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Critique : Beck – Colors

Beck est un artiste qui a fait très peu de faux pas dans sa carrière. Dès son premier album, il arrivait avec une bonne dose d’attitude qui sublimait les faiblesses qu’il aurait pu avoir. En 2014, il a fait paraître Morning Phase, un album universellement acclamé par la critique tout comme le public. C’était aussi pour Beck un retour sur album après une pause de 6 ans depuis la sortie de Modern Guilt. Mais parlons plutôt de son plus récent, Colors.

Pour avoir des couleurs… j’imagine qu’on pourrait affubler ce terme à l’album. Surtout des couleurs de types flash et bonbons. Parce que sur Colors, Beck se lance dans une tangente beaucoup plus convenue que dans ses précédents opus. Les pièces font pour la plupart dans la pop bonbon taillée sur mesure pour les radios commerciales. Est-ce que c’est un désastre? Non, pas particulièrement. Est-ce que c’est loin en deçà des attentes qu’on entretient à l’endroit de Beck? Oui. Totalement.

Beck nous a habitués à de la qualité. Sa pop alternative a toujours trouvé le moyen de nous surprendre. Une surprise que vous aurez sur No Distraction… mais pas exactement dans le même sens. Il semblerait que Beck veut jouer à la radio commerciale et c’est ce qui arrivera. No Distraction est une chanson pop générique et sans saveur qui malgré un rythme entraînant nous sert tellement de réchauffé que ça donne envie de rappeler Foreigner pour savoir s’ils font toujours de la musique. Ce n’est pas vrai. (Quoi? Foreigner est toujours actif? Mais où va le monde?) Bref, revenons à nos moutons. L’album s’entame sur la chanson-titre qui jette les bases de ce qui attend l’auditeur pour le reste du chemin. Des structures chansonnières simples où s’enchaînent les éternels couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain.

On connaît le goût prononcé de Beck pour les esthétiques du passé. À date, il choisissait toujours le meilleur. Seventh Heaven prend au contraire tout ce qui est de plus ennuyant des années 80 du drum machine hop la vie, mais terriblement entraînant pour l’oreille qui écoute distraitement aux chœurs un peu vaporeux des refrains. Dreams pour sa part semble tout droit sortie d’un album de Foster the People. On se demande rapidement, mais que se passe-t-il… puis, on regarde les crédits de réalisation et on comprend tout de suite.

Greg Kurstin.

Qui est Greg Kurstin, demandez-vous? Le même génie qui est derrière l’ennuyant Concrete and Gold des Foo Fighters. Celui-ci n’a pas que des taches à son dossier. Il était derrière l’excellent 1000 Forms of Fear de SIA. Par contre, il possède des moments moins glorieux dans sa discographie comme le dernier Tegan and Sara, Foster the People et plus.

Que Beck ait fait confiance à la direction de Kurstin explique une grande part du manque de saveur de l’album. Un peu à la manière des Foo Fighters, il manque d’urgence. On dirait de la musique créée dans le confort d’un Lazy-e boy, ça ne fonctionne pas. Et surtout, Beck nous a habitués à beaucoup mieux.

Il y a quelques moments lumineux à travers Colors. Dear Life, malgré son côté déposé, possède quelques détours intéressants et une mélodie moins convenue. Square One, malgré quelques défauts dans le traitement sonore, n’est pas une mauvaise composition. Mais bon… c’est trop peu trop tard.

Greg Kurstin est en train de laver à l’eau de javel certains artistes qui étaient appréciés tout au long de leur carrière. Ceux-ci font le virage pop maladroitement. Beck qui est un excellent compositeur livre ici un album racoleur et cliché dans sa réalisation. Mais comme énoncé plus haut, Beck possède une discographie béton, alors, on va lui pardonner.

Ma note: 5/10

Beck
Colors
Capitol Records
45 minutes

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Les 10 albums à surveiller en octobre 2017

Blue Hawaii – Tenderness (6 octobre)

Le duo de Raphaelle Standell-Preston (Braids) et Alex Cowan est de retour avec un deuxième album. Untogether avait déjà fait belle figure avec ses rythmes électroniques efficaces. Par contre, cette fois-ci le groupe a injecté un peu de chaleur dans ses compositions. Il sera bien de voir à quoi ressemblera l’ensemble de Tenderness. Si on se fit à Versus Game, ça risque d’être assez réussi!


 
 

Keith Kouna – Bonsoir Shérif (6 octobre)

Keith Kouna lancera son quatrième album après un hiatus en raison du retour des Goules qui a lancé Coma et qui a tourné par la suite. On voit Kouna revenir aux sonorités plus électroniques de ses deux premiers albums. Évidemment, on est loin du Voyage d’Hiver avec son rythme martelé et une énergie plus près de celle des Goules. Déjà, Shérif nous donne l’idée que ce ne sera pas de tout repos.


 

Pierre Lapointe – La science du coeur (6 octobre)

Ça promet pour le prochain album de Pierre Lapointe. Alors que Punkt n’avait pas totalement convaincu les critiques dont notre Philippe Beauchemin national. On retrouve le côté orchestral qui complète à merveille les airs pop mélodieux et efficaces. Pierre Lapointe risque de frapper un gros coup avec La science du cœur si on se fit aux deux extraits parus à ce jour. Et que dire de la magnifique esthétique visuelle de ses clips!


