Blaise Borboën-Léonard Archives - Le Canal Auditif

Les finalistes des Francouvertes : Entrevue avec Lydia Képinski

Crédit : Jean-François Leblanc

Par un pas si beau lundi pluvieux, j’ai jasé un peu avec Lydia Képinski qui vient de connaître toute une année! Non seulement est-elle finaliste aux Francouvertes, mais la jeune femme a aussi été finaliste à Granby en plus d’aligner les prestations au Coup de cœur francophone et autres événements disséminés à travers la province. Bref, pour son jeune âge et sa carrière naissante, Képinski a vu du terrain en masse. Elle a fait de nombreux concours où la situation de « jugé » peut user à la longue : « Je pense que ça forme. Je reproche beaucoup de trucs à Granby, mais une des choses positives, c’est que j’y suis allé et j’ai été confronté à une gang de baby-boomers qui vivent de la musique. C’est important. Ces gens-là, il faut les rencontrer. Faut savoir qu’ils existent, faut aller à leur rencontre et après tu peux te faire une opinion sur eux. Les Francouvertes c’est plus mon “bag”. C’est bien organisé, j’ai du fun à le faire et je me sens pas exploité. Faut pas oublier qu’on fait partie d’un système capitaliste, c’est un système de compétition. C’est pas juste les concours qui participent à ça, c’est la vie, c’est Itunes. Dire : ah non, moi je veux juste faire de la musique et pas me prêter à la compétition, c’est un peu dire que tu débarques. »

Lucidité et travail

Elle est lucide. Elle accepte aussi que cette compétition ne l’avantage pas. Képinski, comme bien des artistes, n’a pas reçu la bourse qu’elle avait demandé cette année. Cela ne la décourage aucunement. Elle comprend que les ressources sont limitées et que c’est à elle de se relever les manches et continuer de bosser. « J’ai chialé contre les concours, mais contre l’organisation parce que certains n’ont pas de bon sens, comme Ma première Place-des-Arts. Ces concours-là sont accotés sur les subventions et ne les utilisent pas pour créer quelque chose qui fait du bon sens. De toute façon, les Francouvertes, c’est mon dernier concours. »

Lydia Képinski, malgré le goût amer que certains concours ont laissé derrière eux, se plaît au Francouvertes. « C’est le concours le plus professionnel que j’ai fait et je suis content de l’avoir fait en dernier dans ma run. Il y a des gens que je respecte dans la salle. Il y a des blogueurs que j’aime, des journalistes que j’aime, des artistes que j’aime. Ça donne l’impression qu’il y a un cocon qui est réuni pour décider de l’avenir. Je trouve ça un peu épique dans ma tête. J’aime le palmarès, je trouve ça excitant. C’est stressant, et ça te garde en haleine. »

La formation qu’elle aligne pour les Francouvertes n’est pas la même que par le passé. Après l’enregistrement de l’EP, elle a décidé de continuer avec les musiciens qui ont participé à celui-ci : Blaise Borboën et Stéphane Leclerc. « Je voulais trainer mon band dans une direction qu’ils ne voulaient pas aller. C’était comme un vieux couple, même si ça ne faisait pas si longtemps qu’on jouait ensemble. J’avais espoir de les changer. Mais ça ne marche pas. » La cohésion avec ses deux nouveaux acolytes est palpable. « On se comprend. On se comprend et ils sont travaillants et, ça, c’est la valeur numéro que je veux promouvoir chez mes amis musiciens. Il y a juste le travail qui peut te démarquer dans la vie. »

