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Critique : Fleet Foxes – Crack-Up

Fleet Foxes a été un groupe capital dans la renaissance folk au milieu des années 2000; renouveau qui a donné à naissance à quelques inepties « à la Lumineers ». Ces aberrations accentuent encore plus l’importance de l’œuvre de la bande à Robin Pecknold. 6 ans après la parution de l’adulé Helplessness Blues, les « renards flottants » sont de retour avec une nouvelle parution intitulée Crack-Up. Réalisé par Pecknold, et son acolyte de toujours, Skyler Skjelset, ce nouvel album a été enregistré dans plusieurs studios, dont le légendaire Electric Lady Studios à New York. Le mixage a été confié à l’incontournable Phil Ek (The Black Angels, Father John Misty, The Walkmen), un proche de la formation.

Les fans connaissent parfaitement la signature sonore de Fleet Foxes : des voix célestes qui confèrent un je-ne-sais-quoi de « spirituel » à la musique du quintette. Cette fois-ci, Pecknold nous propose des chansons plus tortueuses qui pourront paraître plus difficiles d’approche aux premières écoutes. Toutes ces baisses d’intensité et changements brusques prennent tout leur sens au fil des auditions. En plus des structures plus labyrinthiques et du ton plus confidentiel qui caractérise ce Crack-Up, on assiste à une bonification des arrangements. L’arrivée impromptue d’une section de cordes, dans des moments minutieusement choisis, l’utilisation accrue du piano et les percussions plus présentes (la batterie, entre autres) donnent énormément de relief aux chansons de Pecknold. Avec Crack-Up, Fleet Foxes devient un groupe complet, ne pariant plus seulement sur la luxuriance vocale.

Et après autant d’années à l’écart, la musique du groupe n’a pas pris une seule ride. Un exploit en ce qui me concerne, compte tenu du foisonnement folk auquel on a assisté au cours des 10 ou 15 dernières années… abondance qui n’a pas toujours été concluante, à mon humble avis. En creusant ce disque, on constate que Pecknold et ses acolytes créent une musique aussi intemporelle qu’inventive dans un genre qui, disons-le, est souvent conservateur et un peu pépère. Fleet Foxes fait de la musique qui cicatrise, qui ralentit le rythme et qui fait du bien à l’âme.

Crack-Up est bien sûr une création qui s’écoute d’un seul trait, du début à la fin, et qui est bourrée de moments frémissants. Dans I Am All That I Need / Arroyo Seco / Thumbprint Scar, on ne peut qu’être touché par cette alternance entre l’interprétation toute en retenue, quasi monastique, de Pecknold et la déflagration folk qui s’ensuit. La pianistique Kept Woman fait frissonner. Et que dire de la pièce de résistance de ce Crack-Up : l’épique Third of May / Ōdaigahara, sans conteste la plus grande chanson du catalogue de Fleet Foxes. Une épopée folk qui constitue une sorte de « best of » de tout ce que sait faire la formation.

Crack-Up est la confirmation que Fleet Foxes est le plus grand groupe folk de notre époque. Sans atteindre totalement les hauts standards d’Helplessness Blues, le nouvel album vient se positionner tout juste à ses côtés et c’est déjà gigantesque comme réalisation. Ils sont tout simplement les grands maîtres du folk baroquisant. Un groupe unique.

Ma note : 8/10

Fleet Foxes
Crack-Up
Nonesuch Records
55 minutes

http://fleetfoxes.co/tour

Mutual Benefit – Skip A Sinking Stone

MUTUAL BENEFITOn avait quand même apprécié ce Love’s Crushing Diamond de Mutual Benefit paru en 2013. Ce disque nous avait ravis grâce à son folk baroquisant comportant des moments parfois éthérés. Mutual Benefit, c’est avant tout le travail du songwriter Jordan Lee qui est mis au premier plan. Le bonhomme est le seul maître à bord. Il s’accointe les services de musiciens de qualité pour bien servir son art. Ceux qui aiment Sparklehorse, Sufjan Stevens et Devendra Banhart devraient normalement apprécier ce que propose Mutual Benefit.

La semaine dernière, Lee faisait paraître Skip A Sinking Stone sur lequel on y entend un auteur-compositeur-interprète qui simplifie ses chansons, délaisse quelque peu le penchant «expérimental» et qui accentue l’inclinaison dite «orchestrale» qui caractérise sa musique. Des liens de filiation avec la formation Fleet Foxes se révèlent et la voix de Lee qui portait le sceau de feu Mark Linkous (Sparklehorse) se rapproche maintenant de celle de Wayne Coyne (The Flaming Lips)… mais en beaucoup plus juste!

Bien franchement, si Love’s Crushing Diamond faisait le travail, on peut affirmer sans gêne que le petit dernier dépasse son prédécesseur d’une bonne tête. Pourquoi? Parce que la réalisation plus limpide catapulte les somptueux arrangements à un niveau d’émerveillement supérieur. Combiné aux choix artistiques plus fédérateurs et à une concision chansonnière misant plus sur l’efficacité que sur la virtuosité, on se retrouve devant un superbe album qui fait du bien à la tête, au cœur et à l’âme.

Bien entendu, certains rabat-joie viendront vous dire que dans le contexte actuel où l’indie-folk rock s’est sérieusement embourgeoisé/commercialisé, ce disque sonnera, pour ces casseux de party, comme une copie carbone de tout ce qui se fait dans le genre. Ils ont tout faux. Mutual Benefit pose solidement son pied dans une possible longévité créative tout en insufflant juste assez de modernité pour demeurer crédible.

Un exemple? Getting Gone, qui suggère une introduction aussi raffinée que vaporeuse, se transforme en un folk rock basique, mais d’une efficacité exemplaire. Tout est en parfait équilibre entre l’expérimentation, l’orchestration rococo et la qualité du songwriting. Et c’est comme ça tout au long de l’album.

Les vacances s’en viennent pour certains d’entre vous (du moins, on vous le souhaite!) et voilà un disque conçu pour être écouté en route vers votre destination paisible de choix. Les meilleurs moments? Les instants choraux dans Skipping Stones, le petit côté Fleet Foxes entendu dans Closer Still, la prenante Lost Dreamers, l’intermède instrumental ravissant titré Nocturne ainsi que la prenante City Sirens. Bref, c’est un très très bon disque.

Bon. On va se le dire franchement. Des mélomanes, férus de rock «la pédale au plancher» tels que nos charmants collaborateurs Charles Laplante, Jean-Simon Fabien ou encore La Brute du Rock (et Dieu sait que je sais apprécier quand ça brasse la cage!), vont comparer ce disque à une publicité de papier de toilettes de marque populaire. Cette fois-ci, ne les écoutez surtout pas! La musique n’est pas faite que de bonnes séances de hurlements, ponctuées de rythmes martiaux et de guitares qui arrachent. La beauté réside parfois dans la sérénité et dans la contemplation. Oui, c’est aussi doux que du vrai coton!

Ma note: 7,5/10

Mutual Benefit
Skip A Sinking Stone
Mom + Pop
40 minutes

https://mutualbenefit.bandcamp.com/