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Raconte moi ton disque: Bernard Adamus

JIMMI FRANCOEUR 2Notre dernière chronique Raconte-moi ton disque remontait au printemps 2015. Déjà. On était dû, comme on dit! Pour célébrer ce retour à la vie, LP Labrèche et votre modeste scribe avaient l’occasion de rencontrer Bernard Adamus afin de réécouter dans le système de son haute fidélité du Lab Mastering, l’excellent Sorel Soviet So What; son meilleur album, il va sans dire. La prémisse qui a mené à la création de ce disque? Adamus désirait ardemment laisser en plan le folk country, parfois mélancolique, proposé sur les deux précédents efforts, Brun et No. 2, afin de concevoir un disque plus vivant, plus dynamique.

Adamus et ses musiciens n’ont pas eu peur de se lancer à corps perdu dans tout ce qui a caractérisé la musique américaine des 50 dernières années. Sur Sorel Soviet So What, on y entend des éléments de jazz «big band», du Chicago blues, ainsi que des moments pianistiques inspirés du grand Charles Mingus. S’ajoutent à ce cocktail, des ascendants issus de la musique cubaine de même qu’un clin d’œil hawaiien grâce au pedal steel de Joe Grass dans Hola Les Lolos. Combinés avec les textes poétiques/rustiques d’Adamus et sa magnifique voix éraillée, ça donne un maudit bon disque d’un naturel désarmant. Fidèle à notre concept habituel, on vous propose l’exploration piste par piste de ce Sorel Soviet So What.

LE BLUES À GG

Cette pièce qui donne le coup d’envoi à l’album, caractérisé par un solo d’harmonica salopé d’Adamus à mi-parcours, est un collage de différents textes d’un de nos plus grands poètes: Gérald Godin. Bernard nous a fait la remarque que le jeu atypique du batteur Tonio Morin-Vargas était à la limite d’être «off time» (et c’est voulu!), ce qui confère à la chanson ce petit côté chambranlant absolument charmant. Bernard nous a également avoué être un grand admirateur de la chanteuse afro-américaine; cette magnifique rebelle qu’était Nina Simone. Là-dessus, on est dans la même équipe qu’Adamus!

LA PART DU DIABLE

D’entrée de jeu, Bernard nous dit spontanément que la voix est forte sur ce morceau, mais on constate assez rapidement que ça fonctionne bien, car la rythmique dite cubaine ainsi que la clarinette et le trombone (tous deux gracieusetés de Guillaume Bourque et Benoit Paradis) servent de parfaits appuis au texte et à la voix. Sorel Soviet So What est un album enregistré «live» en studio, mais puisque les prises de son peuvent varier grandement, Bernard nous a avoué que certaines pièces avaient dû être légèrement remodelées à l’aide de collages. Tout à fait normal.

DONNE-MOI-Z’EN

Dans cette chanson, Adamus y va d’une performance vocale d’anthologie. On demande à Bernard si la mémorisation et la livraison de ce texte touffu étaient difficiles à matérialiser en concert. Bernard nous a dit que l’interprétation de ce morceau avait été tellement répétée, qu’automatiquement tout se met en place et en bouche aisément. Impressionnant! Bernard nous a aussi confié que la partie rappée, située en fin de parcours, avait été annexée à la dernière minute. Grosse toune!

LES PROS DU ROULEAU

Cette pièce a été enregistrée dans le cadre d’un blitz durant lequel Adamus et ses musiciens ont colligé pas moins de trois chansons… ce qui est énorme en matière de productivité. Que dire de ce solo de Wurlitzer souillonné à souhait qui fait toujours triper l’auteur de ces lignes, et ce, à chacune des écoutes. Autre fait d’armes? Aux dires de Bernard, les cuivres ont été composés «sur le fly» en studio. Ça en dit long sur le talent des accompagnateurs d’Adamus.

LES ÉTOILES DU MATCH

Pendant l’écoute de cette chanson, on parle du rôle important joué par le réalisateur Éric Villeneuve que Bernard considère comme étant «l’animateur de la pastorale et le gestionnaire de l’horaire et des humeurs». Grosse job. En plus de ce travail, un réalisateur sert également de catalyseur en ce qui concerne la direction artistique préconisée pendant la gestation d’un album. D’une importance capitale! On a fait une observation à Bernard quant à l’efficace «pacing» de ce disque, Les étoiles du match constituant une pause méritée après l’audition de quatre chansons rythmées et frénétiques.

