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Critique : The Charlatans – Different Days

Ici, en Amérique, on les connaît sous l’appellation The Charlatans UK puisque chez nos voisins du sud, un groupe psychédélique originaire de San Francisco et qui a œuvré à la fin des années 60, se nommait aussi The Charlatans. Si ma mémoire ne me fait pas faux bond, à l’époque, le groupe mené par Tim Burgess avait préféré ajouter UK à la fin de son nom plutôt que d’encourir d’interminables poursuites judiciaires. Au-delà de ces considérations sémantiques, The Charlatans existe aujourd’hui sans le UK et sont surtout bien connus de vieux fans de pop-rock alterno grâce à leur imparable succès The Only One I Know, paru sur leur premier album titré Some Friendly (1990).

C’était la période où tout ce qui grouillait de rockeurs britanniques portait la coupe champignon, arborait des chandails de marin et flirtait avec la « dance music ». Originaire de la ville de Manchester en Angleterre, The Charlatans faisait partie de toutes ces formations qui ont émergé de la vague Madchester, mouvement musical dont les principales têtes d’affiche étaient alors les Happy Mondays, les Stone Roses, New Order, James, etc. Mais The Charlatans, contrairement à la vaste majorité de leurs compagnons, a poursuivi sa route, produisant régulièrement de bons disques et qui ont reçu leur bonne part d’approbation.

Vendredi dernier, Burgess et ses acolytes étaient de retour avec un 13e album studio intitulé Different Days sur lequel apparaît une panoplie d’invités de renom : Paul Weller, Kurt Wagner (Lambchop), Stephen Morris (New Order, Joy Division), Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre), Johnny Marr (The Smiths), pour ne nommer que ceux-là… et Burgess qui porte toujours la coupe champignon !

Musicalement, ce groupe en a fait du chemin. Après avoir été considéré longtemps comme un vulgaire « one hit wonder », The Charlatans y va d’un autre bon album. Ce qui vous happera d’entrée de jeu, c’est la réalisation, celle-ci est d’une éclatante limpidité, gracieuseté du groupe lui-même. Chaque son, chaque instrument et chacune des voix sont parfaitement répartis dans le spectre sonore. Du travail éloquent !

Et ce qui aurait pu tomber dans un interminable alignement d’invités spéciaux se lançant la balle inutilement se transforme finalement en une sorte d’album-concept où chacun des protagonistes intervient de manière discrète. Par exemple, Kurt Wagner nous offre un court « spoken-word » en introduction de The Forgotten One et Anton Newcombe pousse la note de façon subtile dans Not Forgotten. Idem pour Paul Weller dans Spinning Out. Bref, malgré les innombrables invités, ça demeure un véritable disque des Charlatans.

Voilà un bon disque de pop alternative dite « adulte » et dans ce genre où l’ennui est la norme, la bande à Burgess tire très bien son épingle du jeu. Dans la foulée de l’attentat insensé qui a eu lieu la semaine dernière à Manchester, ce disque sera un paisible baume sur les plaies ouvertes de tous les Mancuniens. Il s’agit d’écouter l’excellente Let’s Go Together pour comprendre de quoi il en retourne.

Sans que ce soit un grand disque de la part des vétérans de la pop britannique, je dois avouer qu’après 13 albums au compteur, d’entendre The Charlatans être en mesure de présenter autant de chansons de qualité, dans un enrobage aussi impeccable, eh bien, ça mérite le plus grand des respects. Les vieux de la vieille seront vraiment aux oiseaux.

Ma note: 7/10

The Charlatans
Different Days
BMG
45 minutes

http://www.thecharlatans.net/

Gardens & Villa – Music For Dogs

Gardens & VillaTroisième album du groupe californien Gardens & Villa, Music For Dogs surfe sur la vague psychédélique de Tame Impala, sans avoir leur gueule, et ramène un souffle d’indie à la brit, avec des relents très pop à la Jet ou à la Spoon. Si les différentes critiques semblent parler du meilleur disque de Gardens & Villa depuis leurs débuts en 2008, il faut constater qu’on est encore loin d’avoir droit à un chef-d’œuvre.

L’an dernier, Gardens & Villa avait fait paraître Dunes, un album oubliable et déjà enterré. Le band, d’abord un quintette en 2008, était tombé en trio en 2014, pour finalement devenir un duo en 2015. Chris Lynch et Adam Rasmussen, tout deux nouveaux célibataires, pleins de dettes selon leurs dires en entrevue avec Noisey, ont quitté Santa Barbara pour recommencer leur carrière à L.A. Bref, la vie de Gardens & Villa tenait sous respirateur. En moins d’un an, Lynch et Rasmussen ont essayé de faire l’album qu’ils ont toujours rêvé de faire. Ça marche pour l’auditeur? Bof.