S’adapter est une preuve d’intelligence

Ses chansons et sa prestation scénique ont aussi changé avec le temps. Les changements de musiciens y sont pour quelque chose, mais son utilisation de la guitare l’est aussi. « Avant je jouais du piano, mais depuis cet été, depuis Granby, je joue de la guitare. J’ai fait mon audition pour le festival au piano, mais là où j’habitais, c’était loin d’où je jouais. Je n’avais pas envie et je n’étais tout simplement pas capable de trainer mon piano ce qui fait que j’ai joué de la guitare. Tout ça juste parce que j’étais en tabarnak contre le festival qui ne voulait pas m’aider à amener mon piano qui pèse deux cents livres (exagération, mais on comprend le message). C’est la seule raison que j’ai commencé à jouer de la guitare. J’ai beaucoup aimé la mobilité que ça m’a donnée. Surtout qu’au piano t’es pas mal statique. »

Lydia Képinski semble non seulement prête pour la finale des Francouvertes, mais prête aussi pour la vie professionnelle. Elle arrive avec des objectifs, une éthique de travail et de l’énergie à revendre. On continue nos entrevues demain avec Vincent Roberge aka Les Louanges. On se voit pour la finale le 8 mai prochain au Club Soda!

http://www.lydiakepinski.com/

http://francouvertes.com/

Les EP à LP de février 2017

Mélanie Venditti – EP

On surveille la jeune femme depuis un petit bout de temps. En fait, depuis la sortie de l’excellente Pompéi l’automne passée. Voici qu’on a enfin un EP à se mettre dans les oreilles. On y retrouve plusieurs excellentes chansons, dont Phare avec sa magnifique montée mélancolique. Les Gyres est cadencée, peuplée d’altos doux aux oreilles et menée par un air solide. Elle s’est bien entourée pour cette première aventure, on retrouve Guillaume Guilbault (Kroy) à la réalisation, Étienne Dupré (Câltar-Bateau, Mon Doux Saigneur) à la basse, Mandela Coupal Dalgleish (Câltar-Bateau) à la batterie et Elyze Venne-Deshaies (Eliza, ex-Câltar-Beateau) à la clarinette. On peut dire mission réussie à Mélanie Venditti avec ce premier EP.

Millimetrik – Sour Mash EP

Un de nos DJ / compositeurs d’électro préférés au Québec, Millimetrik, revient avec un nouvel EP. Sour Mash est dans la continuité de son travail. Pascal Asselin nous gâte encore avec des trames luxuriantes avec des atmosphères intelligentes, travaillées et riches à souhait. Il fait une fois de plus appel à des voix québécoises pour habiter ses chansons, dont celle de Maude Audet, dans la fantomatique Trop loin de toi. C’est tout à fait réussi pour Millimetrik… encore une fois.


 

Emma Ruth Rundle & Jaye Jayle – The Time Between Us

La toujours aussi délicieusement mélancolique Emma Ruth Rundle fait paraître un « split » et pas avec n’importe qui! Jaye Jayle est le pseudonyme en solo d’Evan Patterson de Young Widows. Celui-ci vient tout juste de rejoindre l’écurie Sargent House. Ce dernier nous offre des pièces de country noir coloré d’effets sonores étranges. C’est réussi et ça donne envie d’en entendre plus. La paire nous gâte en ce début d’année.


 

Animal Collective – The Painters EP

Animal Collective a fait paraître le bien intéressant Painting With en 2016. Voici que la bande fait paraître des chansons issues de la même période créatrice, mais qui n’avaient pas été retenues. N’allez pas croire que c’est ennuyant ou inférieur en qualité pour autant. Kinda Bonkers et Goalkeeper valent le détour avec leurs airs intéressants et joyeux. Eh oui, ils sont toujours aussi baroques.


 

No Joy – Creep EP

No Joy est reconnu pour son shoegaze assez efficace merci. Par contre, Creep est une surprise qui surprend, pour vrai. On découvre l’étendue de leur talent de composition, jusqu’ici (on s’en rend compte) inconnu. Fluorescent Dread est une chanson de techno trance alors que Hellhole est une chanson avec une grosse distorsion chaude et enveloppante. Le duo féminin est tout simplement en feu sur Creep. Ne vous attendez pas à une suite de chansons tranquilles qui perpétuent leur son. Soyez prêt à tomber en bas de votre chaise. On conseille même le port du casque lors de la première écoute.

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