 
 

Beck – Colors (13 octobre)

Soyons honnêtes, on l’attend un peu avec une brique et un fanal, le nouveau Beck. On a de la misère à croire que Beck nous lancera une galette insipide pour la première fois de sa carrière, mais à ce jour les extraits parus donnent l’impression que Beck a viré du côté obscur de la pop. On remarque plusieurs détails qui nous rappellent de mauvaises réalisations de chansons à vocation populaire et radiophonique.


 
 

St. Vincent – Masseducation (13 octobre)

En voilà une qui nous effraie beaucoup moins. Annie Clark nous a habitués à des chansons de qualités et à ce jour, son nouvel album, Masseducation semble perpétuer la tradition. La mélancolique New York et l’électro-pop Los Ageless attisent notre intérêt. Il faut s’attendre tout de même à une galette plutôt émotive puisqu’elle a avoué elle-même avoir créé un album de séparation.

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Beck – Odelay

OdelayLe 18 juin 1996, lorsque le deuxième album studio «officiel» de Beck Hansen est apparu dans les bacs, on venait à peine de se remettre du fulgurant succès Loser tiré du premier rejeton, Mellow Gold. Le nombre de fois où j’ai hurlé en chœur sur une piste de danse en compagnie de joyeux fêtards: «Soy un perdedor/I’m a loser baby, so why don’t you kill me?». Ça ne se compte même plus… Alors, en ce mois de juin, annonciateur de l’été, on célèbre le 20e anniversaire d’Odelay. Et on va se le dire franchement, c’est le petit chef-d’œuvre de Beck!

L’aventure Odelay a curieusement pris naissance au cours d’une session d’enregistrement durant laquelle Beck et deux obscurs réalisateurs travaillaient sur des versions franchement folk, destinées à un album à venir; une démarche très embryonnaire. En fin de compte, seule la version de Ramshackle, issue de cette session (magnifique pièce brinquebalante qui conclut l’album), a été retenue. Mais c’est la rencontre de Beck avec les Dust Brothers (John King et Mike Simpson) qui est venue donner l’élan créatif nécessaire à la gestation de ce grand disque.

Avec le duo King/Simpson aux manettes, combiné au boulimique de musique qu’était Beck à l’époque, le résultat est ahurissant. Sous la férule des Dust Brothers, Odelay est devenu un album phare, proposant un fourre-tout stylistique étonnamment cohérent. Du folk, du garage rock, du country, de l’électro, du rap «vieille école», du noise rock, tous ces genres musicaux se côtoient, et ce, souvent au sein d’une seule et même chanson. Et l’exploit réside dans cette impression de facilité/intelligibilité qui nous envahit tout au long de l’écoute. Rien ne semble compliqué sur Odelay, tout coule de source.

Et la panoplie d’échantillonnages utilisés dépasse l’entendement! Des extraits de pièces des MC5 (une belle bande de salopards), Edgar Winter, Sly & The Family Stone, Rory Gallagher, Grand Funk Railroad et même le compositeur romantique autrichien Franz Schubert ont tous été échantillonnés par Beck. Même Jon Spencer joue du porte-clés sur une chanson!

À l’époque, Beck était perçu par une majorité de mélomanes comme une sorte de Bob Dylan virée sur le top et qui affectionnait particulièrement l’expérimentation artistique. Sauf que le créateur, sur Odelay, a eu le génie (disons-le franchement!) de lier ces éléments disparates pour en faire un tout aussi éclectique que pertinent.

Les textes sont du pur délire poétique/humoristique. Beck nous parle de démons, d’orgies, de païens et de marginaux qui rédigent leurs dernières volontés sur des dollars. Même si aujourd’hui l’artiste nous semble un peu délavé et sérieusement ésotérique (scientologie quand tu nous tiens), n’en demeure pas moins qu’Odelay est la jubilation musicale d’un «slacker» au sommet de son art.

Odelay sonne comme si vous syntonisiez une multitude de stations de radio de manière ininterrompue. C’est une série de collages conceptuels, parfois incongrus qui, confondue ensemble, donne un résultat totalement fluide. Des exemples? Devil’s Haircut qui combine un riff matraque et de nombreuses bizarreries sonores. The New Pollution qui débute avec une introduction très easy listening avant de bifurquer vers une rythmique calquée sur Taxman des Beatles. Where It’s At est un heureux mélange de hip-hop et de funk et Jack-Ass est une ballade country directement inspirée de It’s All Over Me, Baby Blue du bonhomme Zimmerman (Bob Dylan pour les intimes).

Beck faisait alors la preuve qu’il n’était pas l’homme d’un seul succès. Le gars tripait hip-hop et folk, pratiquait le moonwalk en concert, poussait l’expérimentation rock un cran plus haut et réussissait à maîtriser autant les techniques d’enregistrement dites lo-fi que les technologies de pointe qui prévalaient à l’époque.

Aujourd’hui, il est curieusement au sommet de sa forme en format folk frémissant plutôt qu’en mode hétéroclite… les extraits entendus en vue d’un prochain album à paraître n’annoncent rien de bien intéressant. Cela dit, on peut pourfendre l’œuvre récente de Beck, mais de Mellow Gold jusqu’à Guero, ça tient très solidement la route. Et c’est Odelay qui a confirmé l’aura d’artiste culte que Beck détient encore de nos jours. Après 20 ans, Odelay commence à peine à vieillir. Peut-être que dans 10 ou 15 ans, on sera moins enflammé par cet album, mais pour l’instant, je considère encore ce disque comme son meilleur en carrière.

Beck
Odelay
DGC
54 minutes

http://www.beck.com/