CADEAU DE GREC

C’est notre chouchou de l’album, mais c’est également la chanson qui fut la plus difficile à mettre en boîte aux dires de Bernard. On comprend. L’intro, très Mingus, qui mène à ce sublime «big band» à la Benny Goodwin, est carrément une prouesse technique. Si on ajoute à cela cette finale dépouillée, qui évoque une fin de soirée embrumée par l’alcool, on se retrouve devant un véritable tour de force aussi labyrinthique que cohérent.

HOLA LES LOLOS

En voulez-vous des anecdotes concernant le premier extrait de ce disque? Enregistré directement à la demeure d’Éric Villeneuve, c’est la copine du réalisateur qui a catégoriquement affirmé (après l’audition de la chanson) qu’elle était trop lente… et elle avait raison, car l’équipe d’Adamus s’est remise tout de go au travail, accélérant la chanson de 10 BPM. Ce qui distingue ce morceau, c’est le jeu de pedal steel typiquement hawaiien de Joe Grass. À la sortie du studio, Grass (un anglophone), se demandant bien ce que baragouinait Adamus dans la chanson, déclara ceci: «What the fuck with the lolo?». On l’a trouvé bien bonne!

EN VOITURE MAIS PAS D’CHAR

C’est le dernier titre enregistré pour ce Sorel Soviet So What et il y aura un vidéoclip tiré de cette chanson. On a fait la remarque à Bernard que la ligne «On avait toute l’air d’une gang de beaux mottés/À se chercher un style à la fin des 80’s/ Entre Mario Pelchat et Siouxsie and the Banshees» est bien tournée et très drôle. Et on offre une révérence bien sentie à ce cri du cœur du songwriter à la fin de la chanson.

BLUES POUR FLAMME

Enfin un artiste keb qui nous pond un vrai Chicago blues authentique, crotté et pertinent qui ne sonne pas «Bistro à Jojo»! Pendant cette chanson, Bernard nous jase du profond respect qu’il a pour le travail de Lisa LeBlanc. Là encore, on est dans le même club que Bernard. On a également fait la découverte qu’avant le Bernard Adamus d’aujourd’hui, l’homme avait œuvré au sein d’un groupe nommé Véranda qui reprenait une panoplie de standards blues/country/gospel/folk qui ont fait l’histoire de la musique américaine. On fait tout de suite le lien avec ce que crée aujourd’hui Adamus.

JOLIE BLONDE

Typiquement dixieland, cette chanson a été écrite en hommage à sa fille. En entendant, «Moi bonhomme au cœur lourd/Les yeux dans le paysage/Et la vase qui s’accumule dans ma tête de sauvage» qui précède le premier refrain, on ressent immédiatement l’amour inconditionnel qu’Adamus ressent pour sa progéniture. Magnifique manière de conclure cet album aussi festif qu’émouvant.

Bernard Adamus est un gars qui, aux premiers abords, peut paraître distant, voire même méfiant. Cependant, quand on se met à jaser de musique avec lui, il s’ouvre avec une générosité qui l’honore.

Pour réaliser de la bonne musique dite de «slacker», ça demande beaucoup de travail et d’abnégation, car ce qui coule de source demande souvent énormément d’acharnement. Alors ceux qui croient qu’Adamus crée sa musique au gré du vent, sans trop d’efforts, se fourvoient royalement. Ce gars-là est un bourreau de travail, fait une confiance absolue à ses musiciens, les apprécie au plus haut point et respecte le travail de son réalisateur et acolyte Éric Villeneuve.

Ne vous laissez pas berner, Bernard Adamus est un grand songwriter et un être humain qui, sous des dehors réservés, camoufle une sensibilité à fleur de peau qui force le respect. Ce fut un privilège de jaser musique avec «le grand». On lui souhaite encore de nombreuses années de galère!

http://lecanalauditif.ca/bernard-adamus-sorel-soviet-so-what/

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