blues Archives - Le Canal Auditif

Critique : Boss Hog – Brood X

Pour moi, Boss Hog, ça évoque deux choses bien distinctes. En premier lieu, je pense au grassouillet qui sévissait dans l’inutile série The Dukes of Hazzard; une sorte de Donald Trump avec une centaine de livres en trop. Un personnage vil, avare et qui enchaînait cigare par-dessus cigare. Mon genre d’être humain… mais Boss Hog me rappelle aussi à quel point j’ai un profond respect pour cet excellent musicien qu’est Jon Spencer (The Jon Spencer Blues Explosion, Pussy Galore, etc.).

Boss Hog est une formation punk-blues menée par nul autre que Spencer, qui tient un rôle plus effacé, et par son épouse, Christina Martinez, une chanteuse-performeuse comme il s’en fait très peu et qui a influencé des femmes fortes comme Alison Mosshart (The Kills, The Dead Weather) et Teresa Suarez (Le Butcherettes). S’ajoutent à ce duo de feu, le bassiste Jens Jurgensen, la batteuse Hollis Queens et le claviériste Mickey Finn. Boss Hog existe depuis 27 ans, mais n’a que 4 albums à son compteur : Cool Hands (1990), Boss Hog (1995) et le dernier titré Whiteout et paru en 2000.

Au début du mois d’avril, après 17 ans d’absence, le quintette était de retour avec un nouvel album intitulé Brood X. Bien sûr, ç’a complètement passé dans le beurre… et c’est pour cette raison que je vous en parle, car l’amateur de blues rock américain modernisé qui grafigne va adorer ce disque. Boss Hog a déjà brassé la baraque plus que ce que la bande démontre sur cet album. Par contre, ce qui est perdu en furie gagne en subtilité, particulièrement le jeu de guitare toujours aussi inventif de Spencer.

Mais ne vous méprenez pas, ce qui caractérise Boss Hog, c’est d’abord et avant tout l’interprétation sensuelle – je dirais même sulfureuse – de Christina Martinez. En spectacle, la dame avait la réputation d’accoter les prouesses physiques de son fou furieux de mari, jusqu’à enlever quelques fringues.

Même si ça déménage un peu moins, les chansons sont au rendez-vous et c’est tout ce qui compte. Parmi les meilleures, on retrouve l’excellente entrée en matière titrée Billy qui met de l’avant le jeu de basse hypnotique de Jurgensen. Dans Ground Control, le bon vieux Spencer partage le micro avec sa conjointe; c’est l’un des moments jouissifs de cette production. Black Eyes rappelle The Jon Spencer Blues Explosion, mais avec un je-ne-sais-quoi de plus charnel. Sunday Routine a des liens sonores avec le Velvet Underground et ça se termine de belle façon avec une surprise : la ballade 17 qui conclut ce Brood X étonne par son côté aussi émouvant que mature. Oui, c’est du Boss Hog un peu adulte, mais ça demeure fort pertinent.

Chaque fois que Jon Spencer s’implique dans un projet, il faut toujours prêter l’oreille. Le bonhomme se trompe rarement. Imaginez lorsqu’il s’associe avec sa talentueuse et ardente épouse dans un projet musical. Ça donne un album de rock authentique qui fera plaisir à entendre dans une fin de soirée embrumée par l’alcool.

Cette belle bande de salopards sera en concert à Montréal, le samedi 20 mai prochain au Ritz PDB.

Ma note: 7,5/10

Boss Hog
Brood X
In The Red
33 minutes

https://fr-ca.facebook.com/BossHogOfficial/

Le Festival Jazz et Blues de Saguenay 2017

En fin de semaine, je suis allé me promener au Saguenay pour redécouvrir ce coin de pays. Faut dire que la dernière fois que j’avais mis les pieds à Chicoutimi, j’avais 12 ans… disons que les choses ont beaucoup changé depuis… et qu’on me laisse entrer dans les bars, ce qui change considérablement l’expérience. Le Festival Jazz et Blues m’ont invité à couvrir et je dois avouer qu’on sait recevoir pas à peu près.

Aussitôt arrivé, j’avais une quinzaine de minutes pour aller porter mes effets personnels à la chambre avant qu’on se dirige au Dôme extérieur où était présenté un spectacle gratuit de Yeshe. L’artiste d’origine allemande joue de deux instruments peu communs : la m’bira, une sorte de piano à doigt composé de lames de métal. Celles-ci ont été faites à partir de ressorts de Peugeot 5 aplatis, rien de moins! Son deuxième instrument de prédilection est un kamélé n’goni, un genre de harpe-luth d’origine burkinabé. À ses côtés, il y avait Frédéric Boudreault et Alexis Martin, deux sympathiques gaillards qui savent jouer de la musique en ti-péché. Parmi les pièces marquantes, ils font une reprise très réussie de Jean Batailleur, une de Summertime et la tripative Captain of my Soul.

