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Critique : Prophets of Rage – Prophets of Rage

Têtu (adj.) : Qui montre un attachement obstiné à ses opinions, à ses décisions : Enfant têtu.

Personne sauf peut-être les vieux fans désillusionnés de rap-rock ne l’attendait avec impatience, mais il est tout de même là. Le premier album de Prophets of Rage, un « supergroupe » (terminologie très discutable) formé de Chucky D et DJ Lord (Public Enemy), de B-Real (Cypress Hill) et de la section rythmique de Rage Against the Machine. Mais ça, on l’aurait su sans se l’être fait dire, parce qu’on entend clairement que personne dans le groupe ne semble avoir réalisé que l’art possède cette fascinante capacité qu’est le changement.

Eh oui, leur premier EP était, sommairement, médiocre et maladroitement nostalgique; difficile donc d’espérer une amélioration considérable durant le maigre laps de temps qu’est une année pour une bande d’adulescents (parce que oui, un artiste qui fait la même chose pendant vingt ans ne peut être autre qu’un adulescent). Difficile aussi d’écouter le LP sans être subjugué par l’ampleur de la stagnation stylistique dont fait preuve le « supergroupe » (ce terme est d’un ridicule exquis). Si seulement on pouvait en dire que c’est un pastiche de RATM, mais non. Ce n’est pas une redite, c’est une mauvaise copie, une caricature grossière d’un style déjà limité à la base. Je pense ici par exemple au jeu de Morello, qui a perdu toute pertinence dans ses solos, dans ses riffs et dans ses explorations sonores, étrangement portées disparues. Il semble même avoir désappris à être lui-même, ou le guitariste original et inventif qu’il était; ses riffs sont monotones (des gammes blues à en vomir), il utilise les exactes mêmes techniques qu’il y a plus de vingt ans dans ses solos — comme le toggle switch ou les effets de whammy — etc.

Je pourrais ainsi continuer pour chaque musicien; les chops de DJ Lord, quand entendus, sont presque risibles avec ses petits scratchs inactuels à souhait, les rythmes de Wilk sonnent juste un peu moins datés que Atom Heart Mother, et les bars des deux MC sont naïfs et enfantins :

When I’m home down away from ducking your drones
Catching flows on this microphone
Saying I can’t run, saying I can’t hide
Seeing spies around the corner ’cause I’m Rage-ified
Radical Eyes

Limp Bizkit ont déjà été plus pertinent que ça niveau paroles. Come on les gars, Wake up.

Révolutionnaire (adj.) : Qui apporte de grands changements est d’une grande nouveauté dans un domaine donné : une découverte scientifique révolutionnaire.

C’est Tom Morello lui-même qui autoproclame le groupe comme étant « […] an elite task force of revolutionary musicians determined to confront this mountain of election year bullshit, and confront it head-on with Marshall stacks blazing. ».

Des musiciens révolutionnaires, hein?

Tout ça, c’est sans parler de la redondance de la composition, laquelle était déjà entrevue dans les compositions de Rage dès leurs débuts… Comme je le disais tantôt, leur style était limité à la base. Ça aurait pris de méchants bons musiciens pour le revisiter. À tout le moins, il aurait fallu un métissage stylistique ou un changement de son ou encore une approche rafraichissante pour rendre l’ensemble pertinent. Bref, tout ce qui ne s’est pas passé lors de la production de cet album.

Insipide (adj.) : Qui rebute par sa fadeur, qui dégage l’ennui : Un film insipide.

MA NOTE: 3/10

Prophets of Rage
Prophets of Rage
Fantasy Records
40 minutes

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