là qu’I Go Missing In My Sleep atteint son plein potentiel. Comme la pièce Dusk, par exemple. Tout est nuancé, sans que cela soit souligné au trait gras à l’écoute. Et c’est bien parfait comme ça.

Même si le disque au complet ne lève pas souvent, il fait très bien le travail. Le trio possède plusieurs atouts importants lorsqu’il est question de production qui les mènera loin, sans aucun doute. Et pour toi, cher auditeur… il ne te reste plus qu’à te laisser bercer par toute cette tranquillité et douceur onirique. Ça va te faire du bien.

Ma note: 7,5/10

Wilsen
I Go Missing in my Sleep
Secret City Records
44 minutes

https://www.thisiswilsen.com/

Critique : Tei Shi – Crawl Space

On attendait le premier album de Tei Shi avec impatience. L’Argentolienne nous avait déjà livré deux EP savoureux : Verde et Saudade. Valerie Teicher, de son vrai nom, n’a que rarement pu s’enraciner. Pendant son adolescence, elle a vécu à Bogotá, à Vancouver et à Montréal. Finalement, elle s’est exilée à Boston pour étudier à Berklee en musique. Par la suite, elle s’est installée à Brooklyn. Tei Shi fait de la pop sensuelle qui flirte avec le R&B et l’indie-rock sur laquelle elle chante avec une voix sur le souffle, comme si elle nous chuchotait ses ritournelles aux oreilles.

Crawl Space est son premier album et sort via une maison de disque alors que ses sorties précédentes étaient entièrement indépendantes. Le nom de l’album est une référence à un endroit l’on se cache en petite boule. Teicher a souvent dû s’adapter à un nouveau milieu et c’est un thème récurrent sur l’album. Le tout est couché sur des trames variées et intéressantes pour la plupart.

Tei Shi possède une voix assez unique. Par moment, elle se rapproche un peu du timbre de voix d’Emily Haines particulièrement sur Baby qui ressemble à s’y méprendre à certaines chansons de Metric. La mélodie vocale et l’instrumentation sont calquées sur le groupe canadien. Say You Do pour sa part ressemble un peu plus à ce que font Chvrches, Grimes ou encore Jessie Ware. Même si Teicher chante avec panache, ces quelques chansons donnent l’impression qu’elle n’a pas encore complètement trouvé sa voix.

Par contre, elle nous livre aussi quelques pièces assez solides, merci! L’intoxicante Keep Running montre à quel point elle maîtrise l’organe vocal. Elle passe d’une voix veloutée et fantomatique à une puissance contrôlée pendant le refrain. Sur Justify, avec beaucoup de simplicité elle livre ces paroles à l’ascendant féministe :

« Justify me now
Just, justify me now
Justify me now
Just what I need now
Just define me now
Just, just define me now
Just define me now
Just what I need now »
— Justify

Des paroles simples, mais qui portent le poids de la situation des femmes dans le monde de la pop, alors qu’elles sont souvent prises sous le grappin d’un vieux business man qui cherche à faire de l’argent en profitant de sa beauté. Year 3K pour sa part approche la vie avec beaucoup plus de simplicité avec une touche de néo-soul et c’est très réussi.

Tei Shi nous offre un premier album bien plaisant à classer dans la même catégorie de pop qu’un Chairlift. C’est de la pop légèrement marginale portée par une chanteuse plus que capable. Teicher nous livre plusieurs chansons fortes et malgré les quelques moments où l’on doute de sa direction artistique, c’est tout de même du bonbon pour les oreilles.

Ma note: 7/10

Tei Shi
Crawl Space
Downtown Records
47 minutes

http://www.tei-shi.com/