Puis, nous avons continué ça à la Pizzetta avec Misses Satchmo. Pendant la durée du festival, la musique prend possession de tous les restaurants où, en plus de te sustenter le bide, tu peux le faire avec des musiciens capables qui te livrent leur art. Misses Satchmo c’est un quintette mené par Lysandre Champagne qui se débouille autant au chant qu’à la trompette. Cette fois-ci, elle était accompagnée de trois jolis garçons, dont Jeff Moseley et Marton Maderspach. Ça fonctionnait très bien d’un bout à l’autre du spectacle. C’est rythmé, mélodieux, et les reprises qu’ils font de classiques sont toutes très plaisantes (Il faut étirer le « ai » de plaisante, j’ai quand même ramené un peu de l’accent) pour les oreilles. Pendant la deuxième partie du spectacle, ils ont été rejoints par Jacques Kuba-Séguin, trompettiste impressionnant, le temps de deux chansons. Ce n’est pas des farces, la musique était meilleure que la pizza et je me suis tout de même régalé.

J’ai terminé la soirée au resto-bar l’Inter, à même l’hôtel Chicoutimi où j’étais logé. C’est le quatuor de Chicago, Mississippi Heat, qui avait la tâche de clore ma première soirée à Chicoutimi. Ils l’ont fait avec panache. Du blues classique de la ville du vent joué par des musiciens capables dont un guitariste assez talentueux, merci! La chanteuse Ineta Visor a une voix puissante qui pige dans le blues et le gospel.

Je me suis levé vendredi matin avec un mal de tête flottant entre mes deux tempes. Heureusement, j’avais la journée pour me remettre le corps en état avec de bons légumes et bien de l’eau. Arrivé 18 h, j’étais frais comme une rose, prêt à me relancer dans une nouvelle épopée. J’ai commencé avec Shy Shy Schullie qui était une participante de La Voix en 2016. La jeune montréalaise possède une belle voix, mais ça manquait un peu de ressentis dans l’interprétation. Ça tombait malheureusement à plat. Elle nous a tout de même offert une prestation honnête sans plus.

Puis, je me suis dirigé vers le Merlin pour Sonia Johnson et Stephen Johnston qui reprennent des chansons d’Ella Fitzgerald à l’époque où elle jouait en compagnie du guitariste Joe Pass. Johnson possède une voix magnifique et un don pour l’interprétation. Ce n’est pas mêlant, j’avais les larmes aux yeux après deux chansons! La bouffe était bonne, mais encore une fois n’accotait pas le talent des deux artistes qui nous ont charmés d’un bout à l’autre du spectacle. Le duo nous a livré des reprises magnifiques de Georgia, Tennesse Waltz et The Thrill is Gone.

Pour la suite des choses, je me suis dirigé au Sous-bois pour le spectacle de Jesse Mac Cormack précédé de Rosie Valland. À mon grand désarroi, je suis arrivé pour les trente dernières secondes de la partie de la jeune femme. De très belles secondes… mais des secondes quand même. À entendre les applaudissements, elle pouvait se dire : mission accomplie! Puis, Jesse Mac Cormack est venu présenter les chansons de ses deux premiers EP en version trio, accompagné de Francis Ledoux et Étienne Dupré. Les trois jeunes hommes ont charmé la salle de la sympathique salle de spectacle. Il nous a dit aussi travailler à l’enregistrement de son premier album! Une excellente nouvelle! C’était très bon!

Finalement, j’ai de nouveau terminé la soirée à l’Inter en compagnie de Bar Routier, un groupe qui fait des reprises aussi efficaces que plaisantes. Ils passent à travers le répertoire blues rock en passant évidemment par les Stones, incontournables du genre. Formé en partie par des membres du groupe Mordicus, le groupe s’est assuré de mettre le party dans la place avant de céder la place pendant sa pause au groupe de Jessie Mac Cormack et à la bande d’Ilam qui ont chacun fait une chanson en version jam. Du gros fun.

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Une programmation riche pour le Festival Jazz et Blues de Saguenay

Le Festival Jazz et Blues de Saguenay revient en force cette année pour une 22e édition avec de grands noms de la musique. L’évènement qui se tient du 4 au 8 avril 2017 a pour têtes d’affiche Martha Wainwright, Stacey Kent et Jack Broadbent.