Ce n’est pas tout l’album qui cloche. Certaines pièces risquent de faire des ravages sur les ondes tant elles sont bien ficelées. La pièce Maximize Results, frénétique à souhait, pur indie à la brit, pièce d’ouverture, donne de grands espoirs pour le reste: «Looking for love/I can take you there/Pushing my love/I can take you there», refrain répété en boucle, mantra de coké. Chris Lynch va chercher sa voix de tête, craquante (autant dans le sens de mignonne que d’instable) et le résultat ajoute à la frénésie.

Durant le refrain de la pièce Fixations, la voix du chanteur peut être confondue à celle de Kevin Parker de Tame Impala. Alone In The City, sans réinventer la roue, réussit quand même à être une belle balade. Mais après ça, la plupart des pièces deviennent rapidement redondantes et on pourrait les écourter d’une minute ou deux, ce qui, sur une pièce de trois minutes trente, en dit long.

Côté paroles, tout tourne sur l’idée que la technologie remplace le contact humain, un thème populaire dans les sorties récentes, tant du côté de la célébrée St. Vincent que des Peaking Lights. Encore là, rien de nouveau sur le marché.

Sans être un désastre, l’album manque de souffle. D’un point de vue éditorial, il semble qu’un EP plutôt qu’un long jeu aurait dû être privilégié, question d’éliminer les pièces qui, franchement, ont déjà été jouées quatre-vingt-douze fois seulement cette année sur d’autres albums.

Est-ce que ce sera le dernier album de Gardens & Villa? Dur à dire. Si seulement Music For Dogs durait quinze minutes de moins, l’album aurait été excellent.

Ma note: 5,5/10

Gardens & Villa
Music For Dogs
Secretly Canadian
37 minutes

http://www.gardensandvilla.com

Jamie XX – In Colour

Jamie XXJamie Smith, mieux connu sous l’appellation Jamie XX et reconnu pour ses compositions au sein du trio The XX, fait ici cavalier seul. Ce deuxième album est le premier réellement en solo puisque le précédent, We’re New Here, était une adaptation de l’album I’m New Here de Gil-Scott Heron. Bref, le jeune Anglais y va d’une première galette de compositions originales.

On peut dire aisément qu’il n’a pas manqué sa chance de briller. In Colour est une brillante démonstration du jugement de Smith qui sait prendre des risques tout en conservant une approche accessible au commun des mortels. Ce n’est pas suffisamment fédérateur pour que les admirateurs d’électro décrochent, mais c’est assez mélodieux et accrocheur pour que le néophyte s’y enfonce allègrement.

Son utilisation de sonorité de «steel drums» sur Obvs est tout simplement parfaite. La pièce est habilement construite, utilisant les sons de l’instrument des Caraïbes en compagnie d’une basse parfaitement calibrée. Les nuances délicates que Jamie XX y insère démontrent son intelligence musicale. Le musicien nous envoie aussi l’atmosphérique Sleep Sound qui n’est pas sans rappeler le son de The XX.

D’ailleurs, ses deux comparses font acte de présence sur In Colour. Oliver Sim prête sa voix à l’accrocheuse Strangers In A Room qui elle aussi rappelle le son de leur formation. Romy quant à elle fait apparition sur l’entraînante SeeSaw et l’excellente Loud Places. Cette dernière est l’une des meilleures pièces que nous offre Smith sur cette galette de grande qualité. Les chœurs quasi-gospel jurent magnifiquement avec la musique minimaliste. C’est une belle opposition qui réjouira les tympans de nombreux mélomanes.

L’autre collaboration sur In Colour se démarque. L’estival I Know There’s Gonna Be Good Times qui fait place à Young Thug et Popcaan est une leçon de construction de pièce mélodieuse qui évoque l’été et les journées ensoleillées où les soucis s’écoulent en sueur. Young Thug flirte avec une approche Lil Wayne dans son rap rythmé alors que Popcaan infuse des effluves des Caraïbes dans le mix.

Jamie XX ne fait pas de faute sur In Colour et offre un album qui, à la fois ose expérimenter et tenter de nouvelles approches, tout en trouvant toujours le moyen de rendre le tout agréable à l’oreille. Un album électro franchement accrocheur et jouissif.

Ma note: 8,5/10

Jamie XX
In Colour
Young Turks
43 minutes

http://www.jamiexx.com/