Cette année la programmation haute en couleurs offre aux amateurs de Jazz et de Blues de quoi se mettre sous la dent. On parle d’artistes tels que Gabriella, Betty Bonifassi, Jesse Mac Cormack et Misses Satchmo. C’était une grande nouvelle pour le festival lorsque la présence de Martha Wainwright avait été confirmée en septembre 2016. L’artiste canadienne de renommée internationale reviendra tout juste d’une tournée en Australie. Elle s’est d’ailleurs donnée en spectacle au prestigieux Opéra de Sydney. Elle offrira une performance le 5 avril 2017 au Théâtre Banque Nationale à Chicoutimi. De Sydney à Saguenay, en voilà tout un parcourt!


 

La talentueuse Safia Nolin sera aussi au rendez-vous le 7 avril au Théâtre Banque Nationale. La chanteuse connue maintenant pour admirer Gerry pourra-t-elle peut-être nous rechanter «Ayoye, tu m’fais mal, À mon cœur d’animaaaaal!», comme dans son album sorti en novembre dernier, Reprises Vol. 1.


 

Le bluesman britannique Jack Broadbent qui n’en ai pas à ses premiers balbutiements risque de faire monter la température à l’Hotel Chicoutimi le 5 avril. Celui qui s’est fait surnommé par le Montreux Jazz Festival «The new master of slide guitar» va littéralement faire bouger la salle. En sus, la jazzwoman new-yorkaise Stacey Kent apportera réconfort et chaleur au printemps timide qu’il est dans nos régions avec une musique jazz typique des films des années 90 qui se déroulent à Manhattan.

Parmi les nombreux spectacles gratuits, on retrouve Ben Caplan, Gypsy Kumbia Orchestra, Papagroove et Masson Stomp. Les performances se donneront dans les divers lieux aménagés de la région connue pour son majestueux fjord. À Chicoutimi, les spectacles auront lieu entre autres, au Dôme La Capitale, au Théâtre Banque Nationale, et à l’Hôtel Chicoutimi. Dans la ville de Jonquière, les prestations se feront à la salle Pierrette-Gaudreault et à l’Espace Côté-Cour.

Du talent local, national et international se pointe le bout du nez au Saguenay en 2017. Le festival Jazz et Blues donne raison au popularisé slogan touristique «Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est GÉANT!»

Critique : Duke Garwood – Garden Of Ashes

La semaine dernière paraissait le 6e album studio du guitariste britannique Duke Garwood (un proche de l’Américain Mark Lanegan), intitulé Garden Of Ashes. Garwood a obtenu un rayonnement plus vaste en s’associant justement avec Lanegan sur l’album Black Pudding; l’un des bons albums de 2013. En 2015, le musicien y allait d’une création en mode solo intitulé Heavy Love. Une autre réussite, il va sans dire.

Réalisé par Steve Barrett, Garwood a fait appel à ses amis de longue date pour l’épauler dans ce nouveau projet. Se joignent donc à l’artiste, Alan Johannes (Queens Of The Stone Age) et, bien entendu, le bon vieux Lanegan. Dans l’univers de Duke Garwood, la surprise est rarissime. D’album en album, il nous plonge systématiquement dans une atmosphère brumeuse et hypnotique, souvent langoureuse, évoquant autant une fin de soirée charnelle avec le partenaire prisé ou encore le roadtrip nocturne… toujours avec le partenaire prisé.

Et Garden Of Ashes ne fait pas exception à la règle, sauf que cette fois-ci, les prises de son semblent plus rapprochées que jamais, donnant l’impression que Garwood joue dans votre salon, susurrant son blues suggestif dans le creux de votre oreille. Tout ça accentue bien sûr l’effet « desert blues » de sa musique. Les structures sont toujours aussi répétitives accentuant le côté hypnotique/narcotique des chansons. Ainsi, on sort de ce disque avec l’impression d’avoir fait un rêve éveillé. Le mélomane hyperactif pourrait trouver le temps long avec Garwood, mais pour celui qui aime la musique subtile qui prend son temps, ce Garden Of Ashes comblera les attentes.

L’une des forces de ce respecté instrumentiste réside dans l’identité sonore forte qu’il dégage, et ce, malgré la similitude vocale à celle du comparse Lanegan. À la défense de Garwood, celui-ci est de prime abord un musicien avant d’être un chanteur et à force de côtoyer l’Américain, il s’est inconsciemment approprié quelques tics vocaux du chanteur… mais ce n’est rien pour rebuter l’amateur de blues rock modernisé. Aucun doute, encore une fois, Duke Garwood réussit à nous ensorceler avec ce Garden Of Ashes.

La ténébreuse Coldblooded, le folk de Sing To The Sky, la sensualité de Heat Us Down, la tension qui n’explose jamais dans Move On Softly et la conclusive Coldblooded The Return font partie des moments forts de ce très bon disque. Même si écouter Garwood, c’est se complaire dans de confortables pantoufles, le bonhomme s’en tire encore une fois avec tous les honneurs et c’est grâce à ce genre musical indémodable (le blues) qui, merveilleusement modernisé, nous séduit totalement. Un « grower » comme on dit chez nous.

Ma note: 7,5/10

Duke Garwood
Garden Of Ashes
Heavenly Recordings
41 minutes

https://fr-ca.facebook.com/dukejgarwood/

Brad Mehldau Trio – Blues And Ballads

brad meldhau trioDepuis son arrivée sur la scène jazz au cours des années ‘90, Brad Mehldau s’est forgé une réputation enviable. Le pianiste américain prend d’ailleurs soin de celle-ci en proposant chaque fois des œuvres de qualité, notamment l’excellent disque intitulé Day Is Done paru en 2005.

En juin dernier, c’est sous la formule du Brad Mehldau Trio que le pianiste fit paraitre Blues And Ballads, une œuvre fort jolie sur laquelle se succèdent sept reprises dont la plupart sont des standards jazz. Choisissant méticuleusement les compositions qu’ils allaient se réapproprier, Brad Mehldau et ses deux acolytes ont jeté leur dévolu sur des œuvres de Cole Porter, Charlie Parker, John Lennon et Paul McCartney et autres grands musiciens.

Il est vrai que l’idée de se réapproprier les œuvres de tels monuments de la musique peut être particulièrement audacieuse, voire risquée. Toutefois, il faut dire que le Brad Mehldau Trio a déjà relevé le défi avec panache. En 2004, la formation menée par le pianiste américain avait fait paraitre Anything Goes, son tout premier disque: une œuvre composée uniquement de reprises issues de divers styles musicaux, dont la pièce-titre – tirée du catalogue du grand Cole Porter – et Everything In Its Right Place de Radiohead (morceau composé par Colin Greenwood).

Fait intéressant: Brad Mehldau est bien connu pour être un admirateur de Radiohead et l’a prouvé à quelques reprises au cours de sa carrière en reprenant d’autres compositions comme Knives Out sur Day Is Done.

Alors, qu’en est-il de ces reprises qui composent Blues And Ballads?

Eh bien, force est de constater que le Brad Mehldau Trio n’a pas perdu la main. À travers toutes ces reprises, la formation réussit à saisir l’essence de la pièce originale et de la transposer au cœur de la réécriture et de l’interprétation qui, elle, est indéniablement celle du Brad Mehldau Trio. D’ailleurs, chacun des musiciens accomplit son travail de manière admirable. Brad Mehldau est égal à lui-même en interprétant son impressionnant travail de réécriture. Son jeu est si précis et inspiré qu’il absorbe l’auditeur dans l’univers de Blues And Ballads. À la batterie, l’illustre Jeff Ballard – qui a joué, entre autres, avec Ray Charles, Avishai Cohen et Chick Corea – livre une prestation sans failles. Sa maîtrise des rythmes jazz classiques, des formes jazzistiques modernes et de l’improvisation cohabitent à merveille. À la contrebasse, Larry Grenadier – qui a joué avec des musiciens renommés comme John Scofield et Pat Metheny – joue toujours de manière juste et se démarque par moment. La dynamique pièce intitulée Cheryl démontre bien tout son talent.

Bien que toutes les compositions de Blues And Ballads soient bonnes, certaines ressortent du lot. Parmi celles-ci, nous retrouvons les deux ballades I Concentrate On You et Little Person. Cette dernière est une reprise de la chanson du même nom qui a été composée par Jon Brion et le cinéaste et scénariste Charlie Kaufman. Il s’agit d’ailleurs de la composition qui ressemble le plus à l’originale. Little Person joue dans le générique de fin du remarquable film intitulé Synecdoche New York (2008). Mais, selon votre humble critique, la composition qui remporte la palme de la meilleure pièce du disque est And I Love Her, reprise de la pièce du même nom composée par les deux Beatles John Lennon et Paul McCartney. Cette reprise d’une durée de 9 min 25 sec est le fruit d’un travail d’adaptation tout simplement époustouflant. Brad Mehldau et sa bande pourront dire qu’ils ont relevé le défi colossal de reprendre une chanson du Fab Four.

Au final, avec Blues And Ballads, le Brad Mehldau Trio donne un nouveau souffle à ces grandes œuvres. Du même coup, il propose un album accessible pouvant très bien servir de porte d’entrée à quiconque souhaite découvrir le jazz.

Ma note: 8,5/10

Brad Mehldau Trio
Blues And Ballads
Nonesuch Records
55 minutes

http://www.bradmehldau.com/blues-and-ballads/#.V5N9BldeB0I